Si on vous dit Finistère Nord… Vous pensez à un rivage au bout du monde et bordé de récifs, aux tempêtes et au froid, à une mer déchainée et aux naufrages… Vous n’avez pas tout à fait tort. Mais au-delà des idées reçues, la réalité peut être toute autre. On a même entendu dire qu’il s’agirait d’une des meilleures régions en France pour faire du kite. Au fil des baies, presqu’îles et archipels, le Finistère offre une longueur de rivage impressionnante. Sur les 5500 km de littoral français, le département en accapare 1250… Pour autant, le nombre de spots de kite reste limité. Le rivage est d’une extrême variété. Certaines plages de sables blancs sont longues de plusieurs kilomètres. D’autres minuscules, sont blotties au fond d’une crique. Et les récifs qui ont fait la réputation de ce pays de naufrageurs sont omniprésents. Le Finistère Nord est effectivement une région où la mer garde tout son caractère sauvage. Un caractère qui demande un minimum de sens marin pour y naviguer, mais aussi grâce auquel on y trouve quelques-uns des plus spots beaux français.
Analyse des conditions aérologiques et statistiques de vent en Mer Celtique
Devant le phare de l’Ile Vierge, l’amer le plus remarquable du Pays des Abers, les statistiques de vent sont particulièrement généreuses avec plus de 200 jours navigables par an. Et on parle bien ici d’un vent stable et régulier offert par les nombreuses dépressions qui passent par la mer Celtique. Rien à voir avec les bourrasques d’un vent off dont parlent nos amis occitans amoureux de la Tramontane. Un bémol toutefois, en ce qui concerne les statistiques du Finistère Nord : les vents thermiques sont très discrets. Au printemps, avec leur orientation nord-est, ils offrent aux kitesurfers quelques journées de navigation mémorables. Toutefois, ils se font rares l’été. En période cyclonique, en juillet et août, l’anémomètre plafonne régulièrement entre 8 et 15 nœuds.
Pour vous offrir les meilleures conditions d’apprentissage du Kitesurf et du Wingfoil, il est nécessaire de se déplacer en fonction des conditions météorologiques qu’offre la pointe du Finistère. Les écoles pratiquent sur de nombreux spots situés à 30 minutes de Brest, Landerneau et Morlaix. Cette mobilité est la clé pour capter les flux d'air réguliers venant du large.
Températures et équipement : La réalité derrière la légende
L’histoire dit que lors du naufrage du Titanic, alors que l’un des passagers bretons surnageait au milieu des glaçons, il aurait crié aux autres « ça va, une fois dedans, elle est bonne ! ». La température de l’eau du Finistère Nord, n’est pas, elle, une légende. Au plus chaud de l’été, elle dépasse difficilement les 17 - 18°C. Une combinaison intégrale 5-4mm est recommandée la plus grande partie de l’année pour maintenir une température corporelle optimale durant les sessions prolongées. A l’inverse, l’hiver, dans cette contrée sous influence océanique, la température de la mer passe rarement sous la barre des 10°C… Même principe pour la température ambiante. Cette inertie thermique maritime protège des froids extrêmes que l'on pourrait imaginer pour un "bout du monde", mais impose un équipement sérieux et adapté aux sports de glisse.
Comprendre la dynamique des marées et le marnage colossal
Dans cette Bretagne Nord de toutes les extrêmes, les marées sont parmi les plus importantes de la planète. Les marnages du Finistère Nord peuvent dépasser 8m. Pour les non initiés, bien comprendre la notion de marnage n’est pas très compliqué. Positionnez-vous les pieds dans l’eau au moment du plus bas d’une marée à gros coefficient. Attendez 6 heures. Vous serez alors immergé dans 8m d’eau. Ces mouvements colossaux de masses d’eau ont pour directe conséquence les courants marins. Plus raisonnables à proximité du rivage, ils peuvent atteindre cependant quelques kilomètres/heure.
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Ces courants sont dans tous les cas à prendre en considération lors de vos sessions. S’ils jouent contre vous, ils rendront votre vie de kitesurfer plus compliquée. Par exemple, pour récupérer votre planche après une chute, remonter au vent ou revenir à votre point de départ. A ce sujet, une mention particulière doit être faite pour les riders qui aiment naviguer loin, en particulier les foilers. En cas de problème, si vous devez revenir à terre à la nage en étant bon nageur, votre vitesse sera au mieux de 2 ou 3km/h. Et cela, sans matériel à remorquer. La gestion du temps de navigation par rapport au cycle de la marée est donc un paramètre de sécurité fondamental.
