Autrefois essentiels pour le commerce et l’exploration, les voiliers sont aujourd'hui principalement utilisés pour les loisirs, le sport et l'éducation. Leur importance historique est immense : ils ont permis des voyages au long cours, des connexions culturelles et des échanges économiques cruciaux. L'article qui suit traite de l'origine du bateau à voile.
Les prémices de la navigation à voile
Les premiers bateaux à voile, développés par des civilisations anciennes comme les Égyptiens, les Phéniciens et les Babyloniens, datent d’environ 3500 av. J.-C. Ces peuples ont créé des embarcations rudimentaires en utilisant les matériaux naturels à leur disposition. Les Égyptiens, par exemple, construisaient leurs bateaux en papyrus, un matériau abondant le long du Nil, tandis que les Perses utilisaient des feuilles de palmier pour créer leurs voiles.
Dès 7000 av. J.-C., la navigation à voile devient un moteur de développement pour le commerce autour de la mer Égée. Les premières routes maritimes sont établies, permettant le transport de biens précieux comme l’obsidienne, l’or et l’argent, qui circulent entre les différentes civilisations de la région. Pour augmenter la capacité de charge et la résistance de leurs embarcations, chaque civilisation utilise les ressources naturelles locales : dans le golfe Persique, les navires sont construits avec des plaques de fibres végétales et bitume pour une meilleure étanchéité.
La plus ancienne représentation d’un voilier est égyptienne et date d’environ 5 000 av. J.-C. On y découvre un grand navire comportant un mât, une grande voile carrée, mais aussi de nombreux rameurs. Les bateaux devaient être construits avec du papyrus, des roseaux et de la corde de chanvre.
L'essor de la voile dans l'Antiquité
Les voiles ont été utilisées dès l’Antiquité pour répondre aux besoins de commerce, de transport et d’exploration. Les Égyptiens, grâce au vent soufflant du nord au sud, pouvaient naviguer facilement sur le Nil dans les deux directions, facilitant ainsi le transport des biens entre les villes. De leur côté, les Phéniciens et les Babyloniens utilisaient la voile pour étendre leurs échanges maritimes sur le golfe Persique et la mer Rouge, reliant ainsi des territoires éloignés.
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Les voiles ne servent pas seulement au commerce : elles sont rapidement intégrées dans des navires conçus pour la guerre. Les Grecs et les Phéniciens développent des navires spécifiques, comme les trières, qui jouent un rôle stratégique dans des batailles maritimes majeures, telle que la bataille de Salamine. Ces bateaux de guerre sont renforcés avec des coques solides, des rames pour la propulsion et des voiles pour manœuvrer selon les besoins.
La coque va profiter de nouvelles améliorations notamment par les phéniciens. Les puissances ont vite compris que pour asseoir sa domination sur les autres il faut des navires de guerre. Au 6e siècle avant jésus-christ de violentes batailles maritimes ont lieu comme la bataille de Salamine qui opposa les grecs et les perses. Longue d’environ 36 m et large d’environ 6 m, la trière est plus rapide plus maniable et plus solide que les précédents navires de guerre. La forme de sa coque plate s’enfonçait peu profondément dans l’eau. La trière était donc idéale par temps calme mais très peu stables dans les tempêtes. Ainsi avant la bataille de Salamine les Perses auraient perdu un tiers de leur flotte dans une tempête. Même si la trière possède un gouvernail, les marins utilisent encore beaucoup les rames pour se diriger. Le gouvernail d’étambot, proche de ce qu’on a aujourd’hui n’est développé qu’au XIème siècle en Baltique et en Perse. Il arrive en occident qu’à partir du 13ème siècle. Les navires vont continuer de grandir et les gouvernails vont donc profiter de nombreuses améliorations pour pouvoir démultiplier la force du timonier.
Les évolutions du Moyen Âge à l'ère moderne
Au XVIIe siècle, les premiers voiliers modernes voient le jour en Europe du Nord, notamment aux Pays-Bas et en Angleterre, où le concept de yachting émerge. Les Néerlandais conçoivent des navires rapides et légers appelés "jaght," utilisés initialement pour la chasse et les patrouilles côtières. Lors de son exil aux Pays-Bas, Charles II d’Angleterre découvre cette pratique et, de retour en Angleterre, il ramène avec lui un yacht.
