Fixation du Bout-Dehors sur Voilier : Guide Complet et Solutions Pratiques

L'intégration d'un bout-dehors sur un voilier représente aujourd'hui une évolution significative dans les pratiques de navigation. De nombreuses solutions, qu'elles soient dédiées par les chantiers ou des options de retrofit disponibles « sur étagère », témoignent de cet engouement. L'objectif est souvent d'optimiser les performances, notamment pour les voiles asymétriques de portant. C'est dans ce contexte que des approches personnalisées et des innovations techniques ont vu le jour, répondant à des besoins spécifiques de chaque navigateur.

J'avais déjà fait réaliser un renfort de davier pour amurer mon code D, renfort déjà repris par certains d'entre vous. Souhaitant éloigner le code D de l'étai du génois, j'ai fait réaliser par un bon ami un bout-dehors inox, démontable, n'empêchant pas l'ouverture de la baille à mouillage et ne nécessitant pas de sous barbe. Démonté, il ne condamne pas l'utilisation du 2ème davier. Cette solution illustre la capacité d'adaptation et l'ingéniosité des navigateurs pour répondre à des contraintes particulières. Un bout-dehors est aujourd’hui un équipement presque incontournable sur un voilier de course ou un croiseur performant, et il existe aussi de nombreuses solutions de retrofit disponibles « sur étagère ». Cet engouement est dû en partie à la popularité des voiles asymétriques de portant, qui offrent une grande facilité de manœuvre, notamment en équipage réduit. Ajouter un bout-dehors à votre bateau vous permet d’augmenter votre inventaire de voiles et de passer plus de temps à faire du reaching rapide.

Des Solutions Spécifiques aux Besoins Variés : Exemples de Réalisations Personnalisées

Les défis liés à l'installation d'un bout-dehors sont nombreux, mais les solutions sur mesure ou semi-sur mesure offrent une flexibilité précieuse. Elles permettent d'adapter l'équipement aux spécificités de chaque voilier, garantissant à la fois performance et praticité.

Le Bout-Dehors Inox Amovible de Gerard56

Le concept d'un bout-dehors en inox, conçu pour être facilement amovible, a été développé pour des modèles spécifiques de voiliers. Prérequis : avoir deux daviers équipés du renfort décrit plus haut. Le bout-dehors peut se monter sur l'O31, 34 et 37 puisque les daviers de ces trois bateaux sont les mêmes. Cette compatibilité facilite l'intégration pour les propriétaires de ces modèles. Le bout-dehors lui-même est caractérisé par un tube inox d'1 ml de longueur, d'un diamètre de 60,3 mm et d'une épaisseur de 3,6 mm. Ce dimensionnement lui confère une robustesse appréciable, même face à des efforts importants.

Un petit détail important : Le bout-dehors peut être rangé dans la baille à mouillage. Cette caractéristique est cruciale car la pose d'un bout-dehors gêne souvent l'accès à la baille à mouillage. Pour ce type de montage, la résistance du pont sous les daviers est très forte. C'est pourquoi, j'ai fait ce patin arrière qui repose sur le davier et qui retransmet la plupart des efforts sur lui. Il y aura certes un reliquat d'efforts sur la patte arrière qui s'enfonce dans l'étrier mais ce sera minime.

Lire aussi: Tout savoir sur les poteaux de fixation pour voile d'ombrage

Concernant son utilisation, J'utilise mon code D autant au près qu'au portant mais on peut légitimement se poser la question. Il me semble que les efforts sur le bout-dehors sont plus importants au près jusqu'au travers qu'au portant. Au près je le porte à partir de 45/50 ° VA. Le tube d'épaisseur 3,6 mm il respire la santé et je ne pense pas qu'il pliera. Malgré le câble anti torsion je ne blinde jamais la drisse à outrance. La question de la sous-barbe se pose également. La surface de la voile sur l'O37 pourrait justifier la pose d'une sous-barbe ? Cependant, pour un code D, Ce n'est pas un code 0 et ne nécessite pas de moufflage en tête. Il est à noter que plus le bras de levier est long, moins la charge est importante. C'est pourquoi les bouts-dehors sont très longs et se reprennent derrière la baille à mouillage, réduisant ainsi les efforts de compression.

L'Installation Robuste sur Océanis 43 d'escobar68

Une autre illustration d'une installation personnalisée et robuste est celle d'escobar68 sur un Océanis 43. Cette version de bout-dehors présente un déport de 80 cm, un tube de 60mm d'épaisseur 3,6mm, et une plaque de maintien de 6mm. Il se fixe sur le plat du davier par 3 boulons de 12mm et une sous-barbe reprise sur le renfort de l'étai de génois. Une particularité de ce montage est que le davier est soudé sur une plaque de 4mm triangulaire reprenant la forme de l'étrave sur l'Océanis 43, ce qui permet que les forces de compression d'un assy de 115 m² à cet endroit soient bien maîtrisées. Dans cette configuration, la sous-barbe soulagera bien le davier à reprendre les efforts de traction qui pourrait l'arracher.

