La composition photo désigne l’organisation des éléments visuels dans le cadre pour guider le regard du spectateur et donner du sens à l’image. Elle englobe le cadrage, les lignes, les plans, les contrastes et les espaces vides. Apprendre à photographier, c’est, quand on le fait de façon sérieuse et méthodique, apprendre à composer et à cadrer. La composition s’apprend. Comme pour tout langage visuel, il suffit d’en connaître les codes pour commencer à les appliquer. Dans ce guide, nous allons transformer vos photos et illustrations grâce à des principes de cadrage et de composition simples à appliquer, car la différence entre une photo ordinaire et une photo marquante tient rarement aux réglages. Avant de dépenser des sous dans ce satané matériel, prenez le temps de comprendre comment vos images s’organisent.
Le « point de vue » en photographie correspond simplement à la position à partir de laquelle le photographe voit la scène. Quelles que soient les décisions prises par le photographe, il n’y a pas de point de vue idéal, mais il y en a de plus ou moins bons. Le photographe choisit une position par rapport au sujet, cette position est porteuse de sens ; on l’appelle le point de vue. Le photographe indique ainsi son rapport avec le sujet. Parmi ceux-là, une photo prise sous un angle inattendu ou inhabituel aura plus d’impact qu’une autre. On distingue habituellement trois types de points de vue relatifs à l’angle sous lequel on prend une photo : lorsque la visée pointe vers le haut, on parle de « contreplongée » et de « plongée » lorsqu’il pointe vers le bas.
La Dynamique de la Plongée : Écrasement et Perspective
La technique du cadrage en plongée consiste à placer l’objectif de son appareil photo au-dessus du plan horizontal et donc incliné vers le bas en direction du sujet. Dans cette position, le photographe se situe plus haut que le sujet à photographier, il oriente donc l’appareil photo vers le bas. La plongée va notamment vous permettre de donner une vision originale d’un paysage ou d’une scène de vie, sous un angle inhabituel. L'appareil photo est situé au-dessus du sujet, l'angle de prise de vue est de fait orienté du haut vers le bas. Cet angle donne une impression que le sujet est plus petit, dominé par le photographe et écrase les perspectives. Cet effet donne l’impression de dominer le sujet, de l’écraser ou de le tasser. Il le fait artificiellement apparaître en état d’infériorité.
La plongée est condescendante. Un tel cadrage donne une certaine impression de solitude et de détresse. Le photographe domine en quelque sorte le sujet. Le point de vue va écraser les perspectives et déformer les éléments. La plongée donne plus d’importance aux lignes en accentuant les surfaces horizontales. L’« écrasement » total s’obtient en plaçant l’objectif tout à fait verticalement au-dessus du sujet. En raison de cette impression d’écrasement, cette façon de procéder doit être limitée, ou utilisée avec parcimonie, principalement quand on photographie des personnes. Les faire apparaître en position d’infériorité ne se justifie que très rarement, pour des buts tout à fait particuliers.
Néanmoins, l’intérêt supplémentaire de légèrement plonger l’objectif vers le sujet est que cet angle a tendance à écraser les perspectives et donc d’affiner les traits du visage, un réel avantage en photographie de portraits. En illustration jeunesse, on peut utiliser cet angle pour montrer un enfant vu du haut, renforçant son côté vulnérable ou petit face au monde. Pour prendre des photos en plongée, il faut que l'appareil (et bien souvent le photographe…) soit placé en hauteur. S'il est effectivement sympa d'impressionner les copains avec une vue originale du haut du phare des Baleines, il est plus gênant de retrouver l'APN ou son propriétaire tout cassé sur le plancher des vaches. Quoi qu'il arrive, soyez prudent, préservez-vous et préservez votre matos !
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Une astuce qui fonctionne généralement bien consiste à intégrer dans le cadrage en plongée un premier plan relativement proche. Cela permet notamment de donner une idée de la hauteur et de procurer un petit vertige chez la personne qui découvre la photo. Une autre technique consiste à se servir d’un monopode télescopique pour « faire prendre de l’altitude » à l’appareil photo. Vous pouvez ainsi le surélever d’1m50 à 2m, ce qui est loin d’être négligeable et peut vous permettre de réaliser une photo originale. Bien entendu, à moins d’avoir le bras long, impossible de déclencher manuellement en procédant ainsi. Qu’à cela ne tienne, utilisez le retardateur de votre appareil, ou, si vous en possédez une, la télécommande sans fil !
