L'Harmonie Nautique est un orchestre d'instruments à vent dont les racines plongent profondément dans le tissu culturel genevois, témoignant d'une histoire riche et d'un engagement inébranlable envers la musique. Fondé le 9 mars 1883 à Genève, cet ensemble unique a vu le jour grâce à l'initiative de deux personnalités marquantes : Daniel Fitzgerald Packenham Barton, un riche citoyen anglais qui deviendra par la suite consul de Grande-Bretagne à Genève, et Louis Bonade, un clarinettiste et chef d'orchestre démissionnaire de la Landwehr. Cette fondation marque le début d'une aventure musicale exceptionnelle, façonnée par des circonstances particulières et une vision novatrice.
Les Origines d'une Scission Musicale et l'Esprit Pionnier
L'Harmonie Nautique est, en effet, issue d'une scission avec le corps de musique de la Landwehr, dont le statut militaire ne lui permet pas d'accepter les instruments de musique récents et de bonne qualité que Daniel F.P. Barton, citoyen étranger et grand amateur de musique, souhaite lui offrir. Cette situation singulière est à l'origine même de la création de l'orchestre. À l'époque, Louis Bonade, clarinette solo à l’orchestre de la Ville de Genève, dirigeait également le corps de musique de Landwehr. Lors de l’entracte d’un concert, un monsieur félicita Louis Bonade pour la qualité de l’interprétation de la musique militaire. M. Bonade le remercia, en ajoutant qu’avec de nouveaux instruments, les résultats seraient encore meilleurs, mais l’argent faisait défaut et l’Etat n’était pas disposé à allouer les fonds nécessaires. Quelques jours plus tard, Bonade pouvait annoncer que tous les instruments allaient être remplacés par des instruments neufs venant de Paris, grâce à la générosité de M. Daniel F.P. Barton, Consul de Sa Gracieuse Majesté la Reine d’Angleterre à Genève. Cependant, une société militaire ne pouvait recevoir un tel cadeau d’un « étranger ». Une idée fit alors son chemin : si la Landwehr militaire ne pouvait recevoir ce don, une Société civile de la Musique de Landwehr le pourrait.
Cette société civile fut créée et les instruments reçus. Mais l’harmonie ne régna point au sein de la Landwehr. La musique se partagea entre les tenants absolus de l’armée et les amateurs de la musique civile. Le département militaire intervint en gardant les militaires et en licenciant les civils, dont Louis Bonade et ses amis. C'est dans ce contexte que l'Harmonie Nautique est en partie créée pour recevoir ce don, mais aussi pour jouer d'autres pièces que le répertoire de la Landwehr, constitué essentiellement de marches militaires. Soutenu par D.F.P. Barton, Louis Bonade et quelques amis constituèrent alors un groupe de musiciens pour jouer avec ces magnifiques instruments. C’était le 9 mars 1883, et l’Harmonie Nautique était née.
L'Harmonie Nautique se distingue d'ailleurs des autres sociétés de musique par le fait qu'elle ne défile pas, affirmant ainsi son orientation vers un répertoire plus concertant et une identité non militaire. Le nom de « Nautique » lui-même trouve son origine dans la Société Nautique de Genève, dont Barton est l'un des co-fondateurs. D.F.P. Barton était également un passionné de voile sur le lac Léman et fondateur de la Société Nautique de Genève. Cette dernière organisait des régates et des joutes nautiques qui étaient entrecoupées par de longs intermèdes. L'idée d'un orchestre pour meubler ces temps morts apparut alors comme une évidence. Sous l’impulsion de Barton, la Société Nautique de Genève devint la marraine de l'harmonie lors de sa fondation, lui donnant ainsi son qualificatif. Le but de l'Harmonie, toujours d'actualité, était et demeure de développer le goût de la musique en donnant des concerts de qualité. Le succès des deux concerts qu’offre chaque année l’Harmonie Nautique à la Société Nautique est tel que, selon un extrait du rapport de la Société Nautique de 1885, la recette permettait d’organiser des Fêtes vénitiennes grandioses avec feu d’artifice monstre. En 1884, la Société Nautique offrit même un magnifique drapeau flammé blanc et bleu à l'harmonie.