L’Âge d’or de la voile marque une ère d’exploration et de découvertes. Les Vikings sont les premiers à traverser l’Atlantique, atteignant l’Amérique vers l’an 1000, bien avant Christophe Colomb. Quelques siècles plus tard, Colomb redécouvre le Nouveau Monde grâce aux caravelles portugaises, des navires équipés de voiles triangulaires(voiles latines) qui permettent de mieux naviguer face au vent. À mesure que les échanges commerciaux s'intensifient, les galions deviennent indispensables pour les empires coloniaux. Ces navires imposants sont conçus pour transporter de grandes cargaisons et sont armés de canons pour se défendre et participer aux guerres maritimes.
En Asie, l’apparition des bateaux en haute mer intervient plus tard, autour du VIIIe siècle. Cependant, c’est au XVe siècle que la jonque chinoise, un navire avancé avec des voiles lattées et compartiments étanches, voit le jour. Ces innovations permettent aux jonques de naviguer en haute mer avec une grande stabilité et maniabilité.
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La Caravelle peut louvoyer , elle conserve des voiles carrées pour les autres allures.
L'ère industrielle et la renaissance de la voile
Avec la Révolution industrielle, l’introduction des moteurs à vapeur révolutionne le transport maritime. Plus fiables et rapides, les bateaux à vapeur remplacent progressivement les navires à voile pour le commerce et les grandes traversées.
Au XXe siècle, la voile connaît un nouvel essor, cette fois dans le domaine du loisir. Les voiliers modernes se standardisent, et les courses nautiques, comme les régates, gagnent en popularité. Des modèles emblématiques, tels que le Vaurien (1951), ouvrent la voie à une plaisance plus accessible. Aujourd’hui, la voile est pratiquée principalement comme un loisir ou un sport, avec une popularité mondiale. Les compétitions de voile ont élevé cette activité à un niveau international, avec des événements prestigieux comme le Vendée Globe. Cette course en solitaire autour du monde, sans escale et sans assistance, est l’une des plus éprouvantes et emblématiques.
Face aux enjeux environnementaux actuels, plusieurs projets cherchent à réintroduire la voile dans le transport commercial. Des voiliers de nouvelle génération, équipés de voiles assistées par des technologies comme les ailes rigides ou les cerfs-volants, permettent de diminuer la consommation de carburant.
Innovations et instruments de navigation
Avec un compas et un appareil de mesure de la vitesse dans l'eau, il est possible de calculer une route. Ces deux dispositifs sont embarqués dans les navires marchands et militaires depuis des siècles. Ted Kenyon, brillant inventeur et ami de Lord Francis Herreshoff et Albert Einstein, a été l'un des premiers acteurs de ce marché. Selon la légende, les trois hommes naviguaient chaque année jusqu'à Block Island, au large des côtes de la Nouvelle-Angleterre. B&G a également été l'un des premiers arrivés sur le marché. En février 1955, le Major R.N. Gatehouse et Ronald Brookes ont lancé la production d'un système de radiogoniométrie qu'ils ont appelé le Heron. L'année suivante, MM. Brookes et Gatehouse ont constitué une société anonyme sous ce nom et se sont établis près de Lymington, sur la côte sud de l'Angleterre. Les premiers produits proposés étaient tous des aides à la navigation combinant plusieurs nouvelles technologies, comme un système de radiogoniométrie, un sondeur, le speedomètre Hermes ou encore le Harrier, un loch-speedomètre qui est rapidement devenu l'élément le plus populaire de l'entreprise.
