Le Hot Brass est bien plus qu'un simple club; c'est une institution qui a marqué la vie nocturne aixoise pendant plus de quatre décennies. Fondé en 1979 par Jean-Paul Artero, cet établissement a connu diverses transformations, passant du jazz à la disco, puis à l'électro, avant de finalement renaître sous sa forme originelle de club de jazz. Son histoire est riche en anecdotes, en rencontres musicales mémorables et en soirées inoubliables pour des générations d'Aixois.
Genèse et Évolution d'un Club Mythique
Les Débuts Jazzistiques (1979-1991)
En 1979, Jean-Paul Artero, un passionné de musique sans être musicien, transforme d'anciennes porcheries situées sur le plateau de Célony, à Aix-en-Provence, en un club de jazz : le Hot Brass. L'endroit, pouvant accueillir jusqu'à 400 personnes, propose également deux espaces de restauration. Le succès est presque immédiat.
Artero prend des risques financiers et, six mois plus tard, accueille les Poll Winners, un trio américain très en vogue à l'époque. Lors du bœuf qui suit le concert, un jeune pianiste de 16 ans électrise la salle. Ce "tapeur fou", comme le surnomme l'accordeur venu réparer le piano après qu'il ait cassé trois cordes, n'est autre que Michel Petrucciani, qui reviendra souvent se produire au Hot Brass.
Pendant une décennie, les plus grands noms du jazz se produisent au Hot Brass: Ray Brown, Dizzie Gillespie, Clifford Jordan, Stan Getz, Roy Haynes, Ray Barretto, Chet Baker, Blackey et ses Messengers, Dee Dee Bridgewater, Didier Lockwood, Michel Petrucciani, Gilberto Gil… La scène permet également à de jeunes musiciens régionaux de faire leurs débuts avant de devenir des valeurs sûres du jazz français, tels que les frères Le Van, Xavier Desandre et Michel Camilo.
Transition Vers d'Autres Genres Musicaux (1991-2015)
En juin 1991, Jean-Paul Artero vend le Hot Brass à Alain Garzino. Le club change peu à peu de style, basculant dans le funk, le latino et la variété internationale. Dans les années 2000, l'entrée coûte 100 francs, 70 pour les étudiants. D'autres noms prestigieux figurent dans le livre d'or : The Commitments, Cunnie Williams, Kenny Garret, Bernard Lavilliers, Marc Cerrone…
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L'Ère Électro et le Déclin (2015-2021)
En 2015, Gilles De Luca devient le nouvel exploitant. Ce sera le dernier. Peu à peu, la disco, le funk et le R&B remplacent les cuivres, avant d'être supplantés par l'électro. La discothèque ne rouvre pas après le premier confinement du 14 mars 2020, mais la pente était déjà bien amorcée vers la fin d'une époque pour les boîtes de nuit. Le restaurant ne rouvre pas non plus, en raison des difficultés de recrutement, des charges trop importantes et des incertitudes.
Durant l'été, le Hot Brass se contente d'organiser des "soirées Terrazza" le mardi, où l'on peut boire un verre et grignoter au coucher du soleil, sur fond d'ambiance musicale. La piscine reste vide pendant deux saisons. La direction arrête les frais : "N'importe qui aujourd'hui loue une villa avec piscine sans avoir à subir des contrôles permanents pour la qualité de l'eau", explique Gilles De Luca.
Les premières années sont difficiles, car le Hot Brass n'est pas au mieux de sa forme et le monde de la nuit est en pleine mutation. Les années 2018 et 2019 sont cependant exceptionnelles, grâce à la pugnacité du directeur, Gaël Zaoui, qui gère l'ambiance musicale depuis 2006 et fait venir la crème des DJ. "On a testé des soirées jazz, ça n'a pas pris", constate-t-il.
Le Hot Brass est de plus en plus cerné par le béton. "On m'a dit que près de 300 permis de construire ont été délivrés alentour en moins de 20 ans." Dans les années 1970, les villas étaient rares. Aujourd'hui, le plateau de Célony compte 7 000 habitants et tout un quartier se réjouit du départ de l'établissement de nuit.
Malgré des plaintes répétées, le Hot Brass n'a jamais été inquiété. "On est dans les clous." Plus que la sono à l'intérieur de la discothèque, ce sont les allées et venues sur le parking qui gênaient, ainsi que les sorties de boîte bruyantes à l'aube. "Des rixes, il n'y en a jamais eu", assure Gilles De Luca, si ce n'est un homme assassiné sur le parking, le soir de la première nuit d'ouverture, ce qui n'a pas aidé en termes de publicité.
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Gilles De Luca explique que les "after" ont supplanté la discothèque, qui n'ouvrait plus que le samedi soir pendant l'été, tandis que les clients se tournaient vers les "rooftops" marseillais. Des "after" sont organisés dès 2015 sur la terrasse, permettant aux clients de prendre un verre à la fraîche. Un public de 25/30 ans aux quinquas fidèles s'y presse, qui ne vient ni en short ni en basket. Ici, on vient en soirée. Dans les belles années, les réservations étaient bouclées plusieurs semaines à l'avance et, le midi, le restaurant affichait complet dès le printemps, avec 250 convives le samedi soir.
Gaël Zaoui fait venir de belles têtes d'affiche : Joachim Garraud, Feder, Ofenbach, Lost Frequencies, Synaspon, Bob Sinclar, The Avener… Les amateurs de house et d'électro assistent à des soirées avec Erick Morillo, Booka Shade, Amelie Lens, Citizen Kain, Stefan Bodzin, Claptone… Gilles De Luca se souvient : "Le jour où Gaël est allé chercher Craig David à l'aéroport, qui s'est rarement produit en Europe, et l'a posté sur le site, on a eu 1 200 réservations dans la soirée."
La Renaissance du Hot Brass Club (2023)
Après la fermeture de la discothèque et avec l'accord des derniers exploitants, Jean-Paul Artero reprend l'appellation d'origine, dont la notoriété s'étend dans le monde entier, et ouvre le Hot Brass Club en mai 2023 sur le pôle d'activités d'Aix-en-Provence.
L'objectif est de proposer une scène de musique vivante avec des artistes émergents et de partager cette musique avec un public qui peut écouter, échanger, boire et danser avec les musiciens. Artero souhaite recréer l'ambiance des clubs où la participation du public par la danse est encouragée.
Le choix d'un local éloigné des zones résidentielles, doté d'un parking, est motivé par la volonté d'éviter les conflits de voisinage liés au niveau sonore des concerts.
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Le Hot Brass Club propose une programmation variée, allant du jazz de la Nouvelle-Orléans au swing, en passant par le pop-jazz, le jazz brésilien, latino, afro et le be-bop, avec un mélange de talents régionaux et internationaux. Ouvert du jeudi au samedi, le club propose un concert différent chaque soir. Les clients sont accueillis dès 19h30 et peuvent profiter du bar et de l'espace restauration.
Une Programmation Alléchante
Malgré des finances limitées et l'absence de subventions, le Hot Brass Club propose une programmation riche et variée, avec des artistes régionaux et internationaux. Jean-Paul Artero reçoit de nombreuses demandes d'artistes, car il y a de moins en moins de lieux dédiés au jazz, en particulier à Paris.
La programmation est conçue pour être dynamique et accessible, afin d'attirer un public nombreux et fidèle. Des artistes de renom se produisent régulièrement au Hot Brass Club, tels que Thomas Ibanez, Jeb Patton, Aimée Allen, François Moulin et Karim Blal.