À l'origine, l'orchestre est formé de musiciens amateurs, dont la plupart a été « démissionnée » de la Landwehr par le Département militaire fédéral pour avoir protesté contre le renvoi de Louis Bonade de la direction de la fanfare militaire. Les musiciens du nouvel ensemble sont issus en grande majorité du milieu ouvrier. Ils sont cependant encadrés par des professionnels qui assurent aussi la formation de la relève. À ses débuts, l'Harmonie Nautique donne des concerts caritatifs pour un large public, mais elle anime aussi les temps morts entre les régates internationales organisées par la Société Nautique, répondant ainsi à l'article 3 de ses statuts qui prévoit que « [l]a Société l'Harmonie nautique de Genève a pour but de développer le goût de la musique d'harmonie. »
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L'essentiel des frais de fonctionnement de l'Harmonie Nautique est couvert par des dons de Daniel Barton, qui finance également les voyages de la société. Elle bénéficie aussi du réseau d'amitiés musicales de son mécène. Cette période d'effervescence est marquée par des événements notables, comme une répétition en 1889 de l'Ouverture de 1812 de Tchaïkovski en présence du compositeur, qui annote la partition de direction. En 1888, le journaliste et homme politique genevois écrit les paroles d'un Hymne à la Nautique. Le 18 décembre 1890, l'harmonie se produit avec le pianiste Ignace Paderewski, ajoutant à son prestige. Toujours en 1890, mais le 12 avril, l'Harmonie Nautique se déplace à Aix-les-Bains pour donner un concert en l'honneur de la reine Victoria du Royaume-Uni qui y séjourne, attestant déjà de son rayonnement international.
La Naissance du Victoria Hall : Un Défi Architectural au Service de la Musique
En quelques années, l'harmonie connaît une croissance remarquable, passant de 35 à un peu plus de 90 exécutants. Cet essor rapide la trouve à l'étroit dans sa salle de répétition de l'immeuble des « Amis de l'Instruction » à la rue Bartholoni. Daniel F.P. Barton, toujours aussi engagé, lance alors un défi à Louis Bonade un jour de l’automne 1889 : si « son » Harmonie Nautique interprète la 6e symphonie de Beethoven, qu'il affectionne particulièrement et qu'il nomme La Pastorale, il lui construira une salle de répétition dans le bâtiment qu'il envisage d'ériger pour combler la pénurie de salles de concert à Genève.
Le pari est relevé avec enthousiasme. Louis Bonade demande à son ami Bernard van Perck de lui faire une transcription pour harmonie de l’œuvre. Le 4 décembre de la même année, l’Harmonie Nautique réussit brillamment ce défi en interprétant La Pastorale au Grand Théâtre. Fidèle à sa parole, Barton tient sa promesse et finance la construction du Victoria Hall entre 1891 et 1894. Le 18 octobre 1891, la première pierre du Victoria Hall est posée en hommage à la reine d’Angleterre, qui avait eu l'occasion d'entendre l’Harmonie Nautique l’année précédente lors de sa villégiature à Aix-les-Bains. L'Harmonie Nautique est présente lors de cette pose de la première pierre et conserve précieusement le marteau et la truelle d'argent utilisés lors de cette cérémonie, symboles de cet événement fondateur. Fin 1893, l’Harmonie Nautique entre en possession de son nouveau et prestigieux « local » de répétition. Le 28 novembre 1894, l’Harmonie Nautique, accompagnée de près de 300 choristes, inaugure musicalement la salle de concert du Victoria Hall en interprétant notamment la 3e symphonie pour orgue et orchestre, composée et dirigée pour l'occasion par Charles-Marie Widor, avec Otto Barblan aux grands orgues du Victoria Hall.
Jusqu’en 1904, l’Harmonie Nautique vécut de la générosité de son fondateur mécène, qui lui octroyait une somme de 12’000 francs par an, les revenus de la location de sa salle de répétition au Victoria-Hall étant mis en réserve pour son entretien. Le 24 juin 1904, Daniel Barton cède le Victoria Hall à la Ville de Genève en échange d'une subvention annuelle à l'Harmonie Nautique, d'un montant de 12'000 francs, pendant vingt ans. Il met ainsi la société qu'il a créée à l'abri du besoin jusqu'en 1924. En 1903, ne pouvant plus subvenir aux besoins de l’Harmonie Nautique, la famille Barton accepta de donner le Victoria-Hall à la Ville de Genève en échange de son soutien financier aux activités de l’harmonie. L’acte de donation fut signé le 24 juin 1904. Dans le procès-verbal du Conseil administratif, il est mentionné « qu’en ce qui concerne l’Harmonie Nautique, M. le Président [Babel] a exprimé la conviction qu’elle saurait rester à la hauteur de sa tâche dans sa nouvelle situation. Il a déclaré qu’alors même que son local ait changé de propriétaire, elle serait toujours accueillie avec le même intérêt et la même sympathie par la Ville, désireuse de s’inspirer des désirs du fondateur de cette Société. » Dans une étude publiée en novembre 1901 dans La Musique en Suisse, Ernest Giovanna présentait la vie musicale à Genève et, à la fin de son énumération des orchestres et sociétés de chant, il écrivait : « Est-ce tout ? Peut-être encore les fanfares et les musiques d’harmonie, si nombreuses à Genève qu’elles rendraient jalouse une ville de garnison, paraît-il ! Mais, l’Harmonie Nautique mise à part, aucune ne mérite une mention ; elles n’interprètent que des pots-pourris, valses, pas redoublés, polkas pour piston ou petite flûte ». Cette citation, rapportée par Claude Tappolet dans La vie musicale à Genève au dix-neuvième siècle (1814-1919), souligne la singularité et la qualité exceptionnelle de l'Harmonie Nautique dès ses premières décennies.
