Port Maubert : Un Écrin Estuarien entre Héritage Maritime et Loisirs Nautiques

Port Maubert est un délicieux havre de paix situé sur l’estuaire de la Gironde, offrant un spectacle où bateaux de pêche aux larges filets et petits voiliers se côtoient dans un festival de couleurs. Ce petit port a un charme tout particulier lié à sa situation au pied des falaises blanches de St-Fort-sur-Gironde, entre marais et vignoble du cognac, sa tradition de la pêche et à la Tour de Beaumont qui domine l’ensemble en étant elle-même bâtie sur un promontoire. Idéalement localisé par 45° de latitude Nord et 3° de longitude Ouest, sur la Gironde, à 30 km en amont de son embouchure de l’océan, la hauteur des pleines mers s’y produit 50 minutes après l’heure observée à la station de Cordouan. Cette particularité géographique et son cadre pittoresque en font une destination prisée, tant pour son riche passé que pour la diversité de ses activités nautiques contemporaines, au cœur de la Haute Saintonge.

Un Cadre Naturel et Historique en Évolution

L'histoire de Port Maubert est profondément liée à l'évolution de l'estuaire et à la dynamique de ses terres. Port Maubert a probablement succédé à un autre port situé plus en amont, sans doute vers Beaumont, abandonné suite à l’envasement des marais. Plus au nord se situait aussi un port dont la toponymie a conservé le souvenir : Port-Neuf, aménagé à l’intérieur des terres au pied de la butte de Beaumont. Le port de Beaumont, par exemple, a été abandonné au XVIème siècle, son envasement rendant l’accès impossible. La première mention de Port-Maubert, tel que nous le connaissons aujourd'hui, apparaît au 16e siècle. Dès cette période, il fait partie des ports avec une intense activité de commerce des blés sur l’estuaire de la Gironde, soulignant son rôle crucial dans l'économie régionale.

Un vestige saisissant de cette époque révolue est un fanal, en haut du terrier de Beaumont, qui domine de quelques 70 m le niveau de la mer. L’ouverture en son sommet et les traces de fumée sur la pierre laissent supposer qu’il servait à guider les bateaux entrant dans le port, témoignant de l’importance du mouvement commercial avec Bordeaux. Cette sentinelle de pierre est un rappel constant du passé maritime foisonnant de la région. L'évolution des infrastructures routières a également joué un rôle déterminant dans le développement du port. La route reliant Port Maubert à Barbezieux par Jonzac et St-Genis-de-Saintonge devient opérationnelle en 1837 et prend le nom de "route de Port Maubert". Cette nouvelle artère de communication fait du port saintongeais le principal lieu de transit des marchandises de l’arrondissement de Jonzac, et les échanges commerciaux se font alors essentiellement avec Bordeaux. Les marchandises, variées et abondantes, étaient chargées sur des gabares qui transportaient leurs cargaisons au gré des marées et des vents, illustrant une symbiose parfaite avec les éléments naturels.

L'Apogée Commerciale et la Modernisation Portuaire du XIXe Siècle

Le milieu du 19e siècle marque une période de profondes transformations pour Port Maubert, changeant considérablement la physionomie du port. Le vieux chenal, dont l'emplacement correspond à l’actuelle rue des Chasseurs, est abandonné et comblé, laissant place à de nouvelles configurations. À la même époque, un débarcadère est construit pour accueillir les voyageurs du bateau à vapeur, signe de l'intégration du port dans les réseaux de transport modernes de l'époque. Dans les années 1860, l’État cède ses terrains pour permettre une expansion significative du bâti portuaire. Cette initiative conduit à la construction de nombreuses maisons, d'entrepôts de marchandises indispensables au commerce florissant, d'une cale de carénage essentielle à l'entretien des navires, et à l'établissement d'un chantier de construction navale, le futur chantier naval "le Chérif".

Toutes les nouvelles constructions prennent place sur la rive droite du port, et certaines, par leurs dimensions et leurs décors, témoignent de la réussite et de la prospérité de leurs propriétaires, reflet d'une économie florissante. Une auberge se situe à l’extrémité de la rive, offrant un lieu de repos et de convivialité pour les marins et les commerçants. Le bureau de douane trouve sa place dans la lignée des maisons, assurant la régulation des échanges, ainsi que la maison éclusière, élément clé pour la gestion des flux maritimes. À l’entrée du port, une minoterie à vapeur, à la pointe de la technologie de l'époque, traite et exporte une grande partie de la production céréalière de l’arrondissement de Jonzac. L’importance de cette usine est telle que le propriétaire est autorisé à puiser de l’eau dans le bassin pour alimenter la machine et à construire des rails entre ses magasins et les appontements près de l’écluse de chasse, optimisant ainsi les opérations de chargement et de déchargement.

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Durant cette période, l’activité du port est à son apogée : vins, blés, pommes de terre, et autres marchandises affluent de toute la Saintonge pour être expédiés vers Bordeaux, Libourne, Pauillac, et d'autres destinations lointaines. Cette effervescence commerciale est encore renforcée par l'arrivée du chemin de fer. Un embranchement de la ligne ferroviaire Saintes-Touvent-Jonzac est créé pour rejoindre le port depuis la gare de St-Fort-sur-Gironde, permettant une connexion directe et efficace avec le réseau ferroviaire national et facilitant le transport de marchandises à grande échelle.

