Collioure, un joyau de la Côte Vermeille dans les Pyrénées-Orientales, est intimement liée à l'histoire de la voile catalane. Autrefois, le petit port abritait une importante flottille de barques catalanes, élégantes embarcations pointues qui jouaient un rôle essentiel dans la vie économique et culturelle de la région.
L'Âge d'Or des Barques Catalanes
Jusque dans les années 1960, ces barques à voile servaient principalement à la pêche à l'anchois et à la sardine. Ces bateaux étaient connus localement sous le nom de "Sardinals" et étaient armés pour la pêche au petit poisson bleu, qui faisait la fortune de Collioure à cette époque. Les pêcheurs partaient le soir et calaient leurs filets, dérivant toute la nuit avant de rentrer au port au matin. En hiver, les plus petites barques étaient tirées à terre, tandis que les plus grandes pratiquaient la pêche au bœuf, un chalut remorqué par deux bateaux.
La construction de ces barques faisait appel à des techniques traditionnelles et à des matériaux locaux. Ainsi, en 1912, Michel Aloujes, patron-pêcheur, fit construire une barque, Notre-Dame-de-Consolation, en chêne vert, pin et platane par le chantier Ferrer, la plus grande et la dernière barque construite par ce chantier à Collioure.
Le Déclin et la Menace de Disparition
L'avènement des bateaux à moteur plus grands a conduit à l'abandon progressif des barques catalanes par les pêcheurs. Ces embarcations traditionnelles ont bien failli disparaître complètement, menaçant un pan entier du patrimoine maritime catalan.
Cependant, dans les années 1980, un mouvement de sauvegarde a commencé à émerger, porté par des passionnés soucieux de préserver ces témoins d'un passé maritime florissant.
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Un Renouveau Passionné
Par Bernard Vigne - Il y a dix ans, quelques amis de Collioure réussissaient à préserver une barque catalane, aussitôt suivie d’une seconde puis d’une troisième. Un tel sauvetage semblait alors tenir du prodige, tellement on était passé près de la disparition complète de la flottille ! Aujourd’hui, celle- ci ne compte pas moins d’une trentaine d’unités en état de naviguer; réparties dans tous les ports de la région.
Aujourd'hui, une trentaine de ces unités sont en état de naviguer, réparties dans les ports de la région.
La restauration des barques catalanes est un travail minutieux qui nécessite un savoir-faire spécifique. Des charpentiers de marine comme Cédric Joulé consacrent entre six mois et deux ans à la restauration d'une seule barque, redonnant vie à ces embarcations en respectant les techniques traditionnelles. "Ce qui fait le charme de ce métier, c’est que seule la main de l’homme donne ces courbes et ces formes particulières", souligne Cédric Joulé.
L'association Collioure Voiles Latines joue un rôle essentiel dans la sauvegarde et la promotion des barques catalanes. Elle a notamment lancé un appel à la solidarité pour restaurer Idéal, une barque catalane traditionnelle. La restauration a débuté en novembre 2002, grâce aux efforts de bénévoles et de donateurs.
Notre-Dame-de-Consolation est un exemple emblématique de ce renouveau. Retrouvée à l'état d'abandon à Agde, elle a été restaurée avec passion par trois Catalans d'Argelès, René Conte, Michel Juncy et Jacques Portes. La restauration a été un véritable défi, nécessitant le remplacement de nombreuses pièces et la remise en état de la coque. Notre-Dame-de-Consolation a même participé au concours "Bateaux des côtes de France" à Brest, où elle a été saluée pour son élégance et son authenticité. Aujourd'hui classée monument historique, elle témoigne de la richesse du patrimoine maritime catalan.
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