Un Rythme de Croisière et une Reconnaissance Grandissante
Après ces débuts prometteurs et l'établissement du Victoria Hall, l'Harmonie Nautique entre dans une période de consolidation et de reconnaissance accrue. En 1907, l'Harmonie perd son fondateur Daniel Barton, un mécène et visionnaire inestimable. Puis, en 1908, c'est son directeur, Louis Bonade, figure emblématique de l'orchestre, qui décède. Auguste Pieyre, professeur et sous-directeur, reprend alors la direction de la société, assurant la continuité artistique. À son décès en 1918, il est remplacé par Gustave Gabelles, puis Pierre Santandrea, clarinette solo à l'Orchestre de la Suisse Romande (OSR), lui succède en 1935, apportant son expertise et son expérience.
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Outre les concerts donnés à Genève, l'Harmonie Nautique voyage en Europe, multipliant les tournées mémorables en Italie, en France, en Belgique, en Autriche et même en Hongrie. Ces voyages représentent des expériences inestimables pour des musiciens issus pour la plupart du monde artisanal ou salarié, lesquels ne connaissent alors pas les vacances, offrant ainsi une ouverture culturelle et humaine significative.
La ville de Genève reconnaît l'importance de cette institution musicale. Le 11 juin 1915, eu égard aux liens d'amitié qui unissent l'Harmonie Nautique à la Ville de Genève, celle-ci lui accorde le titre d'Harmonie municipale de la Ville de Genève, car « …elle fait honneur à la Ville de Genève ». Pendant la Première Guerre mondiale, plus de 40 musiciens furent mobilisés, et la société continua ses activités en formation réduite, démontrant sa résilience.
Parmi ses prestations remarquables, on peut citer tout le service orchestral de la 58e Fête fédérale de gymnastique en 1926 ou la fête romande de musique avec chœurs de 1930, sous la direction de Frank Martin et Otto Barblan, marquant des collaborations prestigieuses. En 1933, le concert du 50e anniversaire est radiodiffusé, preuve de son rayonnement grandissant et de son accessibilité à un public plus large. L'année suivante, en 1934, l'Harmonie Nautique se déplace à nouveau en Autriche et en Hongrie, avec un concert donné dans la prestigieuse Salle du Musikverein de Vienne, soulignant son statut international. Le 11 avril de cette même année, l'orchestre se produit avec une jeune violoniste prodige de 14 ans, Ginette Neveu, une collaboration qui témoigne de l'attrait de l'Harmonie pour les talents émergents.
L'Orchestre à l'Épreuve du Temps : Guerre et Modernisation
La période de la Deuxième Guerre mondiale constitue un défi majeur pour l'Harmonie Nautique, mais l'orchestre fait preuve d'une grande adaptabilité et d'un engagement civique. Au début de la Deuxième Guerre mondiale, l'Harmonie Nautique interprète notamment Finlandia de Sibelius en solidarité avec le peuple finlandais, affirmant ses valeurs humaines et artistiques. Les périodes de mobilisation des musiciens créent des difficultés pour monter les concerts, mais l'activité ne s'interrompt pas. En 1942, l'Harmonie Nautique est néanmoins présente lors d'un concert au Grand-Théâtre à l'occasion des fêtes du bimillénaire de Genève, devant le général Guisan et le président de la Confédération, marquant ainsi sa place dans les grands événements nationaux. Plus tard dans l'année, l'harmonie joue avec la pianiste Marie Panthès, poursuivant ses collaborations avec des solistes de renom. En 1944, alors que la guerre fait encore rage, l'orchestre traverse la frontière pour donner à Annecy et à Lyon des concerts de bienfaisance, démontrant son esprit de solidarité et son rôle humanitaire au-delà des frontières.
