La commune de Cenon, située dans l'agglomération bordelaise, se trouve régulièrement au cœur de l'actualité judiciaire et des faits divers, témoignant d'une réalité complexe où la violence, les enquêtes policières et les drames humains se côtoient. Parmi les événements qui ont marqué les esprits, l'agression survenue la nuit de samedi à dimanche, autour du 3 novembre, dans le quartier Palmer, a nécessité l'intervention des forces d'élite et a mis en lumière la réactivité des services de sécurité face à la criminalité. Cet incident, s'inscrivant dans une série d'autres affaires troublantes, offre une perspective sur les défis sécuritaires et judiciaires auxquels la localité est confrontée.
L'intervention du Raid et l'agression par arme à feu du 3 novembre à Cenon
Au petit matin, vers 3 heures du matin environ, dans la nuit de samedi à dimanche, les policiers d'élite du Raid sont intervenus à Cenon, précisément place Voltaire, dans le quartier Palmer. Cette opération a fait suite à des informations concernant une agression par arme à feu. Sur les lieux de l'intervention, un homme de 47 ans a été retrouvé, blessé par balle au mollet. La gravité de sa blessure a nécessité son transport à l'hôpital. Fort heureusement, les jours de la victime n'ont pas été considérés en danger, malgré la nature de l'agression subie.
Le parquet de Bordeaux a rapidement confirmé cette information, initialement révélée par le journal Sud Ouest, à France Bleu Gironde. Selon les premières investigations menées par le parquet, il semblerait qu'une altercation se soit produite dans un appartement. Des traces de sang ont été retrouvées à l'intérieur de cet appartement, étayant la thèse d'un événement violent. Toutefois, et malgré l'intervention rapide des forces de l'ordre, aucun suspect n'a encore été identifié dans le cadre de cette affaire. L'enquête a été confiée à la DCT, la division de la criminalité territoriale, qui continue de travailler activement pour élucider les circonstances exactes de cette agression et appréhender le ou les auteurs.
Tragédies et enquêtes : Homicides récents marquant la commune de Cenon
La quiétude de Cenon a également été brisée par d'autres événements tragiques, dont des homicides qui ont profondément secoué la population locale et mobilisé d'importantes ressources judiciaires et policières.
Le meurtre dans le quartier de la Marègue : la piste du narcotrafic
Dans la nuit du dimanche 26 au lundi 27 avril, un jeune homme de 23 ans a été retrouvé sans vie dans le quartier de la Marègue à Cenon, commune de l’agglomération bordelaise. La victime a succombé à des blessures par balle, gisant devant un hall d’immeuble HLM. Les secours, comprenant des pompiers et une équipe médicale du Samu, sont rapidement intervenus. Malgré tous leurs efforts pour le ranimer, le jeune homme, atteint au thorax par deux projectiles, n’a pas survécu à ses blessures. Il est décédé une heure plus tard au CHU.
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Lors des premières constatations effectuées sur place, les policiers primo-intervenants ont découvert un étui de cartouche. Cet étui pourrait être du calibre 7,62 mm, ce qui suggère l'utilisation d'une Kalachnikov lors de l'agression. Le lundi matin suivant le drame, à 8 heures, des enquêteurs de la division de la criminalité organisée et spécialisée (DCOS), en charge des investigations, étaient toujours présents sur les lieux du crime. Le procureur de la République, Renaud Gaudeul, a précisé que le parquet de Bordeaux avait ouvert une enquête de flagrance des chefs de meurtre en bande organisée et association de malfaiteurs. Les témoignages recueillis auprès des habitants ont révélé une atmosphère de choc et d'incompréhension. « C’était un petit d’ici », a soufflé un habitant « sous le choc », décrivant la victime comme un jeune du quartier. Un autre riverain de la rue Martin-du-Gard a raconté avoir entendu « des tirs. Deux ou trois. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait de pétards mais, quand j’ai vu des gens s’enfuir en courant, j’ai compris que c’étaient des coups de feu ».
