Dans l'univers dynamique du kitesurf, l'équipement et les pratiques évoluent constamment, dictés par la recherche de performance, mais surtout de sécurité. Parmi les sujets qui divisent le plus la communauté des riders, l'utilisation du leash de planche occupe une place prépondérante, suscitant un débat passionné entre proscription catégorique et usage sous certaines conditions. Aller vers une pratique du kitesurf sans leash de planche est une évidence pour tout bon rider digne de ce nom. Cependant, malgré ce consensus apparent chez les pratiquants expérimentés, on peut encore trouver sur certains spots des pratiquants, bien souvent mal informés, utilisant cet outil et qui se mettent en danger. Cet article explore en profondeur les multiples dangers associés à l'interdiction du leash de planche, les raisons pour lesquelles il persiste dans l'équipement de certains kiteurs, et les alternatives possibles pour concilier sécurité et plaisir de la glisse.
Les Risques Majeurs du Retour de Planche Violents et leurs Conséquences
Le danger principal lié à l'utilisation d'un leash de planche réside dans le risque d'un vilain retour de planche. Ce phénomène, potentiellement très violent, est accentué dans certaines conditions spécifiques et peut avoir des conséquences graves pour le rider.
Conditions Amplifiant le Danger
Un des scénarios les plus critiques est celui où l'on porte un leash de planche dans un vent fort, dépassant les 20 nœuds, et irrégulier, accompagné d'un pilotage approximatif de l'aile. Dans une telle situation, l'aile pourrait à tout moment décrocher et repartir pleine fenêtre, ce qui provoquerait une éjection du rider, avec sa planche toujours reliée. La force de l'impact peut être considérable. De plus, l'utilisation d'un matériel non adapté, comme un leash de surf élastique, est un facteur aggravant qui accélère fortement les mauvais retours de planche vers le rider. Ces leashes, conçus pour des usages différents, n'offrent pas la même gestion des forces en jeu dans le kitesurf et peuvent transformer la planche en un projectile dangereux.
Le contexte de la pratique joue également un rôle crucial. En utilisant un leash en pleine eau, les retours de planche seront, dans une certaine mesure, forcément absorbés par le milieu liquide, réduisant l'impact. En revanche, sur la plage, rien ne pourra freiner votre planche dans votre direction après une chute ou un décrochage, augmentant drastiquement le risque de blessure grave sur un sol dur. Un pratiquant, certainement très mal informé ou mal formé, surnommé "Jeune Padawan", a été mis en scène marchant sur une plage du Sud de la France aile au zénith, dans une Tramontane très irrégulière approchant les 40 nœuds, sans casque, et traînant derrière lui sa planche qui était reliée à un leash dédié au surf, donc très élastique. Toutes ces conditions réunies font de cette "walk of shame" une mission quasi suicide, illustrant parfaitement la combinaison de facteurs à risque.
Protection et Prévention des Traumatismes
Face à ces risques, le port d'équipements de protection adéquats devient impératif. Le non-port du casque augmente fortement le risque de traumatisme crânien ou de perte de conscience. Il est un fait clair et non négociable : Leash = Casque ! Cette équation simple souligne l'interdépendance des mesures de sécurité. En plus de protéger la tête, le port d'un gilet de sauvetage ou d'une impact vest, qui comme son nom l'indique, pourrait vous protéger d'éventuels chocs provoqués par la planche, est également vivement recommandé. Ces protections corporelles peuvent absorber une partie de l'énergie cinétique en cas de contact violent avec la planche.
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Concernant les foils, les risques de blessures d'un foil qui retourne dans votre direction en cas de chute sont trop élevés en utilisant un leash, peu importe quel type. Comme l'a souligné un pratiquant, "attaché en permanence au foil avec un leash pour moi c'est de la folie vu les gamelles qu'on peut prendre à grande vitesse". La vitesse inhérente au foiling, même en hyper light, peut tourner aux alentours d'une vingtaine de nœuds, ou plus si le plan d'eau est glassy. Le risque de se faire mal en cas de chute, par exemple en se prenant un sac plastique, sera aussi grand que si l'on n'est pas en hyper light. Le leash à enrouleur, bien que semblant une solution pour certains, présente ses propres problématiques. Rideshooting a écrit : "le retour de planche avec un leash enrouleur, je n'y crois pas". Cependant, il est essentiel de tempérer cette opinion, car "Ne pas y croire, ne veut pas dire que cela ne t'arrivera pas comme à certains dans le passé, il suffit d'un peu chercher sur le net pour peut-être revoir son jugement". De plus, l'effet ancre entraînant le rider vers le fond est une préoccupation légitime, surtout dans des conditions de courant ou de vent léger où le pratiquant peut se retrouver en difficulté.
