Jean Monnet : Architecte de l'Europe, méconnu du grand public

L’énigme de l’identité : Jean Monnet, Claude Monet et Jean Moulin

Un sondage réalisé auprès d’une centaine d’élèves du lycée montre que seuls 1/3 d’entre eux savent qui est Jean Monnet. Il est en effet souvent confondu avec le résistant Jean Moulin ou avec le peintre Claude Monet. Figure majeure de l’Impressionnisme, Claude Monet demeure l’un des artistes les plus célébrés pour son regard sensible sur la nature. A l’occasion du centenaire de sa disparition en 2026, musées et institutions du monde entier mettent en lumière son héritage pictural. La guide-conférencière Pauline raconte l’art invite à redécouvrir des chefs-d’œuvre emblématiques et des œuvres plus rares, issues de collections privées ou de musées internationaux.

Quand on évoque Monnet, on a tendance à évoquer le déjeuner sur l'herbe de Claude Monet ou bien une référence à l'argent. De ces contemporains content pour rien, Jean Claude Monnet sort de ses cartes, le grand jeu, celui d'un état civil qui mérite d'être écouté d'un peu plus près. Que sait-on de ce bonhomme à la moustache proéminente ? Trois albums au compteur sur une période de 5 ans. Mais devant le peu d'indices qui nous est proposé sur ce disque, qui de prime abord, ne pousse pas par son esthétisme, à vouloir écouter son contenu, les compositions sont signées du monsieur et les arrangements d'un certain Alain Goraguer, rien que ça ! Il se cache pleins de petites choses dans ce 1er LP. Pour faire taire les mauvaises langues, Jean Claude Monnet se lance dans une myriade de références, le départ , cite le tableau bucolique du peintre mentionné ci-dessus. Musicalement, on vogue entre folk, rock, chanson et même samba. Les vacances a même sa référence chez Bide et Musique, et une apparition furtive dans l'émission de Danièle Gilbert. A défaut d'une promotion commerciale proverbiale, Showbusiness woman critique l'industrie du disque. La décadence en est même musicalement typique des 70's avec sa section cuivres et ses basses ronronnantes et guitares wah wah. Jean Claude Monnet a réussi à éveiller votre curiosité ? Ecoutez donc le dernier titre Carnaval, vous en aurez pour votre argent.

Les racines cognaçaises et l’ouverture au monde

Jean Monnet est né le 9 novembre 1888 à Cognac en Charente dans une famille de négociants en cognac. La Charente est ouverte sur l’extérieur depuis le 12ème siècle, exportant très tôt du sel puis du vin vers les îles Britanniques. Depuis le 19ème siècle, ses eaux-de-vie sont appréciées à travers le monde et il est significatif que les principaux producteurs de l’époque, Hennessy et Martell, sont tous deux d’origine Britannique. La région de Cognac avait donc très tôt pris conscience de la taille du monde. C’est dans ce cadre que grandit le jeune Jean Monnet. Il voit défiler à la table familiale clients et associés de tous horizons, parlant toutes les langues et rapportant des nouvelles du monde.

Dès ses plus jeunes années, il est en contact, à travers l’entreprise familiale, avec de nombreux interlocuteurs étrangers. Il y développe sa connaissance des circuits économiques, son goût des voyages et son envie de favoriser les liens internationaux. En 1905, à tout juste seize ans, Jean Monnet part pour « la City » de Londres où il se forme à l’anglais et aux affaires auprès de l’agent local de son père. A dix-huit ans, le jeune homme se sent prêt à affronter l’Amérique et s’embarque pour la première de ces grandes traversées transatlantiques qu’il affectionnera toute sa vie. Son père lui conseille : « N’emporte pas de livres. Personne ne peut réfléchir pour toi. Regarde par la fenêtre. » L’Amérique est une révélation pour le jeune Jean : les espaces infinis, la simplicité des contacts, l’esprit d’entreprise le fascinent. Il y tisse tôt des liens d’amitié et de confiance et s’y découvre de grands talents de négociateur. A 22 ans, le jeune Monnet signe pour les cognacs familiaux un important contrat de distribution exclusive sur l’ouest du Canada avec la puissante Hudson Bay Company.

