L'émergence d'une figure médiatique controversée
Karim Braire, un nom qui, pendant plusieurs années, a circulé dans les sphères du surf de grosses vagues et des médias grand public. Cet homme, âgé aujourd'hui de 44 ans, a longtemps cultivé une image soigneusement scénarisée. En 2017, son livre Zarma Sunset, publié aux éditions Michel Lafon, lui ouvrait les portes des plateaux télé et des magazines. Il y racontait une ascension fulgurante : celle d’un jeune d’Orléans sans ressources, dormant dans sa voiture, devenu, par la seule force de la volonté, surfeur de grosses vagues reconnu. Une fable séduisante, relayée jusque dans un film, La Source, sorti en 2019.
Pourtant, ce récit a été sévèrement contesté par le milieu professionnel. L’Équipe magazine en avait démonté les incohérences dès 2017. Le démenti, resté assez confidentiel, n’avait pas empêché la sortie du film. Plusieurs surfeurs avaient assuré avoir été menacés après avoir mis en doute ses prétendus exploits, et Karim Braire a par ailleurs été condamné la même année pour s’en être pris à des surfeurs ayant remis en cause son parcours. Il faut dire que rien ne reliait au départ Karim Braire aux vagues de la côte atlantique. Élevé dans la banlieue d'Orléans, il connaît une enfance difficile où précarité et délinquance sont d'actualité après la mort de son père en 1996. "Je ne comprenais rien à l'école et l'école ne me comprenait pas (…) La rue nous tend les bras, à l'inverse d'autres institutions, et elle nous fait lorgner la facilité de l'argent mais forcément dans l'illégalité", raconte celui qui a été condamné pour cambriolage.
La construction d'un mythe personnel
Le chemin vers l'océan s'ouvrira en 1999, face à un magazine de surf. "C'est comme si j'avais un bouton à l'intérieur de moi. Je savais que j'étais surfeur mais il n'y avait que moi qui le savait", poursuit-il. Baccalauréat, diplôme de sauveteur et permis en poche, Karim Braire quitte alors Orléans pour Biarritz : "Je passe d'un univers vertical avec les barres HLM à un univers horizontal avec la mer en face de moi." Pourtant, le tableau n'est pas encore idyllique pour ce "gamin" des cités. En hiver, Karim Braire connaît de nouveau la pauvreté et la précarité. "Je deviens clochard, je vis dans ma voiture. J'essaye tant bien que mal d'essayer à surfer mais étant rejeté par la communauté de surfeur local, c'est très compliqué", détaille-t-il. La rencontre du responsable de Quicksilver, Bernard Mariette, va cependant bouleverser sa vie. Après un retour sur la côte atlantique, Karim Braire découvre alors le surf tracté. "Cette discipline a fait rebondir ma carrière, m'a redonné un second souffle. Je vis un rêve tous les jours", glisse-t-il. Ce récit lui avait valu plusieurs articles de presse et des apparitions dans des émissions de télévision, comme « Salut les Terriens » ou « Sept à huit », jusqu’à ce que le milieu du surf professionnel ne mette à mal la « supercherie ».
Le basculement dans la réalité judiciaire
Derrière ce vernis médiatique, les enquêteurs décrivent une emprise de quatorze ans sur sa compagne et leurs enfants. Mythomane, violent, narcissique… Un homme connu pour son passé contesté de surfeur de grosses vagues comparaît devant la cour criminelle des Pyrénées-Atlantiques, pour des viols et tortures sur son ex-conjointe et des violences sur ses enfants. En détention provisoire depuis septembre 2022, Karim Braire, 44 ans, conteste ces faits qu’il est accusé d’avoir commis entre 2016 et 2022, au Pays basque et au Maroc, où la famille avait déménagé en 2020. Devant les juges de Pau, il répondra de l’emprise qu’il aurait exercé, des années durant, sur sa compagne et leurs trois enfants. L’accusé nie tout en dénonçant des « stratagèmes » destinés à lui nuire. Selon L’Equipe, il évoque davantage des « jeux sexuels » avec sa compagne, qui auraient donc été consentis. Karim Braire, affûté et bien droit dans son box des accusés, muscles saillants sous son pull, a tenté, à l'ouverture de son procès, de faire acte de contrition. Affirmant qu'il était prêt à « prendre ses responsabilités », « assumer » ce qu'il avait pu faire, « dire la vérité » ; regrettant de s'être « emmuré dans le mensonge ». Mais à la première question de la présidente : « Reconnaissez-vous l'intégralité des faits ? », il a douché tout espoir des parties civiles : « Ahhh, du tout ! », a répondu l’accusé.
