Lorsque le tir devient un loisir régulier et que les scores deviennent difficiles à améliorer, il s'avère nécessaire de passer à une fabrication maison. La pratique du tir aux armes anciennes, bien que souvent perçue comme une activité tranquille, exige une rigueur technique insoupçonnée, particulièrement dans la préparation des projectiles. L'expression "balles en plomb" est tellement utilisée sur les pas de tir que l'on finit par oublier ce dont on parle. Le "plomb" n'existe que dans les laboratoires, ce sont les alliages de plomb que M. tout-le-monde pourra se procurer.
La nature des alliages et le choix de la matière première
Le plomb pur est un élément chimique et par abus de langage on considère que certains produits manufacturés sont en "plomb pur" pour dire qu'ils ne contiennent pas d'autre élément chimique introduit volontairement. C'est le cas des anciennes canalisations ou encore des plaques utilisées par les couvreurs. Le plus courant des alliages de plomb est un mélange de plomb pur et d'étain, avec quelques traces d'autres éléments chimiques tels que l'antimoine. L'étain a pour intérêt de fluidifier la coulée du plomb et d'augmenter très progressivement la dureté de l'alliage, de façon stable. Un autre alliage est un mélange de plomb pur et d'antimoine. L'antimoine a pour propriétés de durcir l'alliage ainsi réalisé.
Pour le tireur à la poudre noire, l'utilisation de lest de plongée est une pratique courante et validée par de nombreux adeptes. Les lingots de plomb pour la plongée sous-marine, que l'on trouve dans les enseignes spécialisées, sont globalement satisfaisants pour couler des balles rondes ou miniées. Certains tireurs, plus pragmatiques, n'hésitent pas à récupérer des plombs de 10 mètres, de la grenaille, ou même des ogives 22lr pour enrichir leur stock. Cependant, la prudence est de mise : les balles plomb "moderne" pour armes à PSF (poudre sans fumée), comme le 9mm Parabellum, sont en alliage trop dur. Ne pas tout mélanger sinon mauvaise surprise garantie. Le plomb de récupération issu des stands de tir à 10 mètres est souvent un excellent choix car il est facile à se procurer et possède une dureté adaptée.
L'équipement de base et la sécurité du fondeur
Comme pour le chargement, le matériel nécessaire à la fabrication des balles par coulée débute avec quelques éléments simples. Le plomb pur fond autour de 327°C, les alliages classiques entreront en fusion vers 350°C. Il n'est donc pas nécessaire de disposer d'une véritable forge chez soi. Pour contenir le plomb, l'idéal est une bonne vieille casserole en inox. Pourquoi en inox ? Parce que si vous prenez un modèle en aluminium, celle-ci risque simplement de fondre (l'alu fond autour de 600°C) en cas de surchauffe. Attention, le plomb ça pèse lourd ! Même une petite casserole (0.5 ou 1L) aura vite fait de peser 4 ou 5 kg une fois chargée.
Pour la sécurité, il est impératif de travailler dans un lieu ventilé pour éviter l'inhalation des fumées. Ne travaillez jamais s'il risque de pleuvoir : plomb en fusion + eau = explosion et brûlure du fondeur. Portez des gants de protection et des lunettes de sécurité. Concernant les creusets électriques, s'ils représentent un investissement confortable pour la régularité thermique, ils ne sont pas strictement obligatoires pour débuter.
Lire aussi: Marques d'équipement de plongée sous-marine
Préparation du métal et technique de coulée
La réussite d'une coulée commence par la purification du métal, ou "fluxing". Lorsque le bain sera prêt (plomb fondu), placez un petit morceau de bougie sur le métal. Il s'enflammera sous l'effet de la chaleur ; mélangez alors avec la louche de coulée et éliminez toutes les saletés venues en surface. Ce processus est indispensable, même lors de la fabrication de lingots préparatoires.
Le moule est l'outil central de votre production. Il doit être stocké "gras" pour éviter l'oxydation, mais la graisse et l'huile sont des ennemis de la coulée. Utilisez un dégraissant (type nettoyant freins ou acétone) et laissez sécher. Appliquez une fine dose de lubrifiant au graphite dans l'empreinte pour faciliter l'extraction. Noircir les empreintes à la flamme d'une bougie est une technique éprouvée pour créer une fine pellicule de carbone favorisant un démoulage propre.
La température du moule est primordiale. S'il est trop froid, vos balles n'auront pas un bel aspect, les gorges de graissage seront malvenues. S'il est trop chaud, la solidification sera trop lente et des défauts apparaîtront (retassures). La bonne température est atteinte lorsque le plomb met environ 8 à 10 secondes à figer en surface du coupe-jet.
Recalibrage et constance de précision
Quel que soit l'alliage utilisé, le retrait lors de la coulée des balles est inévitable : une balle coulée dans un moule de 10mm sortira, après refroidissement, à 9.98mm ou 9.95mm selon l'alliage. Les balles sorties du moule sont donc approximatives. Le seul moyen de garantir une constance de diamètre est le recalibrage, qui s'effectue au moyen d'un outil monté sur presse. Pour la mise au point d'une arme destinée à la compétition, cette étape est cruciale, bien que pour le tir de loisir, cela puisse paraître secondaire.
Le tri par poids à l'aide d'une balance de précision permet d'éliminer les balles présentant des bulles d'air internes, souvent invisibles à l'œil nu. Une variation de près de 5% entre les plus légères et les plus lourdes est courante chez le débutant ; ces exemplaires doivent être refondus systématiquement.
Lire aussi: Choisir sa montre de plongée
Le rôle de la lubrification et le "flambage"
Une fois coulées, les balles doivent être graissées. Une graisse sert à lubrifier le contact entre la balle et le canon, tout en prévenant l'encrassement excessif. Il nous faut une graisse qui soit relativement molle à température ambiante et qui fonde à température plus élevée. Il n'y a pas de graisse unique polyvalente pour toutes les armes.
Lors des compétitions de tir à la poudre noire, vous entendrez souvent le terme "flambage". Il s'agit de faire partir un coup "pour rien" afin de mettre l'arme en condition pour les tirs suivants. Une arme propre présente des excès de lubrifiant ou des manques qui influencent la trajectoire du projectile. Le flambage "amorce" vise à dégager la cheminée et la chambre par effet de souffle, tandis que le flambage "balle" conditionne le canon en y déposant un léger encrassement uniforme. Paradoxalement, cette légère pollution aide à la précision en garantissant un état de surface constant entre deux tirs de précision.
#
Lire aussi: Exploration sous-marine