Depuis la publication de L’origine des espèces au moyen de la sélection naturelle, ou La lutte pour l’existence dans la nature (raccourci plus loin en Origine) en 1859, Charles Darwin personnifie à lui seul la théorie de la sélection naturelle, et l’évolution en général. Tout le monde connaît la face de l’homme mûr au crâne dégarni et à la grande barbe grise - le visage du naturaliste plusieurs années après la sortie de l’Origine. L’impact de l’ouvrage fut énorme dans le monde scientifique et auprès du public, et il toucha toutes les strates de la société anglaise victorienne. L’image physique de Darwin devint très populaire à une période où la photographie était en plein essor. Mais, plus que les photographies, les représentations les plus véhiculées de Darwin étaient probablement les caricatures du personnage qui illustraient la presse, en particulier les magazines satiriques. Ces représentations graphiques ont eu une forte influence sur les représentations mentales et sociales de l’évolution, en particulier sur celle de l’Homme, marquant profondément notre perception de nos origines.
Charles Darwin : Des Intuitions Fondatrices aux Débats Sociaux
C’est en particulier lors de missions à terre en Amérique du Sud et dans les îles Galápagos que Charles Darwin prit conscience que la répartition spatiale et temporelle des organismes était le mieux expliquée en supposant l’existence de liens organiques - une véritable filiation dans le temps - entre les espèces. Il nomma ce phénomène « descendance avec modifications », avant qu’on ne remplace l’expression par « transformisme », puis, plus généralement, par « évolution ». Avec cette découverte, le statut des espèces se transforme : de « créatures » - des êtres créés - elles deviennent des « organismes » - des êtres organisés - avec chacun une histoire qui lui est propre. De retour à Londres en 1836, il mit en forme ses premières intuitions et passa plus de vingt ans à élaborer sa théorie, qu’il publia finalement en 1859.
Dans l’Origine, Darwin n’aborde pas la question de l’Homme, si ce n’est à travers une phrase à l’accent prophétique : « La lumière sera jetée sur l’origine de l’Homme et sur son histoire ». Pourtant, Darwin considérait l’origine de l’Homme comme une question centrale. Mais, comme il l’écrivait à Wallace dans un courrier daté de décembre 1857, il pensait éviter complètement ce sujet, car il était tellement imprégné de préjugés, tout en admettant sans réserve qu’il s’agissait du problème le plus élevé et le plus intéressant pour le naturaliste. C’est dans la dernière édition de son ouvrage (1872), sous la pression des nombreuses critiques qui n’ont manqué d’accueillir la première édition, que Darwin ajoute un chapitre intitulé « Objections diverses à la théorie de la sélection naturelle ». Malgré cela, il ne traite pas de la place des singes au sein du monde animal, si ce n'est quelques mentions qui en sont faites sur la structure squelettique de leurs membres, qui est la même que celle de l’aile de la chauve-souris ou de la jambe du cheval. Cette prudence était due à l'époque, le 19e siècle, où la théorie de l'évolution appliquée à l'Homme suscitait a minima l'émoi, au plus haut degré le scandale. De plus, un obstacle scientifique de taille existait : Darwin n'avait accès à pratiquement aucune preuve fossile susceptible d'indiquer comment, quand ou même où l'Homme avait évolué.
L'Intérêt pour les Grands Singes et la Révélation du Gorille
Darwin s’était beaucoup intéressé aux grands singes (les apes des anglophones, c’est-à-dire les gibbons, les orangs-outans, les gorilles et les chimpanzés) pendant ses longues années de réflexion, et pas uniquement pour étudier leur squelette. Il pouvait même observer facilement un spécimen vivant près de chez lui, au cœur de Londres. Pendant longtemps, les seules connaissances que les Européens avaient des chimpanzés africains et des orangs-outans du Sud-Est asiatique étaient des récits plus ou moins romancés ramenés par les explorateurs. Des squelettes et des peaux étaient également disponibles et étaient parfois exhibés, mais jusque dans les années 1830 aucun grand singe vivant n’avait survécu au long voyage en mer qui devait le ramener en Angleterre. En 1835, le premier chimpanzé arrive au Zoo de Londres, où il survécut quelques mois, puis ce fut le tour d’un jeune orang-outan femelle, qui débarqua en 1837 et survécut jusqu’en 1839. Jenny - le nom donné au nouveau pensionnaire, qui fut aussitôt habillé de vêtements d’enfants - ne manqua pas d’intéresser Darwin. Il alla régulièrement l’observer à travers les barreaux de sa cage et fit quelques expériences éthologiques, telles que lui faire écouter de la musique et lui permettre de s’observer dans un miroir. La frontière séparant ce qui faisait de Jenny un singe et de lui un Homme le captivait.
