Le monde de la navigation est riche en histoire et en évolution technologique. Des embarcations les plus rudimentaires aux voiliers modernes, l'ingéniosité humaine a permis de dompter les mers et les océans. Cet article se propose de retracer l'histoire des grandes voiles triangulaires, en explorant leur origine, leur évolution et leur fonctionnement, tout en mettant en lumière les différents types de bateaux qui les utilisent.
Origines et étymologie des termes maritimes
Avant de plonger dans l'histoire des voiles, il est intéressant de revenir sur l'étymologie de certains termes maritimes. Le mot « voile » vient du latin velum, qui désignait initialement un tissu de protection contre le soleil. Quant au mot « bateau », il trouve son origine dans le terme viking bàtur, désignant leurs embarcations. Les Vikings, navigateurs et explorateurs hors pair, ont marqué l'histoire maritime de leur empreinte, notamment en attaquant les côtes européennes dès le VIIIe siècle. Leur langue a influencé le vocabulaire maritime, avec l'adoption du terme « bat » en anglo-normand, puis « batel » en vieux français, qui deviendra « bateau ».
Premiers pas de la navigation
Il est difficile de dater précisément les premiers bateaux, car les matériaux utilisés ne se conservaient pas bien. Cependant, des découvertes archéologiques suggèrent que l'homme navigue depuis très longtemps. Des outils datant de plus de 130 000 ans ont été retrouvés en Crète, une île, ce qui laisse supposer que des embarcations existaient déjà à cette époque. On sait également qu'il y a 7 000 ans, des échanges maritimes avaient lieu autour de la mer Égée, avec le transport d'obsidiennes.
Pour améliorer la résistance et la capacité de charge des bateaux, différentes techniques ont été développées. Vers 5000 avant Jésus-Christ, au Danemark et en Égypte, on invente le bordage cousu. C’est un type de bateau constitué de planches ou de peau attachés ensemble grâce à des liens ou du bois flexible. Ça empêche les entrées d’eau sur l’embarcation tout en augmentant sa capacité de chargement.
L'avènement de la voile
L'invention de la voile a marqué une étape cruciale dans l'histoire de la navigation. Avant cela, les navigateurs utilisaient des pagaies ou pratiquaient le halage pour se déplacer. L'observation de l'action du vent sur une toile ou une peau de bête a conduit à l'idée d'utiliser cette force naturelle pour propulser les bateaux. La première représentation d’un bateau à voile est retrouvée dans la région de l’actuel Koweït. Elle est datée de la la fin du 5e millénaire avant notre ère. À cette époque des routes commerciales sur des grands fleuves comme le Tigre et l’Euphrate apparaissent.
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Dès 3000 ans avant Jésus-Christ, l’utilisation de la voile est assez répandue dans le monde. Les Égyptiens utilisaient des voiliers en papyrus pour naviguer sur le Nil. Au début la construction des barques et l’utilisation de la voile sont faites pour les travaux des champs. Vers 1900 avant JC, les échanges maritimes deviennent si importants en Égypte qu’ un canal est construit pour relier le Nil et la mer rouge. Le commerce les amenant à affronter la mer, ils vont devoir consolider leurs bateaux pour faire face aux vagues et aux vents forts. Cela va se faire en remplaçant le papyrus par des planches de bois et en ajoutant des haubans qui retiennent le mât vers l’arrière.
Voiles carrées et premières améliorations
Pendant longtemps, l'idée de pouvoir avancer contre le vent avec les voiles paraît incongrue. Pendant des dizaines de siècles, les navires auront des voiles carrées. Les bateaux à voiles carrées égyptiens ne pouvaient se rapprocher qu’à environ 150 degrés du lit du vent. La coque va profiter de nouvelles améliorations notamment par les phéniciens.
Au 6e siècle avant jésus-christ de violentes batailles maritimes ont lieu comme la bataille de Salamine qui opposa les grecs et les perses.
L'évolution des navires et des gouvernails
Les navires vont continuer de grandir et les gouvernails vont donc profiter de nombreuses améliorations pour pouvoir démultiplier la force du timonier. Le gouvernail d’étambot, proche de ce qu’on a aujourd’hui n’est développé qu’au XIème siècle en Baltique et en Perse. Il arrive en occident qu’à partir du 13ème siècle.
Les vikings sont les premiers occidentaux à découvrir l’Amérique vers l’an 1000. C’est un navire plus maniable avec des voiles triangulaires qui permettent une meilleure orientation par rapport au vent. La Caravelle peut louvoyer , elle conserve des voiles carrées pour les autres allures.
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Les jonques chinoises
En Asie, les premiers bateaux capables d’affronter la mer et d’ouvrir des routes maritimes n’apparaîtront qu’au VIIIe siècle après Jésus-Christ. Au xvème siècle la flotte chinoise ouvre des routes commerciales jusqu’en Afrique grâce à la jonque. Ce bateau est très différents des voiliers occidentaux. La jonque possède des voiles lattées qui permettent de faciliter la manœuvre de réduction de voilure en cas de gros vent. es lattes permettent aussi de rigidifier la voile. La jonque possède plusieurs compartiments étanches qui l’empêchent de couler entièrement en cas de voies d’eau ainsi qu’un gouvernail.
L'essor des galions
Pour les combats maritimes on a longtemps préféré manœuvrer la rame car elle permet au bateau d’être plus réactif. Mais les choses changent avec la construction des galions. Ces vaisseaux ayant la capacité de stocker de grandes quantités de marchandises permettent de rapporter les richesses des colonies en Europe.
La plaisance et l'uniformisation des voiliers
Au XVIIe siècle des hollandais décident de faire du bateau à voile pour le plaisir. La plaisance va donner un second souffle à la voile. Maintenant les voiliers de plaisance s’uniformisent car les modèles sont produits en série. Les courses de bateaux permettent de continuer à progresser et améliorer les performances des bateaux.
Différents types de bateaux à voile
Différents types de bateaux à voile ont traversé les âges en incarnant l’esprit d’aventure, d’exploration et d’innovation maritime. Les types de bateaux à voile se distinguent principalement par leur nombre de mâts et leur gréement, c’est-à-dire la disposition de leurs voiles et cordages.
Le gréement
Les voiles sont un assemblage de pièces de toile ou d’autres tissus cousus ensemble de sorte à former une surface capable de recevoir l’action du vent et de servir à la propulsion d’un bateau. Les voiles et les mâts varient selon le type de bateau. Ces éléments déterminent leur maniabilité, leur vitesse et leur usage, permettant ainsi d’identifier le type de bateau à voile auquel on a affaire. S’il ne possède qu’un mât, et suivant la forme et le nombre des voiles d’avant, il s’agit d’un sloop ou d’un cotre. Pour leur part, les trois mâts et plus s’observent dans la marine traditionnelle, qu’elle soit marchande ou militaire, et possèdent alors une voilure carrée. On parle de trois mâts carré ou de quatre mâts carré.
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Frégates et corvettes
La frégate est un navire imposant (40 à 50 mètres de long) et rapide (11 nœuds en moyenne), qui a principalement été utilisé à des fins militaires du XVIIᵉ au XIXᵉ siècle. La frégate se distingue par son gréement carré, permettant une navigation efficace sur de longues distances. Parmi les plus célèbres, L’Hermione, frégate de la Marine royale française, construite à Rochefort entre 1778 et 1779, a permis au Marquis de La Fayette de traverser l’Atlantique en 1780 pour participer à la guerre d’indépendance américaine. Vers 1760, les Français ont commencé à appeler ce type de bateau de moins de 24 canons des corvettes. Par la suite, le nom fut aussi donné aux navires équipés de 24 canons sur le pont principal. Peu coûteuse à armer avec son petit gabarit et très maniable (en particulier pour affronter les vents contraires), elle offrait aux investisseurs un compromis idéal pour les premières explorations.
Galères et drakkars
Bien avant l’ère des galions et des frégates, la galère était un navire emblématique des civilisations méditerranéennes. Son équipage, composé de rameurs souvent esclaves ou condamnés, en faisait un bateau exigeant sur le plan humain. Dès le IXᵉ siècle, les Vikings construisirent des navires performants comme les drakkars, des galères utilisées principalement pour la guerre. Ces bateaux étaient construits avec une coque à clin et disposaient d’un gréement rudimentaire, composé d’une unique voile carrée.
Chaloupes et bricks
Dans l’ancienne marine, la longueur de coque de la chaloupe était de 7 à 8 mètres, pour 2 à 3 mètres de large. Elle n’était pas pontée et avait environ 1 mètre de tirant d’eau. La chaloupe servait principalement de navire de liaison ou de transport de marchandises. Elle bordait les avirons et était la plus grosse embarcation du bord, de construction plus robuste qu’un canot. Elle était même capable de porter l’artillerie. Le brick était utilisé pour le commerce (cabotage ou voyage au long cours), l’exploration et les missions militaires (escorte, blocus, guérilla ou navire de liaison).
Voiles triangulaires sur les voiliers à un mât
La voile est l'un des moyens les plus anciens et les plus élégants de se déplacer sur l'eau. La plupart des voiliers sont gréés en sloop, ce qui signifie qu’ils sont composés de deux voiles triangulaires, la grand-voile, à l'arrière du mât, et la voile d’avant.
La grand-voile
Présente sur la quasi-totalité des voiliers de plaisance, la grande voile est facilement reconnaissable car elle est située à l’arrière du mât. C’est la voile principale d’un voilier à mât unique, elle mesure généralement 21 mètres carrés et a une forme triangulaire. La grand-voile est essentielle à la navigation et permet de diriger le bateau et de contrôler sa vitesse, en se gonflant ou en se réduisant. La grand-voile est accrochée à la tête du mât avec une drisse, un bout qui permet de modifier la forme de la grand-voile. Son utilisation est simple, sur certains bateaux, elle se hisse même à l’aide d’un rail ce qui facilite encore plus son maniement.
Il existe 4 variétés différentes pour la composition des grands-voiles: les fibres, les tissés, les laminés et les membranes.
Les voiles d'avant
Le choix de la voile d’avant d’un bateau dépend de plusieurs facteurs: le type de voilier, le contexte d’utilisation de cette dernière (croisière, tour du monde, régate), le niveau de navigation de l’équipage et du skipper (facilité d’utilisation), les performances désirées (confort, rapidité), mais aussi du budget disponible.
Il existe plus d’une dizaine de voiles d’avant, dont les 4 voiles les plus utilisées sont le génois, le foc, le solent et le tourmentin.
Le génois
Le génois est la voile d’avant la plus grande, c‘est une voile trapézoïdale. Il est généralement utilisé pour naviguer à des allures de croisière en voilier en haute mer. Il est constitué de Dacron, un textile synthétique qui permet une grande rigidité et une robustesse de la toile. C’est une voile de près, ce qui signifie qu’on navigue avec lorsque le bateau est situé à moins de 40 degrés du vent. Le taux de recouvrement du génois est supérieur à 100%, cela signifie que sa hauteur atteint la tête du mât et que sa largeur occupe l’espace entre le mât et le nez du bateau.
Le foc
Le foc est une voile plus légère et plus petite que le génois. Sa particularité est qu’il ne remonte pas jusqu’en haut du mât, ce qui le rend facilement reconnaissable. Il est aisément maniable grâce à sa forme creuse qui lui permet d’éviter les transitions violentes quand le voilier se situe de travers. L’avantage d’avoir une voile creuse et non raide est qu’elle se dégrade beaucoup moins rapidement, néanmoins, le bateau sera beaucoup plus lent durant la navigation. Le foc est donc une voile idéale pour naviguer à un rythme de croisière, proche des côtes.
Le solent
Le solent est une voile d’avant de taille intermédiaire entre le génois et le foc, son recouvrement monte jusqu’à la tête du mât mais n’est pas aussi large que le génois. Ce dernier est une voile raide, ce qui signifie que la voile ne se gonfle pas lorsqu'elle prend le vent, et donc qu’elle est bien plus performante. Il est souvent utilisé en régate grâce à la vitesse qu’il permet d’atteindre.
Le tourmentin
Le tourmentin est une petite voile, semblable à un foc, qui est constitué de tissu épais et conçu pour être très résistant. C’est en effet une voile de tempête que l’on dresse durant les vents puissants qui risquent de déchirer les autres voiles.
Les spinnakers
Les voiliers peuvent aussi comporter un spinnaker ou “spi”. Cette sorte de voile ressemble à un parachute, on la hisse lorsque l’on souhaite que le voilier navigue à des allures importantes, en recevant le vent à l’arrière. Contrairement aux autres voiles, le spi n’est pas forcément fixé sur l’étai. Il existe 2 types de spi, le spi symétrique et le spi asymétrique. Le textile utilisé pour le spinnaker est l’un des facteurs essentiels qui lui permet sa légèreté. Le spi symétrique est généralement fait en nylon, alors que le spi asymétrique lui, est fait de polyester.
Le spinnaker symétrique
Un spinnaker symétrique est idéal pour naviguer aux allures grand-largue et par vent d’arrière. Il offre une grande vitesse, ce qui est idéal pour les voiliers mais aussi les catamarans, néanmoins il nécessite des compétences de manoeuvrabilité supérieure à celles du spi asymétrique.
Le spinnaker asymétrique
Le spinnaker asymétrique est plus récent que le symétrique. Il fût conçu spécialement pour la course. Sa particularité est qu’il est beaucoup moins creux que le spi symétrique, ce qui lui permet d’être encore plus rapide.
La caravelle portugaise
La caravelle portugaise est née de la confrontation des marines méditerranéenne et nordique. La voile dite latine, triangulaire, avait été introduite en Méditerranée plusieurs siècles auparavant, par les Arabes. Elle était d’origine indienne, née dans la mer d’Oman. Elle avait alors remplacé la voile carrée utilisée depuis l’Antiquité par tous les peuples de la mer intérieure, Phéniciens, Grecs, Carthaginois et Romains.
La voile latine
Depuis le haut Moyen Âge, la voilure caractéristique des navires sillonnant la Méditerranée est la voile latine. Ce type de gréement cependant n'exclut pas l'existence d'autres types de voiles, carrées, trapézoïdales (dites à balestron ou à livarde). Toutefois, cette voile triangulaire, montée sur une antenne oblique, est devenue emblématique des navigations de la mer Intérieure. La tendance générale visant à la simplification a transformé cet « a la trina » en « latina », latine. La voile latine apparaît avec certitude à partir du Ve siècle après J.-C., comme en témoigne sans ambiguïté une mosaïque découverte à Kelenderis (Turquie) lors de fouilles archéologiques.
Navigation sous voile latine
La navigation sous voile latine est appréciée pour sa simplicité et pour la maniabilité et la rapidité des bateaux. D'une manière simplifiée, on peut dire qu'au plus près, elle se manœuvre comme une voile aurique, en réglant l'ouverture de la voile par traction sur l'écoute (escoto), alors qu'au vent arrière, elle se manœuvre comme une voile carrée en orientant l'antenne. Pour aller au mieux de la performance de la voile, l'écoute permet d'accepter plus ou moins de creux quand la voile est parallèle à l'axe du bateau, et doit être libérée lorsque l'antenne est perpendiculaire à l'axe du bateau, par vent arrière. Sa seule faiblesse est qu'elle est dyssimétrique et peut fonctionner « a bido ».
Communautés et traditions
En France, la navigation sous voile latine est pratiquée sur tout le littoral méditerranéen français, sur le Rhône méridional, des embouchures du fleuve à Beaucaire (Gard), sur de petites unités. Les bateaux à voile latine ont été longtemps tirés à terre et désarmés chaque soir.
La voile, la mestre, était autrefois confectionnée de laizes en toile à voile, en coton, cotonine, chanvre, lin, purs ou mélangés, ou en ramie (Boehmeria nivea, ortie de Chine, etc.). La voile est liée à son antenne par des matafians (garcettes), disposées sur le bord d’envergure tous les 60 cm. D’une longueur de 1 m de chaque côté, on les utilise aussi pour empenner (replier pour ranger) la voile sur l’antenne.
L’apprentissage et la transmission de l'art de la navigation sous voile latine ne sont actuellement (2018) reconnus par aucun diplôme ni certificat. Le mode principal de transmission est un compagnonnage informel à caractère initiatique, de membres d'associations vers d'autres membres.