Félix et son vélo-canoë: Une histoire de liberté et d'aventure

Félix Billey, un amoureux de la liberté, s'est laissé emporter par un rêve d'enfant, une aventure atypique sur un vélo-canoë. Son histoire est une source d'inspiration, un récit de solidarité, d'altruisme et de générosité.

Un départ inattendu

En 2019, alors qu'il rentrait chez ses parents, Félix Billey se rend compte qu'il n'a pas ses clés. Ses parents étant en vacances pour une semaine, il décide alors de partir sur les routes pour quelques jours avec un vélo-canoë et un début de caravane en chantier… "Le départ s'est fait quand j'ai fini mes études, avant de commencer à bosser. Parti de Besançon dans le Doubs, Félix a commencé par longer le Doubs, puis s'est rendu à Maçon (Saône-et-Loire), Lyon (Rhône), puis dans le Jura, les Vosges, la Suisse et les Alpes françaises. "Ensuite, je suis descendu dans la Drome, l'Ardèche, la Haute-Loire et la Lozère", énumère-t-il. Actuellement, il est aux bords de la Loire. "Je fais plein de tours et de détours.

Vivre sans argent, une philosophie de vie

Félix vit avec zéro euro par mois. "Pour manger, je me fais inviter ou les gens me donnent des trucs de base", livre-t-il. Le trentenaire ne demande pas, les gens lui donnent spontanément. Avec son embarcation, il crée facilement du lien : "Ça me permet d'avancer et d'aller dans l'eau, mais c'est surtout un "brise-glace". C'est ce qui fait que quelque part, je vis sans argent. Ma carte bleue, c'est mon vélo-canoë. Le jeune homme se nourrit néanmoins de manière assez élémentaire. "J'essaye d'avoir une base : riz, pâtes, céréales. Après, je fais un peu de cueillette, de pêche et ma poule me fait un œuf". Lorsqu'il ne rencontre personne, Felix doit faire preuve de créativité. "La recherche de plantes prend tout son sens.

L'évolution de la maison sur roues

Au fil des rencontres, Félix a pu améliorer sa maison. Les gens s'émerveillent quand ils le voient passer et lui partagent des conseils d'aménagement. "Ça me fait rencontrer la part de folie des gens qui vont me partager leurs idées", livre-t-il. Il y a trois ans, à l'occasion d'une rencontre avec plusieurs artisans dans un village, il a notamment réussi à rendre sa caravane flottante. Ce vélo-canoë est un rêve, je me laisse emmener par mon rêve et ça réveille les rêveurs. Juin 2019. Bâtir sa maison, c'est se développer soi-même, pour Felix. "Je construis ma maison, ma façon de penser. Je me construis en route au fil des galères, des rencontres".

Lorsqu'il fait froid, le Bisontin se déplace moins. Pour lui, cette saison est favorable à l'introspection. "Il ne faut pas avoir peur de l'ennui, de la solitude donc ça pousse à déployer de l'imagination. Après un an d'itinérance, Felix croise un paysan qui lui propose de lui donner une poule. "Et du coup, je suis parti avec elle. J'ai dû lui fabriquer une cage parce qu'elle se faisait attaquer", raconte-t-il. Grâce à cette drôle de compagne, qu'il a nommé Chépa 1, Félix a toujours des œufs. "C'est assez marrant, ça change le voyage. Je dis toujours que j'habite en voyage et la poule me rappelle cela", souligne-t-il. Avec son animal, le jeune homme ne peut pas se déplacer trop longtemps. "Sinon, elle chante et il faut se poser. C'est une compagnie. Elle a ses habitudes, c'est très familier. Il y a un an et demi, Felix a rencontré des personnes possédant des poules et des coqs. Sa poule, Chépa 1, s'est accouplée avec un coq. Elle a donné naissance à un poussin puis malheureusement s'est fait dévorer par un renard.