Darwin n’était pas le seul à s’intéresser à la question des grands singes et à leur proximité avec les Hommes. Ce thème était même une question brûlante de la recherche scientifique dans la première moitié du 19e siècle. L’année même de la naissance de Darwin, en 1809, le naturaliste français Jean-Baptiste Lamarck (1744-1829) - un supporter du transformisme mais qui, contrairement à Darwin, n’avait pas proposé de mécanisme réaliste pour l’expliquer - suggère dans sa Philosophie zoologique, sous une forme rigoureusement hypothétique afin de ne pas subir la censure, une évolution biologique du singe vers l’Homme. Plus tard, un peu avant que Darwin ne publie l’Origine, le débat en cours autour des grands singes portait sur l’hippocampus minor. Il s’agissait d’une soi-disant structure cérébrale présente dans le cerveau humain et qui ferait de nous une espèce tout à fait particulière au sein du monde vivant. Ce pseudo-organe, sans équivalent même chez les grands singes, a été mis en évidence par le fameux anatomiste - et anti-évolutionniste convaincu - Richard Owen (1804-1892), du British Museum. Le contradicteur le plus féroce d’Owen sur cette question fut Thomas Huxley (1825-1895), celui qu’on surnomma plus tard le bull-dog de Darwin en raison de la passion qu’il mettait à défendre les idées de son collègue.
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L’événement le plus important sur le thème des grands singes, cependant, fut la découverte en Afrique d’une créature gigantesque, mi-Homme, mi-singe, le gorille. Alors que les chimpanzés sont connus des naturalistes depuis longtemps, la description scientifique du gorille ne date que de 1847. Auparavant, bien sûr, les populations vivant au contact des gorilles connaissaient ces animaux, mais les Occidentaux n’avaient entendu que des rumeurs sur eux. Le révérend et naturaliste américain Thomas Savage (1804-1880) eut l’occasion d’observer le crâne d’un gorille mâle en 1847 dans une région qui correspond à l’actuel Gabon. Il comprit tout de suite qu’il avait affaire à un grand singe, plus puissant que l’Homme, mais différent du chimpanzé. Il informa son compatriote Jeffries Wyman (1814-1874), un naturaliste de la Medical School à Harvard, mais également des collègues anglais, dont le fameux Richard Owen. Chacun voulant être le premier à décrire cet énorme singe, une course s’engagea entre les Américains et les Anglais pour se procurer de nouveaux spécimens. Les Américains coiffèrent au poteau les Anglais en publiant la description et le nom de l’animal deux mois avant les Anglais, à la fin de l’année 1847. À partir de cette date, on ramena des carcasses de gorilles en Europe et aux États-Unis pour les exhiber devant un public toujours impressionné, puis on tenta de ramener des spécimens vivants.
Caricatures et Perception Populaire : La Transformation de Darwin en Singe
Les discussions académiques autour de la parenté de l’Homme et du singe, exacerbées par la découverte du gorille, ont eu de grandes répercussions dans la société, où elles s’exprimèrent largement à travers la culture populaire. La caricature, par exemple, qui déjà aimait détourner des caractéristiques physiques et comportementales des animaux pour railler les humains, s’est emparée du gorille pour mieux singer les Hommes. À cet égard, Jean-Ignace-Isidore Gérard, dit Grandville (1803-1847), par exemple, utilise abondamment les animaux, jusqu’à en faire parfois des êtres hybrides. Selon lui, « tous les Hommes sont des bêtes plus ou moins travesties ». Un extrait de Punch du 18 mai 1861, titré « Suis-je un Homme et un frère ? », montre un gorille humanisé. La semaine suivante, le 25 mai, la revue Punch publie un nouveau dessin où le gorille, s’humanisant un peu plus, est maintenant vêtu d’un habit de soirée et effraie un majordome, soulignant la confusion des genres.