La réalité des violences et des sévices
Revenue en France fin 2021 avec le dernier, alors nourrisson, la compagne de Karim Braire est empêchée de rentrer au Maroc par la pandémie de Covid-19. Quand elle y parvient à l’été 2022, une « punition » l’attend. Selon son récit aux enquêteurs, elle est alors séquestrée dans le sous-sol de la maison, sans aération et sans eau pendant une semaine, et battue chaque nuit à coups de câble électrique. Elle « se voit mourir », relatent ses avocats, Mes Jon Bertizberea et Camille Leduc. Elle profite d’une sortie de son mari pour fuir avec ses enfants à Tanger, où on l’autorise à regagner la France, après examen médical qui révèle des traces d’hématomes et d’ecchymoses sur son corps, selon Le Parisien.
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Sa compagne a dénoncé des violences et des pratiques sexuelles imposées, parfois extrêmes. Les deux aînés auraient également été frappés à coups de sandales et de câble électrique quand ils n’avaient pas de bons résultats sportifs. Leur père les contraignait à des entraînements très poussés malgré leur jeune âge, à en provoquer des vomissements, selon des témoins. Notamment sa fille de 12 ans qui qualifie son père de « malade mental », évoquant des pulsions de violences qui auraient pu aboutir à un meurtre, relate encore Le Parisien qui la cite : « Même si j’avais dû faire trente ans de prison, au final, on aurait été contents. » Quant à son frère âgé de 7 ans, il affirme avoir toujours la boule au ventre quand il joue au foot. Nombreux dénoncent les menaces physiques et verbales de Karim Braire, quand ils ont osé lui tenir tête. L’enquête a fait émerger plusieurs dépôts de plainte ou de main courante, pour des menaces physiques et verbales de Karim Braire, de la part d’une directrice d’école, de la sœur de la victime, d’anciens collègues ou voisins.
Le portrait psychologique dressé par l'enquête
L’enquêteur de personnalité, ancien commandant de Section de recherche, a évoqué tous ces petits éléments, parfois insignifiants, mais qui lui laissent penser que Karim Braire entretient un rapport fluctuant à la vérité. N'a-t-il pas raconté à des proches que son père était mort dans un crash d'hélicoptère tandis qu'il épandait des pesticides sur ses nombreux hectares de champs, alors que son papa est en réalité décédé dans un accident de voiture ? Intelligent, fourbe, manipulateur, pervers malsain, violent, sadique, se croit tout-puissant, sans foi ni loi, égocentré, très dangereux, mythomane.
D’autres témoins évoquent ses « histoires à dormir debout », son côté « manipulateur ». Pour qu'un mythomane puisse exercer toute l'étendue de son talent, encore lui faut-il un auditoire. Et peut-être Karim Braire croyait-il en avoir trouvé un, ce lundi matin, en la personne des cinq juges composant la cour criminelle des Pyrénées-Atlantiques. Des personnes réceptives à ses histoires, qui peuvent douter, interroger, certes, mais auxquels il peut répondre et jauger son art de convaincre. Car des interlocuteurs, Karim Braire commençait à en manquer… Sa famille maternelle, avec qui il a « de bonnes relations », jure-t-il, ne vient pas le voir au parloir. Ses anciens amis, qui auraient assisté, naguère à ses exploits de surf, ne veulent pas en témoigner à la barre, et n'étaient d'ailleurs plus trop sûrs de ce qu'ils avaient vu lorsqu'ils ont été interrogés durant l'enquête. Quant à sa propre famille, elle le déteste. Ses ex-compagnes, terrifiées, ont fourni un certificat médical et se sont fait porter pâle, priant la cour d'excuser leur absence.
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