Vous avez un projet de croisière, et le catamaran s’impose comme une évidence. Vous voilà donc à éplucher les brochures et les sites internet, noyé sous un déluge de chiffres : longueur hors-tout, déplacement lège, tirant d’eau, surface de voile… La fiche technique, censée vous éclairer, ressemble davantage à un problème de mathématiques insolvable. Le conseil habituel se résume souvent à des platitudes : « plus long, c’est plus rapide », « plus large, c’est plus stable ». Si ces affirmations ne sont pas fausses, elles sont terriblement incomplètes. Elles ne vous aident pas à comprendre l’âme d’un bateau, son caractère. Car une fiche technique n’est pas une simple liste de courses. Mais si la véritable clé n’était pas de connaître la définition de chaque chiffre, mais de comprendre la relation qui les unit ? Et si, au lieu de les additionner, on apprenait à les interpréter comme les indices d’une personnalité ? Cet article est votre traducteur. Au fil de ce guide, nous allons décortiquer les ratios et les mesures qui comptent vraiment.
L'ADN du multicoque : comprendre les proportions
Le premier couple de chiffres que l’on regarde est souvent la longueur et la largeur (le bau). Mais pris séparément, ils ne disent pas grand-chose. Leur véritable secret réside dans leur ratio. Imaginez une voiture de sport : longue et fine pour fendre l’air. Maintenant, pensez à un camping-car : large et cubique pour maximiser l’espace. En catamaran, c’est exactement la même logique. Un catamaran de croisière standard se situe souvent autour d’un ratio de 0,5, ce qui signifie que sa largeur fait environ la moitié de sa longueur. Par exemple, selon les standards Lagoon, le ratio largeur-longueur typique est de 50%. Plus ce ratio diminue (coques plus fines), plus le bateau est orienté vers la vitesse et un passage en mer doux. Ce choix fondamental de l’architecte est une histoire de compromis. Il n’y a pas de bon ou de mauvais ratio, seulement un ratio adapté à un programme de navigation. Voulez-vous sentir le bateau accélérer à la moindre risée, ou préférez-vous un immense cockpit pour recevoir vos amis au mouillage ?
La tyrannie du poids : déplacement et réactivité
En voile, le poids est l’ennemi public numéro un. Sur un multicoque, c’est une obsession. La fiche technique vous donne une information cruciale : le « déplacement lège ». C’est le poids du bateau sorti du chantier, nu, avec ses équipements standards. Mais attention au piège : personne ne navigue jamais sur un bateau à son déplacement lège. Le chiffre qui compte vraiment est le « déplacement en charge », c’est-à-dire le bateau avec les pleins (eau, gasoil), l’avitaillement, le matériel de sécurité, l’annexe, et l’équipage. Un catamaran léger sera plus réactif, accélérera plus vite dans les risées et nécessitera moins de toile pour avancer. Il sera plus « vivant ». Un catamaran lourd sera plus placide, moins sensible aux vagues, mais aussi plus lent et moins agile. L’Excess 14 illustre parfaitement la chasse au poids : grâce à une construction optimisée et des études aéro/hydro poussées, ce catamaran de 44 pieds maintient un ratio voilure/déplacement élevé malgré ses aménagements confortables. Calculer le déplacement en charge de votre futur bateau est donc une étape essentielle pour ne pas avoir de mauvaises surprises.
Sécurité et confort : franc-bord et hauteur sous nacelle
Le franc-bord est la hauteur de la coque entre la ligne de flottaison et le pont. C’est, en quelque sorte, la hauteur de votre « rempart » contre la mer. Un franc-bord élevé offre deux avantages majeurs : la sécurité et le confort. D’abord, il empêche les vagues d’envahir le pont par le côté, ce qui est un gage de sécurité indéniable, surtout dans une mer formée. Cependant, comme toujours, c’est une question de compromis. Un franc-bord très haut augmente la prise au vent (le fardage) du bateau. Cela peut le rendre plus difficile à manœuvrer au port par vent de travers et peut légèrement dégrader ses performances au près. Les architectes cherchent donc un équilibre. Pour un catamaran de croisière sécuritaire, les experts recommandent un franc-bord représentant 15-20% de la hauteur totale du bateau.
