Le dynamisme de l'innovation helvétique dans les sports de glisse : zoom sur Ensis, le fabricant de windsurf et de wing foil suisse

Dans le hall Fun-Sport du salon nautique international Boot de Düsseldorf, deux pièces d’équipements ne passent pas inaperçues : les wings, ces ailes en forme de papillon avec lesquelles on glisse sur l’eau même par vent faible, et les foils, ces surfaces portantes avec lesquelles on lévite au-dessus de l’eau. La marque suisse Ensis est l’une des créatrices de tendances sur ce marché. Jusqu’à présent, les nouvelles tendances en matière de planche à voile, de surf et d’autres sports nautiques nous venaient presque toujours d’Hawaï. Mais en ce moment, c’est la marque suisse Ensis, de Baar, qui fait parler d’elle. Ce succès s'inscrit dans une longue histoire de l'évolution des sports de glisse, marquée par des innovations technologiques majeures et des marques emblématiques qui ont su démocratiser l'accès à l'eau.

Genèse et évolution technologique de la planche à voile

L'histoire de la planche à voile est jalonnée de contributions diverses et de ruptures technologiques. Plusieurs inventeurs s’attribuent la paternité de la planche à voile. Tout d’abord, un jeune Anglais Peter Chilvers qui esquissa, au début des années 1960, une sorte d’ancêtre de la planche à voile. Au mois de mai 1964, en Pennsylvanie, un Américain, Newman Darby, installe un mât et une voile sur une planche qui ressemble plutôt à une porte qu’à une planche de surf. Sa planche mesure trois mètres de long pour 90 cm de large et possède un mât et une rotule qui malheureusement ne peut s’orienter que latéralement et se trouve dans le dos du pratiquant. Pendant deux ans, il va peaufiner son invention mais il n’arrivera pas à convaincre des investisseurs potentiels.

En janvier 1965, un Français, Serge Loiselot, dépose une demande de brevet pour le « plateau à voile » : flotteur caisson individuel plat de très faible densité aux contours ovoïdes sans arête vive, muni d’une quille-gouverne et d’un mât vertical supportant un mât horizontal de 1 mètre entre lesquels une voile triangulaire est tendue. Cet engin est entièrement démontable.

C'est en 1968 que se produit un tournant décisif. Hoyle Schweitzer, surfeur et Jim Drake, ingénieur aéronautique, mettent au point le système de joint universel qui permet d’orienter le gréement en tous sens en s’inspirant du joint de cardan présent sur les automobiles. Ils créent également le wishbone, un double arceau permettant de tenir le gréement, et dont la forme rappelle l’os dont il est inspiré. Leur brevet d’invention est déposé à l’USPTO le 27 mars 1968. Jim Drake et Hoyle Schweitzer déposent alors la marque Windsurfer en s’assurant d’un brevet dans les pays ayant le plus de relations commerciales avec les États-Unis. N’ayant les moyens de déposer le brevet que dans deux pays en Europe, ils choisiront l’Angleterre et l’Allemagne, oubliant la France. Hoyle Schweitzer rachètera par la suite l’ensemble des droits à Jim Drake.

En 1973, la société néerlandaise Ten Cate achète la licence Windsurfer pour l’Europe et importe les premières planches à voile. C’est la France qui deviendra cependant le pays où la planche à voile se développera le plus. Dans un premier temps, grâce à ses pionniers et promoteurs historiques (Patrick Carn, Charles Daher, Pierre-Yves Gires, Yves Loisance) et, dans leur sillage, grâce aux nombreux constructeurs qui s’inspirent de la planche originale Windsurfer sans avoir à en payer la licence. L’invention du harnais, qui permet de maîtriser une voile plus grande, marque une transition entre l’ancienne pratique de celle de nos jours. 1977 voit l’arrivée de la Rocket Windsurfer, planche de saut plus courte, avec des attaches pour les pieds (footstrap), et un mât reculé.

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Par la suite, d'autres acteurs majeurs ont structuré le marché mondial. Born with the windsurf wave and the advent of board sports culture in the early 1980s, BIC Sport built its image during the "fun" wave, with the Hawaiian dream, the frenzy surrounding star riders on the world circuit and their exploits in the Pacific waves. The brand drew inspiration from this to create the most popular windsurfing boards on the planet. After several world championship titles in windsurfing, BIC Sport diversified into other board sports: surfing, then kayaking, children's dinghies and finally stand-up paddling (SUP). Following the acquisition of BIC Sport by the Tahe Outdoors group in 2019, the TAHE brand upholds the core values that made BIC Sport successful. For over 40 years, TAHE has shared and passed on a passion for water sports across generations.

Cette stratégie d'ouverture au plus grand nombre se traduit par la continuité de technologies éprouvées et le maintien de sites de production locaux. At our production facility in France we conceive and construct the vast majority of our products. Our manufacturing facility in France is respectful, consumes little energy and produces zero polluting emissions. We are proud to be the only major manufacturer of board and water sports equipment operating in Europe. Products such as the Techno windsurf boards, Borneo and Bilbao kayaks, the Cross SUP series, ACE-TEC and TOUGH-TEC technologies… feature in the TAHE Product Range. Together they ensure continuity for the Brand, but are at the same time challenged by new products.

La révolution du wing foil et l'essor de la lévitation sur l'eau

Aujourd'hui, le milieu des sports nautiques est en pleine ébullition : « Le wing foil attire des adeptes de toutes sortes de disciplines ; planche à voile, kitesurf, SUP, et parfois même skateboard », a déclaré Karl Müller, directeur d’Ensis. En effet, l’excitation était palpable dans le hall 17 du salon Boot 2024. Selon la société d’études de marché Fact.mr (en anglais), le marché mondial des planches de wing représentait déjà 265 millions de dollars en 2022. D’après les prévisions, ce chiffre devrait même doubler d’ici 2032 !