Les défis spécifiques du milieu : Récifs et "Goémon"
Le Finistère Nord est la capitale du « goémon ». C’est ainsi que nous appelons les algues. Elles sont omniprésentent et sous leur aspect paisible, elles réservent quelques embûches aux riders qui n’ont pas l’habitude de les pratiquer. Le cas classique survient lors d’une dévente ou suite à une erreur de pilotage : votre aile tombe à l’eau. Le temps de la redécoller, elle dérive. Une de vos lignes se coince sous des algues dont une extrémité est accrochée au fond et l’autre flotte à la surface. L’aile reprend de la puissance et vous tire alors sous l’eau.
Moins dangereux, mais très agaçant, sont les lignes enfouies sous les algues. On est toujours dans la situation où l’aile est à l’eau avec un vent léger. Cette fois-ci, ce sont des algues flottantes qui recouvrent une ou plusieurs lignes. Cela arrive en général à la limite entre l’eau et le sable, là où la marée montante a accumulé des quantités importantes de goëmon. Trop chargée au niveau des lignes l’aile ne redécolle pas, ce qui est une bonne chose. En revanche, dépêchez-vous de vous sortir de ce guêpier car plus vous attendrez et plus les lignes se chargeront. Vous pourriez rapidement avoir plusieurs centaines de kilos de goémon bloquant vos lignes. Armez-vous ensuite de patience pour défaire l’enchevêtrement.
Dernier point, la glissade-chute. Vous venez de décoller votre aile et marchez vers l’eau pour débuter une session bien méritée. Méfiance s’il vous faut passer sur des tapis d’algues, certaines sont particulièrement glissantes. L’enchaînement est alors réglé comme du papier à musique : votre aile tire un peu fort et vous partez en glissade-chute. Comme sur tous les spots du Finistère Nord, les zones de sable ne sont jamais très loin des récifs qui demandent de garder tout son bon sens marin. Evitez par exemple d’envoyer un saut de la mort à 100m au vent des cailloux.
Plounéour-Trez et la zone de Keremma : Un sanctuaire préservé
De Kerurus à la baie du Kernic en passant par les plages de Keremma, 5km de bord de mer accueillent les kitesurfers sur des spots aussi beaux que variés. Classé site Natura 2000, le site des dunes de Keremma offre des spots sauvages et préservés. Grâce à leur emplacement et à l’influence des marées, la baie du Kernic, la plage de Keremma et la baie de Goulven offrent de vastes espaces calmes et sécurisés. La formation des débutants y débute directement dans l’eau peu profonde pour le Kitesurf et le Wingfoil.
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Les spots de la zone fonctionnent principalement par vent de Ouest à Est, Nord-Ouest à Nord-Est étant les plus favorables. La notion de marnage prend tout son sens à l’Ouest de la zone. Sur les spots de Kerurus et de la Chapelle, la mer se retire à des distances marathonesques. Ces secteurs sont à réserver pour les navigations de mi-marée à marée haute. Tout comme la baie du Kernic, qui se vide avec le reflux.
Par gros coefficient, les courants peuvent être forts à proximité des baies de Goulven (Kerurus) et du Kernic, lorsqu’elles se remplissent ou se vident. Il est important de noter que l’ensemble du site est une réserve ornithologique. Plusieurs zones de quiétude des oiseaux ont été délimitées par le comité de pilotage de Natura 2000. Notamment, au fond de la baie de Goulven et de la baie de Kernic. Sans être interdite par arrêté, la navigation y est très déconseillée. Elle est également très mal vue aussi bien par les riverains que par les oiseaux.
L’offre nautique et multiactivités à Kermor B3
Le char à voile, développé dans la Baie de Goulven il y a déjà une trentaine d’année, est l’activité emblématique de ce lieu. Au fil des années, l’offre s’est étoffée pour en faire un véritable centre nautique en Bretagne, appelé Kermor B3. Aujourd’hui, seul, en famille, entre amis ou en groupe, vous avez la possibilité de pratiquer aussi le kayak, le stand-up paddle géant (jusqu’à 8 personnes), le tir à l’arc, l’escalade, le battle archery (nouveauté!) et autres multiactivité. Cette polyvalence permet de profiter du littoral même lorsque les conditions de vent ne sont pas optimales pour le kitesurf.
Sainte-Marguerite à Landéda : Le lagon mythique
Les spots de Sainte-Marguerite sur la commune de Landéda sont sans aucun doute les plus réputés de la région. Ils ont de quoi. A marée haute un lagon se forme. Si vous savez choisir le bon moment, vous naviguerez dans un vent régulier sur un flat glacis en ayant pied à peu près partout. Les nuances de l’eau sont d’une beauté étonnante, allant du blanc du sable au bleu profond du large en passant par le vert Caraïbe.