L’engagement dans l’action internationale : de la guerre à la SDN

C’est en juillet 1914 en gare de Poitiers, de retour du Canada, que Jean Monnet apprend la mobilisation générale. Réformé en 1908 pour des problèmes pulmonaires, il n’est pas mobilisable, mais il entend contribuer comme il le peut à l’effort de guerre. Fort de son expérience d’affréteur et de sa connaissance de l’Angleterre, le jeune négociant constate l’utilisation désordonnée et non concertée des flottes marchandes françaises et anglaises, catastrophique gâchis en ces temps de guerre. Il est convaincu d’être capable de proposer des solutions et de mettre à profit ses relations avec la Hudson Bay Company. Après avoir obtenu une audience en pleine bataille de la Marne auprès de René Viviani replié à Bordeaux, le jeune Monnet se retrouve propulsé à Londres pour mettre ses idées en œuvre et la Hudson Bay Company signe un important contrat d’assistance maritime et financière avec le gouvernement français. C’est ainsi que durant la Première Guerre mondiale, il met en place un pôle maritime franco-britannique pour améliorer le ravitaillement.

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Parfaitement anglophone, il participe après la guerre à la création de la Société des Nations, l’ancêtre de l’ONU, dont il devient le n°2. Dés 1919, Jean Monnet contribue à la création de la Société Des Nations, voulue par le Président américain Woodrow Wilson, première organisation internationale consacrée au maintien de la Paix. A sa création en 1920, le jeune homme âgé alors de trente et un an, est nommé Secrétaire Général Adjoint de l’organisation. Il en est le numéro deux en charge de son fonctionnement opérationnel, sa véritable cheville ouvrière. Cependant, le Secrétaire Général Adjoint est déçu du fonctionnement de l’organisation qu’il anime. Il regrette que les gouvernements et leurs représentants recherchent plus la défense de leurs intérêts propres que la résolution des problèmes communs auxquels ils sont confrontés. C’est sans amertume que Jean Monnet démissionne de la SDN en décembre 1922 pour rejoindre Cognac et aider son père à remonter l’affaire familiale mise à mal par la prohibition américaine. Sa jeune sœur Marie-Louise l’ayant convaincu que son retour était indispensable, l’ancien dirigeant de la SDN trouve effectivement à Cognac une situation difficile.

Entre finance internationale et diplomatie secrète

Très vite, les affaires de Cognac ne lui suffisent plus, et lorsqu’il est approché en 1926, par une banque d’investissement américaine, Blair & Co, pour monter un bureau à Paris, Monnet n’hésite pas longtemps. Les banques américaines, en pleine expansion, souhaitaient alors profiter de la période de reconstruction en Europe pour financer des grands emprunts industriels et nationaux. Jean Monnet a le profil parfait. Il a participé à des programmes de sauvetage d’économies et de monnaies nationales dans le cadre de la SDN, en Autriche notamment, comprend le fonctionnement des administrations, et il bénéficie d’un réseau et d’une réputation solides. En 1929, avant le crash d’Octobre, Jean Monnet part aux Etats-Unis pour prendre la vice-présidence d’une banque américaine résultant de la fusion de sa banque et d’une grande banque locale, la Transamerica. En quelques mois, il gagne puis perd beaucoup d’argent. On lui attribue ce mot à propos de cette période : « j’ai gagné beaucoup d’argent sans plaisir et je l’ai perdu sans regret ».

Il se rend en Chine à la demande de TV Soong, Ministre des Finances, pour mettre sur pied un plan de reconstruction capable d’attirer des capitaux chinois et étrangers. Mais lorsqu’il part pour Shanghai, sa vie a radicalement changé. Il s’apprête à épouser Silvia de Bondini, une jeune italienne de dix neuf ans sa cadette, rencontrée à Paris en 1929. En août 1929, à quelques mois de la grande crise, Jean Monnet avait fait la rencontre qui allait changer sa vie. Lors d’un diner chez lui à Paris auquel participe René Pleven, il avait rencontré Silvia, la jeune femme d’un homme d’affaire italien. L’affaire est compliquée car Silvia est mariée sous la loi italienne et son mari lui refuse le divorce. La solution proposée par son ami Ludwig Rajchman, ancien directeur de la section d’hygiène de la SDN, est audacieuse : il s’agit pour la jeune Silvia de se rendre à Moscou, prendre la nationalité soviétique, profiter d’une disposition de la loi russe pour divorcer unilatéralement, et épouser Jean Monnet. C’est ainsi que l’affaire se déroule. Monnet arrive à Moscou de Shanghai par le transsibérien en avril 1934 pour épouser Silvia.