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Le Hestia a été le premier compas électronique fabriqué par B&G (nouveau nom de la société) en 1968, mais c'est en 1971 que le véritable produit révolutionnaire a vu le jour. L'intégration de deux capteurs comme celui-ci a permis d'indiquer la trajectoire à suivre, bien que son utilisation pour la navigation ait été de courte durée. Le problème de précision de la position a été résolu par le GPS, après que Ronald Reagan a mis le système satellite à la disposition du public, en 1983 (bien qu'il ait fallu un certain temps pour que des appareils commerciaux arrivent sur le marché). C'est dans l'écrin de la plus prestigieuse course à la voile que la majeure partie de ces innovations ont été dévoilées : la coupe de l'America. Richard McCurdy, l'un de ces visionnaires, a construit un « calculateur de vent réel » analogique pour le Valiant 12M lors de la coupe de l'America de 1970, et a terminé sa thèse de MSc sur ce sujet en mai de la même année. Malheureusement, le Valiant a échoué à conquérir la coupe et, selon des témoignages contemporains, les efforts initiaux de M. McCurdy n'ont pas non plus été très fructueux. Ce dernier est donc allé travailler pour Kenyon Marine et a commencé à développer une nouvelle version de son dispositif pour le syndicat Courageous, qui a participé aux essais de défense de la coupe de l'America en 1974. Au final, la machine de M. McCurdy pesait 60 livres et nécessitait un refroidissement par pompe à eau, mais fournissait 32 canaux de données sur un écran à quatre caractères.
Pendant ce temps, de l'autre côté du globe, au Royaume-Uni, B&G développait son propre ordinateur de navigation à la voile, Horatio, mis sur le marché en 1972 dans le cadre d'un projet conjoint avec l'Université de Southampton. Cet ordinateur a été suivi du premier compas Halcyon en 1975. L'arrivée des compas électroniques a constitué une étape cruciale dans le secteur. En effet, cela signifiait qu'il était désormais possible de calculer la direction du vent réel sous forme de cap magnétique. Cela a ouvert la voie au développement de l'Hercules 190. « Ce fut réellement le premier système commercial facile à obtenir capable notamment de calculer les angles de VMG ou du vent réel ainsi que la vitesse du vent réel », a déclaré Richard Russell, qui a rejoint B&G en 1980 (et a brièvement travaillé avec le Major Gatehouse) avant de devenir responsable de la conception des systèmes pour bateaux jusqu'à son départ en 1992. « Ce système disposait également d'une fonctionnalité de navigation qui permettait de saisir des données représentant des points sur la table de polaires. Ce fut un énorme pas en avant. »
Deux ans plus tard, Dick McCurdy a fondé Ockam en collaboration avec Art Ellis. Bien que ces deux sociétés aient dominé le marché dans les années 80, elles n'en étaient pas les seuls acteurs. Basée à Los Angeles et toujours en activité, la société Signet Marine Electronics a développé un capteur de vitesse à roue à aubes, ainsi que des écrans LCD et un système intégré basé sur microprocesseur. Les années 80 se sont révélées être une décennie très active dans le domaine de la conception d'instruments de navigation. Les capteurs se sont largement améliorés ; B&G a introduit son système Sonic Speed en 1984 pour éliminer les pièces mobiles d'une roue à aubes susceptibles d'être entravées par des algues. Des girouettes anémomètres verticales sur mesure sont apparues lors de la coupe de l'America de 1987 et sont rapidement devenues des produits de série. Plus de contrôle utilisateur a été ajouté aux systèmes, permettant des changements d'amortissement et d'étalonnage, première étape d'une longue quête de précision. Des canaux linéaires ont été créés pour mesurer la tension de sortie avec des capteurs de charge ou des potentiomètres. Ces améliorations ont encouragé d'autres acteurs à se lancer : les cellules de charge Diverse omniprésentes ont été introduites au milieu des années 80 pour tirer parti des canaux linéaires.
En dehors de la Coupe de l'America, nous pouvons citer les contributions du navigateur légendaire et innovateur technologique Stan Honey. Il y a eu le programme DOS Compusail, écrit par Bob Winson et lancé en 1984. Il avait alors développé un système d'analyse des performances basé sur une station ICL PERQ installée sur l'annexe ainsi qu'un système tactique embarqué sous MS DOS. Le concept de tables de recherche d'étalonnage de l'angle et de la vitesse du vent est né dans cette période (ma propre petite contribution à l'histoire), tout comme le concept Ockam de Wallying (modification de la vitesse cible en fonction des changements de vent). En avril de la même année, j'ai embarqué les 6 kg du Sailmath Deckman, premier système tactique étanche sur pont disponible sur le marché, pour une première régate. De nombreux éléments que nous considérons aujourd'hui comme un système d'instruments pour voiliers de course modernes étaient déjà en place.