D’abord représenté sous ses traits humains, le corps de Darwin se transforma en singe à partir des années 1870. À partir de 1871, date de parution de La filiation de l’Homme, les caricaturistes franchirent le pas et la transformation de Darwin s’opéra. The Hornet (1871) présente une des caricatures les plus fameuses et les plus réussies : le portrait du savant, traité de manière réaliste, est posé sur un corps d’orang-outan, lui aussi plutôt réaliste. Un court commentaire accompagnant l’image (« Un vénérable orang-outang ») et le bout de bois qu’agrippe du pied le Darwin/singe, rappelant son statut de quadrumane, rendaient le message encore plus fort. En 1874, le corps de Darwin à nouveau transformé en singe est cette fois accompagné d’un « vrai » primate. Les deux êtres s’admirent (et se comparent ?) dans un miroir, une représentation qui rappelle étrangement les activités du jeune Darwin au Zoo de Londres plus de trente ans auparavant ! En 1880, on découvre dans la presse francophone, dans La Petite Lune, un Darwin transformé cette fois en singe à queue (contrairement aux grands singes qui, comme nous, ne possèdent plus cet organe) qui se balance de branche en branche. Un dernier saut qualitatif dans la transformation de Darwin s’opérera après la sortie de son dernier ouvrage, publié en 1881, La formation de la terre végétale par l’action des vers, avec des observations sur leurs habitudes. Comme dans tous ses ouvrages, l’objectif de Darwin n’est pas exclusivement de traiter du sujet décrit dans le titre mais d’aborder, par un chemin détourné, un aspect particulier de sa théorie de l’évolution. Dans cet exemple, il s’agit de démontrer que des événements lents et imperceptibles, ici l’action des vers de terre, peuvent avoir des effets très importants si le phénomène se poursuit sur une longue durée. Par analogie, la sélection naturelle procède par changements imperceptibles, mais ceux-ci ont des effets énormes sur le long terme, à l’origine de la diversité du monde vivant. Il est étonnant de constater que, parmi les nombreux naturalistes qui ont contribué à développer la théorie de l’évolution par la sélection naturelle au 19e siècle, seul Darwin ait été caricaturé en singe. Ces représentations graphiques ont eu une forte influence sur les représentations mentales et sociales de l’évolution, en particulier sur celle de l’Homme. Elles sont directement ou indirectement à la source de la sempiternelle question « Est-ce que l’Homme descend du singe ? », une interrogation simple mais dont la réponse n’est pas facilement formulable scientifiquement, notamment du fait que le mot « singe » n’a pas de sens précis en biologie.
Démystifier l'Évolution Humaine : L'Homme, un Singe parmi d'Autres
Non, l’homme ne descend pas du singe… il est simplement un singe, et plus précisément un grand singe. Carl Linné puis Charles Darwin, en leurs temps, en avaient déjà choqué plus d’un en plaçant l’homme dans le règne animal au milieu des autres mammifères. Ils étaient arrivés à cette conclusion à partir de l’étude des morphologies humaines et simiesques. L’idée que nous descendons du singe est encore tenace puisqu’assez ancienne. Très longtemps les évolutionnistes ont pensé que des singes, semblables aux chimpanzés, s’étaient peu à peu redressés pour évoluer progressivement vers l’Homo Sapiens. Cette représentation, si simple à comprendre et à retenir qu’elle s’impose même aux plus jeunes esprits comme une évidence, est en réalité trompeuse. En effet, derrière la question « Est-ce que l’Homme descend du singe ? » s’en cachent d’autres, qui ont leurs racines dans le bagage scientifique et culturel de l’interrogateur.
Lorsque les singes sont considérés comme « l’ensemble des primates non humains » (et c’est généralement le cas, notamment dans le présent article), alors la réponse à la question est clairement « oui ». « Singe » étant le mot vernaculaire qui désigne les primates, ou de façon plus restrictive les primates supérieurs (anthropoïdes), l’ancêtre de l’Homme est évidemment un singe. Nos ancêtres étant des singes, nous sommes le résultat d’une lignée évolutive constituée de plusieurs espèces de singes, qui pour certaines se sont même croisées et hybridées. En conséquence, la question « Est-ce que l’Homme descend du singe ? » n’a pas de sens scientifique, car l’Homme est un singe.
