L'histoire des Jeux Olympiques est jalonnée d'exploits sportifs, de performances qui repoussent les limites de l'entendement humain. Parmi ces moments indélébiles, la finale du 200m brasse, souvent un moment clé des compétitions de natation, a récemment été le théâtre d'un chapitre sans précédent, écrit par le Français Léon Marchand. Son parcours, culminant avec un doublé inouï, notamment cette victoire remarquable dans le 200m brasse, a non seulement captivé le monde, mais a également remodelé la perception de ce qui est possible dans les bassins olympiques. Ce n'est pas simplement une victoire ; c'est la concrétisation d'un défi audacieux, semé d'obstacles et de doutes, et porté par une curiosité insatiable.
L'Audace d'un Double Inédit : Déconstruire les Conventions du 200m Brasse et Papillon
Sous ses airs de gendre idéal, de jeune homme équilibré, Léon Marchand est un joyeux timbré. Fou, il faut l'être pour tenter un doublé aussi peu naturel que le 200m brasse et le 200m papillon. Ces deux nages n'ont absolument rien à voir, présentant des exigences techniques, physiques et énergétiques radicalement différentes. La brasse, avec sa coordination complexe et sa puissance demandée sur les jambes, contraste fortement avec le papillon, qui requiert une force de bras colossale et une ondulation corporelle fluide. Les finales de ces deux épreuves se succèdent systématiquement à chaque Jeux Olympiques, rendant l'enchaînement quasiment impossible pour un athlète d'élite. Pourquoi ? Parce que personne ne joue sur les deux tableaux. Jamais. Personne, sauf Léon Marchand.
Ce choix audacieux est une décision personnelle de Léon Marchand, une manifestation de sa volonté de repousser les frontières de ses capacités. Il n'est peut-être pas naturel, mais il regroupe ses deux nages de prédilection. Il veut voir jusqu'où ses capacités peuvent aller. Son entraîneur, Bob Bowman, pourtant le mentor du très vorace Michael Phelps, avait toujours refusé à son ancien élève de tenter deux titres olympiques individuels dans la même journée, conscient des risques et de l'énergie colossale requise. Mais Marchand, animé par une quête personnelle profonde, fonctionne différemment. Parce qu'il peut très vite tourner en rond s'il ne se fixe pas des objectifs inatteignables, Marchand avait ce doublé dans un coin de la tête. Thomas Sammut, son proche, expliquait avant les Jeux Olympiques que pour Léon, la natation est un moyen de se découvrir, de s'épanouir. Il se challenge au quotidien : il n'empile pas les longueurs bêtement. Il met des défis en place non pas par contrainte mais par défi personnel, cherchant à puiser en lui des capacités insoupçonnées. Ce doublé est un sacré défi pour Léon Marchand, un défi pour l'histoire, qui sera, selon les termes mêmes de Michael Phelps sur NBC, le "plus grand doublé de l'histoire du sport".
Genèse et Obstacles d'un Projet Fou : De la Graine Plantée à la Lutte Contre les Impondérables
L'idée de ce doublé n'est pas née d'un simple rêve de médailles olympiques, mais bien de sa curiosité de savoir jusqu'où il peut aller dans ces deux nages. Un premier élément de réponse intervient le 11 juin 2023. Ce jour-là, alors que personne ne l'attend sur 200m brasse, celui qui est alors vice-champion du monde du 200m papillon signe un temps canon (2'06"59), tout proche du record du monde (2'05"95), aux championnats de France de Rennes. La graine est plantée. Cette performance inattendue dans une nage qu'il ne pratiquait pas assidûment a été le déclencheur, une preuve tangible qu'il possédait des aptitudes exceptionnelles dans cette discipline exigeante.
Cependant, la route vers la concrétisation de ce projet était loin d'être dégagée. Bob Bowman, avec son expérience et sa prudence légendaire, restait très réservé. Enchaîner, c'est prendre le risque de perdre trop d'énergie. Pour lui, pas question de tout mettre en péril pour un doublé insensé, surtout lorsque des titres plus "sûrs" sont en jeu. Les obstacles ne tardèrent pas à se manifester concrètement. Quelques semaines plus tard aux Mondiaux de Fukuoka, le 200m brasse est barré du programme à la dernière minute. Un coup dur, mais le jeune homme est du genre obstiné. À Paris, il veut s’aligner sur les deux distances, coûte que coûte.
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Face à cette détermination, la Fédération Française de Natation (FFN) est entrée en jeu, tentant de jouer de son influence pour rallonger les délais. Initialement, quinze minutes seulement séparaient les deux finales à Paris. Un délai si court qu’il aurait rendu impossible la mission du Toulousain, ne laissant aucune chance de récupération significative entre deux efforts aussi intenses. Sur demande de la FFN et, de manière significative, de Bob Bowman lui-même, World Aquatics a réagi en changeant le programme. Les deux 200 mètres auraient désormais lieu en début et fin de session, et 114 minutes sépareraient finalement les deux courses. Marchand gagnait ainsi 99 minutes de récupération, un tournant décisif dans la faisabilité de son projet.
