Le voile est-il mentionné dans le Coran ? Examen des textes et interprétations

La question du voile islamique suscite de vifs débats, tant dans le monde musulman qu'en Occident. Au cœur de cette controverse se trouve une interrogation fondamentale : le Coran prescrit-il ou non le port du voile ? Pour répondre à cette question, il est essentiel d'examiner attentivement les versets coraniques pertinents, ainsi que les différentes interprétations qui en ont été faites au fil des siècles.

Diverses opinions au sein de l'Islam

Certains érudits musulmans, tels que Tareq Oubrou, imam de Bordeaux, affirment que le Coran n'impose pas le voile comme une obligation religieuse. Il souligne que les versets mentionnant le voile invitent les femmes à rabattre un voile sur leur poitrine et à se protéger lorsqu'elles sortent la nuit, sans pour autant exiger qu'elles se couvrent la tête. Henda Ayari, dans son livre "Plus jamais voilée, plus jamais violée", confirme également que le Coran ne fait jamais mention du voile ni de l'obligation de se couvrir de la tête aux pieds. Dans le même sens, l'université Al-Azhar du Caire a déclaré en 2012 que le voile est une tradition antérieure au Coran et non un devoir religieux.

Cependant, d'autres musulmans soutiennent que le port du voile est une obligation religieuse claire, s'appuyant sur des versets coraniques spécifiques et sur la tradition islamique. Ils considèrent que le voile est un symbole de pudeur, de modestie et de soumission à Dieu.

Analyse des versets coraniques clés

Plusieurs versets du Coran sont souvent cités dans le débat sur le voile. Il est important de les examiner attentivement pour comprendre leur signification et leur portée.

Sourate An-Nour (24), verset 31

Ce verset enjoint aux croyantes de baisser leurs regards, de préserver leur chasteté et de ne montrer de leurs atours que ce qui en est apparent. Il leur est également demandé de rabattre leur "khimar" sur leurs poitrines. Le terme "khimar" est souvent interprété comme un voile ou un foulard.

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La sourate 24, verset 31, se lit comme suit : « - Commande aux femmes qui croient de baisser leurs yeux et d'observer la continence, de ne laisser voir de leurs ornements que ce qui est à l'extérieur, de couvrir leurs seins d'un voile [khîmar], de ne faire voir leurs ornements qu'à leurs maris ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, à leurs fils ou aux fils de leurs maris, à leurs frères ou aux fils de leurs frères, aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes de ceux-ci, ou à leurs esclaves ou aux domestiques mâles qui n'ont pas besoin de femmes, ou aux enfants qui ne distinguent pas encore les parties sexuelles d'une femme. Que les femmes n'agitent point les pieds de manière à faire voir leurs ornements cachés. »

Sourate Al-Ahzab (33), verset 59

Ce verset demande au Prophète de dire à ses épouses, à ses filles et aux femmes des croyants de se couvrir de leurs "jilbab". Le terme "jilbab" est généralement traduit par un vêtement ample ou un manteau.

La sourate 33 (Les Coalisés) consacre quant à elle plusieurs versets aux femmes musulmanes, avec la volonté manifeste de les protéger. Au premier chef, les femmes de Mahomet. « Ô croyants ! N'entrez point sans permission dans les maisons du Prophète, excepté lorsqu'on vous permet de prendre un repas avec lui et sans vous y attendre. […] Le Prophète rougit de vous le dire ; mais Dieu ne rougit point de la vérité. Si vous voulez demander quelque objet à ses femmes, demandez-le à travers un voile. »

Enfin, toujours dans la volonté d'assurer la protection des croyantes, mais cette fois-ci de toutes les musulmanes : « Ô Prophète ! Prescris à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de serrer sur elles leurs mantes ! Cela sera le plus simple moyen qu'elles soient reconnues et qu'elles ne soient point offensées.

Interprétations divergentes

Les interprétations de ces versets varient considérablement. Certains savants estiment que le "khimar" mentionné dans la sourate An-Nour doit couvrir les cheveux, tandis que d'autres soutiennent qu'il ne doit couvrir que la poitrine. De même, certains considèrent que le "jilbab" mentionné dans la sourate Al-Ahzab est un vêtement qui couvre tout le corps, y compris le visage, tandis que d'autres estiment qu'il s'agit simplement d'un vêtement ample et modeste.

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Nadia Kantari décortique avec compétence et conscience ce qu’en rapportent le Coran, son commentaire exégétique (tafsir), la Sunna, la jurisprudence sunnite (fiqh), les quatre écoles juridiques sunnites et le chiisme jaafarite, en prenant soin de rapprocher ses conclusions de ce que l’on sait des pratiques sociales des sociétés considérées.