La Pêche : Un Héritage Profond et des Transformations Radicales

L’activité de pêche, intrinsèquement liée à l'identité de Port Maubert, s'est poursuivie et a évolué au fil des siècles. Les pêcheurs utilisent des bateaux spécifiques équipés de filets, appelés les "filardières". Certains de ces bateaux sortent directement du chantier naval de Port Maubert, le "Chérif", et se reconnaissent souvent par une étoile distinctive qu'ils arborent. La pêche est mentionnée dans l’estuaire dès le Moyen Âge, constituant une activité modeste qui s’amplifie avec la modernisation des ports au milieu du 19e siècle. Parmi les espèces capturées, l’esturgeon, connu localement sous le nom de "Créa" ou "Créac", faisait partie des poissons pêchés pour leurs chairs, très appréciées et vendues sur les marchés des environs. Pêche et commerce ont ainsi rythmé la vie de Port Maubert, les pêcheurs nettoyant, faisant sécher et réparant leurs filets sur les bords du port, et stockant leur matériel dans des cabanons en bois, des scènes qui restent gravées dans l'imaginaire local.

À la fin du 19e siècle et surtout dans l’entre-deux-guerres, la pêche à l’esturgeon va faire la fortune de la région grâce à une découverte fortuite et à une initiative audacieuse. La légende raconte qu'un marchand allemand de passage à St-Seurin-d’Uzet constate que les œufs d’esturgeons sont rejetés à la mer. Il enseigne alors à un pêcheur la manière de préparer ces œufs en caviar, jetant les bases d'une nouvelle industrie. Cependant, cette première production reste embryonnaire et disparaît avec la Première Guerre mondiale. Il faut attendre 1917 pour que la légende se mêle à la réalité et relance la production de manière plus structurée.

Selon une tradition populaire, une princesse russe, que certains disent même de la famille du tsar, ayant fui son pays, serait venue à St-Seurin-d’Uzet et aurait constaté, avec effroi, que les pêcheurs rejetaient les œufs d’esturgeon à la mer. Plus réellement, la maison Prunier, grand restaurateur parisien, entreprend en 1921 d’organiser la production de caviar en France pour satisfaire sa riche clientèle, notamment russe, et remplacer les approvisionnements russes interrompus par la Révolution. Emile Prunier envoie alors à St-Seurin-d’Uzet un certain Alexandre Scott, un officier russe, pour enseigner la préparation du caviar aux pêcheurs de la région. Dès lors, les pêcheurs de l’estuaire se lancent dans cette activité très lucrative et plusieurs sites de production se développent rapidement, notamment à Port Maubert. De saison en saison, les records de production sont battus par les pêcheurs, et après la Seconde Guerre mondiale, l’activité reprend de plus belle, atteignant des sommets inégalés.

Cependant, cette intensification de la pêche, à laquelle s’ajoute la pollution croissante et la modification des milieux naturels, entraîne inévitablement la raréfaction des esturgeons. Sa pêche périclite tristement dans les années 1960 et est finalement interdite dans les années 1980, l’esturgeon devenant alors une espèce protégée. Ce tournant marque une fin d'ère pour la pêche traditionnelle à l'esturgeon. Depuis les années 1990, des recherches approfondies sont menées pour tenter de réintroduire l’espèce d’esturgeon originelle, le sturio, dans l'estuaire, dans l'espoir de restaurer l'équilibre écologique. Parallèlement, des élevages d’esturgeons de l'espèce Baerii sont ouverts le long de l’estuaire pour fournir du caviar, répondant ainsi à la demande tout en protégeant l'espèce sauvage. Dans les années 1980, suite à l'interdiction de la pêche à l’esturgeon, les pêcheurs se réorientent vers les pibales, une pratique jusqu’alors exercée à pied ou en yole avec une épuisette. Désormais, cette pêche se modernise et se fait avec des bateaux spécialement équipés de "haveneaux", ces "pibaliers" étant également utilisés pour la pêche à la crevette. Aujourd’hui, l’activité de Port Maubert est essentiellement liée à la pêche artisanale et à la plaisance, trouvant un nouvel équilibre entre tradition et modernité.

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La Tour de Beaumont : Sentinelle Immuable du Temps

Dominant le paysage, la Tour de Beaumont est bien plus qu'une simple structure : c'est un amer, c’est-à-dire un point de repère essentiel pour les navigateurs de l’estuaire de la Gironde. Ses origines sont méconnues et se perdent dans les brumes du temps, mais la tradition prétend qu’il y avait déjà un fanal au Moyen Âge et qu’un port était situé au lieu-dit de Beaumont, un peu en contrebas de la tour actuelle. Puis, qu’en raison de l’envasement progressif des terres estuariennes, ce port ancien a été déplacé vers l’amont où il prit alors le nom de Port-Neuf, marquant une adaptation constante aux défis naturels du fleuve.

Quant à la tour elle-même, elle apparaît pour la première fois sur les cartes maritimes au 18e siècle, confirmant son importance en tant que point de référence visuel pour la navigation. Sa présence est ensuite attestée sur le cadastre de 1834, soulignant son rôle structurant dans le paysage local. La tour actuelle est plus récente que ses légendaires prédécesseurs, elle a été reconstruite en 1875, consolidant sa structure pour les générations futures. Elle s’élève sur environ 7-8 mètres, et sa forme conique caractéristique est facilement repérable dans le paysage vallonné, servant de guide même par temps de brume. Construite en moellons, elle est percée d’une seule ouverture, lui conférant un aspect sobre et fonctionnel, alors que son sommet est ouvert, faisant d'elle une sorte de cheminée, une particularité architecturale qui continue d'intriguer les observateurs.

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