Pourtant, même avec cet ajustement crucial du calendrier, les doutes persistaient, et les défis ne manquaient pas. Le programme olympique est impitoyable. Les séries du 200m 4 nages, une distance où Marchand est double tenant du titre mondial, devaient avoir lieu dès le jeudi matin, juste après l'éventuel doublé. Et sur cette distance, des nageurs comme Shun Wang alignaient déjà des chronos impressionnants. "Est-ce que c'est possible ? C'est peut-être trop", prévenait Bowman lors du stage à Vichy, dix jours avant l’échéance. "C'est un truc énorme, même Phelps n'a jamais relevé un tel défi. Faire les deux dans un tel laps de temps, c'est très difficile. D'autant que le 200 4 nages arrive ensuite, c'est un vrai problème." Il n'était pas question de bazarder l’autre course phare du Français pour un doublé papillon-brasse aux résultats incertains. Après tout, Kristof Milak, le recordman du monde du 200m papillon, avait décidé de revenir à Paris après une longue pause, et Qin Haiyang dominait la brasse sur toutes les distances, du 50 au 200m. La question se posait avec acuité : fallait-il assurer les deux titres sur 200m et 400m 4 nages, des spécialités qu'il maîtrisait, plutôt que de se lancer sur quatre distances, un pari incertain ? L’adversité redoutable ajoutait du sel et affirmait les convictions de Marchand en même temps qu’elle poussait Bowman à se poser tout un tas de questions et à échafauder un plan B : abandonner en dernière minute une des deux nages, comme à Fukuoka.
Les championnats de France de Chartres, quelques semaines avant les JO, offrirent une répétition grandeur nature. Si Marchand y décrocha ses quotas olympiques, les temps réalisés (2’08"95 sur la brasse, 1’54"08 sur le papillon) étaient loin de lui assurer une médaille aux JO et ne le replaçaient pas dans le top 5 des bilans mondiaux. Ces performances modestes ne firent qu'alimenter l'incertitude. "J’ai beaucoup douté parce que tout le monde me disait que ce n’était pas possible", lâchera plus tard Marchand. "Surtout après les championnats de France." En effet, ces chronos l'auraient destiné à la 7e et 6e place en finale olympique. Pourquoi s’obstiner ? Même son coach américain, Bob Bowman, confiait : "Ce doublé, c’est vraiment son idée. La semaine dernière, je lui ai encore dit de ne faire qu’une course. Mais il était confiant. Le papillon restait un gros challenge parce que Milak, c’est vraiment le niveau au-dessus."
Le Point de Bascule : La Confirmation du 400m 4 Nages et la Confiance Retrouvée
La pression était immense. Le monde attendait de voir si ce pari fou allait se transformer en désillusion ou en légende. C'est finalement le 400m 4 nages qui valida l’idée, agissant comme un véritable point de bascule. La première médaille d’or libéra le Français alors qu’il avait énormément de pression. Déjà champion olympique du 400 m quatre nages, dont il était le grandissime favori, la victoire impériale de Marchand sur cette distance le dimanche des Jeux de Paris 2024, le confortait dans sa forme exceptionnelle. Cette victoire, où il avait déjà pulvérisé le record du monde un an auparavant et prouvé en séries qu'il était au-dessus des autres, a été un catalyseur.
La forme est excellente, et le papillon et la brasse sont bien en place. Cette performance convaincante sur le 400m 4 nages a enfin achevé de convaincre Bob Bowman. "Après le 400m 4 nages, Bob m’a dit : ‘on le fait’", confie le désormais triple champion olympique. Ce feu vert de son entraîneur, longtemps prudent, a été un soulagement immense pour Marchand. "Ça m’a fait du bien d’avoir sa confiance dont je manquais. On le prépare depuis le début mais on a toujours eu des doutes." C'est là que la folie de Marchand, sa persévérance et sa confiance en ses propres capacités ont payé. Heureusement, Marchand est un joyeux timbré, il est allé au bout de ses idées.
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La Soirée Historique : Le 200m Papillon, Première Étape d'un Triomphe Inoubliable
Le mercredi 31 juillet s'annonçait comme le grand jour, celui du pari fou que s’était lui-même lancé Léon Marchand. À savoir devenir deux fois champion olympique dans la même soirée, sur 200m papillon et 200m brasse, à environ une heure et demie d’intervalle. Déjà champion olympique du 400 m quatre nages, le Français de 22 ans allait tenter de relever cet incroyable défi : décrocher deux nouvelles médailles d’or sur deux distances différentes en une seule journée. Le Toulousain devait d’abord être engagé sur la finale du 200 m papillon dans la piscine de la Paris La Défense Arena à 20h37 précisément avant d’enchaîner près de deux heures plus tard avec la finale du 200 m brasse. Le départ de la course était programmé à 22h31.