La Contre-plongée : Magnifier et Grandir le Sujet
À l’inverse, l’appareil photo est placé plus bas que le sujet, l’angle est orienté du bas vers le haut. Photographier en contre-plongée consiste à placer l’appareil photo plus bas que le sujet et à orienter l’objectif vers le haut. Cette inversion donne l’impression d’un sujet plus grand, dominant le photographe et exagère les perspectives. Un tel cadrage donne une certaine impression de puissance et de domination du sujet. Ce point de vue va accentuer les perspectives et réduire les plans horizontaux. Le sujet est mis en valeur mais il est, là aussi, déformé. La contre-plongée est flatteuse. Ce changement de perspective donne de la grandeur au sujet, c’est pourquoi elle est souvent assimilée à l’image du regard de l’enfant sur le monde, tout paraît plus grand, plus impressionnant que dans la réalité.
Une photo prise en contre-plongée a tendance à grandir et magnifier le sujet principal. Cette technique est notamment très intéressante si vous êtes démuni face à un monument aux lignes de fuite délicates à capturer. L'idée est de jouer sur cette déformation, en l'amplifiant grâce à une exagération de la contre-plongée. Effet boeuf garanti, surtout si le ciel est bien bleu ! La contre-plongée est sans doute l’une des techniques les plus spectaculaires en photographie urbaine. En dirigeant votre objectif vers le haut, vous transformez des scènes banales en compositions saisissantes, révélant la majesté des villes et des architectures qui nous entourent. Un gratte-ciel vu depuis sa base semble défier la gravité et écraser le spectateur.
Pour le portrait, la photo est plus forte si l’angle est faible, car au lieu de créer un sentiment de domination, à l’inverse vous allez créer un sentiment de confiance, de sincérité, d’intimité, surtout si la personne regarde l’objectif. Dans le domaine de la mode, on donne l’impression que le sujet est plus grand, ce qui le valorise : c’est le but recherché ! Cependant, limitez l’inclinaison de l’angle, car outre la déformation due à la perspective qui rendrait les proportions moins réalistes, l’inclinaison bas vers le haut n’est pas toujours très flatteuse pour le sujet.
Les positions acrobatiques de la contre-plongée demandent de la rigueur. Un mur pour caler les coudes ou une respiration maîtrisée peuvent remplacer un trépied quand on veut rester spontané. Il ne faut pas hésiter à s'allonger par terre ce qui offre de multiples avantages : on élargit l'angle, on a le temps de cadrer, on se fatigue moins les cervicales et on est plus stable. Une autre ruse consiste à utiliser un miroir que l’on place au sol, afin de photographier sous un angle inaccessible. Sachez qu’il existe également des accessoires permettant la visée au-dessus de l’appareil, comme des viseurs d'angle coudés, bien que ces accessoires soient souvent assez chers.
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Les Lois de la Perspective et l'Impact de la Focale
Dans les deux cas - plongée ou contre-plongée - l’image subit une déformation en trapèze qui sera plus importante avec une focale courte qu’avec une longue. Cela affecte considérablement l’image en photographie d’architecture. Il va de soi que l’angle de champ de l’objectif (donc lié à sa focale) n’est pas sans incidence sur les effets produits sur le sujet. Le grand-angle (14-35 mm) est idéal pour accentuer la verticalité et jouer sur les lignes de fuite. Le téléobjectif (85 mm +) permet d'isoler un détail architectural.
Les déformations induites, tant par le cadrage que par la distance de prise de vue et l’angle de champ, doivent absolument être maîtrisées quand il s’agit de modèles humains. Si on regarde la photo d’un escalier dont les marches les plus hautes sont à gauche, on a l’impression qu’il descend. À l’inverse, si les marches les plus hautes sont à droite, on a l’impression qu’il monte. On pourrait penser qu’il en est de même pour une photo de phare. Rien n’est moins sûr ; en effet, il est possible que notre cerveau suive le sens du faisceau lumineux source-zone éclairée. En fait, les choses sont encore plus complexes qu’il n’y paraît. Notre cerveau cherchera instinctivement dans une photo une présence humaine qui peut mettre à mal cette règle.
Une ligne directrice, c’est une ligne qui dirige le regard vers un point précis de l’image : le sujet. Les lignes d’une photo peuvent parfois sembler si banales que le regard ne s’y accroche pas. Dans ce cas on ne peut pas les qualifier de directrices. Le choix du point de vue du photographe est primordial dans cet exercice. Les lignes directrices, lorsqu’elles mettent en valeur une perspective, ajoutent à la photo une profondeur dans l’espace que ne peut avoir une image en 2D. Votre œil suit naturellement les lignes : celles d’une route, d’un trottoir, d’un escalier. Elles agissent comme des rails visuels. Les lignes droites structurent, les lignes courbes enveloppent. Là où une ligne droite impose une direction, une courbe invite à se promener.