En société patriarcale, il y va de son honneur. Certains théologiens exégètes considèreront que les cheveux forment une parure (zina), à couvrir donc, les oreilles et la gorge devenant aussi des éléments de séduction à dissimuler ! Encore leur dévoilement ne serait-il que juridiquement blâmable (makrouh) et non illicite (haram). Rien par contre ou presque sur le voile intégral (niqab), récusé par beaucoup d’oulémas et dont l’occurrence dans l’histoire paraît erratique. L’habit, notamment féminin, semble importer trop pour se plier à des règles religieuses rigides. Tout d’abord, car il est de nature culturelle donc évolutive, à l’inverse de tout credo, la mode étant l’inverse du dogme. Ensuite, car la tolérance en la matière représente une condition nécessaire à l’universalité de l’islam. Une simple visite à la grande mosquée de La Mecque, où se mêlent les fidèles du monde entier, est édifiante à ce sujet.

On pourrait trouver d’autres affirmations des musulmans eux-mêmes qui vont dans le même sens. Alors, si le voile est une tradition et non un signe religieux, que les responsables musulmans le disent haut et fort et il n’y aura plus de raison de polémiquer. Les traditions peuvent changer. On peut innover et ne plus faire comme avant. On peut s’intégrer dans la société en vivant avec son temps.

Contexte historique et culturel

Il est important de tenir compte du contexte historique et culturel dans lequel ces versets ont été révélés. Au VIIe siècle, dans l'Arabie, le port du voile était une pratique courante, enracinée dans la culture méditerranéenne et proche-orientale depuis l'Antiquité. Certaines interprétations suggèrent que les versets coraniques sur le voile visaient à protéger les femmes musulmanes des agressions et à les distinguer des autres femmes dans une société où les relations interconfessionnelles étaient parfois tendues.

Louis Blin souligne que les objurgations de la sourate 24 sont de nature sociale et non religieuse. Le Coran prend acte de leur anarchie foncière en ne donnant que de vagues conseils en matière de vêtements et, plus généralement, en admettant que n’existe « nulle contrainte en din » (sourate 2, verset 256), c’est-à-dire dans le « bon chemin choisi » (rouchd, comme mentionné juste après) et non seulement en matière de religion (autre traduction anachronique), y compris en ce qui concerne l’habillement.

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Le voile : tradition, identité et politique

Au-delà des considérations religieuses, le voile est devenu un symbole complexe, porteur de significations diverses. Pour certaines femmes, il représente une affirmation de leur identité musulmane, une expression de leur foi et une protection contre le harcèlement. Pour d'autres, il est perçu comme un symbole d'oppression, de soumission et de discrimination.

Tout groupe humain a besoin d’afficher son identité collective. Or, la femme en est la conservatrice et son habit le marqueur, tel un drapeau. On raconte que Mohammed en campagne arborait pour bannière le voile noir de son épouse préférée Aïcha. Considérer le voile féminin comme un drapeau musulman revient à transformer celui-ci en arme politique et la femme en porte-drapeau.

Le port du voile n'a jamais été une obligation canonique, contrairement par exemple au jeûne du ramadan ou aux cinq prières quotidiennes. Il était d'abord un moyen de se protéger. En cela le Coran n'innove d'ailleurs pas. Le port du voile, attribut de pudeur féminine et marqueur social, est enraciné dans la culture méditerranéenne, mais aussi proche-orientale depuis la plus haute antiquité. Précisons que, pendant très longtemps, en islam, le voile a été l'apanage des femmes de la haute société urbaine. Les paysannes n'étaient pas voilées (ce n'est guère pratique pour travailler…). Ce n'est qu'au XIXe siècle avec l'arrivée des Occidentaux et de la colonisation que le voile est devenu un enjeu politique, pour les uns le refuge d'une identité inviolable et la marque d'une résistance à l'Occident, pour les autres, le symbole d'un archaïsme (au même titre que la polygamie). En Turquie, sous Kemal Atatürk (1881-1938), plus tard en Tunisie sous Habib Bourguiba (1903-2000), voire en Algérie française en 1958, les autorités « modernistes » ont ainsi organisé des cérémonies de dévoilement publiques, sans se soucier du traumatisme qu'elles pouvaient représenter pour les femmes et leurs familles. La contestation actuelle de l'Occident et surtout le prosélytisme wahhabite ont encouragé depuis une trentaine d'années les femmes à se cacher. En leur assurant que le salut passait par un morceau de tissu… Message d'autant mieux reçu par certaines qu'il était aussi un moyen de marquer sa révolte, et son identité.

Dans certains pays, le port du voile est devenu un enjeu politique majeur, avec des lois interdisant ou restreignant son port dans les lieux publics. Ces lois sont souvent justifiées au nom de la laïcité, de l'égalité des sexes et de la sécurité. Cependant, elles sont également critiquées pour leur atteinte à la liberté religieuse et à l'autonomie des femmes.

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