Les archipels des Îles sous le Vent, véritables joyaux de la Polynésie française, offrent un cadre de navigation exceptionnel, où les défis maritimes se mêlent à la splendeur des paysages et à la richesse culturelle. L'exploration de ces eaux turquoise, parsemées de motus idylliques et de récifs coralliens, requiert une connaissance des spécificités locales et une adaptation du choix du voilier aux conditions rencontrées. Que l'on opte pour la stabilité et l'espace d'un catamaran, la capacité d'un dériveur à s'aventurer en eaux peu profondes, ou les caractéristiques de gréement d'un ketch pour la croisière au long cours, chaque type de navire présente des avantages uniques pour découvrir cette région fascinante.
Les Îles sous le Vent : Un Cadre de Navigation Unique
La Polynésie française, et en particulier les Îles sous le Vent - incluant des noms évocateurs comme Huahine, Raiatea, Tahaa, et Bora Bora - constitue un terrain de jeu nautique d'une rare beauté. Le circuit idéal quand on veut partir de Tahiti pour faire les îles sous le vent est généralement le suivant : Papeete, Moorea (à 12 miles nautiques), Huahine (85 miles nautiques), Raiatea (28 miles nautiques), le tour de Tahaa, et Bora Bora, avec Maupiti si la météo le permet. Ce voyage a été réalisé plusieurs fois, chacune offrant une expérience différente en raison des conditions changeantes. La météo, très changeante dans la période de décembre à avril, influence considérablement la navigation, les fonds marins et la faune. La multitude de mouillages possibles en dehors des spots incontournables ajoute à l'attrait de la région.
L'arrivée à Raiatea est souvent un point de départ pour l'exploration, cette île abritant de nombreuses bases de location. C'est le cas pour un voyage qui a débuté le lundi 28 juillet, après un retour à Tahiti le 26 juillet. À l’atterrissage à 12h15 sur l’aéroport de Raïatea, l'accueil se fait avec les traditionnelles couronnes de fleurs, un geste toujours apprécié. La marina est souvent le théâtre des premières inspections et préparatifs avant le grand départ.
Les conditions de navigation sont variées. Un petit vent de S-SE de 12 nœuds peut attendre à l'extérieur, se renforçant progressivement pour atteindre 20 nœuds une heure plus tard, accompagné d'une petite houle de 2m de SE. Le plaisir est là même si ça bouge un peu et que le passage dans la mer est moins doux qu'avec un monocoque. La navigation entre les îles demande une attention constante aux passes, souvent négociées au moteur, surtout si le vent n'est pas favorable et suffisamment portant. Par exemple, l’orientation d’une passe peut obliger à remettre les moteurs en marche pendant 10 minutes pour éviter d’embrasser une barrière de corail.
Les vents autour des îles restent surprenants, et des situations inattendues peuvent survenir. Lors d'une navigation entre Bora Bora et Tahaa, le chemin peut être refait dans l’autre sens, car il n’y a qu’une passe à Bora. Avec une grand-voile à un ris et le génois à 100%, la navigation peut être agréable jusqu'à ce que le relief de l’île modifie le vent, le faisant passer, par exemple, au NE. Des rafales de 25 nœuds peuvent ensuite surprendre, rendant la mer agitée avec une houle courte de 2,5 à 3m. Le poste de barre, situé à 3m au-dessus de l’eau sur un catamaran, peut voir certaines vagues dépasser la bôme.
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Le Catamaran : Confort et Spécificités en Lagon
Le choix d'un catamaran pour la croisière en Polynésie française, comme le Lagoon 380 (ou initialement un Athena 38 de 2005), est révélateur des avantages qu'il offre. Habitués au monocoque (tel un Etap28i en France), les navigateurs trouvent souvent un multicoque immense. Avec quatre cabines, il offre un luxe appréciable pour quatre personnes. Les enfants prennent possession des coques, choisissant une cabine arrière avec la trappe de survie au ras de l'eau (pour voir la mer et les poissons) et une cabine avant communiquant avec le pic (une salle de jeux).
L'équipement d'un tel bateau est classique mais essentiel : deux moteurs avec 2 x 100 litres de gasoil, deux réservoirs d’eau de 300 litres chacun, un panneau solaire, une annexe semi-rigide, un lecteur de carte, une centrale de navigation et un pilote automatique Autohelm. Les voiles et le gréement sont en excellent état. Le mouillage est également un point crucial : 45m de chaîne avec 45m de câblot et une ancre Brake type charrue de 20kg, complété par un mouillage de secours avec 10m de chaîne et 50m de câblot et une ancre plate.