Voici le chiffre que les débutants ignorent et que les marins expérimentés scrutent en premier : la hauteur sous nacelle (ou « bridgedeck clearance »). C’est l’espace libre entre le dessous de la plateforme centrale (la nacelle, où se trouve le carré) et la surface de l’eau. Pourquoi est-ce si crucial ? Pour éviter le phénomène le plus désagréable en catamaran : le « slamming ». Quand les vagues qui passent entre les deux coques viennent frapper violemment le dessous de la nacelle, cela produit un « BOUM ! » sonore et une vibration qui secoue tout le bateau. Une hauteur sous nacelle généreuse est donc le garant numéro un du confort en navigation. Une bonne règle est de chercher une hauteur sous nacelle représentant 5 à 6% de la longueur totale du bateau. En dessous de 4%, l’inconfort risque d’être fréquent en haute mer.
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Appendices et hydrodynamisme : ailerons ou dérives ?
Sous les coques, cachés à la vue, se trouvent les appendices : les gouvernails (safrans) et le plan anti-dérive. Ce dernier empêche le bateau de déraper latéralement sous la poussée du vent. Sur un catamaran, il existe principalement deux philosophies : les ailerons fixes ou les dérives relevables (sabres ou pivotantes). Les ailerons fixes sont la solution la plus simple, la plus robuste et la moins chère. Ils protègent les safrans et les hélices en cas d’échouage. C’est le choix de la quasi-totalité des catamarans de location et de grande série axés sur le confort. Les dérives relevables, elles, sont des ailes mobiles que l’on peut descendre pour améliorer la performance au près ou remonter complètement. Un catamaran à dérives remontera bien mieux au vent, sera plus rapide et, une fois les dérives levées, offrira un tirant d’eau très faible, ouvrant la porte des lagons et des criques inaccessibles aux autres. Les catamarans équipés de dérives relevables peuvent réduire leur tirant d’eau de 2,50m à moins de 0,60m. Cette capacité est particulièrement prisée aux Bahamas, où de nombreux mouillages de rêve nécessitent moins d’un mètre de tirant d’eau.
La physique de la longueur et la puissance motrice
L’adage « longueur égale vitesse » est probablement le plus connu du monde de la voile. Cela vient d’une loi physique liée à la « vitesse de carène ». Pour simplifier, chaque bateau à déplacement a une vitesse limite théorique, directement liée à sa longueur à la flottaison (LWL). Au-delà de cette vitesse, le bateau doit grimper sa propre vague d’étrave, ce qui demande une énergie colossale. C’est pourquoi les architectes cherchent à maximiser cette longueur utile avec des artifices comme les étraves inversées ou des jupes arrière longues. Un catamaran de 45 pieds aura une vitesse de carène potentiellement plus élevée qu’un 42 pieds, lui permettant de conserver des moyennes plus hautes sur de longues traversées.
Si la longueur donne la vitesse potentielle, le moteur pour l’atteindre, c’est la voilure. Le ratio qui compte vraiment est celui qui met en relation la surface de voile avec le poids du bateau. Pour le calculer, n’utilisez jamais le déplacement lège ! Basez toujours votre calcul sur le déplacement en charge que vous avez estimé. Un ratio élevé signifie un bateau « puissant », vif et performant par petit temps. Il est important de noter que le déplacement réel en croisière augmente de 20 à 30% par rapport au poids à vide, ce qui diminue d’autant le ratio SA/D et donc le caractère sportif du bateau.
Études de formes : étraves et silhouettes
Au-delà des grands chiffres, la forme même des coques, et plus particulièrement des étraves, en dit long sur le comportement du catamaran. Les étraves droites ou « volumineuses » offrent une bonne portance. Quand la coque plonge dans une vague, ce volume freine l’enfournement et relance le bateau vers le haut. C’est un gage de sécurité et de confort dans une mer formée. À l’inverse, les étraves inversées, très à la mode, sont plus fines à la flottaison. Elles offrent moins de résistance et permettent d’atteindre de meilleures vitesses sur mer plate, tout en maximisant la longueur à la flottaison pour un look agressif. Les catamarans Excess utilisent des étraves inversées et des jupes longues pour maximiser la longueur à la flottaison tout en gardant une longueur hors-tout raisonnable. Enfin, certains catamarans présentent des « steps » ou « knuckles » sur les flancs des coques. Ce sont des décrochements qui permettent d’élargir la coque au-dessus de la flottaison. L’astuce ? Maintenant que vous avez le décodeur, l’étape suivante est de mettre cette grille de lecture à l’épreuve. Antoine Renaud est architecte naval, diplômé des plus grandes écoles françaises et passionné par l'hydrodynamisme des multicoques. Depuis 12 ans, il conçoit des catamarans alliant performance et innovation.