Selon Jean-François Égron, le maire de Cenon, « les seuls éléments dont nous avons connaissance à ce stade, c’est que plusieurs hommes auraient agressé la victime. On ne connaît pas les motifs ». Toutefois, selon les premiers témoignages recueillis, il semblerait que le ou les tireurs avaient le visage dissimulé. Ils ont quitté les lieux à bord d’une voiture et étaient toujours activement recherchés ce lundi soir. L’enquête s’oriente vers un différend lié au narcotrafic. En réaction à cette violence, une section de CRS a été déployée dans le quartier ce lundi soir afin de veiller au calme et de rassurer la population. Ce drame n'est pas sans rappeler un autre incident similaire survenu au mois de décembre de l'année précédente, où un jeune homme de 19 ans résidant à Trappes, dans les Yvelines, avait perdu la vie dans une fusillade également liée aux stupéfiants, mais cette fois-ci dans le quartier des Aubiers à Bordeaux, soulignant la persistance des violences liées au trafic de drogues dans la métropole bordelaise.
Féminicide et violence conjugale : l'affaire Youcef El Yaagoubi
Une autre affaire sombre a marqué Cenon le 11 janvier, avec la déferrement au palais de justice de Bordeaux de Youcef El Yaagoubi. Cet homme de 43 ans a été présenté à la justice deux jours après la mort de son épouse, Nasrine El Yaagoubi, âgée de 41 ans, égorgée au couteau au sein du domicile familial, situé dans la banlieue bordelaise. Le parquet a ouvert une information judiciaire pour « meurtre par conjoint », reconnaissant la nature tragique de cet acte de violence domestique. Youcef El Yaagoubi a reconnu sa responsabilité dans le meurtre de son épouse et mère de ses trois enfants.
Nasrine El Yaagoubi était une employée municipale à la Ville de Cenon, où sa mort a suscité une très vive émotion. Un hommage lui a d'ailleurs été rendu le lundi 13 janvier. L'accusé, décrit par des connaissances comme « calme » et « très investi » dans l’éducation des enfants du couple, âgés de 8, 6 et 5 ans, travaillait comme opérateur logistique et était en arrêt maladie depuis plusieurs mois. Les premières informations judiciaires ont révélé l'extrême violence de l'acte : l’autopsie a en effet mis en évidence quinze lacérations au niveau du cou de la victime, ce qui laisse supposer un acharnement de la part du suspect.
Devant le magistrat instructeur, Youcef El Yaagoubi a reconnu les faits et a argué avoir également agi par jalousie, au regard d’une infidélité alléguée de sa compagne, comme l'a précisé le procureur adjoint de Bordeaux, Olivier Étienne. L'avocate du mis en cause a également mis en lumière plusieurs facteurs pouvant expliquer le passage à l'acte. « Il y a un facteur professionnel : il est en arrêt depuis début 2024, à la suite d’un accident du travail. Il y a aussi un facteur financier, avec l’accumulation de dettes du foyer et un facteur familial, avec un enfant qui souffre de troubles importants », a-t-elle expliqué. Elle a conclu que « on est sur un épuisement parental des deux côtés. Au milieu de tout ça apparaissent des incompréhensions et doutes dans le couple ». Cette accumulation de pressions personnelles et familiales a malheureusement culminé dans un acte irréparable, qui pourrait valoir à Youcef El Yaagoubi la réclusion à perpétuité.
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Violences urbaines et faits divers marquants dans le quartier Palmer et au-delà
Le quartier Palmer, déjà cité pour l'agression du 3 novembre, a été le théâtre d'autres incidents violents et d'affaires judiciaires complexes, illustrant une forme de récurrence des événements nécessitant l'attention des forces de l'ordre.
Tirs d'arme à feu sur deux voitures dans la cité Palmer
Ce lundi 30 septembre 2019, la cité Palmer à Cenon (Gironde) a été le théâtre d'une panique collective vers 22h40, à l’angle de la rue Colette et la rue René Descartes. Deux voitures, chacune transportant un seul homme à bord, ont été la cible de tirs d'arme à feu. Les conséquences auraient pu être dramatiques, mais fort heureusement, aucun des conducteurs n'a été blessé. Un des deux conducteurs a perdu le contrôle de son véhicule, suite aux tirs, et a embouti une automobile stationnée sur le côté. Le ou les tireurs ont pris la fuite avant même l’arrivée des forces de l’ordre, ce qui a complexifié l'enquête. Une enquête a été ouverte et confiée à la police judiciaire pour faire la lumière sur cet acte de violence.