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Le concept de singe se confond parfois avec celui de « grand singe », à savoir le gorille, le chimpanzé ou l’orang-outan (les apes, en anglais). En effet, il est maintenant connu de presque tous que ces espèces sont proches de l’Homme et représentent pour beaucoup l’archétype du primate. Le chimpanzé (Pan troglodytes) et son cousin le bonobo (Pan paniscus) sont en réalité les espèces les plus proches de l’Homme (Homo sapiens), ce qui signifie que nous partageons un ancêtre commun que ne partage aucune autre espèce vivante. Depuis l’existence de cet ancêtre commun la lignée humaine a évolué, mais la lignée du chimpanzé également. Nous ne descendons donc pas du chimpanzé tel que nous le connaissons aujourd’hui, mais d’une espèce qui devait ressembler à deux hominidés fossiles africains, l’Homme du millénaire (Orrorin) ou Toumaï (Sahelanthropus). Le caractère insidieux du dessin de l'évolution progressive tient au fait qu’il donne à voir un chimpanzé moderne comme étant l’ancêtre de l’Homme, ce qui induirait que notre plus vieil ancêtre connu nous serait contemporain, ce qui n’aurait aucun sens d’un point de vue de l’évolution.
Pour reconstituer les origines des grands singes, l’anthropologie puis la génétique ont apporté les preuves scientifiques de cette évolution à partir d’un ancêtre commun. Les grands singes forment la super famille des hominoïdés. Les similitudes entre l’Homme et le chimpanzé, qui est non pas notre ancêtre mais notre plus proche cousin, viennent de notre ancêtre commun du genre Hominini. D’un point de vue anatomique et génétique, les humains sont plus proches des chimpanzés et des bonobos que de n’importe quel autre être vivant, et partagent avec eux 98 % de leur ADN. Les sources sont peu nombreuses, mais « si l’on remonte au dernier ancêtre commun entre la lignée des chimpanzés et la lignée humaine, la génétique nous dit que cette coalescence remonte à cinq à dix millions d’années » indique Florent Détroit, Maître de Conférences au Muséum d’histoire naturelle.
L'Arbre Généalogique des Primates : Des Premiers Homininés aux Homo sapiens
On estime que les premiers primates sont apparus il y a 58 millions d’années, dans une période pas très éloignée de la disparition des dinosaures. Le plus ancien fossile connu est Altiatlasius, identifié uniquement par une douzaine de dents, seul élément du squelette qui ait résisté au temps. Ce petit mammifère du continent africain (Maroc) devait peser environ 120 grammes. Il y a 55 millions d’années, les primates commencent à se répandre et à se diversifier sur les terres accessibles (Europe et Asie). Cette expansion est stoppée lors d’un refroidissement mondial il y a 34 millions d’années. Le climat commence à se réchauffer et vers 17 millions d’années débute véritablement l’âge d’or des mammifères. On trouve alors des singes hominoïdes et des cercopithèques en Afrique et hors d’Afrique. Parmi les fossiles les plus connus, on peut citer le Proconsul, un singe sans queue.
Une nouvelle période de refroidissement débute vers 16 millions d’années. Ce changement de climat est accompagné par une modification de la végétation : développement des savanes et des prairies. En Europe, on trouve les restes d’un hominoïde, le Dryopithecus appelé le singe des chênes (il y a 11 millions d’années) et ceux d’un primate arboricole, l’Oreopithèque (il y a 9 millions d’années). Un autre Hominoidea, l’Ouranopithèque, prétend aussi au titre d’ancêtre possible de l’homme. En 2009, la découverte d’un nouveau singe anthropoïde, Lluc, Anoiapi thecus brevirostris, a marqué les esprits. Puis, en 2019, c’est en Allemagne que des ossements d’une nouvelle espèce de grands singes ont été mis au jour : Danuvius guggenmosi a fait ses premiers pas sur la scène anthropologique.
La génétique nous a permis de retracer les grandes divergences : la lignée des gibbons (Hylobatides) s’est séparée des autres depuis 25 millions d’années, ce qui en fait l’espèce la plus éloignée génétiquement parlant. Il y a 15 millions d’années, c’est la date à laquelle on estime que la branche des orangs-outans s’est séparée de celle des autres primates. La séparation des grands singes africains de la lignée humaine a dû se produire entre 8 et 9 millions d’années en arrière.
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« Côté lignée humaine, il y a un foisonnement d’espèces et côté chimpanzés, rien ou presque avec au bout les chimpanzés et les bonobos actuels », explique Florent Détroit. La raison à cela est que l’on peut supposer que le plus vieil ancêtre commun vivait en forêt tropicale humide en Afrique, dans des environnements très peu propices d’une part à la fossilisation et la conservation des fossiles, et d’autre part aux fouilles archéologiques préhistoriques. Ces conditions laissent peu d’espoir aux chercheurs de découvrir des fossiles de l’ancêtre commun aux deux lignées dans un état de conservation satisfaisant pour en tirer des conclusions, et ce même si les méthodes d’analyse et de datation sont de plus en plus précises.