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Le voyage comme mode de vie, pas une destination

Le voyage n'est l'objectif premier de Félix. "Le but n'est pas le mouvement. Je peux rester un mois au même endroit, si j'y suis bien, c'est tout à fait normal". Avec son vélo-canoë et sa caravane, le jeune homme peut à la fois se déplacer et se poser. Quand il arrive à mettre son véhicule et sa maison en sécurité, il rend visite à ses proches pour Noël ou d'autres occasions. "Des fois, ce sont eux qui viennent me voir. Felix ne sait toujours pas pendant encore combien de temps, il continuera de vivre de cette manière-là. "Ça peut s'arrêter du jour au lendemain, ou pas", pense-t-il. Le jeune homme vit au jour le jour. Il ne se fixe aucun objectif : "Le but, ce n'est pas que ça dure".

Il vivait à Besançon. Mais à 24 ans, sans rien, il a pris la route à bord de son vélo-canoë qui tracte sa mini-maison. Six ans plus tard, rencontre avec Félix Billey au Pellerin. Félix Billey devant son Orfni (objet roulant et flottant non-identifié), au Pellerin où il fait escale ce vendredi 7 mars 2025. Félix ouvre la porte-fenêtre de sa maison roulante et flottante. Un lit, une canne à pêche, une guitare et même un mini-poêle à bois tiennent dans cet habitacle de 2 m de long. Je ne demande rien, les gens viennent vers moi s’ils ont envie. On se rencontre. Sa poule « Chaipa encore » l’accompagne partout. Félix, qui l’a fait éclore, lui a construit un enclos qu’il sort à chaque étape, pour la protéger des chiens ou des renards. En six ans, il n’a rien dépensé. Et tant gagné. « Je ne sais pas où je vais, je ne planifie rien. Je me laisse aller, suivant où la vie me mène… Je vis. »

Un concours de circonstances

Pour comprendre son parcours, il faut revenir six ans en arrière. Un jour, le jeune homme de 24 ans se retrouve à la porte de chez lui, à Besançon (Doubs). Ses parents sont partis en vacances et Félix n’a pas de clés. Ça arrive. Mais ce qui peut être vécu comme une petite galère, pour d’autres, s’est transformé, pour l’élève ingénieur, en un signe. Une opportunité. Une porte fermée qui va lui en ouvrir plein « Je me suis dit, c’est le moment. Je pars. » On est en février 2019. Félix Billey se met au guidon de son vélo couché - canoë qu’il a construit sur son temps libre dans son école d’ingénieur à Besançon, puis se rend chez sa grand-mère pour atteler sa carriole sans toit et se met à pédaler. Sans but, sans point de chute et sans échéance. « Au bout de 30 km, une soudure de mon vélo lâche. Je me retrouve à pousser l’engin comme je peux. Là, un homme m’interpelle et me propose d’aller dans son garage pour réparer tout ça. On a bossé sur le vélo et on l’a même amélioré. Félix Billey sur la route du Pellerin, à côté de Bikini. Alors qu’il pensait revenir au bout de deux semaines, l’histoire en a décidé autrement. « Je suis parti sans argent, avec seulement un duvet, un blouson… J’avais besoin de tout, il était très facile de m’aider. » Plus 3 000 km de vie plus tard, de Besançon à Lyon, des Alpes suisses à la Drôme, de la Lozère à Nevers… Félix ne voyage pas, il « habite en mouvement », dans sa maison qu’il a construite au fil des rencontres.