La mission de Jean Monnet en Chine aurait pu se dérouler sous l’égide de la Société des Nations mais le Japon s’y oppose et Jean Monnet part pour Shanghai à titre privé sous la raison sociale Monnet-Murnane & Co., société créée pour l’occasion avec George Murnane, un ami américain. Dans ce cadre privé, Monnet continue néanmoins à collaborer étroitement avec des anciens de la SDN comme ses amis Arthur Salter et Ludwig Rajchman. En Chine, la question fondamentale est la même que celle à laquelle Monnet a été confronté dans d’autres entreprises financières de redressement ou de reconstruction : comment créer localement les conditions d’émission d’emprunts internationaux à même d’attirer les capitaux étrangers nécessaires à la reconstruction de l’industrie et des infrastructures chinoises. Pour cela il facilite la création de la China Finance Development Corporation (CFDC) à laquelle il rallie les plus grandes banques chinoises. L’objectif est de drainer des capitaux étrangers sous forme de crédits et de les allouer aux secteurs privé et public chinois. L’expérience est riche pour Jean Monnet, la Chine est un nouvel horizon. Il y côtoie les personnalités les plus influentes du pays : T.V.Soong, Ministre des Finances, ses trois sœurs dont deux sont mariées à Sun Yat Sen (fondateur du parti nationaliste chinois) et à Tchang Kai-chek. Tchang Kai-chek lui-même exerce alors son pouvoir sur la Chine et rien ne se fait sans son soutien.

L’arsenal des démocraties et la Seconde Guerre mondiale

A son retour de Chine en 1936, Jean Monnet s’installe en famille aux Etats-Unis. Depuis 1933, il connait bien l’administration Roosevelt au sein de laquelle il compte de nombreux amis. Monnet est convaincu depuis plusieurs années de la menace que pose Hitler et dès 1938 il s’inquiète comme d’autres de l’infériorité manifeste de l’aviation française. Il est clair que seule une aide américaine conséquente permettra à la France de combler ce retard. Le profil de Monnet le destine naturellement à jouer un rôle d’intermédiaire entre le gouvernement français et l’administration Roosevelt. Sur les conseils de l’Ambassadeur William Bullitt, il est chargé par Edouard Daladier, Président du Conseil, de négocier l’achat d’avions américains. Jean Monnet rencontre à cette occasion le Président Franklin Delano Roosevelt pour la première fois. Il lui est présenté par Bullitt, comme « l’homme qualifié pour traiter cette question d’avion, ami intime de longue date en qui j’ai confiance comme en un frère ». Monnet doit convaincre les américains de contourner le Neutrality Act qui les contraint et trouver en France les moyens de financer ces achats. Jean Monnet parviendra à commander plus de 400 avions après les accords de Munich, qui ouvriront la voie à d’autres commandes, mais jusqu’à la déclaration de guerre la France ne parviendra hélas pas à se procurer des avions en quantité suffisante.

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Il reste que Jean Monnet est maintenant rentré de plein pied dans la guerre et dans l’action publique qu’il ne quittera plus. Dans la continuité du rôle qu’il a joué pendant la première guerre, Monnet préside, à partir de décembre 1939, le comité franco-anglais d’approvisionnement. En Juin 1940, Jean Monnet refuse la défaite. Lui qui a depuis la première guerre mondiale le réflexe de l’action collective reprend à son compte une proposition aussi audacieuse que désespérée. Par une note intitulée « Anglo French Unity », il convainc Churchill, son cabinet, et de Gaulle, acculés par la débâcle, de l’intérêt d’une fusion immédiate et totale de la France et du Royaume-Uni. Un seul Parlement et une seule armée pour faire face ensemble à l’Allemagne. Le dimanche 16 juin, le général de Gaulle en mission à Londres dicte lui-même au téléphone le texte de la note à Paul Reynaud, Président du Conseil. Dans ses Mémoires, Jean Monnet note à propos de cet épisode : « Si c’est sans romantisme que j’envisageais la fusion de deux pays et la citoyenneté commune de leurs habitants (…) ces jours de 1940 agirent fortement sur ma conception de l’action internationale ». Il avait fait à nouveau l’expérience, de façon plus cruelle encore qu’à la SDN, des limites de la seule coordination quand l’union totale est nécessaire. Le lendemain, le 17 juin au soir, Jean Monnet reçoit à son domicile londonien le général de Gaulle, qui prépare son appel du 18 juin. Les deux hommes refusent tous deux la défaite mais ils ont une appréciation différente de la situation et tout les oppose sur le plan de la personnalité.

