Lautrec et le Castres Sports Nautiques : L'Ambitieux Projet "Mariannes 25" Confronté à une Impasse Économique et Administrative

Le paysage aquatique du Tarn était sur le point de connaître une transformation majeure avec l'émergence d'un équipement sans précédent en France. Au cœur du complexe aquatique d’Aquaval, situé à Lautrec, un nouveau bâtiment devait voir le jour. Ce projet, porté avec une détermination sans faille par le club du Castres Sports Nautiques (CSN), visait à abriter une piscine et, surtout, une fosse de plongée. Cette dernière était conçue pour être la plus importante de France, avec des dimensions impressionnantes : 25 mètres de profondeur et 8 mètres de diamètre. Une telle infrastructure promettait de redéfinir les standards de la plongée hexagonale, offrant des opportunités d'entraînement et de loisir uniques à un large public.

Le Complexe Aquatique "Mariannes 25" : Une Vision d'Excellence et d'Accessibilité

L'ambition du Castres Sports Nautiques de construire une fosse de plongée n'était pas nouvelle ; l'idée a germé en 2011 et a été le fruit de plus d'une décennie d'efforts. "Cela fait une dizaine d’années que l’on veut construire une fosse de plongée", a ainsi rappelé un responsable du club. Pour diverses raisons, la concrétisation de ce projet à Castres ne s'est pas avérée possible, menant la commune de Lautrec à se proposer d'accueillir cette initiative d'envergure. En accord avec les autorités locales, le futur complexe ne devait pas seulement inclure la fosse de plongée ; il prévoyait également une piscine de 25 mètres de long, dotée de cinq lignes de nage et d'une profondeur variant de trois à six mètres. L'ensemble, d'une superficie de 1 200 m², devait être baptisé "Mariannes 25", un nom évocateur en référence à la fosse océanique la plus profonde du monde, située dans l'océan Pacifique.

La vocation de cet équipement était multiple et inclusive. Il devait être ouvert toute l’année, accueillant le grand public, les scolaires, et les personnes en situation de handicap. Bien entendu, les clubs de plongée locaux et ceux venant de toute la France étaient également ciblés comme utilisateurs privilégiés. Jean-Marie Célariès, figure emblématique du projet, se réjouissait de l'engouement suscité : "On en entend déjà beaucoup parler en France." L'attractivité du site était telle que des clubs de plongée espagnols avaient déjà annoncé leur intention de venir s’entraîner à Lautrec, préférant cette nouvelle destination à leur habituel déplacement à Poitiers pour ce type de structure. L'impact positif sur le tourisme local était également un argument majeur, anticipant un afflux de visiteurs et de pratiquants, car "un plongeur ne se déplace jamais seul".

Le coût total de ce projet ambitieux était estimé à environ 7 millions d’euros hors taxes. Pour soutenir sa réalisation, le Castres Sports Nautiques avait obtenu de nombreuses subventions émanant de l’État, de la Région et du Département, qui devaient couvrir 63 % du financement. Le solde devait être assuré grâce à un prêt contracté par le CSN lui-même. Cette structure financière témoigne de la reconnaissance de l'importance et de la portée du projet par les différentes strates de l'administration publique.

Le Castres Sports Nautiques : Un Pilier des Activités Aquatiques et de la Formation

Le Castres Sports Nautiques (CSN) n'est pas un club ordinaire ; il est un acteur majeur et reconnu dans le domaine des sports aquatiques. Le club propose un éventail diversifié d'activités, incluant la plongée sous-marine, la nage avec palmes, l'apnée et le tir sur cible. L'encadrement de ces disciplines est assuré par des moniteurs diplômés, garantissant ainsi sécurité et professionnalisme aux adhérents. Le CSN est par ailleurs affilié à la Fédération Française d’Études et de Sports Sous-Marins (FFESSM) et agréé par le Ministère des Sports, des gages de sa légitimité et de la qualité de ses prestations.

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Au-delà des entraînements réguliers, le club organise fréquemment des sorties en mer, aussi bien en France qu’à l’étranger, avec des destinations comme l'Espagne ou la Corse. Ces sorties, ouvertes aux enfants comme aux adultes, s'adressent à des pratiquants désireux de loisir ou de formation. Elles constituent des moments privilégiés pour renforcer la cohésion du groupe et partager des expériences enrichissantes, créant ainsi un véritable esprit communautaire au sein du club. La réputation du CSN s'étend bien au-delà de sa région, notamment pour son expertise en matière d'handiplongée, domaine dans lequel le club est référencé nationalement. Cette capacité à accueillir et à former des plongeurs en situation de handicap souligne son engagement pour l'accessibilité et l'inclusion dans le sport.