Un véhicule amphibie

« Je suis parti sans toit, au mois de février. À Chambéry, j’ai rencontré un type spécialisé dans les hydravions. Ensemble, on a refait complètement la carriole. J’avais accès à l’atelier, aux machines, à la résine époxyde, la fibre de carbone… » Tout pour isoler la carriole. Un véhicule amphibie testé et approuvé ! Cet Orfni (Objet roulant et flottant non identifié) a d’abord passé les tests à Chambéry, puis dans la « vraie vie » quand il a fallu traverser la Maine, près d’Angers pour éviter un trafic trop dense. Même avec les récentes inondations, j’ai pu emprunter les routes. » Une particularité de sa maison qu’il a bien envie de tester sur le canal de la Martinière. « Je ne suis jamais en retard ni jamais perdu » Restera-t-il un peu au Pellerin ? Félix ne le sait pas : « Je vis au jour le jour. Je ne planifie rien, donc je ne suis jamais en retard, ni jamais perdu. Je n’ai pas le choix, si je planifie, je perds de la légèreté… C’est trop stressant. » Surtout que Félix n’utilise que très peu le téléphone portable. « Je suis contraint de transformer l’obstacle en opportunité. » Mais cette liberté peut être effrayante, et Félix en a conscience. « Si j’apporte ce rien, j’en suis fier » Son mode de vie peut attirer, intriguer, impressionner. Mais aussi repousser : « Certains me prennent pour un profiteur, me disent que je ne sers à rien, que je n’apporte rien… Dans ce monde qui a tout et trop, qui ne manque de rien, si j’apporte ce rien, j’en suis fier. Sans le rien, sans le vide, les phrases n’existent pas ; sans le silence, il n’y a pas de musique. Ce vide, on le fuit en permanence… Moi, je me fais tout petit, je ne fais rien d’interdit et je ne retire rien aux autres. »

Remise en question et avenir

Celui qui vit sans argent, sans aide sociale, sans impôt, comme il le chante dans une chanson qu’il a composée, ne dit pas qu’il va vivre comme ça toute sa vie… « Je me questionne en ce moment. Est-ce que je ne suis pas emprisonné dans ma liberté ? Alors j’écris, pour décharger mon barda » et sur cette expérience qui devait être éphémère et qui dure depuis six ans. Regardez notre vidéo : « Bien sûr, j’ai eu faim parfois » Des coups durs, Félix n’en a pas vraiment vécus. Capable aujourd’hui de les transformer en opportunités. « Bien sûr, j’ai eu faim parfois. Je me souviens de cette fois où je sentais les effluves d’un bon repas, et que moi je n’avais rien à manger… » Trois mois plus tard, « une famille m’a accueilli chez elle. Elle partait en vacances et m’a proposé de rester dans leur maison pendant une semaine. Ils avaient fait les courses pour que je ne manque de rien. Mais je suis tombé malade, et je n’avais plus du tout d’appétit. Là je me suis dit, que pire que d’avoir faim, c’est de tout avoir et de ne plus avoir envie, plus d’appétit, d’être éteint. Je plains sincèrement et sans amertume les gens qui ont tout et trop. » Dans le monde de Félix, les objets sont une charge physique et mentale. « Ils volent mon énergie et moi, en plus, je l’éprouve matériellement. En ce moment, je suis dans une phase où j’accumule, je vais bientôt ressentir le besoin de me libérer… » Pour mieux avancer.

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Un phénomène médiatique

Sans argent ni contrainte de temps, Félix Billey, 28 ans, part à la rencontre des gens dans son drôle d’engin, mi-vélo mi-canoë, auquel il a accroché une micro caravane en bambou. Un attelage improbable qu’il a bricolé lui-même et avec lequel il sillonne l’Est de la France avec pour seule compagnie, une poule. A bord, ni ordinateur, ni livres, mais une guitare et quelques maigres vivres glanés au fil de ses errances. Car pour ce jeune ingénieur poète et philosophe seul compte l’instant présent. « Félix et Chépa « : un ovni sur la planète aventure qui nous a tour à tour déconcerté, amusé et … fait pas mal réfléchir. Nous vous en reparlerons très vite », écrivions-nous il y a quelques semaines en découvrant la programmation du Festival du fim documentaire de Dijon, « Les Ecrans de l’Aventure ». Séduit comme nous, le jury ne s’y est pas trompé et lui a décerné son « Prix spécial ». Présenté, hors sélection officielle au Festival de La Rochelle, le wee-end dernier, où il a reçu un énorme succès, ce documentaire de 52 minutes est maintenant disponible en ligne. Et c’est une chance car il serait dommage de passer à côté de l’histoire de Félix Billey, 28 ans, ingénieur dans le bois diplômé de l’ENSTIB (école nationale supérieure des technologies et industries du bois) qui a décidé en février 2020 de quitter Besançon et de se lancer sur les routes à bord d’un drôle de vélo-bateau en bambou fait maison.