La finale du 200m papillon a été une course d'anthologie. Auteur d'un incroyable finish, Léon Marchand a explosé son record de France (1'51''21) pour s'imposer. Dans un duel fou avec le Hongrois Kristof Milak, il a remonté dans les derniers mètres pour finalement battre le record olympique. Ce fut un véritable spectacle pour les spectateurs, qui ont vu le Toulousain de 22 ans cocher la première case de son pari. Il a devancé le recordman du monde Kristof Milak, revenu au plus haut niveau après une année de pause et qui a dû se contenter de l'argent. C'est pourtant le Hongrois, sacré champion olympique sur la distance à Tokyo en 2021, qui a mené la danse pendant les trois premières longueurs. Mais dans un fantastique dernier 50 mètres, le Français, après une coulée exceptionnelle, est revenu à hauteur du Hongrois pour finalement le déposer dans les 25 derniers mètres et s'imposer avec 54 centièmes d’avance, signant au passage un nouveau record olympique. Le Canadien Ilya Kharun a complété le podium à bonne distance (3e, + 1''59).
Cette victoire, glanée de peu, après avoir fait la différence sur son ultime coulée, face à un concurrent redoutable, était une démonstration de force mentale et technique. Le duel était serré, les cœurs des spectateurs ayant certainement arrêté de battre jusqu’à l’affichage des résultats. Milak n’avait que 19 ans lorsqu’il a été sacré champion du monde pour la première fois en 2019, tout en effaçant le record du monde de Michael Phelps. À Tokyo, Milák s’était ensuite emparé de l’or sur la distance, devenant ainsi un modèle pour Léon Marchand. Marchand lui-même admirait le style de son rival : "Quand on regarde sa nage, il est plus grand, il prend plus d’eau, il est plus relâché, j’aimerais bien arriver à ça dans le futur." Après la course, Marchand a partagé son émotion : "J’ai eu des frissons, toute la piscine m’a aidé à rattraper Milak." Il ajoutait avec lucidité : "Je n’étais pas le chassé ce soir en papillon. Je suis encore très loin du record du monde. Mon objectif c’était de rester au contact de Kristof Milak, dernier virage je mets tout sur la coulée, j’y arrive bien avec les jambes." Pour Marchand, c'était déjà le deuxième titre de ces JO à domicile après sa victoire impériale sur le 400 m 4 nages dimanche, dont il était le grandissime favori. L'élève de Bob Bowman a enregistré cette superbe victoire sans effusion, conscient de ce qui lui restait à accomplir au cours de cette soirée déjà mémorable.
L'Apothéose : Le Triomphe Incontestable au 200m Brasse, Marquant l'Histoire Olympique
À peine deux heures après son titre sur le 200 m papillon, Léon Marchand s'est encore paré d'or, mercredi soir, en écrasant la finale du 200 m brasse. Un doublé inédit aux JO, et déjà le troisième titre de la semaine pour le Français. Le roi Léon s'est même offert un deuxième record olympique en 2'05''85. Le Toulousain a dominé la finale du 200 m brasse en 2’05’’85, établissant un nouveau record olympique, devant l’Australien Zac Stubblety-Cook (2’06’’79) et le Néerlandais Caspar Corbeau (2’07’’90). L'Australien Zac Stubblety-Cook, qui avait décroché le titre du 200 m brasse à Tokyo, a cette fois pris la deuxième place, à 0’’94 du nageur tricolore qui a donc fait résonner La Marseillaise deux fois en une soirée, pour le plus grand plaisir des spectateurs de la Paris La Défense Arena.
Cette course a été une véritable démonstration de force. Si le suspense avait été total moins de deux heures plus tôt lors du 200m papillon, il a cette fois été tué dès le premier 50m, ou presque. Léon Marchand, en tête quasiment de bout en bout, n’a pas eu à réaliser une dernière ligne droite d’anthologie. Il avait déjà une avance confortable après 100m, comptant 0"81 sur ses poursuivants. Le record du monde de Qin Haiyang en 2'05''48 a été menacé pendant une bonne partie de la course mais est finalement resté sur les tablettes. Une légère déception pour le public, mais elle n'effacera pas la déception du Chinois d'avoir été éliminé dès les demi-finales, alors qu'il faisait partie des favoris pour le titre et qu'il est le détenteur du record du monde. Le Néerlandais Caspar Corbeau, né aux États-Unis, a, lui, décroché la médaille de bronze à plus de deux secondes de Marchand. Cette énième preuve de son écrasante domination donne l'impression qu'il ne pratiquait pas le même sport que les autres.
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À l'issue de cette deuxième victoire, l'émotion de Marchand était palpable. "Quel bonheur ! C’était mon cadeau de Noël aujourd’hui. Je travaille tous les jours pour ça, il y a beaucoup de souffrance toute l’année, et là j’en profite. Je suis très heureux", a-t-il réagi. Il a ajouté : "Je me lève tôt le matin, je travaille tous les jours pour ça, ce sont des moments de souffrance pour ça. Ce genre de choses je profite au maximum. Le 200 m papillon était très fun, j'ai fait une très belle course." Ce sentiment de bonheur et de satisfaction témoignait de l'ampleur du chemin parcouru et de l'intensité de l'effort personnel qu'il avait investi.