L'expertise du CSN dans la formation est également un atout majeur. Pour la saison 2021-2022, le club a obtenu le label Qualiopi, une certification essentielle qui lui permet de développer des formations, notamment à l'attention des entreprises. En 2022, cette reconnaissance s'est traduite par la participation de 75 stagiaires à un stage de recyclage dédié à la formation de secouristes du travail, tandis que 19 stagiaires ont suivi la formation initiale. Cette diversification des activités de formation, au-delà de ses missions sportives traditionnelles, montre la capacité du club à s'adapter et à générer des ressources, devenant un acteur économique à part entière dans le tissu local.

Un Parcours Semé d'Embûches : Les Défis de la Réalisation du Complexe de Lautrec

La genèse du projet du complexe de Lautrec, qui aurait abrité cette fosse de plongée et cette piscine uniques, a été un véritable "long combat semé d’embûches", selon les dirigeants du CSN. Malgré l'enthousiasme général et la conviction des porteurs du projet, de nombreux obstacles se sont dressés sur leur chemin. L'idée, née en 2011, avait suscité un grand espoir, notamment au vu des diverses études de marché qui démontraient un intérêt prononcé de nombreux clubs français et espagnols pour une telle infrastructure. Rien que la région Occitanie compte 12 000 plongeurs, soulignant le potentiel considérable d'un tel équipement. Le projet avait même bénéficié d'un soutien politique de poids, avec la visite de la ministre des Sports Laura Flessel en 2018, celle du secrétaire d’État pour la ruralité Joël Giraud, et l'appui du député Jean Terlier. L'accord des élus du territoire et la perspective d'un intérêt économique et touristique significatif pour le département renforçaient l'optimisme.

Le premier écueil majeur est apparu lorsque le projet, initialement envisagé à l'Archipel de Castres, a dû être relocalisé. Une modification du Plan de Prévention des Risques d'Inondations (PPRI) a contraint le CSN à chercher un nouveau site. Le repli s'est alors opéré sur le site d'Aquaval, géré par la communauté des communes du Lautrecois-Pays d’Agout. Cette relocalisation était perçue comme une opportunité de valoriser ce site tout au long de l'année, offrant une nouvelle dynamique au territoire.

Cependant, les défis ne se sont pas arrêtés là. Un second écueil est survenu avec les exigences de l’architecte des Bâtiments de France, qui a initialement demandé un toit végétalisé pour le nouveau complexe. Bien que cette exigence ait finalement été abandonnée, elle a représenté une contrainte supplémentaire. Parallèlement, la Fédération Française de Natation a exigé que le bassin de natation dispose de cinq couloirs de nage, alors que le club en avait initialement prévu quatre. Ces ajustements ont inévitablement entraîné des surcoûts. Fort heureusement, la notoriété du club castrais et la reconnaissance de ses compétences ont permis que ces coûts supplémentaires soient acceptés et que le financement suive. Le Département, à l’unanimité, ainsi que la Région et l’État, ont continué d'apporter leur soutien financier à travers des subventions, et des banques privées se sont également engagées.

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Malgré ces ralliements, un dernier obstacle de taille est apparu. La Banque des Territoires, un acteur financier crucial pour les projets d'investissement public, a posé des conditions jugées si intransigeantes que les travaux, qui devaient initialement débuter à l’automne 2019, sont restés en suspens. Cette situation de blocage a été aggravée par la période de la crise de la Covid-19, suivie par la situation économique complexe de 2022, venant compromettre davantage la réalisation du projet.

L'Impasse du Financement : Le Verrou sur le Projet "Mariannes 25"

C'est avec une certaine amertume que Jean-Marie Célariès, le président du Castres Sports Nautiques, a révélé l'état actuel du dossier : "Nous sommes dans une situation de blocage, le dossier est suspendu." Cette déclaration a sonné le glas, ou du moins a fortement compromis, la réalisation du complexe aquatique "Mariannes 25" à Lautrec. La vision d'une fosse de plongée unique en France et d'une piscine complémentaire s'est heurtée à des réalités administratives et financières complexes, menant à une impasse après "12 années, un long combat".

La raison profonde de ce blocage réside dans un point de droit concernant le financement public des associations ayant des activités commerciales. Une demande de 'rescrit', formulée par la Banque des Territoires, a conduit les services des finances publiques à statuer qu'une association ayant des activités commerciales ne pouvait pas être déclarée d’intérêt général. Cette distinction est fondamentale, car le statut d'intérêt général ouvre la voie à des financements et des exonérations spécifiques. Or, les activités commerciales du CSN, telles que les formations professionnelles ou les stages payants, constituent "notre équilibre économique pour assumer nos coûts", comme l'a expliqué Jean-Marie Célariès. Sans ces revenus, la viabilité du club et sa capacité à gérer de tels équipements sont compromises. Face à cette interprétation rigoureuse, seule une dérogation du Ministre des Finances pourrait lever l'obstacle, une éventualité que le président du CSN juge peu probable : "Aujourd’hui seul le Ministre des Finances pourrait accorder une dérogation, mais il ne le fera pas, il aurait trop de dossiers sur les bras." C'est ainsi qu'une dynamique économique prometteuse, porteuse d'un fort potentiel de développement local et touristique, a échoué.