L'origine de l'aventure

Une aventure qui doit beaucoup au hasard : la perte des clefs de sa maison. Dans l’impossibilité de rentrer chez ses parents, chez qui il vit encore, il se retrouve à la porte. Il se souvient alors que tout près, chez son frère, se trouve son vélo, chez sa grand-mère il récupère la mini caravane et se trouve dans la foulée un canoë en bois. De quoi bricoler un vélo-maison-canoë, équipé de l’essentiel, une couchette et une micro cuisine. « Je me sentais un peu parasite chez mes parents » explique-t-il volontiers. « Je ne payais pas de loyer, je ne travaillais pas…L’idée avec ce vélo canoë n’est pas d’aller loin. Je considère cela comme mon appartement. Je suis jeune, je n’ai pas besoin de chauffage, de confort, de place.. Cela ne m’intéresse pas de travailler pour me payer cela. C’est du temps que je perds. Parti sans itinéraire prévu, avec quelques euros en poche, très vite il vivra sans rien, sans carte de crédit ni argent, glanant au fil de ses rencontres un pot de confiture, du pain, ou mieux encore une invitation à partager un repas. Il ne travaille pas, donne un coup de main à l’occasion, mais n’accepte en retour qu’une aide en nature.

Rencontres et réflexions

Philosophe mais pas ermite, au contraire, il se satisfait de la compagnie de sa poule « Chépa » - baptisée ainsi, faute d’inspiration - mais carbure aux rencontres qui ne manquent pas le long de sa route. Intrigué, Matthieu Fournier, réalisateur et présentateur de « Passe-moi le jumelles », émission phare de la RTS, l’est aussi lorsqu’il entend parler de ce jeune étonnant qui circule pas très loin de chez lui, en Suisse. Un quotidien de la presse locale en a fait un petit portrait, mais c’est un spectateur de la chaîne qui l’alerte sur ce curieux personnage. Curieux de toute nouvelle expérience, Félix accepte d’être suivi par la télévision. « Mais à une seule condition », explique le réalisateur, « de continuer de faire comme bon lui chante et donc, si besoin, de rester aussi longtemps que ça lui plait dans un endroit ». Impossible dès lors de planifier un tournage classique avec une grosse équipe. Matthieu tournera donc seul et suivra Félix pendant un mois et demi. « Dans ce que je vis, je sais qu’il y a quelque chose de naïf », dit-il dans le film ». Et puis on voit pas tout. Mais finalement, c’est comme si des fois on a le choix de regarder où on veut, en fait. On peut regarder où ça fait mal et on peut regarder où ça fait du bien. Là, quelque part, je me donne le temps de regarder ce qui me semble beau. Je vis quelque chose naïvement, mais je ne pense que je suis naïf non plus. Je sais qu’il y a de la misère. Je rencontre des gens qui vivent des trucs durs, très durs. C’est très présent dans ce que je vis. Je vais chez des gens qui sont usés par la vie. Tu discutes avec eux et tu te dis, il y a des existences qui sont très douloureuses. Mais finalement, là, je profite de la légèreté de ce que je vis aujourd’hui, peut-être pour être prêt pour encaisser les moments difficiles qu’il y aura de toutes façons. Ca s’arrêtera quand ? La réponse, c’est, je ne sais pas. Ca peut s’arrêter aujourd’hui, demain, la semaine prochaine, dans un mois, dans un an, dans dix ans. C’est même important que je ne le sache pas. L’essence de ce que je fais là, c’est le fait de ne pas savoir quand ça s’arrête ». En février 2023, ça fera trois ans qu’il est sur la route. En attendant de célébrer ( ou pas, qui sait ? ) cet anniversaire, Felix a été aperçu ces derniers temps du côté de Chambéry, ou il a fait « une pause de quelques mois dans une coloc d’ingénieurs repentis », raconte Matthieu Fournier, resté en contact avec lui. Nous l'avons rencontré à Salins-les-Bains (Jura) où il était de passage.