Le Bout-Dehors Léger en Carbone de Punta

Face à des contraintes spécifiques telles que la forme de la cadène avant liée au balcon et la nécessité de ne pas condamner la baille de l’ancre, Punta a développé une solution ingénieuse. Il fallait donc pouvoir envisager un bout-dehors facilement démontable. Et à prix réduit. De plus, il était souhaité que l’amure passe à l’intérieur. La conception a été axée sur la simplicité et l'efficacité. J’ai décidé de maintenir le Bout par 1 bague avant basculante, et une bague arrière fixe sur le pont, le tout décalé du tube central du balcon et du taquet central d’amarrage. La solidité de l’ensemble ne nécessitant pas de barbe de renfort. Pour la réalisation, J’ai utilisé un mât de planche, en carbone, que j’ai doublé à l’intérieur (collé à la résine). Ce mât étant profilé, il était facile sur la longueur de trouver 2 sections différentes emboîtables. Le système de montage est simple : Il suffit de basculer la bague avant vers l’avant, d’introduire le Bout dehors dans cette bague par l’arrière, de le glisser suffisamment vers l’avant, de rebaisser le tout puis de l’introduire dans la bague arrière en le reglissant vers l’arrière jusqu’en butée du renfort résiné blanc (2) et de bloquer dans cette position à l’aide du bout bleu(1).

Les Types de Bouts-Dehors et Leurs Caractéristiques Générales

Au-delà des solutions personnalisées, le marché offre une gamme variée de bouts-dehors standardisés, répondant à des besoins et des budgets différents. Si vous cherchez un bout-dehors pour votre bateau, cela vaut la peine de vérifier s’il existe des options dédiées proposées par le chantier. Sinon, jetons un rapide coup d’œil aux options de retrofit standardisées disponibles sur le marché.

Bouts-Dehors en A : Légèreté et Rigidité

Les bouts-dehors en A de Trogear sont légers et rigides, ce qui les rend aussi adaptés à la course qu’à la croisière. Cette conception en "A" offre une excellente résistance structurelle. Plusieurs options de montage existent, dont une compatibilité avec la plupart des supports de davier. Le grand avantage de ces bouts-dehors est qu’ils n’encombrent pas le pont avant, préservant ainsi l'espace de circulation.

Lire aussi: La fixation élastique : une analyse complète

Bouts-Dehors à Tube Simple : Abordabilité et Simplicité

Les bouts-dehors à tube simple, comme ceux de Selden et Facnor, sont généralement bien plus abordables. Leur conception simplifiée les rend accessibles à un plus grand nombre de navigateurs. Ils peuvent être autoportés sans sous-barbe. On y parvient en fixant environ 50 % de la longueur totale du tube sur le pont avant, le reste étant projeté vers l’avant. En conséquence, ils occupent une part importante de la surface disponible du pont avant, ce qui peut être un facteur à considérer pour les bateaux avec un pont avant déjà encombré.

Bouts-Dehors Rétractables Universels : Flexibilité et Performance

Sur les voiliers qui n'en sont pas pourvus d'origine, le bout-dehors peut s'adapter grâce à un modèle rétractable. Ce type de bout-dehors offre une flexibilité considérable, permettant de l'utiliser uniquement lorsque nécessaire et de le ranger pour éviter l'encombrement ou les dommages. L'installation est simple. Le bout-dehors passe dans un anneau installé à l'étrave sous le tambour de l'enrouleur et l'arrière du bout-dehors est bloqué dans une cadène. Au repos, le bout-dehors peut être reculé et bloqué dans une seconde cadène.

Le bout-dehors rétractable Seldén, par exemple, est spécifiquement conçu pour améliorer les performances sous spi asymétrique. Il permet au spi de recevoir un air non perturbé, optimisant ainsi son rendement. Conçu pour rendre les manœuvres de spi rapides et efficaces, il facilite l'empannage, un avantage notable pour l'équipage réduit. Ce système est universel, il s'adapte sur la plupart des voiliers. Très facile à monter et à utiliser, ce bout-dehors est livré dans un kit pour montage sur le pont. Il suffit de fixer les deux cadènes alignées avec le support d’étrave. Le support d’étrave est un anneau inox avec un coussinet intérieur en polyamide à travers lequel le bout-dehors coulisse pour se mettre en position. Une fois le spi asymétrique affalé, le bout-dehors peut être reculé et bloqué sur la cadène arrière, dégageant ainsi la proue.

