Introduction
Jean Taris, né à Versailles le 6 juillet 1909 et décédé à Grasse en janvier 1977, est une figure emblématique de la natation française. Surnommé "l'Aztèque", il a marqué son époque par ses records, ses titres et sa passion pour la transmission de son savoir. Cet article retrace son parcours exceptionnel, de ses débuts à Versailles à son rôle de directeur de piscine et de formateur.
Les débuts à Versailles et la rencontre avec Georges Hermant
Jean Taris grandit à Versailles, où sa famille réside. C'est dans le bassin des Pages, une étendue d'eau de 66 mètres aménagée dans le parc du château de Versailles, qu'il se familiarise avec la nage. Dès son adolescence, il se distingue au lycée Michelet, où il devient le meilleur élève du maître-nageur M. Messier.
En 1924, lors d'une compétition scolaire, Jean Taris attire l'attention de Georges Hermant, l'entraîneur du Sporting Club Universitaire de France (SCUF). Georges Hermant lui promet de faire de lui un champion s'il accepte de devenir son entraîneur. Les parents de Jean donnent leur accord, et c'est ainsi que Jean Taris commence à s'entraîner tous les jeudis sous la direction de Georges Hermant au sein du SCUF, afin de perfectionner son style et sa technique.
L'ascension fulgurante et les premiers records
Les progrès de Jean Taris sont rapides. Il rêve de suivre les traces de Johnny Weissmüller, le grand champion américain qu'il a eu l'occasion de croiser au bain des Pages lors des Jeux olympiques de Paris en 1924.
Jean Taris commence à faire parler de lui dans les gazettes sportives, notamment pour son style de nage en crawl, qui lui permet de prendre de l'avance : la respiration alternative, c'est-à-dire la respiration droite-gauche alternée par cycle de trois mouvements. Son entraîneur Georges Hermant lui impose cette technique, s'inspirant du champion hongrois Istvan Barany.
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En 1928, il est sélectionné pour représenter la France aux Jeux olympiques d'Amsterdam, où il participe au 1500 m nage libre. L'année suivante, en 1929, il bat les records de France des 100, 800, 1000 et 1500 m, asseyant ainsi sa domination au niveau national.
La consécration et les records du monde
En 1930, Jean Taris et Yvonne Godard battent tour à tour leur premier record du monde. Le 23 mai, Jean Taris nage le 800 m en 10'19", effaçant ainsi le record de Weissmüller. Quelques mois plus tard, il devient le premier Français à passer sous la minute au 100 m nage libre, en établissant un chrono de 59"8. Il s'empare ensuite du record du monde du Suédois Arne Borg sur le 400 m nage libre, en réalisant un temps de 4'47".
En 1931, lors des championnats d'Europe de natation à Paris, Jean Taris frôle le titre européen du 400 m nage libre, terminant à seulement 2/10e de seconde du vainqueur, István Bárány. Yvonne Godard, quant à elle, est sacrée championne d'Europe du 100 m nage libre et médaillée de bronze au 400 m.
Les Jeux olympiques de Los Angeles en 1932 : la médaille d'argent
La préparation des Jeux olympiques de Los Angeles en 1932 est difficile pour Jean Taris. Il demande à partir tôt pour les États-Unis, mais la Fédération Française de Natation (FFN) s'y oppose, arguant qu'elle n'a pas les moyens de financer le déplacement de son champion. Le voyage de Paris est long et pénible : huit jours de traversée de l'Atlantique en bateau, quelques jours à New York, puis cinq jours de train pour traverser les États-Unis, avec une halte touristique au Grand Canyon.
Arrivé à Los Angeles, son entraîneur Georges Hermant se met en quête d'une piscine pour préparer son protégé, à seulement une semaine des Jeux. Malgré ces difficultés de préparation, Jean Taris aborde le 400 m nage libre avec détermination.
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En série, il termine deuxième, juste derrière le Japonais Takashi Yokohama, l'un des favoris. Le jour de la finale, le 11 août 1932, toute la France encourage Jean Taris, qui représente la plus grande chance de médaille tricolore à ces Jeux olympiques. Jean Taris laisse les Japonais derrière lui, mais c'est Buster Crabbe, un étudiant californien, qui remporte le titre olympique. Jean Taris se contente de la médaille d'argent.
Les championnats d'Europe de 1934 et la retraite sportive
De retour en France, Jean Taris change de club et rejoint le Cercle des Nageurs de Paris. En 1934, il participe aux championnats d'Europe de Magdebourg, en Allemagne, où il remporte deux titres de champion d'Europe, sur les 400 et 1500 m nage libre.
En 1936, il participe à ses derniers Jeux olympiques, à Berlin. Il termine sixième de la finale du 400 m nage libre. Deux mois plus tard, il prend sa retraite sportive après un dernier bain dans la piscine des Tourelles, à l'occasion d'un match France-Japon.
Un palmarès exceptionnel
Jean Taris se retire avec un palmarès impressionnant : huit records du monde sur cinq distances, neuf records d'Europe et 49 records de France.
La reconversion : directeur de piscine et formateur
Après sa carrière sportive, Jean Taris devient directeur de la piscine de Pantin. Il donne également des cours de natation afin de transmettre sa passion aux plus jeunes et de former de futurs champions.
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Hommages et anecdotes
Plusieurs lieux et événements rendent hommage à Jean Taris :
Des noms de piscines : De nombreuses piscines portent des noms de personnalités liées à la natation ou à l'histoire locale. Par exemple, la piscine de Longjumeau porte les noms de Marcelle et Pierre Chichignoud, tandis que le stade nautique de Talence est nommé en l'honneur d'Henri Deschamps, un résistant. D'autres piscines portent des noms de nageurs célèbres, comme Alfred Nakache, ou des noms plus énigmatiques, comme Louis Starzinsky (piscine de Saintes) ou Paul Valeyre (centre d'animation à Paris).
Alfred Nakache et Jean Taris : Le destin d'Alfred Nakache, surnommé le "nageur d'Auschwitz", est étroitement lié à celui de Jean Taris. Nakache admirait Taris, qui l'a pris sous son aile et lui a beaucoup appris. Les deux nageurs ont participé aux Jeux olympiques de Berlin en 1936. Nakache a été déporté à Auschwitz pendant la Seconde Guerre mondiale, mais a survécu et a participé aux Jeux olympiques de Londres en 1948.