Un voyage impromptu

Il sillonne les routes de l'Est de la France depuis le mois de février. Dans son engin qui en surprendra plus d'un. Une coque de canoë qui roule !. Ce jour là dans les rues de Salins-Les-Bains, les regards se tournent au passage de l'engin. Félix est parti en voyage sur un coup de hasard. Il nous raconte avoir perdu ses clés, impossible de rentrer ce jour là chez ses parents. Il se retrouve à la porte. Le vélo est chez son frère, la mini caravane chez sa grand-mère. "Je me sentais un peu parasite chez mes parents. Je ne payais pas de loyer, je ne travaillais pas…L'idée avec ce vélo canoë n'est pas d'aller loin. Je considère cela comme mon appartement. Je suis jeune, je n'ai pas besoin de chauffage, de confort, de place.. Cela ne m'intéresse pas de travailler pour me payer cela. C'est du temps que je perds. Ses contraintes ont changé, ne plus avoir à payer un loyer, faire ses courses, mais se mettre à l'abri quand il pleut. Trouver de quoi réconforter son estomac. A Salins-Les-Bains cité thermale du Jura, Félix accueille ce jour là son frère jumeaux de passage. Pendant son périple, Félix vit de ses rencontres, un repas offert par ci et par là, des portes qui s'ouvrent, un lit qu'on lui offre pour quelques heures, des rencontres comme carburant de la vie. A 25 ans, le jeune homme vit au fil du vent, des rencontres. Sa guitare jamais très loin. Pas d'itinéraire prévu, pas de carte bleue.

Une mise à l'eau remarquée

Temps gris, dimanche d’automne, pas tout à fait midi. Sur les vaguelettes bleu-gris du lac du Bourget, trois canards et un voilier. Nous avons rendez-vous. Un rendez-vous qui n’a ni vraiment d’heure, ni même de lieu. Mais nous y sommes. Parce qu’aujourd’hui Félix et Chépa mettent un vélo-canoë-roulotte à la flotte. Grâce au soutien de Je ne suis pas sûre que Félix, qui serre des mains inconnues et embrasse une vingtaine de paires de joues familières, ne sache vraiment comment il en est arrivé là. Sa voix enjouée se brise imperceptiblement sous l’émotion : “Vous êtes venus !”. À deux mètres de là, Chépa, sa poule rousse et dodue, picore dans son enclos et s’en fout complètement. Pas question qu’elle aille à l’eau. Coup de pédale sur la jetée. Félix et son joyeux barda coloré partent à l’eau. “Pincez-moi, je rêve”, souffle une passante médusée, chignon blanc et lèvres pincées. On retient son souffle. “Maman, il va couler tu crois ?” Coup de pédale, même pas besoin de pagaie. Et hop, ça flotte ! Le ponton reprend son souffle à l’unisson. Félix et sa roulotte-vélo-canoë flottent. Un paradoxe, venant de celui qui aime à dire, de ses yeux malicieux et un peu bleus, “laisse couler, c’est bon”. Depuis trois ans et demi, Félix Billey, vingt-huit ans au compteur, arpente les petites routes de France et parfois même de Suisse. À son rythme, sans hâte ni but. Au gré des rencontres, de la météo et des emmerdes. Semant une joie contagieuse, et avec une seule règle : “quand il pleut, je roule pas”.