Matériaux et Leurs Limites Structurelles

Le choix du matériau est déterminant pour la performance et la durabilité du bout-dehors, ainsi que pour son aptitude à supporter différentes voiles. Le bout-dehors en aluminium, disponible également en carbone sur commande, a une certaine souplesse. Il est suffisamment solide pour accueillir un spi asymétrique au portant, mais pas assez pour un gennaker avec lequel on va serrer le vent (guindant étarqué). Pour cet usage, il faudra renforcer le bout-dehors avec une sous-barbe. Les poutres avant en alu sont renforcées avec un module interne pour la compression. On peut donc monter un bout-dehors sans problème tant qu’il reste d'une taille raisonnable. Pour un bateau de 45’, une longueur de 80 à 100 cm est la taille habituelle. La version carbone sur demande, quant à elle, offre une rigidité et une légèreté supérieures, souvent privilégiées pour la performance.

Principes Fondamentaux de la Fixation et de l'Amurage des Voiles

La fixation d'un bout-dehors ne se limite pas à sa simple installation physique ; elle englobe également la manière dont les voiles sont amurées et gérées. Une compréhension approfondie de ces mécanismes est essentielle pour garantir la sécurité et l'efficacité de la navigation.

Lire aussi: Fixation de surf sur voiture : le guide ultime

Fixation au Davier et au Pont : Répartition des Efforts

La solidité de la fixation du bout-dehors est primordiale pour résister aux forces exercées par les voiles, particulièrement au près ou au travers. Le bout-dehors passe dans un anneau installé à l'étrave sous le tambour de l'enrouleur et l'arrière du bout-dehors est bloqué dans une cadène. Ce type de montage assure une répartition des charges. Un principe fondamental à retenir est que plus le bras de levier est long, moins la charge est importante. C'est pourquoi les bouts-dehors sont très longs et se reprennent derrière la baille à mouillage, réduisant ainsi les efforts de compression sur l'étrave et le davier.

Le Rôle Crucial de la Sous-Barbe

La sous-barbe est un élément de renfort qui peut être indispensable selon le type de bout-dehors et les voiles utilisées. Selon le type de bout-dehors, une sous-barbe peut ne pas être nécessaire pour les voiles de portant. Cependant, pour des voiles comme le gennaker ou des spinnakers asymétriques de grande surface, elle devient souvent indispensable. La surface de la voile sur l'O37 pourrait justifier la pose d'une sous-barbe. Si le bout-dehors en aluminium n'est pas assez solide pour un gennaker avec un guindant étarqué, il faudra le renforcer avec une sous-barbe. La sous-barbe soulagera bien le davier à reprendre les efforts de traction qui pourrait l'arracher, protégeant ainsi l'intégrité de la structure du bateau.

Amurage des Voiles Asymétriques : Simplicité et Complexité

L'amurage des voiles sur le bout-dehors varie considérablement selon que la voile est utilisée avec ou sans emmagasineur.

Pour une voile asymétrique de portant sans emmagasineur, la bosse d’amure est reliée directement au point d’amure de la voile. C’est la configuration la plus simple, ne nécessitant qu’un seul bloc, anneau ou réa à friction à l’extrémité du bout-dehors. Cette simplicité est un atout pour les manœuvres rapides en équipage réduit.

Les asymétriques de portant sur emmagasineur et les code 0 s’envoient aussi depuis le bout-dehors, mais avec des exigences légèrement différentes. Une bonne règle pour un emmagasinage réussi est d’avoir un point de fixation qui n’autorise pas l’ensemble de l’emmagasineur à tourner. Un emmagasineur accroché sur une seule bosse d’amure risque de pivoter involontairement et d’embarquer la drosse d’enroulement avec lui, ce qui peut entraîner des problèmes majeurs lors de l'enroulement ou du déroulement de la voile.

Plusieurs façons existent pour éviter cela. L’une consiste à fixer l’emmagasineur sur une cadène fixe (padeye) métallique sur le bout-dehors. Cette solution simple évite d’avoir une bosse d’amure supplémentaire qui revient au cockpit. En revanche, cela implique que vous deviez pouvoir atteindre le point de fixation pour amurer ou désamurer la voile. Une autre option est d'utiliser une bosse d’amure en 2:1, dont le dormant est séparé du brin de travail. Cette séparation empêche l’emmagasineur de se vriller une fois sous charge, assurant un fonctionnement plus fiable et plus fluide.

