Le monde des sports nautiques est en constante évolution, et l'intégration de la motorisation a profondément transformé certaines pratiques, en particulier celles liées au surf. Deux phénomènes distincts, bien que parfois confondus, illustrent parfaitement cette dynamique : le Surf-Jet, ou Jet Surf, une planche motorisée offrant une autonomie inédite, et l'emploi du jet-ski traditionnel comme outil essentiel de sécurité et de performance dans le surf de très grosses vagues. Si le premier ouvre de nouvelles perspectives de glisse pour tous, le second soulève un débat crucial sur la sécurité, l'éthique et l'impact environnemental dans des environnements marins extrêmes. Cet article se propose de décrypter ces facettes du "jet ski surfeur", en explorant leurs origines, leurs spécificités, leur développement et les enjeux qu'ils représentent.
Le Jet Surf : La Glisse Autonome et Révolutionnaire
Le Surf-Jet, ou Jet Surf, représente une innovation marquante dans le paysage des sports de glisse. Il s'agit d'un hybride entre une planche de surf classique et un wakeboard, une fusion ingénieuse qui permet à son utilisateur d’avancer sans la force des bras. Cette planche est propulsée par une turbine intégrée, offrant ainsi une totale autonomie et la possibilité de s'élancer sur un plan d'eau sans dépendre des conditions météorologiques telles que la houle ou le vent.
Définition et Concept : Une Nouvelle Forme de Glisse
La caractéristique principale du Jet Surf est sa capacité à recréer les sensations du surf classique même dans les lieux où les vagues ne sont pas réellement au rendez-vous, comme en Méditerranée. Cette planche révolutionnaire permet de ressentir toutes les sensations procurées par un surf classique grâce à une propulsion motorisée. La prise en main du Surf-Jet est assez rapide. Vous commandez la planche à l’aide d’une poignée qui vous permet de contrôler facilement la planche, que ce soit pour manœuvrer ou avancer. À mi-chemin entre le surf ou le paddle et le jet-ski, il permet de s’offrir une session en toute liberté, sans se soucier de la houle, du vent ou d'autres éléments extérieurs. Exit le vent, la rame, la houle ou la nécessité d’être tracté par un bateau ; le jet surf permet de profiter pleinement de la propulsion d’un moteur intégré à l’arrière de la planche.
Origines et Évolution Technologique : De l'Usage Militaire à la Sportification
L'histoire du Jet Surf, telle que nous la connaissons aujourd'hui, est une invention relativement récente, ayant vu le jour dans les années 2000. Cependant, l'idée d'une planche de surf motorisée remonte aux années 80, lorsque des ingénieurs tchèques ont créé un prototype pour répondre aux besoins de l'armée. À l'origine, cette planche était destinée à des missions de reconnaissance et de sauvetage en mer, soulignant son potentiel dès ses premières conceptions.
Le Jet Surf moderne est né de la vision d'un surfeur et ancien ingénieur de Formule 1 tchèque, Martin Sula. Frustré par les conditions de surf médiocres en République tchèque, Martin Sula a eu l'idée de développer cette planche motorisée. L'histoire du jet surf débute en 2008 sous son impulsion, à la tête de l’entreprise éponyme Jet surf. Cet ingénieur automobile tchèque décide d’intégrer un moteur sur une planche de surf, donnant naissance aux premiers Jet Surf. Le premier Jet Surf a été présenté en public en 2010, lors d'un salon nautique à Prague. La réaction a été immédiate et positive, conduisant à la fondation de la société Jet Surf pour développer et commercialiser cette innovation.
Lire aussi: Thème Surf Chambre Enfant
Les innovations technologiques ont rapidement permis d'améliorer la performance et l'efficacité des planches. Aujourd'hui, les modèles sont plus légers et plus puissants. Nos planches sont 100% carbone, ce qui les rend légères et faciles à manœuvrer. Le moteur est alimenté par de l'essence et de l'huile, stockées dans un réservoir à bord de la planche. La puissance générée par le moteur est utilisée pour entraîner une turbine qui projette de l'eau à haute pression à travers une buse située à l'arrière de la planche. Quant aux mensurations initiales, elles étaient d'environ 1m80 de long, 60 centimètres de largeur et 15 centimètres d’épaisseur pour une planche en carbone, équipée d'un moteur de 100 centimètres cubes permettant une propulsion à plus de 50 km/h au-dessus de l’eau.
Contrôle, Sécurité et Expérience de Glisse
Le surfeur utilise une télécommande pour régler la vitesse et la direction, ce qui lui permet de glisser sur l’eau avec une grande précision. En inclinant son corps et en faisant pivoter la planche, le surfeur peut changer de direction et prendre des virages serrés à grande vitesse. L’accélération se fait par l’intermédiaire d’une gâchette, sur le même modèle que les skates à moteur. Cette gâchette est fixée au bout d’un leash, attaché à l’avant de la planche. Comme en jet-ski, le rideur porte une sorte de bracelet relié à l’accélérateur. En cas de chute, le bracelet fait sortir une clé de la gâchette, ce qui désactive la motorisation, garantissant ainsi une sécurité essentielle pour l'utilisateur. Le Jet Surf offre une expérience unique de surf, alliant la puissance d'un jet-ski à la maniabilité et l'agilité d'une planche de surf traditionnelle.
Accessibilité et Démocratisation
En France, l'association Roule Nature se distingue en étant la seule à proposer cette activité pour les personnes valides ou handicapées, soulignant l'aspect inclusif de cette pratique. Le Jet Surf est pourtant une activité en pleine expansion à l’étranger, et a déjà de nombreux ambassadeurs, notamment en Australie et aux Etats-Unis. Le jet surf est aujourd'hui une pratique sportive à part entière, avec des compétitions organisées dans le monde entier et une communauté de passionnés qui ne cesse de croître.
Conseils pour les Débutants et Perspectives d'Utilisation
Vous n’aviez plus à vous soucier de la houle, du vent, ou autres éléments extérieurs, mais cela n'est pas totalement vrai en phase d'apprentissage. Si vous débutez, il est fortement recommandé de privilégier un plan d’eau calme, sans houle, et peu venté. Cela vous permettra de vous familiariser avec les spécificités de la planche à moteur que vous avez sous les pieds. Il est conseillé de commencer par prendre petit à petit de la vitesse tout en gardant une trajectoire rectiligne. Ensuite, vous pourrez vous essayer à quelques courbes façon zig-zag. Comme en surf, il est important d’avoir les appuis fléchis, particulièrement la jambe avant. Afin de bien maîtriser la planche à moteur, votre poids doit être placé sur l’avant, ce qui aidera à maintenir votre équilibre. De nombreuses vidéos de jet surfeurs sont disponibles sur internet, offrant des démonstrations de ce qu'il est possible de réaliser avec ces "bécanes aquatiques".
Bien que le jet surf ne soit pas particulièrement conçu pour prendre des vagues, se rendre au pic en chevauchant votre planche de surf à moteur peut s’avérer dangereux pour vous, comme pour les autres surfeurs. Cependant, certains surfeurs professionnels s’y sont essayés, dont Kai Lenny, qui a dompté la mythique vague de Jaws en jet surf il y a quelques années, démontrant le potentiel de cette technologie même dans des conditions extrêmes.
Lire aussi: Pokémon Surfeur : Valeur et rareté
Le Marché et les Marques : Une Concurrence en Croissance
Jet Surf n’est plus la seule société sur le marché du surf motorisé. De nombreuses marques ont depuis développé des planches de surf à moteur. Elles ont cherché à améliorer les performances mais surtout à rendre cette nouvelle discipline plus vertueuse. En 2019, la société monégasque Cobalt a lancé son premier Esurf. À l’inverse du moteur thermique, l’électrique n’est pas bruyant et ne nécessite pas de pot d’échappement, offrant une expérience plus silencieuse et écologique. Cependant, l'autonomie reste une différence notable entre les modèles électriques et thermiques. La discipline commence à se faire une place dans le monde des sports aquatiques avec l'organisation de compétitions, dont la Moto Surf World Cup, où la majorité des courses, les jets surf races, se font encore sur des engins à motorisation thermique.
Le jet surf est un petit concentré de technologie et, du fait de son prix élevé, il faut être particulièrement vigilant quant à son entretien. Il n’existe pas aux quatre coins de la rue des garages capables de vous aider à entretenir votre engin. L’entreprise italienne TJS (Top Jet Surfing) en a fait sa spécialité et se veut être la seule de ce type en Europe, ce qui témoigne de la technicité requise pour la maintenance. Il est également possible de trouver des jets surf d’occasion sur certains sites revendeurs. Le phénomène du jet surf a également rejoint celui du foil, avec des marques comme Décathlon proposant des efoils à des prix plus accessibles, comme un modèle à 6 000 euros, permettant d'allier vitesse et envol.
Le Jet-Ski dans le Surf de Grosses Vagues : Sécurité et Débats Intenses
Parallèlement à l'essor du Jet Surf, l'utilisation du jet-ski traditionnel, ou Personal Watercraft (PWC), a évolué pour devenir un élément quasi indispensable dans le surf de grosses vagues, notamment pour le "tow-in" et la sécurité des surfeurs. Cependant, cette omniprésence soulève des questions fondamentales sur la sécurité, l'éthique et l'impact environnemental.
Le Rôle Crucial des Jet-Skis en "Tow-In"
Le phénomène des grosses vagues fait parler dans le monde entier, avec comme référence, le spot de Praia do Norte, à Nazaré au Portugal. Surfer des vagues de plusieurs mètres ne s’improvise pas et les prouesses des surfeurs sont en grande partie possibles grâce à leur pilote de jet-ski. Sans eux, le surf de gros ne serait pas possible à Nazaré. Le petit village portugais situé au nord de Lisbonne est le théâtre de compétitions en tow-in depuis plusieurs années, pratique qui désigne le surf tracté par des jet-skis.
Fred David est un exemple emblématique de ces pilotes de jet-ski, faisant partie de l'équipe de Justine Dupont. Installé à Nazaré en 2016 avec sa compagne, la surfeuse Justine Dupont, ce couple, originaire de la région bordelaise, a découvert ce village de pêcheurs bien avant le début des compétitions de Big Wave organisées par la World Surf League (Ligue mondiale de surf). Pour l’ancien sauveteur en mer qu'est Fred David, le surf « n’a jamais été une passion, ce qui m’intéresse c’est de sauver, c’est la sécurité ». À Nazaré, la forte houle ne ressemble à aucune autre, et c’est en passant du temps dans l’eau que les pilotes peuvent se former et se coordonner avec leur équipe. « Nazaré se prête beaucoup plus au tow-in, la rame c’est à Hawaï dans l’eau bleue. Ici la mer est marron, il fait froid, il y a des falaises devant, ça fait flipper », déclare le Français. Si le couple faisait logiquement équipe ensemble, Fred David, qui a longtemps tracté Justine Dupont, a récemment confié ce rôle à Tony Laureano, un jeune surfeur portugais. Fred David assure désormais la sécurité des personnes grâce au deuxième jet-ski, soulignant que, contrairement à ce que l'on pourrait penser, c’est bien le pilote qui assure une grosse partie du travail, allant au-delà de la simple traction. Face à l’engouement autour d’un potentiel record de la plus grosse vague surfée, le protocole de sécurité a été renforcé au fil des années.
Lire aussi: T-shirts de surfeur pour hommes : guide
Les Enjeux de Sécurité : Tragédies et Réflexions
Malgré l'efficacité du tow-in pour aborder les vagues géantes, la sécurité reste une préoccupation majeure. La noyade de stade 4 de Jacob Trette et la noyade mortelle de Sion Milosky ont relancé le débat sur la sécurité à Mavericks, et plus généralement dans les très grosses vagues. Le décès de Sion Milosky a causé un profond émoi dans la communauté des big wave riders. Même si les frayeurs sont monnaie courante dans les grosses vagues, les noyades sont relativement rares. Il est remarqué que les noyades de surfeurs de grosses vagues (Mark Foo, Todd Chesser, Donnie Solomon…) surviennent surtout en surf à la rame, et jamais pour le moment en surf tracté. Cette observation renforce l'idée que le jet-ski, correctement utilisé, peut être un atout majeur pour la sécurité.
Pour sécuriser le surf à la rame, l’utilisation de jet-ski d’assistance permettrait de réduire le risque de noyade, ou plus exactement, des jet-skis pilotés par des sauveteurs entraînés diminueraient les risques. Il est cependant crucial de souligner qu'un jet-ski piloté par une personne sans expérience suffisante conduirait facilement à un sur-accident, transformant un outil de sécurité en danger potentiel.
Propositions pour une Meilleure Sécurité et la Responsabilité de l'Industrie
Face à ces enjeux, des voix s'élèvent pour repenser les dispositifs de sécurité. Plutôt que d’essayer de faire changer la loi d’interdiction des jet-skis à Mavericks, Frank Quirarte, sauveteur et vétéran de Mavericks, a une autre idée. Il raconte un événement marquant : « J’étais là [le jour de la noyade de Sion Milosky] et j’ai fait deux sauvetages. Nathan Fletcher, Curt Myers et moi sommes sortis de l’eau à 6 heures du soir (note de Surf Prévention : Sion avait souhaité prolonger sa session). Vingt minutes plus tard il était trop tard… nous aurions pu effectuer ce sauvetage les yeux bandés si nous étions restés là. Nous aurions démarré la réanimation cardio-pulmonaire immédiatement et nous aurions pu passer l’alerte par radio de façon à avoir les secours déjà sur la plage à notre sortie de l’eau. C’était vraiment pas de chance. »
Frank Quirarte propose donc d’approcher directement l’industrie du surf, car l’état de Californie est "fauché". Son équipe dispose déjà de deux jet-skis et de tout le matériel nécessaire. Il dispose d'un groupe de pilotes qualifiés et expérimentés (Tim West, Vince Broglio, Adam Replogle, Jeff Kafka, Jeff Clark et lui-même) prêts à intervenir sur toutes les houles. L'idée serait de gérer cette surveillance comme cela se fait déjà pour assurer la sécurité en compétition. Les sauveteurs percevraient une petite indemnité pour compenser leur journée sans travailler, illustrant une approche structurée et professionnalisée.
L'objectif de Frank Quirarte est de responsabiliser les marques qui se contentent pour le moment d’envoyer leurs surfeurs "au casse-pipe" pour prendre des vagues toujours plus grosses. Avec ce nouveau système, les marques pourraient au contraire s’investir activement dans la sécurité en sponsorisant les équipes de sauvetage par exemple. Les surfeurs concernés sont d’accord avec cela. La surfeuse Maya Gabeira a déclaré : “Si le surf de grosses vagues doit continuer à se développer et à repousser les limites encore plus loin, alors les sponsors doivent accompagner ce développement. Ils doivent mettre des personnes dans l’eau pour veiller sur nous.”
Les Défis de la Mise en Œuvre des Systèmes de Sécurité
Cependant, l’idée de Quirarte, bien que séduisante en théorie, risque d’être difficile à mettre en pratique. Si chaque rider paie son sauveteur attitré, cela va faire beaucoup de jet-skis dans l’eau et leur présence risque d’augmenter les risques d’accident (comme Jason Polakow qui évite un jet-ski à Jaws). S’il n’y a qu’une seule équipe de sauvetage, celle-ci pourrait être dépassée par les événements dès que plusieurs surfeurs partent successivement sur les vagues ou se retrouvent en difficultés simultanément. Ceci étant dit, une équipe de sauvetage paraît être le minimum syndical pour une session de très grosses vagues, où qu’elle se déroule dans le monde.
Avoir des sauveteurs, c’est bien, mais cela ne suffit pas. Surf Prévention avait proposé dès 2009 d’organiser un véritable poste médical avancé sur les sessions à Belharra. Avec les prévisions, on sait maintenant exactement quand les énormes houles arrivent, et cela laisse donc le temps d’organiser une logistique de secours. La chaîne de secours qui mène à une prise en charge médicale rapide doit être en place le Jour J. Il ne sert à rien d’avoir un sauveteur entraîné pour faire un massage cardiaque si le noyé ne peut pas être pris en charge par un médecin urgentiste dans les plus brefs délais.
Certains pourraient s'étonner de ces propositions : « Comment ? Un jet-ski, des sauveteurs, un médecin…pour une session de surf dans les grosses vagues ??? ». Mais il est essentiel de reconnaître que « l’industrie du surf » doit maintenant prendre des décisions, car les "petits jeux XXL" ont assez duré. Soit on décide d’accompagner ces surfeurs dans leurs exploits, soit on les laisse se débrouiller… mais il faudra en assumer les conséquences au prochain décès qui ne manquera pas de survenir au rythme où vont les choses. Les « R.I.P. » et les collectes de dons pour la famille du surfeur décédé après l’accident ne suffisent plus.