Au milieu de la guerre, en 1941, la société vit une petite révolution avec l'arrivée de sa première musicienne, Denise Mégevand, harpiste. C'est un événement notoire qui marque le début de la féminisation de l'orchestre. Par la suite, d'autres registres se féminisent progressivement, accueillant des femmes aux percussions, aux flûtes, aux saxophones, aux hautbois, aux clarinettes, aux trompettes et au cor, pour arriver à une représentation pratiquement paritaire au tournant du millénaire, reflétant l'évolution des mœurs et l'ouverture de l'orchestre.
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Les années d'après-guerre sont également riches en événements pour l'Harmonie Nautique. En 1948, l'Harmonie Nautique se rend à Belfort où elle joue devant Vincent Auriol, président de la République française, sous une pluie battante, digne du nom de l'harmonie, une anecdote qui souligne son engagement même face aux intempéries. Les années 1948 et 1949 sont marquées par la tenue à Genève de deux sessions du Congrès pour la Normalisation de la Musique, à l'initiative d'Arthur Prévost, alors directeur de l'harmonie, et sous le patronage de l'UNESCO. Le but de ces congrès est d'élaborer un statut international unifié des harmonies et fanfares. À cette occasion, l'Harmonie Nautique donne deux concerts au Victoria Hall sous la baguette partagée de chefs prestigieux comme François-Julien Brun, chef de la Musique de la Garde Républicaine, le maestro Fantini de la Musique des Carabiniers, Owen W. Geary de la Musique de l'Artillerie de la Garde Royale de Londres ou encore Manuel Lopez Varela de la Banda Municipale de Madrid, confirmant son statut d'acteur majeur sur la scène musicale internationale.
Après avoir été dirigée pendant quatre ans par Arthur Prévost, Robert Gugolz, clarinettiste solo de l'OSR, est engagé en 1950. Il reste en fonction pendant une longue période de 28 ans, marquant profondément l'orchestre de son empreinte. En 1951, l'Harmonie Nautique, qui compte alors 107 membres, remporte le premier prix du Trophée de San Remo pour musiques suisses, une victoire éclatante qui confirme son excellence.
Cependant, les événements de mai 1968 portent un coup à l'assiduité et à l'engagement fidèle des membres de la société, qui passe en quelques années de plus de 100 à environ 70 musiciennes et musiciens, témoignant des bouleversements sociaux de l'époque. En 1973, n'étant pas sûre d'arriver à ses 100 ans, le comité décide de fêter dignement le 90e anniversaire de la société. Le concert est donné au Grand-Théâtre, à guichets fermés, avec notamment Les Préludes de Liszt, la marche et le chœur de Tannhäuser de Wagner et Nabucco de Verdi, un répertoire ambitieux qui attire un public nombreux.
Peu après ce concert, l'Harmonie Nautique est contrainte de quitter le Victoria Hall en raison de travaux de transformation, une période de transition pour l'orchestre. Elle prend possession de ses nouveaux locaux dans l'école Hugo-de-Senger, nommée d'après un compositeur et chef d'orchestre établi à Genève et qui a eu l'occasion de jouer avec l'Harmonie Nautique, à ses débuts, renforçant ainsi les liens historiques.
Lors du concert d'adieu de Robert Gugolz en 1978, François Courvoisier, violoncelliste solo de l'OSR, interprète le concerto en la mineur de Saint-Saëns et l'orchestre joue le mouvement final de la 5e symphonie de Chostakovitch, marquant la fin d'une ère. Le nouveau directeur de l'harmonie, Daniel Varetz, est violoniste de formation. Il programme de nombreuses pièces du répertoire romantique jusqu'à son départ en 1996, orientant la ligne artistique de l'ensemble.
Le Centenaire et l'Évolution Artistique
Déjouant les prédictions et les doutes qui pesaient sur son avenir, l'année 1983 marque le concert du centenaire de l'Harmonie Nautique avec au programme l'ouverture de Rienzi, le Siegfried-Idyll, la marche de Tannhäuser de Wagner et des chœurs d'opéra célèbres de Verdi, des pièces également interprétées par l'harmonie dans ses premières années, créant un pont avec son riche passé.
Entre 1988 et 1993, et dans la perspective de son 110e anniversaire, la Ville de Genève offre à l'Harmonie Nautique trois compositions originales qui seront créées en premières mondiales au Victoria Hall : Caraïbes d'Oswald Russell en 1988, D'un soleil à l'autre de Boris Mersson en 1989 et enfin le concerto pour orgue et orchestre de Lionel Rogg en 1993, soulignant un engagement fort envers la création contemporaine.
En 1995, l'Harmonie Nautique organise la première Fête cantonale des musiques genevoises, un événement d'envergure qui se termine par une deuxième place en catégorie « Excellence » mais aussi par un déficit financier conséquent, qui remet presque en jeu l'existence de la société, rappelant les fragilités inhérentes aux associations culturelles.
