L'île Maïre et le patrimoine subaquatique de la cité phocéenne : immersion au cœur du Parc National des Calanques

Marseille est incontestablement une des capitales incontournables de la plongée dans le monde. Les sites de plongée y sont aussi variés que grandioses. Situé au Sud de Marseille, ce coin de paradis pour plongeurs, baigneurs et promeneurs est également très apprécié des marseillais. À la porte sud de Marseille, l’île Maïre se dresse tel un rempart minéral face au cap Croisette. Intégrée au parc national des Calanques, cette île inhabitée fascine par son allure sauvage et ses falaises vertigineuses qui plongent dans la Méditerranée. En arrivant aux Goudes, plutôt que de continuer vers Callelongue, prenez sur la droite pour atteindre le Cap Croisette. Le Cap Croisette est également un spot de plongée. Séparée du continent par l’étroite passe des Croisettes, un passage d’environ 80 mètres réputé pour ses courants puissants, l’île Maïre est un monde à part. Son accès terrestre étant strictement interdit pour préserver son écosystème fragile, elle conserve une nature intacte et un patrimoine historique discret.

Géographie et particularités de l’île Maïre

L'ïle de Maïre est une réserve ornithologique protégée, des mouettes y ont élu domicile et peuvent être très agressives en période de couvaison. Bien qu'accessible facilement à la nage, l'accès à terre est interdit, comme pour la majorité des îles du Parc National des Calanques : domaine protégé. L’île Maïre culmine à 138 mètres d'altitude, bien que certaines sources indiquent 133 mètres, et se situe à proximité immédiate entre le cap Croisette et l'île Tiboulen. L’observation de l’île Maïre est une expérience en soi. Depuis le cap Croisette ou le village des Goudes, le panorama sur ses falaises calcaires est saisissant. L’île abrite des vestiges qui témoignent de son importance stratégique passée, notamment les ruines d’un ancien poste de surveillance et de bâtiments militaires. Le paysage de l’île est complété par l’îlot Tiboulen de Maïre, reconnaissable à sa forme de tortue, et les écueils des Pharillons. Ces rochers sont non seulement un repère pour les navigateurs, mais aussi un haut lieu de la biodiversité sous-marine.

La composition des versants pentus dégringolant dans la mer, des vallons secs, à la garrigue rase ponctuée de quelques pins, des affleurements calcaires et des falaises est remarquable. L’accès et le débarquement sur l’île sont strictement interdits pour des raisons de protection environnementale. Aucun sentier de randonnée n’est ouvert au public sur l’île afin de préserver son écosystème fragile. Pour les amateurs de navigation, le Sea-Seek Guide Nautique rappelle que durant vos navigations, il est important de penser à mettre à jour les données et si un port, une marina ou un mouillage manque, il ne faut pas hésiter à le créer.

L'épave du Liban : une tragédie historique devenue un site emblématique

Les fonds marins de l’île Maïre sont parmi les plus réputés de Marseille. Le site est célèbre pour l’épave du Liban, un paquebot ayant sombré en 1903, qui gît à une trentaine de mètres de profondeur près des Pharillons. Construit en 1882 à Glasgow, aux chantiers Napier, le "Liban" était long de 91 mètres et large de 11 mètres. Cet ancien des campagnes de Madagascar et de Chine venait de subir une révision complète. Le jour du drame, à bord se trouvaient le commandant Lacotte, un équipage de 44 personnes et environ 150 passagers ainsi que vingt-sept sacs de courrier. La mer était calme et la météo au beau fixe.

Face à lui, "L'insulaire" rejoignait la cité phocéenne en provenance de Livourne, via Nice et Toulon. Les deux navires étaient cap sur cap aux abords de l'île de Maïre. Chacun prévint alors qu'il infléchissait sa route sur tribord. La manœuvre du "Liban" fut franche tandis que "L'Insulaire", limité par la présence de l'île sur sa droite, sembla opérer un virage à gauche. C'est en tout cas l'interprétation qui fut faite à bord du "Liban" qui vira alors à bâbord toute, commettant l'irréparable. La collision devint inévitable et "L'insulaire" éperonna le "Liban" sur son flanc tribord. Il était 12h10. Le Commandant Lacotte tenta vainement d'échouer son cargo en équilibre sur la passe des Farillons, ces deux îlots prolongeant la face est de l’île Maïre vers le large. Mais déjà l'eau s'était engouffrée dans la soute et le navire s'enfonça par la proue tandis que la poupe se relevait jusqu'à ce que l'hélice sorte de l'eau. Le bateau sombra en 20 minutes.