Pourquoi le Message de Prévention Échoue-t-il ? Comprendre les Motivations du Kiteur Débutant
À tous les extrémistes anti-leash, il faut reconnaître que la problématique est complexe. Tirons, dans l'instant, un trait sur toute suspicion de polémique : utiliser un leash de planche c'est mal. C'est mal en raison des dégâts physiques évidents dont il peut être la cause. Mais une fois qu'on l'a dit et répété maintes et maintes fois, on constate que ce fichu leash n'a pas disparu de l'équipement standard du kiteur débutant. On ne dispose évidemment d'aucune statistique, mais ce qui ressort de la simple observation, in situ, c'est qu'il reste bien apprécié. Il serait peut-être temps de se demander pourquoi le message de prévention échoue.
La Dure Réalité des Débuts en Kitesurf
Un parallèle tentant est à faire avec le tabac : ça donne le cancer, on peut donc potentiellement en mourir, les messages de prévention sont pléthoriques, la publicité est interdite, le packaging affiche des images gerbantes et le prix des paquets ne cesse d'exploser. Pourtant, ça ne dissuade pas le nombre toujours conséquent de fumeurs. Le plaisir et l'addiction, en ressorts puissants, contraignent l'âme et le corps. Pour le leash de planche, l'explication est plus prosaïque : le débutant met un leash car il ne maîtrise pas son aile. Depuis son entrée dans l'eau jusqu'à sa sortie, le cou cassé, les yeux au ciel, les mains écartées aux extrémités de la barre, son problème est double : contrôler cette chose, là-haut, qui regimbe comme un cheval fougueux, et éviter les autres kiteurs qui lui polluent l'espace. Le kiteur en construction est Sartrien : il pense, à l'instar du philosophe, « l'enfer c'est les autres ».
Et de ces deux problèmes, le principal n'est pas celui qu'on croit. Quand on est débrouillé, on a tendance à oublier les affres de ses débuts. Et lorsque qu'en tant qu'expert on réfléchit à un problème, le réflexe est de l'aborder sous l'angle de la raison en oubliant parfois d'y insérer des éléments évaporés avec le temps. On observe un fait (un kiteur part à l'eau avec un leash) et on disserte de ce fait en faisant abstraction des motivations du gars (il résout un problème). Si on élargit la focale, la perspective est différente : un type ayant du mal à gérer une bâche à laquelle il est directement rattaché et qui fait prise au vent à 25m au-dessus de sa tête, s'avance le ventre noué dans ce qui lui apparaît comme un bourbier. Ce bourbier est un environnement où le kéké du lieu vient lui sauter à la gueule toutes les 2 minutes, où il y a des départs et arrivées fréquents, où les inconditionnels de la navigation à 10m de l'aire de départ forment un magma qui semble impénétrable, où d'autres encore attendent la dernière seconde pour lui virer sous les moustaches. Tout plein de joyeusetés du genre que tout le monde connaît.
