Risques et réalités de la plongée profonde dans le lac du Bourget

Le lac du Bourget, situé à l’extrémité sud du massif du Jura, dans le département de la Savoie, est un joyau naturel. Plus grande ville de son rivage, Aix-les-Bains borde cette étendue d'eau, tandis que Chambéry, capitale de la Savoie, se trouve à environ 10 km au sud du lac. Formé pendant la dernière période de glaciation globale dans les Alpes, la glaciation Würm, durant l’époque Pléistocène, le lac dispose d’une superficie de 44,5 kilomètres carrés. Son long et étroit axe nord-sud s’étend sur 18 km de longueur et varie entre 1,6 km et 3,5 km de largeur. Il est alimenté principalement par la rivière Leysse et d’autres petites rivières, et draine vers le Rhône par le canal de Savières, un canal artificiel. Il s’agit d’un site Ramsar. Malgré sa beauté, le lac est le théâtre d'accidents de plongée qui rappellent la dangerosité inhérente à cette pratique, en particulier lorsqu'elle devient technique ou profonde.

La complexité technique de la plongée en eau profonde

La pratique de la plongée sous-marine autour du lac du Bourget est une activité dynamique. Durant toute l’année, les centres de plongée accueillent aussi bien les débutants pour des baptêmes que des plongeurs confirmés. Ils organisent des plongées d’explorations, des formations CMAS/PADI, ainsi que des cours particuliers et du renforcement de niveau. Des stages enfants sont même dispensés aux petits plongeurs à partir de 8 ans, tandis que les plongées de nuit et le gonflage sont parmi les activités proposées par les moniteurs. Cependant, la plongée en eau profonde est une discipline radicalement différente, très technique, qui nécessite une préparation rigoureuse.

Ce type d'accident est plutôt rare, mais les plongées à 100 mètres de profondeur le sont aussi. Dans sa vie, un plongeur expérimenté va rarement jusqu'à 100 mètres de profondeur. Ces plongées extrêmes se pratiquent souvent au trimix, un mélange d'azote, d'hélium et d'oxygène. Avec ce type de gaz, la moindre erreur peut être fatale. Lors d'un événement tragique survenu un vendredi midi, un homme et une femme, tous deux moniteurs, sont morts dans un accident de plongée profonde sur la commune de La-Chapelle-du-Mont-du-Chat, sur la rive Ouest du lac du Bourget. C’est l’homme, âgé d’une soixantaine d’années, qui a appelé les secours vers 12H30 pour leur signaler que sa camarade avait eu un «problème pulmonaire» alors qu’ils plongeaient tous deux à plus de cent mètres de profondeur. Le profondimètre indiquait 104 m de profondeur. Après avoir remonté sa camarade, l’homme a indiqué aux secouristes, dans un appel paniqué, qu’il comptait redescendre dans le lac pour pouvoir observer des paliers de décompression.

Les facteurs physiologiques et psychologiques des abysses lacustres

Le site de Grande Cale est très recherché, mais dangereux à pratiquer. Se trouver à 100 mètres de profondeur dans l'obscurité, avec une telle pression, peut justement provoquer une angoisse, ou un sentiment de spleen. La fatigue peut jouer aussi. Or on n'est pas tout à fait la même personne à pareille profondeur. D'après les premiers éléments, la plongeuse aurait fait un malaise ou une crise de panique au fond, et serait remontée trop rapidement. Elle a été retrouvée en arrêt cardio-respiratoire, flottant en surface. Elle n’a pas pu être réanimée. Le plongeur serait lui aussi remonté trop rapidement. Il serait monté sur le bateau avec lequel ils étaient venus, pour appeler les secours. Puis il aurait plongé à nouveau pour "faire ses paliers". Mais trop tard. L’homme a finalement été retrouvé décédé à 45 mètres de profondeur.

Ces incidents soulignent que, même pour des moniteurs chevronnés, les contraintes environnementales du lac du Bourget imposent une vigilance extrême. Durant les périodes hivernales, la température du lac du Bourget descend à 6°C, tandis qu’en été, la température grimpe jusqu’à 25°C. Cette température diminue selon la profondeur jusqu’à ce qu’elle atteigne les températures d’hiver. De même pour la luminosité qui décroit après 20 mètres. Ces conditions altèrent la perception et la réaction du plongeur.

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Multiplicité des risques en milieu aquatique

Les accidents ne se limitent pas aux plongées extrêmes. Le 19 mars, un accident a eu lieu au lac du Bourget, en face du port de Châtillon à Chindrieux, où un homme âgé de 58 ans a été victime d'un accident de plongée. Le quinquagénaire, qui est parvenu à sortir de l’eau, se trouvait en arrêt cardiorespiratoire à l’arrivée des secours et a malheureusement succombé à ses blessures le lendemain. Un deuxième homme qui l’accompagnait a été hospitalisé. Un autre accident s'est produit ce lundi 20 mars, au lac du Bourget, à proximité de la commune d’Aix-les-Bains. Un homme a été pris d’un malaise après être sorti de l’eau, à l’issue d’une séance de plongée à quarante mètres.

Par ailleurs, un autre type d'événement a eu lieu samedi après-midi sur la rive ouest du lac du Bourget au site de Barmetta : un homme d'une soixantaine d'années a fait une "remontée panique" de cinquante mètres de fond sans respecter les paliers de décompression, sans doute à la suite d'un problème technique avec son détendeur. Ses deux compagnons l’ont accompagné jusqu'à la surface mais ont aussitôt replongé pour faire les paliers. L'homme a été évacué conscient. Ces épisodes illustrent la diversité des imprévus techniques, allant du dysfonctionnement du matériel à la gestion du stress en profondeur, qui peuvent transformer une plongée de routine en une situation de détresse critique.

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