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Massés sur le pont, à l'arrière du navire, sous les bâches qui les protégeaient du soleil, les passagers restèrent prisonniers de ces toiles et furent entraînés par le fond. 90 d'entre eux périrent noyés dans le naufrage. Moins impacté par le choc, "L'Insulaire", plutôt que de venir en aide aux survivants, choisit de rejoindre le port de Marseille pour mettre le navire à l'abri. Cette attitude fit polémique par la suite. Les survivants furent secourus par quatre navires et de nombreuses barques de pêche qui se rendirent immédiatement sur place. Quatre scaphandriers tentèrent pendant plusieurs jours de remonter les cadavres qui se trouvaient, pour la plupart, à une trentaine de mètres de profondeur. Le rythme de travail fut effréné et l'un des scaphandriers fut victime d'un malaise fatal.

Aujourd'hui, le "Liban" se trouve sur la face sud de l’île Maïre. La proue est contre les Farillons du large, la poupe orientée vers Tiboulen de Maïre. Il repose pratiquement sur une épave romaine. La proue encastrée dans les rochers se trouve à 32 m de fond. La poupe au plus profond repose à 36 m. L’épave a une hauteur de cinq à six mètres au-dessus du fond. Le Liban est peut-être l’épave la plus plongée de Provence, en raison de sa proximité de Marseille et de son intérêt : un grand navire encore bien conservé malgré son grand âge, lourd d’un passé historique, dont les moindres recoins sont à visiter. Les accès pour la plongée sont multiples. Petits, mais proches, on trouve le port du Cap Croisette, la calanque de Callelongue par mistral, ou le port des Goudes par vent d’est. Plus gros, le port de la Pointe Rouge offre également un accès privilégié. Accessible par mistral, impraticable par vent d’Est, inconfortable par vent d’ouest ou de sud-ouest, le site est abrité des passages des bateaux, peu éloigné de la côte et le mouillage est facile. La profondeur reste à la portée de tous les plongeurs et en général l’eau y est claire car peu remuée par les courants.

Exploration technique de l'épave du Liban et sa biodiversité

Lors d'une immersion sur le Liban, on observe que la proue contre les Farillons est écrasée sur la roche. Les bossoirs subsistent et une ancre est encore à poste. Le pont en bois s’est conservé, mais les mouvements de la coque l’ont déplacé, voire ondulé. Si la cheminée n’existe plus, deux mâts au moins, de section énorme, se sont posés sur le sable, à tribord. Plusieurs chaudières se sont échappées des entrailles du vapeur, dans sa partie médiane, et ont parfois roulé de quelques mètres. L’inclinaison générale du navire est d’ailleurs plus accentuée à l’arrière. La poupe semble coupée du reste de l’épave et encore plus inclinée. Sous un gouvernail immense, sa voûte demeure bien conservée.

En ce qui concerne la faune et la flore, le "Liban" est couvert de gorgones de toutes les couleurs et de nombreux poissons l’ont colonisé. Il n’est pas rare d’y croiser des espèces de pleine eau, telles que des bonites ou des thons. Cette épave constitue un véritable récif artificiel où la vie marine foisonne, offrant un spectacle fascinant pour les plongeurs de tous niveaux.

Le Tiboulen de Maïre et les Pharillons

Le Tiboulen de Maïre, surnommé “la Tortue”, est le refuge idéal pour plonger par un fort vent d’Est. La plongée s’effectue en fait à l’extérieur de la Calanque, en direction de l’Est. À partir du mouillage, les plongeurs rejoignent la roche et partent le long de celle-ci à main gauche. En face de la pointe de la calanque, on trouve sur la droite de gros éboulis entre 18 et 20 mètres de profondeur. En continuant roche main gauche et après avoir passé la pointe, à une cinquantaine de mètres, se trouve l’entrée d’un tunnel situé entre 6 et 8 mètres de profondeur, long d’environ 10 à 15 mètres. À quelques mètres de la sortie du tunnel, une petite grotte s’offre à la lumière des phares, révélant des aspects cachés de la géologie sous-marine locale.

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Les Pharillons, quant à eux, prolongent l'île Maïre vers le large et constituent des sites de plongée spectaculaires. Ces reliefs sous-marins sont le théâtre d'une vie intense où les courants apportent les nutriments nécessaires au développement d'une flore fixée luxuriante. On y trouve des parois verticales tombant dans le bleu, colonisées par des coraux et des éponges.