La Configuration Polyvalente pour le "Peel" et la Régate

Pour les régatiers ou ceux qui recherchent une polyvalence maximale, une configuration spécifique permet des changements de voile rapides et efficaces, connus sous le nom de "peel". Si vous naviguez en croisière, il est probable que vous n’ayez pas besoin de pouvoir faire un peel d’un asymétrique vers un autre. Mais si vous régatez, il est probable que vous ayez plusieurs asymétriques sans emmagasineur, peut-être deux voiles sur emmagasineur, et que vous ayez besoin de pouvoir faire un peel de n’importe quelle voile vers n’importe quelle autre.

Pour obtenir cette configuration polyvalente, il nous faut deux anneaux à friction à l’extrémité du bout-dehors pour deux bosses d’amure. Environ 10 cm en arrière, il nous faut un padeye textile supplémentaire ou une boucle souple, qui servira à créer le 2:1. Les deux bosses d’amure doivent avoir des manilles rapides à largage. Vous disposez alors d’un montage où chaque bosse d’amure peut soit être frappée directement sur le point d’amure de la voile, soit être renvoyée sur la boucle textile pour un 2:1. Avec cela, vous pouvez faire un peel dans n’importe quelle combinaison, optimisant ainsi votre performance en régate.

Impact sur la Navigation et Considérations Générales

L'ajout d'un bout-dehors transcende la simple fixation d'un équipement ; il redéfinit les capacités de performance d'un voilier et influence directement la stratégie de navigation. Son retour en force est intrinsèquement lié à l'évolution des plans de voilure et à la recherche d'une meilleure efficacité.

Performance Accrue et Optimisation des Voiles

Le bout-dehors est un atout majeur pour améliorer les performances, en particulier avec les voiles de portant. Il permet au spi de recevoir un air non perturbé, ce qui est fondamental pour maximiser sa puissance. Conçu pour rendre les manœuvres de spi rapides et efficaces, il facilite l'empannage, ce qui est un avantage considérable, surtout en équipage réduit. Les avantages sont alors nombreux. En premier lieu, la surface des voiles de portant peut être augmentée d’autant que la bordure va être plus grande. Ensuite, les voiles ne se gênent plus et les écoulements d’air sont parfaitement laminaires, garantissant un rendement optimal. Mais on peut aussi les faire travailler ensemble, ce qui est très efficace au petit largue en créant un effet Venturi entre les deux voiles, augmentant la puissance. Enfin, pour les allures plus abattues, le bout-dehors a pour effet d’éloigner le bord d’attaque du spi asymétrique, et permet de descendre de facilement 10° supplémentaires par rapport à un spi amuré sur la poutre avant. On peut ainsi descendre facilement jusqu’à 150-155° du vent apparent, ouvrant de nouvelles possibilités en termes de trajectoire et de vitesse.

Historique et Révolution des Plans de Voilure

L'histoire du bout-dehors, sous sa forme ancienne de beaupré, est riche. Alors qu’il trustait les étraves de tous les navires à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, cet espar, appelé beaupré à l’époque, a peu à peu disparu au fil du temps avant de revenir en force depuis une vingtaine d’années. Cette réapparition est directement liée aux évolutions de la conception des voiliers modernes. Sur nos multicoques de croisière, il a d’abord fait sa réapparition sur des unités performantes, où il permet d’avancer le centre vélique des voiles d’avant. Mais la géométrie des récents plans de voilure lui redonnent sa justification sur des croiseurs de grande production plus placides.

De manière générale, les génois ont perdu du recouvrement afin de faciliter les virements de bord. Ils sont même devenus parfois autovireurs. Mais voilà, même quand le mât a été reculé - comme sur certains modèles très récents -, quand on navigue aux allures débridées, petit largue et travers, ils ne sont plus assez puissants. Un gennaker ou un Code D devient indispensable pour tenir une bonne moyenne. Le bout-dehors répond à cette nécessité en offrant un point d'amure avancé pour ces voiles.

Problèmes d'Interférence de Voiles et Solution du Bout-Dehors

Sans bout-dehors, l'utilisation de voiles de portant supplémentaires peut créer des interférences indésirables. Si cette voile puissante est enroulée juste devant le bord d’attaque du génois (c’est le cas le plus fréquent, rappelons-nous, nous sommes sur un bateau de croisière !), cela perturbe grandement les entrées d’air au guindant, faisant chuter drastiquement le rendement de celui-ci. Et de même, quand le génois est enroulé, il perturbe le gennaker. Ces interactions négatives nuisent à l'efficacité globale du plan de voilure. La solution la plus simple consiste donc à éloigner le point d’amure de ces deux voiles, grâce… au bout-dehors. Cette séparation assure que chaque voile peut fonctionner dans un flux d'air optimal, maximisant ainsi la puissance et le contrôle.

#

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *