L'évolution de la construction navale en bois
La construction navale en bois représente bien plus qu'une simple technique de fabrication ; c'est un dialogue permanent entre l'histoire de la navigation et les innovations technologiques contemporaines. Si le matériau bois a longtemps été la norme absolue avant l'avènement des matériaux composites comme le polyester ou le carbone, il n'a jamais réellement disparu. Au contraire, il connaît aujourd'hui une renaissance spectaculaire, portée par des chantiers d'excellence qui marient savoir-faire traditionnel et ingénierie de pointe. L'intérêt pour ces structures ne réside pas seulement dans l'esthétique, mais dans une compréhension profonde de la résistance des matériaux, de la durabilité et de la performance hydrodynamique.
Le renouveau contemporain avec le Spirit 111
Récemment, on a assisté à Ipswich, en Angleterre, au lancement d’un incroyable sloop de 34 mètres alliant tradition et modernité : le Spirit 111, conçu et construit par le chantier Spirit Yachts. Le lancement du Spirit 111 à Ipswich, le 9 octobre dernier, a marqué un tournant dans l'industrie. Non, il ne s’agit pas d’un refit réalisé à partir d’un grand classique sur plan Fife ou Herreshoff. Le Spirit 111 est une pure création du chantier et de l’architecte maison, Sean McMillan. À ce titre, c’est aussi le plus grand yacht en bois construit en Angleterre et dans le monde depuis le lancement de Shamrock V, dans les années trente.
Un bateau hallucinant par ses dimensions, mais aussi et surtout par sa conception ultramoderne comme en témoignent la forme du rouf et les emménagements tout en rondeurs - c’est le moins que l’on puisse dire. Le « carré » du Spirit 111… il faudra lui trouver un autre nom ! Qu’importe, nous sommes ici dans le domaine du rêve sans limite, concrétisé par une expertise unique au monde des métiers du bois. Ce côté définitivement contemporain est également affirmé du côté de la propulsion auxiliaire. Elle est assurée par un moteur électrique de 100 kW alimenté par un parc de batteries lui assurant 40 milles d’autonomie à 8 nœuds.
L'ADN des chantiers spécialisés et les matériaux nobles
Côté construction, le Spirit 111 respecte à la lettre l’ADN du chantier, à savoir : du bois, rien que du bois ! Pin Douglas pour la coque, acajou pour les aménagements, teck lamellé, collé, tamponné de 9 mm pour le pont. L’expertise du chantier britannique est unique en matière de charpenterie de marine. C’est de l’artisanat pur. Combien de chantiers navals ont encore le savoir-faire pour réaliser de tels bateaux ?
Contrairement à ce que peut laisser penser le style de sa production, Spirit Yachts a l’âge d’un jeune homme. Ses fondateurs Sean McMillan et Mike Newmann (décédé accidentellement en 2007), se sont lancés dans l’aventure du bateau en bois en 1993. Après quelques années balbutiantes, Spirit commence à engranger les commandes à la faveur du boom du yachting de luxe. Le chantier Spirit porte alors bien son nom. La clientèle en quête d’authenticité est d’autant plus séduite par ce style vintage que les voiliers sont de redoutables bêtes de course. « Notre méthode de construction en bois-époxy n’est pas seulement robuste, confie McMillan, elle est aussi d’une légèreté étonnante qui rivalise avec les structures en carbone. En termes de performances, on fait presque aussi bien ! La plupart des modèles mesurent plus de 14 mètres de longueur. »
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Historique et prestige : de Gaia aux écrans de cinéma
Avant le Spirit 111, la pièce maîtresse du chantier d’Ipswich, réalisée en 2007, était Gaia, un sloop de 100 pieds, devenu aujourd’hui une véritable référence dans le milieu de la voile. La renommée de Spirit va croître au fil des années 2000. Le réalisateur du James Bond, Casino Royale, offre en 2006 un rôle de composition à un Spirit 54 lors d’une scène mémorable sur le Grand Canal de Venise. La consécration est arrivée deux ans plus tôt avec l’obtention d’un prestigieux « Queen’s Award » (Prix de la Reine), récompensant l’entreprise et ses 35 salariés.
Procédés techniques : la précision de la structure moderne
Dans l'industrie navale, le travail du bois a intégré des méthodes industrielles de haute précision. Pour la structure du voilier, certains chantiers utilisent du contreplaqué (CP) haut de gamme : il s’agit de CTBX tout Okumé, avec collage Classe 3, principalement en épaisseur 12 et 15 mm, selon les modèles. La coque, quant à elle, est en contreplaqué « marine » d’une qualité encore supérieure, fabriqué sur mesure, en épaisseur 15, 18 ou 22 mm selon nos modèles de bateaux à voile et les parties de la coque.
Toutes les découpes de bois sont réalisées numériquement par notre sous-traitant. Juste avant de démouler, nous effectuons une première inspection pour compléter les joints congés entre les cloisons. Chaque cloison étant structurelle, elles sont stratifiées à la coque. La particularité du pontage lors de la construction de voiliers en bois modernes est que le pont est également collé à l’époxy et restratifié à la coque. Lorsque la coque est encore à l’envers, on enduit les bouchains et les stratifications de liaison avec de l’enduit époxy. Une deuxième couche d’apprêt époxy plus fin (finition), plus dilué, est alors appliquée. Le monocoque arrive ensuite sur son dernier poste d’assemblage.
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