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L'ingéniosité au service du rêve

C’est perché, hein ? Quand nous nous sommes rencontrés, il avait les mains plongées dans la fibre de carbone. C’était dans un habitat partagé, planté dans les hauteurs de Chambéry, qui accueille décidément d’étranges oiseaux de passage. Félix était là depuis presque six mois et peaufinait les roues de sa caravane. Si vous vous demandez pourquoi, il vous répondra avec son étourdissant sourire : “bah, pourquoi pas ?”. En insistant, vous apprendrez peut-être que l’idée lui a été soufflée par l’un des habitants du lieu, un rêveur ascendant ingénieur. Et si vous pensez que Félix fait un beau voyage, vous vous méprenez. Son vélo-canoë-roulotte à traction, lourd, lent, et avec sa drôle de gueule, c’est sa maison. Son quotidien fait de tout, et de pas mal de petits riens. “C’est perché hein ?” Amusé, il guette du haut de son mètre quatre-vingt-cinq l’effet de sa phrase dans mon regard hagard. “Vouloir déplacer sa maison, ça a un côté inimaginable. En tout cas avant de le faire ! Au début, j’y croyais pas une seconde à mon truc. Mais après tout, qu’est-ce que je risquais à essayer ?” Alors il l’a fait. Il a dessiné ce qu’il avait dans la tête, imaginé son idéal, et s’est laissé embarquer.

La naissance d'un habitat mobile

Dans ses bagages, bien plus que de l’imagination L’idée de la roulotte est née en 2018, au cours d’un voyage pendant lequel Félix a cultivé un petit rêve enfoui. “Je voulais vivre de pas grand-chose, à l’aventure, en nature. Je t’avoue que ça ne s’exprime pas tout à fait comme je l’avais imaginé, mais bon.” Au retour, il se met donc à fabriquer son habitat mobile. Une ossature en bambou avec des jointures en résine, recouverte d’une toile de yourte. Un châssis en carbone, bois et fibre de verre. L’isolation est sommaire, faite de couvertures de survie et de fines plaques de lièges gondolées. Niveau aménagement, on trouve un lit, une petite lampe alimentée par un panneau solaire, un poêle à bois qui sert tout à la fois de chauffage et de plaque de cuisson. Dans les coins, ici et là, une guitare, des feuilles gribouillées. Et des plans compliqués, au crayon à papier. La poignée de porte ? Une boite de cachous, “un cadeau”. Car Félix, qui vit sans argent, des dons, du glanage et de la débrouille, ne demande jamais rien.

Un bricoleur inventif

La construction de sa roulotte, qu’il appelle tour à tour sa maison, son convoi, son véhicule, son palace, sa coquille, a été longue. Il y travaille pendant presque un an. Mais ce n’est pas tant les défis techniques qui le ralentissent. Ingénieur bois de formation, il a dans ses bagages bien plus que de l’imagination. Inventeur et bricoleur, il dessine et fabrique depuis 2014 des vélos qui ne ressemblent pas trop à des vélos. C’est d’abord un “quadri-tandem” qui sort du garage de ses parents. Une sorte de rosalie, qui requiert pour fonctionner, quatre paires de jambes et sur lequel il a même installé un four à pizza. “On faisait cuire des chamallow qu’on distribuait aux passants en roulant.” Sur l’idée de son frère jumeau, Tom Billey, le drôle de vélo deviendra aussi lieu de spectacle, d’où émergeront deux étés de suite concerts de violon, d’accordéon et de claquettes. “Tout était possible.” Pas étonnant donc, de le voir se lancer dans un projet de vélo-canoë, construit pendant sa scolarité à l’École Nationale Supérieure des Technologies et Industries du Bois d’Épinal, entre 2014 et 2017. Au début, il n’a que 4 ou 5 vitesses et un unique frein à patin sur la roue directrice, qui est à l’arrière et qui fait aussi office de gouvernail. “C’est très casse-gueule dès que tu prends de la vitesse. Mais en fait ce vélo, il est prévu pour aller lentement.” Les améliorations se sont faites au fur et à mesure des casses, des rencontres et des occasions, uniquement avec des pièces de récupération. “Il a fallu changer pas mal de choses, le vélo supporte trop d’efforts. Mais je dois dire que je ne l’avais pas conçu pour tirer ma maison à la base !” Aujourd’hui, le vélo-canoë a deux freins à disques mécaniques, une cassette dont seuls les grands pignons sont usés et pas moins de 4 plateaux, fabrication maison. Et après avoir cassé deux fois l’axe principal de son vélo, il s’était même lancé dans la fabrication d’un différentiel. Une pièce complexe, fabriquée sur-mesure avec l’aide d’un cadreur artisanal, Julien Fritsch. Mais entre casser et flotter, Félix a choisi. Et la pièce est restée sur l’établi.