Le "jeu" qui a rendu un adolescent aveugle : un procès révélateur
Un drame aux répercussions profondes a éclaté un jour d'octobre 2020, également dans le quartier Palmer à Cenon. Un garçon de 15 ans, participant à un "jeu" de chasse à l’homme, a été attrapé par des adolescents un peu plus âgés. Il a été emmené dans une cave et a été roué de coups, au point de perdre la vue. Depuis ce lundi, cette affaire est jugée devant la cour d’assises de la Gironde, où cinq hommes, âgés aujourd’hui de 22 à 25 ans, comparaissent. Quatre d'entre eux sont jugés pour violences ayant entraîné une infirmité permanente, et le cinquième pour complicité, car il a filmé la scène.
C'est au bras de sa mère que le jeune homme, qui refuse d'utiliser une canne malgré sa cécité, s'est avancé devant la cour, délivrant un témoignage poignant. « J'ai mal, ça fait six ans que je ne vois pas ma mère, je ne me rappelle même plus comment je suis moi-même », a-t-il commencé. Il a raconté ce jour du 17 octobre où il a participé à ce jeu qui l'a conduit dans une cave et où il a été roué de coups, affirmant avec amertume : « Pour moi, ce n'est pas un jeu, c'est pas on joue à cache-cache et je te séquestre ». Le garçon a surtout exprimé ce qu'il a vécu comme une profonde trahison de la part de jeunes hommes très proches de lui : « Je les aimais beaucoup, c'étaient mes frères, maintenant je suis passé de l'amour à la haine ». Un amour qui l'a amené, a-t-il dit, à une forme de « déni » et d'« omerta », le poussant à couvrir dans un premier temps les accusés, avant de revenir sur ses déclarations et de soumettre leurs noms aux enquêteurs. « J'ai préféré saisir la justice que saisir les armes », a continué le jeune homme en t-shirt noir face à la cour, se disant « dans les ténèbres », habité encore aujourd'hui par une volonté de vengeance et surtout par une incompréhension lancinante : « Qu'est-ce que je leur ai fait pour qu'ils m'arrachent la vue ? ».
À la barre, les proches de la victime sont également venus raconter leurs souvenirs de cette journée. La grande sœur du garçon, qui l'a vu rentrer à la maison après l'agression, a décrit le choc de voir son petit frère revenir avec des bosses sur le front, puis son crâne qui « triple de volume » dans les jours qui ont suivi, alors que la situation s'aggravait et que l'hémorragie s'étendait. Le choc a été d'autant plus grand pour la famille quand elle a appris l'identité des agresseurs présumés : des adolescents à peine plus âgés que la victime, et très proches de la famille. Certains venaient jouer à la PlayStation avec le grand frère, et l'un d'entre eux avait même été hébergé par la famille pendant plusieurs mois. « Si mon fils a joué à ce jeu, c'est peut-être qu'il s'est dit, ils vont pas me frapper, ils sont de la famille », s'est désolée la mère de la victime à la barre. Elle a également ajouté, avec une douleur palpable, « Ils savaient tous qu'il était malade », en faisant référence à la maladie orpheline qui touche le foie de son fils et le rend hémophile, ce qui aurait dû rendre ses agresseurs d'autant plus prudents. Les accusés, quant à eux, ne reconnaissent que des petits coups, jamais au niveau du visage, et plusieurs expliquent l'avoir aidé à sortir de la cave. Cependant, l'avocat de la victime et de sa famille, Me Alexandre Novion, a riposté en soulignant que « il n'a pas été battu par amitié ».
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Les deux femmes ont également partagé le quotidien du garçon aujourd'hui. Un jeune homme « passé par toutes les étapes du deuil, le déni, la colère », et qui aujourd'hui passe ses journées à dormir pour que le temps passe plus vite. Il refuse de paraître faible et, malgré une cécité totale, n'utilise pas sa canne. Il se réfugie dans l'écriture de textes de rap, dont un extrait a été lu à la barre : « Je vis dans le noir, je vis dans le noir, je vis au mitard. Mais j'avance quand même, j'avance quand même », a écrit le garçon. Il a également confié à l'experte psychologue qu'il se sent bloqué ces dernières années : « C’est comme une corde qui me bloque avec un gros nœud, et ce gros nœud, c’est le jugement, sans le jugement, je ne pourrais pas avancer », a-t-il déclaré. « Il écrit toujours ses textes de rap, c'est comme une thérapie », a expliqué sa mère. Le jeune homme a d'ailleurs sorti un morceau de rap sur l'affaire, intitulé BLACKZE - BANTOU BLACK (Clip Officiel), le jour même de l'ouverture du procès, utilisant son art comme exutoire et témoignage de sa résilience face à l'adversité.