Les manœuvres du catamaran diffèrent de celles d'un monocoque. Au départ d'un quai, il est souvent nécessaire de larguer les amarres alors que le bateau est cul à quai sur pendille. Les deux moteurs démarrent au quart de tour, permettant une manœuvre en douceur. Une première navigation dans le lagon de Raïatea vers une ferme perlière peut se faire à 2000 tr/min. La navigation à la voile, même courte, permet d'apprivoiser le bateau. Longer le lagon côté Océan avant de ré-entrer par une passe deux heures plus tard, toujours à la voile, est une pratique courante pour se diriger vers un mouillage.
Les passes, comme mentionné précédemment, sont souvent franchies au moteur. Cette pratique permet de recharger les batteries, qui peuvent descendre à 11,9V le matin, et assure un passage sécurisé. L'absence de fonctionnement correct du loch (indiquant une vitesse surface de 2 nœuds) peut rendre l'estime délicate, soulignant l'importance du GPS lecteur de carte. Le compas de relèvement, s'il est peu pratique, peut également compliquer les manœuvres.
La manœuvre d'empannage, réalisée seul et en silence, peut nécessiter d'embraquer l’écoute de grand-voile, d'ajuster le pilote automatique, de faire passer le génois, puis de déborder la grand-voile pour prendre le cap souhaité. L'alignement des perches blanches et rouges, comme à 113° pour une passe, est une aide précieuse.
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Un mouillage dans une petite échancrure dans le platier par 5m de fond nécessite une attention particulière pour ne pas abîmer les massifs de corail. L'utilisation d'une longueur de chaîne de 20m est un minimum. Des problèmes peuvent survenir, comme un guindeau bloqué par une jonction chaîne-cablot (épissure type œil épissé) trop grosse et rigide. La solution peut impliquer de ramener le courant sur le winch de génois pour débloquer la situation, même si le système n'est pas très original.
Le catamaran et ses moteurs semblent supporter les conditions difficiles. Même par vent fort et houle, le bateau conserve une bonne tenue, bien que le VMG puisse parfois être lamentable si l'on tente d'abattre trop face à des vagues impressionnantes. Tenir un cap au près serré, même si cela rallonge la route, permet de continuer sous voile et de profiter pleinement de la navigation.
Le Dériveur et l'Accès aux Eaux Peu Profondes
La capacité à naviguer en eaux peu profondes est un avantage considérable dans les archipels où les lagons regorgent de mouillages accessibles uniquement aux navires à faible tirant d'eau. Bien que le catamaran décrit ne soit pas un "dériveur" au sens strict d'un monocoque à dérive rétractable, il partage cette caractéristique fondamentale d'un faible tirant d'eau. En effet, un catamaran comme le Lagoon 380 permet de se trouver sur un banc de sable avec seulement 1m30 sous la quille dans 6m d'eau, illustrant une transition rapide de -10m à -2m de profondeur. Cette particularité est essentielle pour explorer les motus et les jardins de corail.
Les "dériveurs" traditionnels, avec leur quille ou dérive mobile, sont par nature conçus pour accéder à ces zones restreintes. Leur faible tirant d'eau leur permet de s'approcher des plages, de remonter des rivières navigables (comme l'unique rivière navigable de Polynésie française à Raiatea) et d'explorer des mouillages abrités loin des chenaux principaux. Cette capacité à réduire le tirant d'eau est un atout majeur pour la découverte intime de la Polynésie, offrant des opportunités d'exploration que des bateaux à fort tirant d'eau ne peuvent pas atteindre.
Les catamarans, par leur conception à deux coques, présentent également un tirant d'eau généralement plus faible que la plupart des monocoques de taille équivalente, rendant de nombreux mouillages accessibles. La présence d'une annexe semi-rigide est alors indispensable pour les dernières approches vers les plages ou pour se faufiler entre les patates de corail afin d'explorer les jardins coralliens, même s'ils ne sont pas toujours riches en poissons ou avec suffisamment d'eau pour nager.
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Le Ketch : Une Option de Gréement pour la Croisière Tropicale
Le gréement de type ketch, caractérisé par deux mâts - un grand mât et un mât d'artimon situé en arrière du grand mât mais en avant du gouvernail - offre des avantages distincts pour la croisière, particulièrement dans des régions comme la Polynésie. Bien que l'expérience décrite dans le récit ne concerne pas un ketch, il est pertinent de considérer ce type de gréement dans une discussion sur les voiliers adaptés aux Îles sous le Vent.