L’armistice de juin 1940 a rendu caduque le Comité franco-anglais d’approvisionnement que dirige Jean Monnet. Il offre alors ses services à Winston Churchill. En Août 1940, Jean Monnet arrive à Washington. Il y retrouve une Amérique isolationniste qui ne dispose à l’évidence pas de l’appareil industriel nécessaire à la production d’armes en quantités suffisantes pour assurer la victoire des Alliés. Jean Monnet, son équipe et ses amis de l’administration Roosevelt s’attachent à évaluer précisément les besoins de matériel et à les comparer aux capacités de production américaines pour faire apparaitre clairement le déficit à combler. Ils utilisent pour cela un outil que Monnet mettra en œuvre à de nombreuses reprises dans sa carrière : la fameuse « Balance Sheet ». Le rôle de Jean Monnet dans le succès du Victory Program a été décisif. L’économiste anglais John M. Keynes dira de Monnet qu’il avait par son action à Washington en 1941 probablement raccourci la guerre d’un an.

Libération et reconstruction : la genèse de l’idée européenne

Le débarquement des alliés en Afrique du Nord en Novembre 1942, marque le début de la phase de libération. Jean Monnet est convaincu que l’aide américaine sera essentielle à la reconstruction de la France et de l’Europe et qu’il faut rassurer les Etats-Unis sur le caractère légitime et démocratique de l’entité qui sera amenée à assumer le pouvoir en France au moment de la libération. Le Général Giraud semble initialement un bon compromis ; il commande les forces françaises d’Afrique du Nord et a les faveurs de l’administration américaine. Par contraste, celle-ci se méfie du Général de Gaulle dont elle craint les tendances autoritaires. Après l’assassinat de Darlan, le Général Giraud prend la tête du « commandement en chef civil et militaire ». C’est à ce moment que Jean Monnet arrive à Alger, mandaté par le Président Roosevelt avec l’accord de Churchill, afin de s’assurer que sont réunies les conditions du soutien américain au nouveau commandement français. En particulier, la question des références continues au gouvernement de Pétain et du maintien de certaines lois antisémites, inacceptable pour Jean Monnet, sont des questions à régler en priorité. D’abord bien disposé vis-à-vis du général Giraud, Monnet le juge assez rapidement avec sévérité : il se révèle être un piètre politique et ses idées sont jugées réactionnaires. Lorsque de Gaulle se rend finalement à Alger, le Comité Français de la Libération Nationale (CFLN) est établi, co-présidé par les deux généraux. Jean Monnet en devient membre, en charge du ravitaillement et du réarmement. Là, il se rend progressivement à l’évidence : en dépit de ses réserves sur le personnage, seul le général de Gaulle est à la hauteur de la tâche qui demande stature et sens politique. Dés lors, Jean Monnet s’attèle à faciliter le processus de stabilisation du Comité au profit de de Gaulle dont il continue néanmoins de regretter la conception éminemment personnalisée du pouvoir.

Dés cette époque, les divergences de vue sur l’Europe deviennent claires entre Jean Monnet et le général de Gaulle. En 1944, Jean Monnet repart à Washington pour y obtenir l’aide prêt-bail, l’aide dont la France aura besoin pour sa reconstruction et solliciter la reconnaissance du gouvernement provisoire du général de Gaulle par l’administration Roosevelt. Il s’agit également d’exprimer clairement aux Américains - au nom du gouvernement provisoire - le refus des Français de les voir exercer une quelconque tutelle sur la France à la libération. Monnet s’oppose en particulier aux plans américains d’imprimer les billets qui seront mis en circulation en France à la libération. Se joignent à Monnet à Washington des Français sur lesquels il s’appuiera largement plus tard, comme René Mayer, Hervé Alphand, et Robert Marjolin. Ensemble, ils oeuvrent, non sans difficulté, à la reconnaissance par les Etats-Unis du gouvernement provisoire et négocient puis supervisent des accords d’approvisionnement d’une valeur fabuleuse pour l’époque de 2.5 milliards de dollars. Le 8 mai 1945, l’Allemagne est vaincue et le temps de la reconstruction commence. C’est à Alger que Jean Monnet formule pour la première fois ses convictions - largement muries à Washington en 1942 au sein de la communauté européenne qui s’y trouvait - sur la façon dont les nations européennes doivent se reconstruire pour assurer leur prospérité future et éviter que ne se reproduisent les drames du passé : « Il n’y aura pas de paix en Europe si les Etats se reconstruisent sur une base de souveraineté nationale » écrit-il dans une note fondatrice datée du 5 août 1943.

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