Panorama et typologie des navires
Un catamaran est un bateau à deux coques, conçu pour optimiser la stabilité, le confort et la performance en navigation. Le terme « catamaran » provient du mot tamoul « kattumaram » qui signifie « troncs attachés ». Les premiers catamarans ont été imaginés par les communautés de pêcheurs du sud de l’Inde, qui reliaient deux troncs d’arbre parallèles pour créer un bateau à la fois rapide et stable.
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Les catamarans de croisière sont surtout utilisés en Méditerranée et dans les eaux tropicales. Ils y séduisent par leur grande autarcie. Les catamarans sont construits dans différentes tailles et pour différents usages, comme les petits catamarans de plage, les grands catamarans de croisière confortables ou les catamarans de sport rapides. Les catamarans à voile de croisière sont conçus pour que l’équipage puisse y vivre. Les couchettes et les salles d’eau pour l’équipage se trouvent généralement dans les coques. Dans de nombreux cas, elles sont plus grandes et plus confortables que sur le voilier classique. La plate-forme plus large qui relie les deux coques permet de disposer de plus d’espace pour les passagers ou l’équipement. Le salon et la cuisine, généralement situés sur la plate-forme entre les coques, sont plus spacieux que sur les monocoques.
Contrairement aux yachts qui ont une seule coque, ils sont constitués de deux coques parallèles qui sont reliées par une structure dite « traversante ». Cette construction offre une grande stabilité sur l’eau et permet souvent d’atteindre des vitesses plus élevées que les bateaux monocoques traditionnels. En naviguant, les catamarans ont nettement moins d’inclinaison (gîte) que les yachts monocoques et ont également moins tendance à rouler dans les vagues. En raison de ces caractéristiques de navigation nettement plus calmes, le risque de mal de mer est généralement plus faible sur les catamarans que sur les monocoques.
Considérations économiques et maintenance
Le prix d'un catamaran à voile neuf varie considérablement en fonction de plusieurs facteurs, notamment la taille, le niveau de confort, les performances attendues et les équipements choisis. Les premiers prix pour un multicoque habitable neuf, sans options particulières, commencent aux alentours de 350 000 €. La majorité des catamarans se situent dans une fourchette comprise entre 450 000 € et 1 000 000 €. Au-delà, ils entrent dans la catégorie haut de gamme, avec des prix pouvant atteindre plusieurs millions d'euros. Le catamaran demande plus de coûts d’entretien que le monocoque : deux fois plus de surface immergée, donc plus de temps et de matériaux pour l’antifouling et l’entretien des carènes, deux moteurs au lieu d’un seul, enfin la surface de voile est plus importante sur un multicoque.
Financer l'achat d'un catamaran peut se faire de différentes manières, en fonction de la situation financière et des préférences de chacun. L'achat au comptant est une option, le financement classique par emprunt bancaire est une alternative courante, et la Location avec Option d'Achat (LOA), ou leasing, est une solution flexible. L'entretien d'un catamaran est essentiel pour garantir sa longévité et ses performances en mer. Il comprend des tâches régulières telles que le nettoyage de la coque et du pont, l'inspection et l'entretien des voiles, le contrôle des moteurs et des systèmes électriques, ainsi que la vérification des équipements de sécurité. Un entretien rigoureux assure non seulement la sécurité des occupants, mais préserve également la valeur du bateau sur le long terme.
Diversité des modèles sur le marché
Chaque modèle possède une philosophie propre. Le Lagoon 40 est l'entrée de gamme du numéro 1 des constructeurs de catamarans au monde. Il vient remplacer le 39 pénalisé par un poids trop important. Le Nautitech 40 Open est une unité de 40 pieds accessible et polyvalente, idéale pour les croisières en couples et en familles. Le 44 Open de Nautitech est un catamaran convenant parfaitement aux grandes navigations. Dessiné par Marc Lombard, le C-Cat 37 joue la carte de la performance avec un poids annoncé de seulement 5,5 T. Prévu pour février 2021, le Leopard 42 prend la suite du 40. C'est le plus petit catamaran de la gamme de ce constructeur sud-africain Roberston & Cain. C'est le plus petit des catamarans Bali. Et pourtant, en exploitant le cockpit comme une pièce fermée, ce catamaran offre un immense espace sous le rouf. Barres franches, dérives, devis de poids minime… le TS 42 joue avant tout la carte de la vitesse. Le lancement du C-Cat 48 est prévu pour le printemps 2021. Léger, avec des dérives, sans Fly ni fioriture, nul doute que ce catamaran de près de 15 m devrait faire parler l'écume.
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