L'évolution des sports de glisse a connu un tournant majeur avec l'avènement du hydrofoil, une technologie qui transforme radicalement notre rapport à l'océan. Pour saisir l'essence de ce phénomène, il est nécessaire de revenir aux fondamentaux et d'explorer les innovations portées par des figures emblématiques comme Kai Lenny.
Les fondements physiques du vol sur l'eau
Peux-tu nous rappeler ce qu’est un foil ? Je vais expliquer simplement : les foils fonctionnent grâce à la pression de l’eau, on a un profil très marqué d’un côté et un profil plus fin ou plat de l’autre. Sur le profil le plus marqué (au-dessus), les molécules d’eau sont accélérées pour arriver en même temps que les molécules d’eau qui sont de l’autre côté (dessous). Ensuite, c’est de la physique, le Théorème de Bernoulli dit qu’à altitude égale, la pression d’un fluide diminue quand sa vitesse augmente et augmente quand sa vitesse diminue.
C’est cette différence de pression qui crée la portance, permettant à l'aile immergée de soulever l'ensemble planche-rider hors de la surface. Le foil équipe les multicoques - GC32, Diam 24, Moths, Flying Phantom - et a récemment séduit les monocoques avec les Imoca. Cette "aile" permet au bateau de se soulever de l'eau lorsqu'il atteint une vitesse importante et d'aller très vite grâce à la réduction des traînées d'eau. Dorénavant, c'est un nouveau support de sport de glisse qu'il s'apprête à équiper.
La genèse d'une passion : De l'expérimentation au vol libre
Le foil, on en a tous rêvé. Laird Hamilton dès 2006 avait les pieds sur un foil de Air Chair transformé avec des chaussures de ski. Manu Bertin lui a été le premier à y croire avec des prototypes en titane. Mais c’est ensuite un Hawaïen, alors inconnu, qui a eu l’idée de fabriquer le premier foil en Carbone pour le kitesurf. À la suite de ma rencontre avec Mango, je suis devenu l’importateur pour la France et j’ai créé en parallèle de mon shop FreeRide Attitude la société Taaroa.
Rapidement, nous avons compris que le foil Carafino était limité car les profils n’avaient pas vraiment été étudiés. J’ai la chance d’avoir un ami, Franck Adam, qui a d’énormes connaissances et qui bricole beaucoup. Mango n’a pas suivi, nous a livré des produits défectueux et nous a lâchés. Bref, l’aventure ne s’est pas terminée comme nous l’aurions souhaité. J’ai du coup arrêté toutes recherches après les premiers championnats du monde en 2012 où j’avais terminé 6ème. Franck a continué quant à lui à bricoler et à aider de nombreuses marques ces dernières années à faire évoluer le foil sans profit. Depuis l’an dernier, nous avons pour projet l’adaptation d’un foil pour le downwind en SUP. Persuadé que cela pourrait marcher, il ne me manquait que le temps et une planche à sacrifier.
Lire aussi: Rêve de glisse en SUP Foil Downwind
Kai Lenny et la démocratisation du Downwind Foil
En avril 2016, Kai Lenny a montré au monde ce qu’il faisait sur son hydrofoil : un vol sans fin de bosse en bosse en pleine mer, quelque chose que personne n’avait jamais vu auparavant. Water-man. Ce terme colle à la perfection à Kai Lenny, dont la relation à l’océan s’est forgée dès sa naissance. À 9 ans, il pratiquait déjà le surf, le kitesurf, le windsurf et le stand up paddle, et côtoyait Laird Hamilton et Robby Naish.
Dans la vidéo, Kai Lenny utilise une planche de Race Naish recoupée sur l’arrière, le boîtier du foil a été placé à environ 40 cm à l’arrière de la poignée. Je pense qu’on doit du coup avoir une planche de 3 m / 3 m 20. On voit Kai Lenny pas mal osciller d’avant en arrière. En fait, il « pompe » pour relancer le foil et le stabiliser. Il faut savoir que quand l’appui est sur la jambe arrière, le foil monte et quand il est devant il redescend. Le Naish Malolo, surnommé "Flying Downwind", est une planche de paddle standard équipée d'un foil. Ce SUP hydrofoil, conçu par Alex Aguera (Go Foils), permet d'allier vitesse et performance par temps venteux.
Techniques et apprentissage du vol en haute mer
Il est important de comprendre que c'est un sport exigeant et qu'il faut vraiment un bon niveau de compétence. La différence avec le foil classique est que vous allez plus vite que n’importe quel autre engin. Cela fait une énorme différence car vous êtes capable de surfer la houle de fond ainsi que la houle générée par le vent. Sur un surf foil, vous pouvez y parvenir si vous êtes tracté, car il est vraiment difficile d'attraper les bosses sur une très petite planche ; cependant, c'est faisable.
Pour le pompage, il est très important de comprendre comment le foil fonctionne. Une fois que vous perdez votre vitesse (en raison d'un éloignement de la phase de puissance, d'un manque d'énergie de l'eau, d'un contre-courant, etc.), vous descendez, et pour remonter, vous devez alléger la charge sur la planche : c’est l’action de pompage. Il faut alors relâcher la pression, alléger le poids sur la planche et continuer à pagayer pour que le foil se soulève. Quand la planche se lève, vous devez mettre la bonne quantité de pression sur votre pied avant pour maintenir la planche à niveau. En mode vol, ce n’est pas le moment de se reposer !
Le matériel et les conseils pour débuter
Pour un Downwind Foil, une planche avec une longueur entre 6’ et 7’ est idéale et son volume dépend de votre taille, de votre poids et bien sûr de votre niveau. En SUP foiling, vous avez un niveau de stabilité latérale accru, ce qui signifie que vous pouvez aller vers des largeurs plus fines. Il est plus facile de commencer avec un grand foil, au moins 2000 cm².
Lire aussi: Kayak gonflable Bestway Hydro-Force : Test et avis
Pour les débutants, je recommande une pagaie d’occasion. Rangez votre belle pagaie neuve et chère car vous pourriez la casser ! Certains aiment les pagaies courtes, d’autres les plus longues. Vous aurez besoin d’un équipement de sécurité : un leash, un gilet de sauvetage, et le port du casque peut être une bonne idée. Le vent doit être assez fort, au moins 20 nœuds. Avant de partir sur un parcours classique, je recommande de commencer sur des sessions plus courtes (2 km maximum). Si vous ne trouvez pas de parcours court, faites du près/vent arrière ; ce n’est pas très amusant, mais vous devez pratiquer !
#
Lire aussi: Comprendre l'hydrojet d'un jet-ski