Organisation de l'Espace : Remplir le Cadre et Espace Négatif
Dans une composition, remplir le cadre consiste à réserver à son sujet tout ou partie de l’espace disponible. Il s’agit donc de s’en approcher suffisamment pour n’en conserver que les éléments les plus intéressants. On peut se rapprocher de son sujet physiquement, ou à l’aide d’un zoom pour cadrer très « serré ». Se dire qu’on peut toujours cadrer large et à distance, avec l’intention de rogner ensuite l’image en post-production n’est acceptable que lorsqu’on ne peut pas faire autrement. Cette méthode ne permet pas de choisir le meilleur point de vue. Resserrez. Approchez-vous. Coupez ce qui n’est pas essentiel. Un cadrage serré attire l’attention, concentre l’énergie, évite les distractions.
En photographie, il est infiniment plus facile de surcharger une composition avec des détails bien présents mais qui n’apportent rien, que de rechercher au contraire de la dépouiller de ses éléments perturbateurs. C’est la démarche qui consiste à provoquer une scène que le photographe aura préalablement construite dans son imaginaire. Le sujet doit être unique. On peut le considérer comme le seul acteur d’une pièce de théâtre sans décor ; en dehors de lui, tout le reste fait partie de ce qu’on appelle « l’espace négatif » de la scène. Une grande zone où rien ne capte le regard s’appelle un espace négatif. En isolant le sujet, il le renforce en créant une hiérarchie visuelle. Dans cet espace négatif, l’arrière-plan est primordial. On le choisira de préférence clair, simple et diffus.
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Un truc, côté dépouillement, vraiment à la façon de Bertolt Brecht : montrez moins, isolez. L’œil humain aime comprendre vite. Il cherche un point d’ancrage. Si vous le forcez à tout décrypter, il se perd. Offrez-lui un message visuel clair. Veillez à laisser une zone neutre dans votre cadre. En effet, il vaut mieux laisser une zone vide (sans détails importants) tout autour de la photo. Pensez également que ce qui se trouve hors du cadre (le hors champ) est aussi important que ce qui se trouve effectivement sur la photo. Il va falloir jouer avec cette notion afin de placer plusieurs indices qui vont permettre de recréer mentalement cet espace hors de la photo.
Géométrie, Symétrie et Rythme Visuel
La symétrie est un outil de composition puissant qui attire immédiatement le regard. C’est une composante forte de l’image et un moyen simple d’ajouter de l’intérêt et de la profondeur à une photo. On trouve de la symétrie partout : dans la nature, en architecture, dans la rue, sur une personne ou un animal. Le carré est symétrique et donc donne une impression de calme et de stabilité. Le triangle ascendant est une forme harmonieuse qui donne une impression de calme et d’équilibre (une base solide). Le rectangle vertical exprime la puissance, la force et la solidarité.
La répétition apporte graphisme et esthétique à une composition. Elle est reposante pour l’œil, donc apaisante. C’est une technique qui n’est pas réservée qu’à l’image. Elle est fréquemment utilisée en poésie où la richesse de la rime se définit par l’homophonie entre les mots et le rythme par la scansion et la longueur des vers. Elle est également utilisée en musique, où un « ostinato » est une formule mélodique répétée tout au long d’un morceau. Contrairement aux arts purement créatifs, en photographie c’est la répétition qui s’impose au photographe. Il ne peut pas la créer, mais il peut la révéler : fenêtres alignées, balcons répétés, grilles géométriques… La contre-plongée révèle des patterns que l’on ne perçoit jamais en marchant dans la rue.
L’impact d’une grosse masse est très important et va monopoliser l’attention au détriment des masses plus petites. La première chose à faire pour équilibrer une image est de compenser les masses entre elles. Un équilibre des tons s’obtient si un élément de petite taille a autant d’impact qu’un élément de plus grande taille. Les contrastes colorés sont aussi puissants. Une borne rouge sur un mur bleu, un manteau jaune dans une foule sombre : ils révèlent, mettent en valeur et créent du rythme. Utilisez-les avec parcimonie car trop de contrastes tuent le contraste.
Les Règles d'Or et la Structure Perceptive
Le placement d’un sujet sur une photo doit obéir à la règle du nombre d’or. Cette règle d’or a été définie à l’origine par un architecte romain afin d’établir une division inégale et dissymétrique des espaces qui paraîtrait très agréable et esthétique pour l’œil humain. La règle dit que le rapport entre la plus petite et la plus grande partie de l’image doit être équivalente au rapport entre la plus grande partie et le tout. De cette règle découle la règle des tiers. La proportion idéale en photographie est de 1 tiers pour 2 tiers. En effet, si on cadre son sujet au centre de l’image, la photo risque d’être plate, sans vie car cela provoquera une symétrie trop monotone. Les intersections de ces 4 lignes font ressortir les points forts de la photo.