Le kite, pour le commun des mortels, ressemble assez peu aux images relayées par l'influenceuse instagramée en bikini qui kite, solitaire, sous sa 12m portée par un vent laminaire, au milieu d'une baie immense sur un glacis d'eau translucide. Non. Le gars, il va kiter où ses potes plus expérimentés vont. Et c'est rarement le même décor ni la même ambiance que sur les photos de la naïade. Le gars, il se prend des paquets de mer dans une eau noire et profonde et il n'est pas à la fête parce qu'autour de lui ça circule en tous sens. Si bien que, quand il part à l'eau, si sa planche le suit comme un bon toutou sans faire chier, c'est toujours ça de moins à gérer. Il peut ainsi se concentrer sur sa toile. Et quand il se prend une bonne boîte au milieu du bouillon, il n'a qu'une envie : s'extraire au plus vite de son bourbier ; qu'une angoisse : que dure son pugilat. Alors, s'il peut tirer sur la ficelle pour accélérer le processus…
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Le Conflit entre Orthodoxie et Pratique
L'orthodoxie recommande à raison une formation poussée au maniement de l'aile et à la nage tractée. Mais qu'en est-il dans la pratique ? Qui est assez sérieux et dispose d'assez de moyens (temps, argent, volonté) pour suivre des cours ou s'entraîner en solo jusqu'à être 100% opérationnel dans ce registre, quelles que soient les conditions ? Il y a un moment où le désir de kiter l'emporte sur tout le reste, où il faut se jeter à l'eau et forger son expérience. Donc, on a d'un côté ce que l'orthodoxie recommande, de l'autre, la dure réalité. La réalité gagnant toujours sur la théorie, nombre de débutants continueront à aimer leur leash et donc, à épouser le risque qui va avec. La seule vraie hérésie de l'histoire serait de ne pas porter de casque.
Les différents enseignants et pratiquants ont des avis très contrastés sur l'usage du leash. Pour certains, le leash est considéré comme très dangereux et rejeté, alors que pour d'autres, il peut être utilisé sous certaines conditions. Cette divergence d'opinions souligne la complexité du problème, où l'expérience personnelle et les conditions de navigation peuvent fortement influencer la perception du risque. Par exemple, un pratiquant a partagé son expérience de la perte d'un foil sur une sortie offshore, avec un vent tombant. Le temps de gérer l'aile, le foil a dérivé très vite, ne laissant aucune chance de récupération malgré l'aide de collègues. Désormais, il utilise un petit leash (3 mètres de lignes) attaché au strap arrière et roulé dans la gaine, ce qui permet au moins d'y accrocher le casque qui fait ancre flottante, le temps de tout plier. Cette solution pragmatique découle d'une situation vécue et démontre qu'en l'absence d'assistance de bateau, et face à des conditions particulières comme le vent très light et offshore, la recherche de solutions pour maximiser le retour au sec est compréhensible.
Alternatives et Solutions Potentielles : Vers une Pratique Plus Sûre et Innovante
Bien que l'interdiction du leash de planche soit souvent mise en avant pour des raisons de sécurité, il existe des situations et des solutions qui tentent de concilier la nécessité de garder sa planche avec la minimisation des risques.
Les Leashs Spécifiques et Leurs Contraintes
Il n'y a pas d'interdiction légale à l'usage du leash, mais plutôt une forte recommandation de prudence. Certains modèles de leashs sont jugés plus appropriés que d'autres, bien qu'aucun ne soit sans risque. Le leash à enrouleur est un exemple. Ce n'est pas si gros (1 kg, il ne faut pas exagérer), et il ne gêne pas pour les services qu'il rend régulièrement. Un pratiquant a rajouté un petit "coinceur" mobile en cordelette pour que la sangle demeure déployée, sinon le foil revient inlassablement à cause du ressort. Il lui sert aussi à tracter son aile, restée gonflée, "à distance" alors qu'il nage tranquillement à plat ventre sur la planche, ayant préalablement retiré un côté du spread bar du harnais. Ainsi, il peut aussi garder la barre pliée mais connectée avec un peu de mou, au cas où une risée lui permettrait de redécoller. Le coinceur est une astuce intéressante pour éviter que le foil ne descende trop vite au vent. Pour certains, un nœud coulant au milieu de la sangle qui bloque l'enrouleur est une alternative facile à défaire en tirant plus fort.
Cependant, les risques demeurent. Ce type de leash a peu d'élasticité, il convient mieux, mais la planche reste toujours près du rider en cas de chute à cause de sa faible longueur, ce qui augmente les risques de collision notamment avec la tête qui dépasse de l'eau. Par conséquent, l'usage du casque est obligatoire si l'on utilise un leash de planche. Il ne faut jamais utiliser de leash de board pour naviguer en kitefoil, cela est formellement déconseillé. Il est préférable d'installer une cordelette de 5/6 mm de 80 à 100 cm munie d'un mousqueton pour garder sa planche près de soi après une chute. Surtout si l'aile refuse de redécoller rapidement, car le foil va descendre sous le vent et se prendre dans vos lignes.
