Le personnage de Kid Paddle apparaît pour la première fois en 1994 dans le magazine Spirou, en marge de la rubrique Shazam présentant les jeux vidéo du moment. Son nom n'est pas donné : on trouve juste un texte à côté de l'illustration : « Qui c'est celui-là ? Dans trois semaines, il apprend à se servir d'une console ! ». La semaine suivante, on le retrouve, toujours en marge de la rubrique Shazam, dans une illustration où il se trouve séparé de sa console de jeux par divers obstacles sortis de divers jeux vidéo (bombes, piques et monstres). Le texte à côté précise : « Il n'a plus que deux semaines pour déjouer tous ces pièges ! ». Il passe sa vie à dégommer des monstres gluants et terrifiants. Pourtant, Kid Paddle n'est pas un agent spécial intergalactique. C'est juste un gamin, véritable pro des jeux-vidéo.
Origines et naissance d’une icône de la BD
Comme Hergé et Franquin, c’est dans la commune bruxelloise d’Etterbeek que Michel Ledent, dit Midam, voit le jour en 1963. En 1992, il anime diverses rubriques dans Spirou, mais ce n'est qu’un an plus tard qu'il renouvelle la rubrique consacrée aux jeux vidéo en créant le personnage de Kid Paddle. Dans le numéro 2890 du 1er septembre 1993, la rubrique Shazam devient : Pas de Joystick pour Kid Paddle, dont chaque planche illustre un des trois jeux vidéo présentés dans la rubrique par Patrick Pinchart. Mais Midam, qui n'est pas un fan de jeux vidéo, prend cette rubrique comme une occasion de se faire un nom car selon lui : « J'aurais pu animer la rubrique cuisine et Kid se serait probablement appelé Kid Chantilly. Tout ce que je voulais, c'était raconter des histoires ».
Depuis sa première apparition dans Spirou, en 1992, et ce même entre sa première et sa quatrième apparition, le dessin de Kid a changé : les personnages, proportionnés à l'origine, ont progressivement évolué vers le dessin actuel, où la tête est disproportionnée par rapport au corps. L’enthousiasme grandissant des lecteurs poussent Midam et le rédacteur en chef de Spirou, Patrick Pinchart, à passer de la demi-page à la pleine page. Puis, après quatre ans d'existence de Kid Paddle, un premier album paraît aux éditions Dupuis en 1996, intitulé Jeux de vilains. Depuis la parution du premier album, plus de 6 millions d’albums de Kid Paddle ont été vendus. D'après le site officiel de Midam, « en comptant le nombre d’albums vendus et la pléthore de produits dérivés, ce sont plus de 5 000 tonnes qu’il aurait dû transporter ».
Un univers peuplé de personnages récurrents
Cette série présente les aventures d'un garçon d'une dizaine d'années, nommé Kid Paddle, fan de jeux vidéo, qui a tendance à confondre les univers de ses jeux avec le monde réel. Il apprécie particulièrement les jeux vidéo et les films « gores », comme il les qualifie lui-même avec délectation. Autour de lui gravite une bande d'amis et une famille qui subissent ses obsessions.
Big-Bang est un petit génie en chimie et mathématique, meilleur ami de Kid, qui invente tout le temps des gadgets. En réalité, lors de ses premières apparitions, Big n'était qu'un technicien de pacotille mais au fur et à mesure des tomes, les inventions finissent par fonctionner. Horace Beckett est l'autre meilleur ami de Kid, très naïf et pas franchement une lumière qui se retrouve souvent blessé. Il est fan de Rikiki, un canard rose avec un nœud de papillon. Monsieur Paddle, le père de Kid et Carole, a une existence trop banale au goût de son fils qui l'imagine souvent, dans ses rêveries, en super héros. Carole Paddle, la sœur de Kid, le prend pour un débile profond et un décérébré. Enfin, Mirador est le patron de City Game, la salle d'arcade préférée du trio.
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Régulièrement, Kid et ses acolytes tentent d'aller voir des films qui leur sont interdits à cause de leur jeune âge. Ces tentatives témoignent d'une certaine ingéniosité, comme celle de monter les uns sur les autres en dessous d'un long manteau pour mesurer la taille requise, mais se soldent toutes par un échec, causé tantôt par la maladresse d'Horace, tantôt par les bavardages du caissier, tantôt par une mésaventure en rapport avec le sujet du film.
L’évolution vers le spin-off Game Over
En 2004, une série « spin-off » de Kid Paddle intitulée Game Over paraît, mettant en scène l’avatar virtuel de Kid Paddle : « Le Petit Barbare », évoluant dans un jeu vidéo. Pour ce projet, Midam collabore avec Adam Devreux au dessin et s’entoure de divers scénaristes. Au fil des années, les recueils de gags de Kid Paddle ont laissé place aux mésaventures gores de son petit avatar. Alors que les marottes du Kid Paddle des années 90 ont tendance à être dépassées à une époque où le jeu vidéo se joue de moins en moins sur borne d’arcade et de plus en plus sur smartphones, la série continue d'explorer des sommets de trucidages et autre trépassages du barbare par des monstres blorks plein de pustules.
Actualité éditoriale et artistique autour du tome 16
Trois ans après nous avoir réjouis de ses déviances de geek, Kid Paddle revient avec son seizième tome. La véritable nouveauté de cet album vient du fait que Midam a « délégué » la réalisation du dessin à Ian Dairin, auteur de « Katz ». Pour reprendre une interview du créateur du Kid : « pour le moment, je me consacre à la réalisation de peintures et à la direction de studio. J’ai également un nouvel assistant qui s’appelle Ian Dairin qui a repris le dessin de Kid Paddle. Nous avons fait des tests et j’ai effectué des corrections pour essayer d’arriver à un résultat le plus proche de ce à quoi les lecteurs sont habitués ».
Si, pour un lecteur non averti, le résultat est effectivement proche, les puristes noteront le trait des personnages influencé par le style de Dairin. Un exercice qui n’est certainement pas aisé que celui de s’approprier le dessin de quelqu’un d’autre. Dans ce volume, Kid et son pote Horace ont super envie d’aller voir le dernier film d’horreur, La Nonne, interdit aux moins de 18 ans. Leur super bonne idée géniale pour duper le vendeur de ticket, c’est de se déguiser en religieuse. Comme ils le font souvent, l’un grimpe sur les épaules de l’autre et une grande toge leur donne la silhouette d’un adulte unique. En haut, avec le visage entouré d’un voile, Horace entend alors le guichet l’appeler « ma sœur ». Il fait un aparté avec Kid pour comprendre… puis quand il se retourne, le guichet l’appelle « ma mère ». Le guichet sent l’embrouille et annonce que la séance est complète.
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