Une force physique et mentale

Tu me dis, on peut ralentir Niveau physique, aucune difficulté non plus pour Félix. Je l’ai compris la première fois où nous sommes partis rouler ensemble, au pied du Mont Granier. Moi sur mon gravel ultra équipé, lui sur la vieille randonneuse grinçante d’un ami. Au milieu de la première côte, je me retourne, un peu haletante : “Tu me dis si jamais je roule trop fort, on peut ralentir.” Regard consterné de l’intéressé, qui ne dit pas un mot. Oui, parce que Félix et le vélo, ça ne date pas d’hier. Ado, il partait avec son frère, canne à pêche bien ficelée sur le vélo, mouches faites maison plein les poches, pour titiller les poissons. Et pour trouver les bons coins, il fallait pédaler toujours plus. “On pouvait faire 100 kilomètres pour trouver une belle rivière. Au final, on roulait toute la journée pour pêcher une petite heure. Mais c’était génial, et avec le vélo j’ai découvert une vraie forme de liberté.” Plus tard, il avalera sans aucune difficulté les 1 200 kilomètres d’un Paris-Brest-Paris. Mais si Félix sait tenir la distance, il ne fait pas la chasse aux kilomètres. Il navigue d’ailleurs sans compteur ni GPS. Depuis son départ, il estime n’avoir parcouru pas plus de 2 000 kilomètres. “Il faut reconnaître que regarder la pluie tomber, ça ne fait pas avancer. Mais bon, j’ai rien à prouver.”

La liberté face aux obstacles

La vraie difficulté résidait dans les questions qui se présentaient à lui chaque jour. “Je me demandais un peu ce que je foutais. J’avais 24 ans, j’habitais chez mes parents et les gens me mettaient en garde constamment. Bref, planter un clou devenait une montagne.” Et s’il finit par donner son premier coup de pédale, en février 2018, c’est uniquement parce qu’il se retrouve à la porte. Ses parents sont en vacances et lui, n’a pas ses clés. “Je me suis dit, c’est le moment, je pars. Sinon je ne partirai jamais. Je suis parti comme ça, presque sans rien. Je t’avoue que je pensais revenir au bout de trois semaines, dégoûté et le vélo plié.” Mais l’histoire s’est écrite autrement. Sourire aux lèvres et yeux rieurs, Félix ébouriffe ses cheveux châtains déjà décoiffés. “Pour les gens, je suis un original, parfois même un marginal. Mais c’est une chance incroyable que j’ai de pouvoir vivre ça et de faire les rencontres que je fais.” Des rencontres fortes et sincères, comme en atteste l’émotion des gens qui l’entourent aujourd’hui, yeux humides et cœurs battants.

La rencontre à Oudon

Depuis six ans sur les routes de France, il est passé vendredi 21 février par Oudon, dans le pays d’Ancenis (Loire-Atlantique). Félix Billey est à la fois inventeur, bricoleur, philosophe et adepte de la lenteur. Arrivé au rond-point de l’église d’Oudon, Félix Billey est rapidement allé à la rencontre des habitants. Son étrange véhicule-maison est un véritable brise-glace et sert d’entame à la conversation. Arrivé au rond-point de l’église d’Oudon, Félix Billey est rapidement allé à la rencontre des habitants. Son étrange véhicule-maison est un véritable brise-glace et sert d’entame à la conversation. Vendredi 21 février, en matinée, un attelage insolite a attiré de nombreux curieux dans le bourg d’Oudon, dans le pays d’Ancenis (Loire-Atlantique). Pour réparer une pièce de sa roue avant qui venait de casser, Félix Billey s’est garé sur le trottoir du rond-point de l’église. Félix Billey a le verbe facile et raconte volontiers son histoire à qui lui pose des questions.

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