Les ketches sont appréciés pour la flexibilité de leur surface de voile. Avec plusieurs voiles plus petites (grand-voile, artimon, génois ou focs), la surface totale peut être divisée et ajustée plus finement en fonction des conditions de vent. Cela facilite la manœuvre et réduit l'effort nécessaire pour gérer les voiles, un atout en équipage réduit ou lors de longues traversées où la fatigue peut s'accumuler. En cas de vents forts, il est possible de réduire la voilure à l'aide de voiles plus petites, comme le foc et l'artimon seuls, ce qui permet de maintenir le cap et de progresser confortablement sans surcharger le bateau.
De plus, la répartition de la surface de voilure sur deux mâts contribue à un meilleur équilibre du navire sous voile, réduisant le roulis et le tangage, et offrant une navigation plus douce. Cette caractéristique peut être particulièrement appréciable dans la houle des passages océaniques entre les îles. Le mât d'artimon peut également servir de support pour diverses antennes ou équipements supplémentaires. Un ketch peut donc représenter une option intéressante pour les navigateurs cherchant un compromis entre performance, facilité de manœuvre et confort sur de plus longues distances ou dans des conditions variées des tropiques.
Activités et Découvertes en Croisière : L'Authenticité Polynésienne
Au-delà de la navigation, une croisière en Polynésie est une immersion dans un mode de vie unique et des paysages à couper le souffle. La découverte de la culture perlière, par exemple, est une expérience marquante. À la ferme Anapa Perle, tenue par un Métropolitain marié à une Puamutu, on apprend le processus de greffe des nacres. Les nacres, âgées de deux ans, sont inspectées avec un miroir coudé de dentiste pour leur couleur et leur brillance. Une fois satisfaisante, la nacre est ouverte pour prélever les greffons, souvent une bande de chair juste après la couche noire. Chaque petit greffon est introduit dans une incision dans l’organe reproducteur de la nacre, une opération unique pour chaque nacre, bien qu'elle produise plusieurs perles. Les nacres sont ensuite remises à l’eau pour 18 à 24 mois (parfois 9 à 12 mois aux Tuamotu, expliquant leur qualité et prix moindres). Plus on attend, plus la couche de nacre est épaisse. La forme de la perle dépend de l'habileté du greffeur et de la première incision. Les différentes apparences (cerclées ou non, défauts de surface) ont des causes inconnues. Au moment de la récolte, le greffeur récupère la perle et réintroduit un nucléus de la taille de la perle sortie, permettant à une nacre de produire 5 à 8 perles. Une acquisition, comme une perle cerclée montée sur or blanc, est un souvenir précieux.
Les rencontres avec la faune marine sont également inoubliables. À Bora Bora, une visite aux raies à un demi-mile du mouillage est spectaculaire : une vingtaine de raies s'approchent du bateau, habituées à l'équation "bateau = poisson". Nager avec elles, même sans nourriture, est une expérience fascinante, d'autant plus qu'un requin pointe noire d'un peu plus d'un mètre peut aussi faire son apparition. Malheureusement, l'absence d'appareil photo étanche peut décevoir.
Les excursions à terre permettent de découvrir d'autres facettes de la culture locale. La visite de la baie de Maroe à Huahine offre des points de vue spectaculaires sur le lagon. Un tour de l'île en 4x4 permet de découvrir des plantations de pastèques et de melons, ainsi que les fameuses anguilles sacrées "aux yeux bleus", et les Marae, temples archéologiques polynésiens. La remontée de l'unique rivière navigable de Polynésie française à Raiatea, bordée d'une végétation luxuriante et de fleurs jaunes de "purau" plongeant dans l'eau, est un spectacle naturel enchanteur. Le Marae Taputapuatea à Opoa, site historique majeur considéré comme le point de départ des grandes migrations polynésiennes et en cours de classement à l'UNESCO, offre une immersion culturelle profonde.
Tahaa, "l'île Vanille", propose la visite d'une ferme perlière authentique et d'une vanilleraie traditionnelle, où l'on apprend les secrets de la culture de la vanille, de la pollinisation à la transformation des gousses, avec la possibilité d'acheter de la vanille de première qualité. Les "jardins de corail", comme celui entre le Motu Tautau et le motu d’en face, sont des sites d'exploration sous-marine exceptionnels, bien que parfois la densité de poissons ne soit pas toujours au rendez-vous.
La vie à bord est rythmée par ces découvertes. La douche sur la jupe arrière, la préparation des repas vers 18h, et les soirées jeux de société en famille précèdent des nuits paisibles au mouillage. Certains problèmes logistiques peuvent survenir, comme un groupe froid ayant du mal à refroidir, nécessitant l'achat de glaces, ou la visite inattendue d'un compagnon sur le mât pendant la nuit. Les réparations, comme changer une tête de vérin de safran ou le répartiteur de charge, sont des aspects inhérents à la vie en mer.