L'Harmonie Nautique Aujourd'hui : Renouveau, Diversité et Portée Internationale
Malgré les défis rencontrés, l'Harmonie Nautique a su se réinventer et poursuivre son chemin musical. En 1996, alors que l'Harmonie Nautique compte à peine quarante membres, elle engage un nouveau directeur, Eric Haegi, flûtiste formé à Rome. Spécialiste de la transcription pour orchestre d'harmonie, il réalise des adaptations sur mesure pour l'ensemble et de nouveaux membres rejoignent l'orchestre qui retrouve un effectif d'une soixantaine de musiciennes et musiciens, marquant une période de renouveau.
L'orchestre continue de rayonner à l'international. En 1999, l'Harmonie Nautique se produit à l'ambassade suisse à Rome devant le Conseiller fédéral Arnold Koller, réaffirmant son rôle d'ambassadrice culturelle. Elle effectue régulièrement des tournées musicales en Allemagne, en Écosse, en Italie, en Suisse et en France, entretenant son dynamisme et son ouverture. En 2017, elle a interprété en première mondiale Prometheus Icebound du compositeur écossais Joe Stollery, soulignant son engagement envers la musique contemporaine et les collaborations internationales.
Lors de ses concerts bi-annuels au Victoria Hall, l'Harmonie Nautique invite des solistes de renom, enrichissant ses prestations et offrant des expériences musicales variées à son public. Parmi eux, on retrouve Estelle Revaz (violoncelle), Christophe Sturzenegger (piano), Julie Fortier (piano), Thomas Rüedi (euphonium), le Marcus Roberts trio (Marcus Roberts, piano, Jason Marsalis, percussion, Rodney Jordan, contrebasse), François Killian (piano), Irina Shkurindina (piano), Ayke Agus (piano et violon), Diego Innocenzi (orgue), Matteo de Luca (trombone) ou l'ensemble vocal Musikairos. Elle met aussi en valeur la qualité de ses musiciennes et musiciens qui se produisent aussi comme solistes, encourageant les talents internes de l'orchestre.
Sa programmation actuelle est vaste et éclectique, allant des compositeurs romantiques allemands, russes et italiens du XIXe siècle, jusqu'à la période contemporaine avec des pièces de Gershwin, Bernstein, Morricone ou Rota. Avec le temps, le répertoire se diversifie en ajoutant aux pièces éclatantes de Wagner, Berlioz, Verdi ou Liszt des œuvres plus ardues, comme les Dionysiaques de Florent Schmitt, le 3e mouvement de la 4e symphonie de Gustav Mahler ou Prayer d'Ernest Bloch, témoignant d'une ambition artistique croissante. L'harmonie délaisse aussi des compositeurs qui ont été populaires à une époque, mais qui sont tombés un peu dans l'oubli, comme Hyacinthe Klosé, Louis Clapisson, Henri Carré ou Constantin Handloser. Les marches militaires quittent aussi le répertoire au profit des valses, polkas et musiques de films, reflétant une évolution des goûts et une adaptation aux attentes du public contemporain.
Les registres gagnent en finesse avec la réduction des effectifs qui passent de plus de 110 membres en 1944 à 60 aujourd'hui. On assiste à un rééquilibrage entre les clarinettes, moins omniprésentes, au profit des cuivres, saxophones, hautbois, bassons et flûtes. Cela permet d'enrichir les couleurs de l'orchestre et d'aborder un répertoire mettant en valeur les interventions solistes des chefs de pupitres, offrant une palette sonore plus riche et nuancée.
Alors que pendant longtemps, ses membres étaient avant tout genevois et issus d'écoles de musiques telles que les Cadets de Genève ou l'Ondine genevoise, ses effectifs se sont étoffés avec des musiciennes et musiciens venus aussi du canton de Vaud ou de France voisine. La société accueille également des instrumentistes actifs dans les organisations internationales, reflétant la diversité et l'attractivité de Genève. La vie de l’Harmonie Nautique se poursuit, 140 ans après sa fondation, avec toujours dans le cœur des musiciens cette envie de faire partager au public le goût de la musique classique. L’Harmonie Nautique se produit deux fois par an, au printemps et en automne, pour ses concerts de gala au Victoria Hall, avec un accent particulier mis sur l’accueil d’un public qui n’a pas l’habitude d’assister aux concerts des orchestres symphoniques classiques, réaffirmant sa mission de démocratisation de la musique. Le trophée de San Remo remporté en 1951 reste un souvenir marquant parmi les nombreux voyages de l'Harmonie Nautique.