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Pour le jibe, qui demande à changer les pieds de position lors du changement d'amure, la question du leash peut se poser. Un pratiquant mentionne qu'il nécessite d'attacher son leash à la cheville, sinon il finit par s'enrouler les jambes dans le leash. Lorsque l'on sort au large pour tirer de longs bords, le leash peut éviter de perdre sa planche. Au-delà de 150/200 m du bord, la méthode de triangulation n'est plus adaptée, et le risque de perdre la planche de vue devient très important.
Stratégies pour Minimiser la Perte de Planche Sans Leash
La principale alternative à l'utilisation d'un leash consiste à remonter au vent en nage tractée. L'utilisation du leash n'exonère pas d'apprendre à remonter au vent en nage tractée. C'est une compétence fondamentale qui permet au rider de récupérer sa planche de manière autonome et sécurisée. On peut aussi utiliser un flotteur Ocean Rodeo Go-joe qui facilite la localisation et la récupération de la planche. Si l'on tombe par vent side ou side-on à moins de 100 m du bord, il est conseillé de rentrer au bord en nage tractée, puis de remonter au vent par la plage et de repartir au large en nage tractée.
Pour ne pas perdre sa planche en mer, des astuces visuelles sont également très utiles. Choisir une board avec des couleurs vives, des ailerons jaunes/oranges ou rouges, ou des footstraps de couleurs (bien qu'ils perdent vite leur couleur au soleil) améliore la visibilité. On peut également rajouter un repère visuel comme un petit drapeau ou un brassard d'enfant sur la poignée. De plus, en l'absence de clapot, la planche descend lentement le vent pour vous rejoindre. Et si elle s'est retournée sur les footstraps, c'est pire encore, elle reste quasi immobile. La distance à remonter au vent risque vite de dépasser 50/100 m. Attention, le vent léger diminue le risque de percussion mais ne le supprime pas totalement.
Un pratiquant expérimenté, Laurent Ness, navigant seul dans des spots de vagues océaniques avec courant et baïnes, considère la planche comme un élément de sécurité essentiel, prêt à perdre l'aile mais surtout pas la planche et ses ailerons. Il souligne l'impossibilité de sortir en bodyboard sans palmes du côté d'Hossegor ou La Palue. Pour lui, naviguer sur des spots inconnus ou dans des conditions extrêmes (4/5m à 1km du bord, avec seulement 4 personnes à l'eau) rend impensable de partir sans leash. Dans ces cas-là, il n'utilise pas de leash de short board, mais un leash de gun en 8 pieds pour les grosses vagues, qui est beaucoup plus respectable en termes de solidité et offre plus de marge pour un retour de planche.
L'Innovation Technologique : Une Piste pour l'Avenir ?
La solution est peut-être dans l'innovation. Serait-ce compliqué de fabriquer une petite pièce mécanique qui céderait à partir d'une certaine pression, une sorte de largueur automatique que l'on pourrait régler sur une résistance à une force donnée, sur le principe des fixations de ski ? Une fois l'enrouleur en bout de course, si la force exercée est supérieure au réglage, le largueur désolidariserait le leash de la planche, évitant son décollage. Si c'est faisable, ça n'éviterait sans doute pas tous les accidents, mais diminuerait au moins les risques. Qu'en pensent les ingénieurs de notre communauté sur le plan technique et les moniteurs sur celui du principe ?
Une autre idée serait l'intégration d'un tracker GPS qui puisse permettre de localiser la planche (sorte de leash électronique) une fois rentrée sur la plage, surtout après la perte d'un TT ou d'un foil coûteux. Cette technologie pourrait sauver des sessions de vacances et des investissements importants. En attendant, un pratiquant a trouvé une solution intermédiaire pour la sécurité en fixant le leash à enrouleur sur le côté du harnais à un largueur de leash d'aile (dont il a enlevé le leash bien entendu) pour pouvoir se désolidariser rapidement de la planche si nécessaire.
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