L'archipel de Planier : un sanctuaire d'épaves mythiques

Plus au large, l'île Planier abrite des sites emblématiques, notamment l'épave du Chaouen, du Messerschmitt BF-109 et du Dalton. Sur ces sites endémiques, on retrouve des tombants, des caps, des roches coralligènes ou encore des herbiers de posidonie. On y croisera une faune typique marseillaise constituée de loups, sars, dorades, corbs, mérous, dentis, mostelles, bécunes, sérioles, anchois, sardines, oblades, veyrades, chapons, rascasses, girelles, labres, castagnoles. Amateurs d’épaves, de tombants, ou de secs profonds, plongeurs débutants ou confirmés, chacun trouvera ici de quoi satisfaire sa passion.

L'épave du Chaouen est l'une des plus célèbres. Ce cargo de 90 mètres de long sur 13,5 mètres de large battait pavillon marocain et assurait le transport des agrumes entre Casablanca et Marseille. Le 21 février 1970, vers 22h30, il vint s’encastrer dans un haut fond, à l’ouest de l'île du Planier, déversant à la mer sa cargaison de 640 tonnes d’oranges. Les témoins parlent de "la mer d’oranges" et d'agrumes flottant par centaines dans les petits ports de la ville. Le remorqueur "Provençal 15" s'échina pendant des heures pour arracher le Chaouen aux rochers, mais le mistral rendit le travail impossible. Le 22 février, à 13h30, le capitaine Freton donna l’ordre d’abandonner le cargo. L’épave est restée visible à demi immergée pendant une quinzaine d'années, avant de finir par sombrer à 40 mètres de profondeur. Couchée sur bâbord, l'épave est orientée vers l’île du Planier et très bien conservée. La plongée se fait le long du pont. Par 4-5 mètres, on découvre deux magnifiques ancres et les treuils sont toujours présents. La cheminée est intacte. De nombreuses trappes et ouvertures permettent un accès facile aux cales, aux cabines ou au salon. Au niveau de la poupe, le mât radar permet de contempler le Chaouen dans son ensemble. À 36 mètres, on accède à l’hélice et au gouvernail.

À proximité se trouve le Messerschmitt BF-109, un avion de guerre de la Seconde Guerre mondiale. Le pilote allemand, Hans Fahrenberger, a dû amerrir suite à une panne moteur. L'avion repose à 42 m de profondeur. Il mesure 8,65 m de long pour une envergure de 9,87 m. Hans Fahrenberger a raconté son amerrissage : "Le Messerschmitt coula en cinq à six secondes comme une pierre. J’ignore encore comment je réussis malgré tout à ouvrir la verrière. Si je n’ai pas coulé, c’est seulement grâce à mon parachute, qui me donna la poussée ascensionnelle nécessaire." L’épave est aujourd'hui posée à l’envers sur un fond de sable et est très abîmée. On peut néanmoins encore voir le canon de 30 mm qui se trouve dans le moyeu de l’hélice.

Le Dalton est une autre épave majeure de l'île Planier. Ce cargo anglais, construit en 1877, transportait 1 500 tonnes de minerai de plomb. En 1928, par une nuit où l'équipage ne parvint pas à distinguer le phare de l'île du Planier, le navire vint heurter le récif de la "Pierre à la bague". Bientôt, le Dalton, coupé en deux, coula à pic à une vingtaine de mètres du rivage. La proue s'est écrasée à moins de 15 m de profondeur, tandis que la poupe se trouve à une trentaine de mètres sur le sable, en bien meilleur état de conservation. La faible profondeur de l'épave la rend accessible à tous les niveaux de plongée. De fait, c'est l'une des épaves les plus visitées de la rade.

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La biodiversité du Riou et le tombant des Moyades

Situé à la pointe nord de l'île du Riou, l'îlot des Moyades est un rocher désertique entouré de trois plateaux immergés à 8 m, 20 m et 40 m environ. Cette plongée nécessite une très bonne météo car le site est exposé à tous les vents. Le mouillage y est très facile. Plongeurs débutants et confirmés y trouveront de l'intérêt, notamment sur la face sud avec un tombant se découpant en méandres qui recèle de nombreuses richesses : anthias, gorgones, murènes, barracudas, dentis, rascasses, chapons, mostelles, poulpes, clavelines et beau corail rouge.

Une fois passé ce tombant, on aborde un dos de chameau sur 21 m, plein large, et au-delà, on découvre de grosses pierres sur 20 m où l'on peut croiser des mérous. Sars, dorades, barracudas, mérous, bogues et dentis tournoient dans le bleu des arches, souvent avec la complicité de la lumière solaire. Pour les plus chanceux, il est possible de croiser un ou deux Saint-Pierre sur le tombant et même des seiches évoluant en pleine eau. La flore marine n'est pas en reste : éponges cavernicoles jaunes, dentelles de Neptune, clathrines décorent les parois rocheuses.

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