Navigable de Sud à Nord-Nord Est, les orientations idéales y sont Ouest et Nord-Nord-Ouest. Le lagon, appelé modestement « la bassine » par les finistériens, est navigable à partir de 5.50m d’eau, c’est-à-dire environ 2 heures avant et après la marée haute. Les coefficients idéaux se situent entre 40 et 80. Au-delà, les zones pour avoir pied sont réduites et le clapot reprend ses droits. En dehors du créneau marée haute, le spot reste parfaitement navigable. À pleine marée basse, il ne faut pas craindre de marcher : l’eau peut se retirer à 800m. Mais elle permet de découvrir des zones avec beaucoup de charme.
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Sur un spot d’exception, la fréquentation est naturellement plus élevée. Quelques parcs à huîtres apparaissent à marée basse ; il suffit de regarder un minimum autour de soi pour éviter les soucis. Par gros coefficient de marée (supérieur à 95) quand le lagon se vide, il peut générer un courant fort rendant le retour au bord difficile si le vent est faible. Du 1er juillet au 30 août, dans la partie sud, une zone de baignade interdit toute forme de navigation. Plusieurs parkings se trouvent à moins de 200m des plages.
Tréompan et les plages de Saint-Pabu
Les communes de Lampaul-Ploudalmézeau et Saint-Pabu offrent 2,8km de grandes plages quasiment continues. Le sable fin et blanc ravira vos enfants pendant votre session. Il est possible de naviguer sur toute cette zone. Le spot reste navigable quelle que soit la hauteur d’eau. A marée basse, la mer peut se retirer à plus de 500m, mais vous offrira généralement un plan d’eau avec de jolies zones de flat. Il sera plus clapoteux à marée haute. Par période de houle, de belles vagues se forment à la montante.
Les locaux savent choisir les horaires pendant lesquels ils auront le spot pour eux seuls. En période estivale, en particulier par Nord-Est, la zone attire du monde : des kitesurfs, des wingfoils et des planches. Mais elle est grande, ce qui permet de répartir la fréquentation. Quelques récifs jalonnent les plages ; ils sont visibles et ne sont pas vraiment problématiques. Gardez juste en tête qu’en vous éloignant significativement du bord, vous entrez dans des zones où les courants sont présents. L’été, un espace à l’extrême ouest est réservé aux écoles. Plusieurs parkings sont à proximité directe des plages.
Spots de vagues : Les Blancs-Sablons et Le Dossen
Situé en face de l’ile de Ouessant au cœur de la Mer Celtique, le programme est annoncé : la Plage des Blancs-Sablons est avant tout un spot de vagues pour riders confirmés. Les orientations de vent vont de sud-ouest à nord, les plus favorables étant de ouest à nord-nord-ouest. Ici, la mer ne se retire jamais très loin. Par contre, attention aux marées hautes dont le coefficient est supérieur à 80. La plage cernée de falaises est alors très réduite, sinon inexistante. Ce n’est pas un spot de débutant. Avec une houle formée, les vagues sont parfois imposantes. Se méfier notamment de la marée haute, non seulement car la plage disparait, mais aussi car les vagues ferment de plus en plus et que le vent devient rafaleux. Les Blancs-Sablons n’est pas le spot le plus fréquenté par les kitesurfers, mais il attire beaucoup les surfers, bodyboarders et windsurfers. Du 1er juillet au 31 août, une zone de baignade est mise en place dans la partie ouest.
Plus à l’est, à côté de Roscoff, la plage du Dossen s’étend sur 1.5km de sable fin. Elle est particulièrement réputée pour ses vagues. Le secteur le plus favorable va de sud-sud-ouest à ouest, mais le spot reste navigable de sud à nord. En été, le spot est souvent envahi par les algues vertes, en particulier à l’embouchure de la rivière au sud. Elles sont un vrai problème notamment pour les débutants. Dès qu’une ligne touche l’eau elle se charge de ce goémon salade et la vie de rider devient tout de suite plus compliquée. Du 1er juin au 15 septembre, une grande zone de baignade est délimitée par des bouées jaunes, occupant une bonne partie de la plage. La zone de préparation et de départ kitesurf est alors située au nord. Deux parkings sont à proximité directe de la plage.
L'expérience des Downwinds et les secrets du littoral
Le Finistère Nord offre quelques downwinds dignes des meilleures destinations internationales. La balade en longeant des récifs majestueux vous emmène d’ilots en ilots, de phare en phare à la découverte de criques parfaitement flat et de paysages poignants. Ce type de navigation demande bien sûr un minimum de niveau et de connaissance du milieu.
De nature prudente, il convient de mentionner l'existence de « secrets spots ». Ces sites dont les locaux ne préfèrent pas parler ne sont pas les plus safes, ni les plus accessibles, mais offrent des navigations grandioses. Si vous êtes sympa, il ne sera pas trop difficile de faire parler les kitesurfers finistériens au sujet de ces spots confidentiels.
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