Pierre Assouline, journaliste et écrivain reconnu, notamment pour ses biographies et romans à fort contenu historique, retrace dans « Le Nageur » (Gallimard) la vie d’Alfred Nakache, un champion de natation au destin tragique et exceptionnel. L'œuvre, saluée pour sa justesse et son sens du détail, a conquis les critiques. Ce récit biographique, plus qu'une simple biographie, est une mise en scène littéraire de l'Histoire absolument remarquable.
Un talent précoce
Au début des années 1930, Alfred Nakache se révèle un nageur talentueux et prometteur. Né à Constantine, en Algérie française, dans une famille juive, il s'entraîne avec acharnement, d'abord dans sa ville natale, puis à Paris et Toulouse. Son style novateur et non conventionnel lui permet de s'imposer et de devenir champion de France et d'Europe en nage libre. Dès son plus jeune âge, Nakache surmonte sa peur de l'eau et se lance dans la natation, motivé par un défi lancé par ses camarades.
L'ombre de l'antisémitisme
L'histoire d'Alfred Nakache s'inscit dans une période sombre de l'Europe, marquée par la montée de l'antisémitisme. Avec l'équipe de France, il participe aux Jeux Olympiques de Berlin en 1936, où il devance l'Allemagne. Cependant, les jalousies et rivalités le poursuivent, et il se fait des ennemis, dont Jacques Cartonnet, à qui l'on impute sa dénonciation et sa déportation.
La déportation et la survie
Le récit se concentre particulièrement sur cette période de la vie de l'athlète, de son insouciance à sa déportation à Auschwitz puis Buchenwald, ainsi que sur le rôle de ses amis et de ses rivaux. Arrêté par la Gestapo à Toulouse en 1943, il est déporté avec sa femme et sa fille, qui sont assassinées dès leur arrivée à Auschwitz. Nakache survit grâce à sa force de caractère, son mental d'acier et sa condition physique exceptionnelle. Il est transféré à Buchenwald et finalement libéré par les Américains. Durant sa détention, il brave l'autorité en nageant clandestinement dans un bassin du camp, un acte de résistance et de survie.
La résilience et le retour à la compétition
Après son retour des camps de la mort, Alfred Nakache fait preuve d'une résilience exceptionnelle. Grâce au travail patient de son entraîneur, il retrouve les podiums et confirme sa force de caractère. Malgré la perte de sa femme et de sa fille, qui le marque profondément, il continue à nager et à se battre.
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Un portrait intime
Pierre Assouline dresse le portrait intime d'un homme confiant, simple et pudique, qui reste peut-être plus meurtri par la perte de sa famille que par les humiliations subies dans les camps. Il met en lumière la modestie et l'intégrité d'Alfred Nakache, un homme qui n'a jamais prétendu être exceptionnel. L'auteur imagine les pensées et les émotions de Nakache aux différentes étapes de sa vie, comblant ainsi les silences d'un homme pudique qui s'est toujours refusé à raconter les épreuves de sa vie.
L'importance de la natation
La natation est présentée comme un élément essentiel de la vie d'Alfred Nakache. Elle lui permet de surmonter sa peur de l'eau, de se dépasser, de se reconstruire après la déportation et de se reconnecter à son propre moi intime. Pierre Assouline, lui-même nageur, parvient à faire ressentir le rapport sensuel et addictif à l'eau, ainsi que la force et la volonté nécessaires pour atteindre un objectif.
Un hommage à la mémoire
En hommage à sa mémoire, de nombreux bassins de nage portent le nom d'Alfred Nakache en France. Pierre Assouline, à travers son récit, rend un vibrant hommage à ce sportif de haut niveau et à cet homme exceptionnel, injustement oublié. L'auteur s'intéresse à la destinée hors du commun de ce nageur, à son talent, son tempérament et sa jovialité, mais aussi à cette période de l'entre-deux-guerres, tant en Algérie qu'en France.
Les thèmes abordés
Le roman aborde de nombreux thèmes, tels que la rivalité sportive, l'antisémitisme, la déportation, la survie, la résilience, la mémoire et l'importance du sport. Il offre également un éclairage sur la France de l'Occupation, les enjeux politiques des Jeux Olympiques de Berlin et la réalité des camps de concentration.
Un style d'écriture remarquable
Pierre Assouline fait preuve d'une grande rigueur biographique, tout en laissant une place à l'intimité et à l'empathie. Son style d'écriture est précis, sensible et poignant, et il parvient à emporter le lecteur aux côtés d'Alfred Nakache. L'auteur utilise des détails saisissants pour décrire les horreurs de la guerre et la force de caractère de son personnage.
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