Des tests scientifiques ont démontré que tous les individus d’une même culture ont le même cheminement visuel. Lorsque l’on découvre une photo, nous avons une structure perceptive commune. L’œil va balayer la surface d’une image d’un mouvement continu extrêmement rapide. Le balayage de l’œil se fait dans le sens de l’habitude culturelle, il aura donc tendance à aller de gauche à droite et de haut en bas. Il est attiré par les points forts, les zones compliquées, la forme la plus grande ou la plus proche, et a tendance à s’orienter vers le centre. La netteté, la régularité, le premier plan, les couleurs chaudes peuvent également diriger le regard.
Une image attirera plus le regard si elle est composée d’un nombre impair d’objets. Ce nombre se limite à 3, 5, 7 ou 9 au grand maximum, l’idéal étant 3. Il semblerait qu’un nombre impair casse la monotonie dans l’interprétation que fait le cerveau d’une image. Un nombre impair crée une tension visuelle naturelle. Il empêche la symétrie plate. Il introduit un déséquilibre qui rend la scène plus vivante. Il en est des objets d’une image comme des bouquets de roses : il est d’usage de les offrir en nombre impair dans les bouquets de moins de dix fleurs.
Signification Symbolique du Cadrage et de l'Orientation
Le choix entre format paysage (horizontal) et portrait (vertical) est la première décision à prendre. Une image paraît mieux équilibrée si elle est placée en largeur car ce cadrage correspond à une vision humaine. L’œil est moins habitué aux compositions verticales car il doit balayer la photo de haut en bas. Une impression d’optique nous fait croire qu’une photo cadrée verticalement est plus grande qu’une photo prise horizontalement. Un cadrage vertical donne une impression d'action et de proximité.
Sur une image horizontale, un objet placé à gauche domine au vu du sens de lecture. La gauche va représenter le passé et la droite le futur. C’est pour cela que beaucoup de photos dont le sujet principal est un personnage vont placer l’individu à gauche avec son regard portant vers la droite (il regarde vers le futur). Sur une image verticale, un objet placé en haut aura plus d’impact. Le bas d’une image représente la matérialité alors que le haut va plutôt rappeler la spiritualité.
Il existe aussi des contrastes de concepts, couvrant des notions abstraites comme la vie et la mort, la jeunesse et la vieillesse, la richesse et la pauvreté. On pourrait l’appeler contraste d’idées, d’états ou de situations. C’est le terrain de jeu des grands reporters. Inclure des humains dans vos paysages est une application du contraste de concepts (l’inerte et le vivant). Sans repère de taille, votre spectateur est perdu. En photographie de paysage, faites toujours plusieurs vues avec et sans personnage pour donner une échelle.
Le Sujet Humain et l'Illustration Jeunesse
L’apparence humaine est un élément qui attire l’œil irrésistiblement. Si vous placez une personne dans un décor, le regard va forcément se porter en premier sur le personnage. Encore plus précisément, c’est le visage qui attire le plus. Dans un visage, c’est le regard qui a le plus d’importance. Une fois que l’on a compris le fonctionnement de l’œil, on en déduit comment attirer l’œil vers l’endroit qui nous intéresse.
En illustration pour la jeunesse, la taille des plans est basée sur le découpage de la silhouette humaine. Le plan général insiste sur l’étendue de l’endroit et la relation entre le sujet et le lieu. Le plan d’ensemble est plus resserré, le sujet devient identifiable. Le plan moyen se concentre sur le sujet entier, négligeant le décor. Le plan américain cadre à mi-cuisse. Le plan rapproché (taille ou poitrine) isole la partie supérieure du corps. Le gros plan met en valeur une partie importante du sujet, rendant le décor inexistant. Le très gros plan isole un détail pur ou une texture.
Il est important de se tenir à hauteur du sujet pour éviter de le dévaloriser, surtout s'il s'agit d'un enfant ou d'un animal. Par exemple, pour un bébé qui rampe au sol, il est important d'être au ras du sol avec lui. Dans ce cas, impossible de cadrer en contre-plongée sans creuser le sol ; resterait la plongée au risque d’écraser le sujet, ou le plan horizontal pour une immersion totale. On évite de couper la queue du sujet ou les pieds de manière non naturelle, à moins que ce ne soit un choix assumé comme chez William Klein, dont le style provocateur consistait parfois à « couper les têtes » pour l'anonymat ou l'impact graphique.