Ces nouveaux sports misent sur trois pièces d’équipement : un wing (une aile), une planche et un foil (une surface portante), que l’on combine de diverses manières. On utilise parfois aussi une pagaie. Ce qui rend ce nouveau sport si passionnant pour les adeptes de sports nautiques et si abstrait pour les néophytes, c’est sa polyvalence.

Contrairement à la planche à voile, le wing n’est pas fixé à la planche. On peut donc le combiner avec presque tous les types de planches. On le tient dans les mains et on l’emploie dans différents sports, comme le wing foil, le wing kitesurf et le wing surf. On peut l’utiliser avec une planche de SUP, un skateboard, des skis ou un snowboard (on appelle ça le wing snow ou wing ski) pour se donner de la hauteur. Des vidéos de patin à glace avec un wing sont d’ailleurs populaires sur YouTube ! Si vous vous êtes récemment (oui, même en hiver) rendu au bord d’un grand lac suisse, vous avez probablement pu observer des adeptes de wing foil. Ils et elles utilisent leur aile avec une planche à surface portante (ou foilboard) pour léviter, à l’aide du vent. Les spécialistes font du freestyle et repoussent les limites de ce qu’on peut faire sur une planche. L’avantage de cette aile, c’est qu’elle fonctionne aussi par vent faible. Elle est donc idéale pour les lacs suisses !

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Le deuxième élément qui rend ce sport nautique si populaire, c’est le foil. Il s’agit d’un hydrofoil, c’est-à-dire d’une surface portante qui fait léviter les planches de surf et de nombreux autres équipements de sports nautiques au-dessus de l’eau. Si ce concept est loin d’être révolutionnaire, il a connu un essor important ces dernières années. Le wing foil se pratique avec ou sans vent. Quand il y a du vent, on saisit le wing. Sans vent, on monte sur la planche en s’aidant des vagues, d’une pagaie, ou de sa force musculaire. Ce sport se décline aussi en toutes sortes de variantes : le windsurf foil, le kite foil, le surf foil (également appelé « prone foil »), le pumping, le SUP foil et sa sous-discipline le downwind foil, le wing foil, etc. Peu importe ce que vous faites sur votre planche, le foil et l’aile donnent de l’élan, au sens propre comme au sens figuré puisque, ces dernières années, rien n’a autant poussé la branche à innover que ces deux éléments.

Ensis : l'ingénierie suisse au cœur de la scène internationale

Karl Müller, directeur d’Ensis, a passé presque toute sa vie à pratiquer des sports nautiques. Il a commencé par la planche à voile, puis il est passé au SUP, pour lequel il a créé la première série de courses en Suisse, le Swiss SUP Tour, il y a 15 ans. À cette époque, le SUP était encore exotique dans notre pays. Il a aussi été l’un des premiers à utiliser les wings. En 2020, seule une poignée d’entreprises produisaient des wings et des foils. Elles sont maintenant plus d’une centaine ! « Nous nous sommes développés extrêmement vite », a déclaré Karl Müller. Aujourd’hui, le fabricant d’ailes et de planches colorées est présent dans 34 pays.

Mais une croissance rapide s’accompagne souvent de difficultés, et Ensis n’y a pas échappé. « Nous ne nous attendions pas du tout à une telle expansion, nous avons dû rappeler des produits à cause d’un défaut de production. Ça nous a coûté cher, mais ça fait partie du concept de la marque. « Nous sommes “ engineered in Switzerland ” et, en tant que marque suisse, nous voulons aussi transmettre des valeurs comme la qualité, la fiabilité et le respect dans le service et le suivi de la clientèle. »

Ensis est en train de mettre en place son propre entrepôt aux États-Unis. Le fait que les produits d’une marque de sports nautiques de Baar, dans le canton de Zoug, se vendent désormais aussi sur l’île hawaïenne de Maui est un véritable honneur pour la marque. La Suisse est connue dans le milieu, même si elle n’a pas accès à la mer. Elle le doit surtout à ses produits, mais aussi aux membres des équipes de neuf pays qui font parler d’eux au niveau international. On ne présente plus Balz Müller. Il a déjà remporté plusieurs victoires en coupe du monde de wing surf freestyle et a marqué les esprits avec de nouvelles figures et manœuvres.

Lors du salon Boot 2024, les stars de la marque étaient bien présentes. Points de mire, la piscine de 50 mètres avec machine à vent, sur laquelle les stars de la scène montraient leurs moves ou faisaient découvrir le sport aux personnes intéressées, et les stars elles-mêmes, comme Balz Müller et Michael Näf, membres de l’équipe d’Ensis, et Fiona Wylde, icône des sports nautiques et membre de l’équipe Starboard, venue des États-Unis pour l’occasion. Durant cet événement, Ensis a présenté la Waltz, une toute nouvelle planche. Sa forme étroite est destinée au downwind foil mais, d’après son fabricant, elle est adaptée à presque toutes les conditions sur les lacs suisses. Par vent faible, on l’utilise en pumping et en SUP foil, des sports où la planche est levée sur la surface portante par la force musculaire. Par vent léger, elle est parfaite pour le wing foil. Par vent fort, on peut pratiquer le downwind, c’est-à-dire faire léviter la planche à l’aide du foil d’une vague à l’autre. Ainsi, toujours selon son fabricant, la planche s’utilise dans les conditions variables des lacs suisses.

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