Les conséquences de cette non-réalisation sont multiples et profondes. Le centre nautique, par sa profondeur unique de 25 mètres et son diamètre de 8 mètres, aurait pu accueillir 20 plongeurs simultanément. Ses dimensions en auraient fait un site d'entraînement inégalé, capable de recevoir un grand nombre de clubs sportifs, de moniteurs indépendants, de sapeurs-pompiers, et de clubs handisport. L'ancrage national du CSN dans l'handiplongée aurait trouvé là un outil de développement exceptionnel. Les professionnels de la plongée voyaient d'un très bon œil ce lieu d'entraînement avant d'affronter les profondeurs océaniques. Le bassin de natation, avec ses 25 mètres et cinq couloirs, aurait par ailleurs accueilli tous les écoliers du territoire, actuellement privés d'un tel équipement pour l'apprentissage de la natation.

Malgré l'amertume et le sentiment de "beaucoup de temps perdu, beaucoup de travail", Jean-Marie Célariès a tenu à souligner un aspect positif : "Le CSN a gagné la reconnaissance nationale dans le milieu de la plongée." Il a également rendu hommage au travail considérable fourni par Gérard Miquel, le chef de plongée du club, "un vrai bénévole" qui a cru au projet. Cependant, l'émotion reste palpable face à un tel gâchis de potentiel et d'efforts, tout cela "pour rien" en termes de concrétisation physique de l'infrastructure.

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Le CSN Face aux Vagues : Résilience et Nouveaux Horizons Malgré les Adversités

Indépendamment du blocage du projet "Mariannes 25", le Castres Sports Nautiques a dû faire face à d'autres défis, notamment une situation financière "pas florissante, voire même préoccupante" après deux années impactées par la crise sanitaire. Lors de l'assemblée générale du club, Jean-Marie Célariès, alors alité pour cause de maladie, n'a pu être présent, mais ses collègues ont pris le relais pour évoquer l'avenir du club. Un des points noirs a été la non-réouverture de la piscine Caneton. Malgré la réouverture anticipée de la piscine de l'Archipel en septembre, les responsables du club espéraient vivement que la Communauté d'agglomération annonce des travaux pour la remise en état de la piscine Caneton et sa réouverture. Cette non-réouverture a été vécue comme "la fin de cette institution locale qui a vu tant de Castraises et de Castrais apprendre à nager." Jérôme Py, le directeur du club, a déploré que cela "sonne aussi la fin de l'espoir pour de nombreuses familles laissées sur le bord du bassin", soulignant l'impact social de cette décision. La fermeture a également privé le club de l'occasion de relancer un certain nombre d'activités essentielles, comme l'aquagym, les activités sport-santé et l'apprentissage de la natation.

Pour maintenir ses effectifs face à ces difficultés, le club a dû multiplier les initiatives. Une ristourne de 60 euros a été consentie aux anciens adhérents pour le renouvellement de leur cotisation. Des tarifications spécifiques ont été mises en place à l'attention des familles, et le Pass Sport, un dispositif étatique, a également été mobilisé. Ces mesures ont permis de stabiliser le nombre d'adhérents à 626 pour la saison 2021-2022. Cependant, le nombre d'adultes a connu une "chute libre", principalement en raison de la disparition des activités sport-santé développées à la piscine Caneton. La crise de la Covid a également modifié les comportements, avec un nombre croissant de personnes privilégiant désormais les activités en libre accès à l'extérieur, peu ou pas encadrées. Pour la saison 2021-2022, le club a enregistré un déficit significatif de 53 192 euros, témoignant de la fragilité de sa situation économique.

Malgré ces défis, des bonnes nouvelles sont venues égayer le tableau. L'obtention du label Qualiopi pour la formation, déjà mentionnée, est une avancée majeure. En plus des formations en secourisme au travail, le club a également brillé sur le plan sportif grâce à Camille Tissandier, médaillée d'argent au championnat de France élite sur 200m et 400m 4 nages, qui a défendu avec brio les couleurs du club. Face au manque de nouveaux créneaux horaires à l'Archipel, les dirigeants du CSN envisagent de développer l'organisation d'épreuves en eau libre sur des sites comme le lac du Laouzas et Saint-Ferréol, et pourquoi pas d'étendre ce circuit à l'échelle du département. Pour combler le déficit financier, Jean-Marie Célariès et son équipe misent aussi sur le développement des formations (notamment le secourisme au travail) auprès des entreprises locales et sur la participation à des postes de secours lors de nombreuses manifestations, comme le rallye Montagne Noire et l'épreuve du Dahu à Noailhac. Ces stratégies démontrent la résilience et la capacité d'adaptation du CSN à chercher de nouvelles voies malgré un environnement de plus en plus contraignant.

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