Genèse d'une innovation : de l'eau au ciel
Fils d'un entrepreneur des travaux publics et d'une coiffeuse, Franky Zapata commence le jet ski en 1994, à l'âge de seize ans. Il obtient son premier titre de champion de France en 1996, son premier titre européen en 1999 et son premier titre mondial en 2007 et il sera plusieurs fois Champion du monde de F1 RUN. Dyslexique, daltonien, il quitte l'école à 16 ans. Durant ses 15 ans d'expérience en tant que pilote d'essai de jet-ski, il a observé le travail des ingénieurs, et il a beaucoup appris. Finalement, il s'est dit qu'il était aussi capable de faire ce qu'ils faisaient. Franky Zapata s'est alors mis à étudier, la plupart du temps via Internet.
Le concept initial, lancé en 2011, est le Flyboard : un accessoire relié à une motomarine par un tube qui lui apporte une hydro-propulsion permettant d'évoluer dans l'air au-dessus d'un plan d'eau (et sous l'eau). Il peut être considéré comme une sorte de jetpack nautique. Le pilote se tient debout sur une plate-forme reliée par un long tuyau souple à l'embarcation, ses pieds sont fixés par une paire de bottes à la manière des snowboards. En 2013, Franky Zapata participe à l'émission La France a un incroyable talent sur M6 avec son Flyboard qu'il dirige au-dessus d'une piscine extérieure. Après avoir été qualifié à l'unanimité par le jury lors des auditions en août, il est choisi par le public lors de la troisième demi-finale pour être finaliste.
Le Flyboard tel qu’il existe aujourd’hui a été présenté au grand public lors des Championnats du monde de jet-ski de 2012, qui se sont tenus en Chine. Désormais, le flyboard est considéré comme un sport nautique à part entière. À savoir : le flyboard dispose de sa propre Coupe du monde, dont la première édition a eu lieu en 2012 au Qatar. D’ailleurs, le premier Champion du monde de flyboard est lui aussi français. Franky Zapata a ensuite continué à perfectionner ce premier projet, en travaillant sur un nouveau modèle : le « Flyboard Air ».
Architecture et fonctionnement du Flyboard Air
En avril 2016, Zapata présente le Flyboard Air, un appareil propulsé par quatre micros turboréacteurs et capable d'emporter son pilote pour des vols de plusieurs minutes. Nombreuses sont les personnes qui ont cru à un canular. Pourtant, le Flyboard Air, sorte de « Jet board » (en référence au Jetpack qui existe depuis des années), est bel et bien réel. Il s’agit en effet d’un engin totalement autonome, fonctionnant via une unité de propulsion indépendante, et constitué de réacteurs fonctionnant au kérosène.
Le pilotage de l'appareil est particulièrement délicat. Il fonctionne grossièrement comme un Segway, c'est à dire grâce au transfert de masse opéré par le pilote. Sauf qu'un Segway dispose d'un support et n'a pas pour préoccupation le lacet, ce mouvement de rotation horizontal autour d'un axe qui n'est, par ailleurs, pas toujours vertical dans le cas du Flyboard Air. Pour parvenir à stabiliser son engin, Francky Zapata a donc prévu de l'équiper de pas moins de six moteurs. Quatre sont disposés sous le plateau qui supporte le pilote, deux sur les côtés ; ces derniers sont utilisés pour la rotation. Pourquoi quatre moteurs sous la planche au lieu d'un seul ? Pour stabiliser l'appareil. Ce fut là la plus grosse difficulté du développement : créer un algorithme qui parvienne à faire que s'entendent les jambes du pilote et les moteurs. Le programme conçu par son équipe est ainsi capable d'ajuster la vitesse des turbines latérales, et l'inclinaison des turbo-réacteurs.
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Concernant ces moteurs, il s'agit de réacteurs de missiles ou de gros drones de l'armée, développant chacun 250 chevaux, pour un total de 1 000 chevaux. Une puissance que le pilote ne pourrait pas contrôler sans ses trois cent heures d'expérience avec le Flyboard hydro-propulsée. Car finalement, les sensations sont et doivent être les mêmes.
Défis techniques et protocoles de sécurité
La sécurité est une composante centrale. Pour pouvoir voler environ 4 minutes, comme dans la vidéo de présentation, le pilote emporte avec lui 14 kg de carburant. Pour un vol plus long, de l'ordre de 8 minutes, il faut 23 ou 24 kg. La combinaison est ignifugée, tout comme l'est la durite d'alimentation. L'inventeur souligne que lorsque vous roulez à moto sur la route, vous avez un réservoir d'essence juste sous le ventre, avec un carburant dont le point d'éclair est bien plus bas que celui du Jet A1 utilisé ici. À ce jour, aucun incident grave lié au carburant n'est survenu.
En ce qui concerne les chutes, la redondance est une clé de voûte de la conception. Des quatre moteurs présents sous la planche, seuls trois sont nécessaires. Même la connexion Wi-Fi entre la planche et la manette des gaz dispose d'une solution de secours : l'équipe utilise trois canaux Wi-Fi différents et a disposé trois puces dédiées dans la manette. Le Flyboard Air fait l'objet de mesures constantes : l'entreprise travaille sur un enregistreur capable de capturer toutes les métriques durant les vols pour améliorer l'algorithme de stabilisation.
De la traversée de la Manche à la démonstration technique
Le 25 juillet 2019, Franky Zapata tente de traverser la Manche sur son Flyboard Air, en écho à l'anniversaire de la première traversée de cette même mer en engin volant par le pilote français Louis Blériot, effectuée cent-dix ans auparavant. À cause du volume de carburant nécessaire pour effectuer cette traversée, le projet prévoit une escale de ravitaillement à mi-chemin sur une plateforme située en mer, sur un bateau. Alors que Franky Zapata avait conçu un système permettant de se ravitailler en se maintenant en stationnaire à 3 mètres au-dessus de la plateforme, donc sans se poser, la préfecture maritime impose d'abord, pour raisons de sécurité, que le pilote se pose sur la plateforme, puis autorise finalement un ravitaillement en plein vol le 23 juillet 2019, soit 48 heures avant le départ.
Au cours de la tentative - dont la première partie sur environ 18 kilomètres ne rencontre aucun souci particulier - Zapata tente de se poser sur cette plateforme de mi-parcours, mais à cause d'un mouvement à la surface des eaux trop important, celle-ci heurte au dernier moment le Flyboard Air entraînant la chute de son inventeur dans l'eau, heureusement sans conséquences graves ni pour le pilote, ni pour l'engin. Cette nouvelle tentative est finalement effectuée le 4 août 2019 vers 8 h 16 du matin, toujours au départ de Sangatte dans le Pas-de-Calais. Après l'escale de ravitaillement qui cette fois-ci se déroule sans problème particulier, Franky Zapata atterrit vers 8 h 40 à St Margaret's Bay au Royaume-Uni, soit une distance totale de 35 kilomètres parcourus en 22 minutes. Il atteint et maintient une vitesse de croisière de 160-170 km/h, dont il est informé grâce à un indicateur sonore intégré dans son casque en survolant la mer à 15-20 mètres d'altitude avec une pointe à 70 m.
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