Ce qui peut sembler d’autant plus trompeur dans la représentation que nous avons tous de ce chimpanzé se redressant pour en quelques pas devenir un homininé moderne, est que cela ne donne pas à voir la multitude de lignées du genre Homo qui ont existé, et parfois cohabité, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’Homo Sapiens. Si les premiers fossiles de Neandertal jamais découverts l’ont été en 1856, ils n’étaient pas assez distincts d’Homo Sapiens pour échapper à la réfutation systématique. Il fallut attendre 1891 et les premiers fossiles d’Homo Erectus en Indonésie puis les premiers fossiles d’australopithèques en Afrique du Sud, très différents d’Homo Sapiens, pour que l’on accorde du crédit à la théorie de l’évolution appliquée aux humains.
En 2009, un squelette partiel d’Ardipithecus ramidus a été mis au jour en Afrique de l'Est. Cet homininé daté de 4,5 millions d’années présentait de gros orteils en forme de pouce qu'il utilisait pour grimper aux arbres comme les chimpanzés, mais ses hanches étaient également adaptées pour lui permettre de marcher sur deux jambes. L'Australopithecus afarensis, l'espèce à laquelle appartenait Lucy, avait un cerveau similaire à celui des chimpanzés modernes et de longs bras, laissant penser qu’il était capable d’évoluer dans les arbres tout en étant bipède, ce qui a sans doute participé à renforcer cette fausse perception que l'Homme descendait du singe.
La Diversité du Genre Homo et les Phénomènes d'Hybridation
L'ancienne espèce Homo a probablement vécu il y a plus de deux millions d'années, et était de fait contemporaine de certains australopithèques. Mais contrairement aux premiers homininés qui présentaient à la fois des traits humains et des traits rappelant les singes, les espèces du genre Homo étaient plus distinctement humaines. L'Homo habilis, qui vivait il y a environ 2,4 millions à 1,4 million d'années, présentait lui aussi certains des traits primitifs des premiers homininés. Mais une récente reconstitution de crâne fossilisé d’Homo habilis a permis de mettre en évidence des caractéristiques primitives, comme une crête sourcilière prononcée et de grandes dents, et d’autres, plus modernes, dont un cerveau plus développé que ce qui avait été imaginé par la communauté scientifique.
L'Homo erectus (-1,5 millions d'années à -300 000 ans) perfectionne les techniques de taille de la pierre, domestique le feu et s'aventure hors de l'Afrique pour conquérir l'Europe et l'Asie. On recense jusqu’à quatorze espèces aujourd’hui rattachées au genre Homo, leur nombre dépendant de l’interprétation des chercheurs puisque la documentation d’une nouvelle espèce repose sur les analyses des fossiles mis au jour ou des fossiles déjà découverts que les nouvelles technologies permettent d’analyser sous un nouveau jour, de manière plus précise et moins invasive. Si les caractéristiques des fossiles étudiés ne correspondent pas à une espèce connue de l’arbre évolutif des homininés, alors une nouvelle espèce est créée. La dernière en date est Homo luzonensis, un homininé de petite taille qui vivait sur l'île de Luçon il y a au moins 50 000 à 67 000 ans. L'homininé, identifié sur un total de sept dents et six petits os, présente un mélange de caractéristiques anciennes et plus avancées. La découverte, annoncée dans la revue scientifique Nature, fait de Luzon la troisième île de l’Asie du Sud-Est à porter les traces d’une activité humaine insoupçonnée et mise au jour ces quinze dernières années.
Ces lignées du genre Homo ont non seulement co-existé mais se sont parfois hybridées. Nous savons par exemple que l’Homme moderne a croisé l’Homme de Néandertal il y a 50 000 à 60 000 ans, et que notre ADN serait toujours composé de gènes néandertaliens. Selon une étude publiée dans la revue Science, les gènes néandertaliens représentent 1,8 à 2,6 % de la composition génétique totale des personnes de descendance eurasienne. « Ces deux groupes se sont séparés pendant un certain temps, mais quand ils se sont retrouvés sur un même territoire, ils n’étaient pas séparés depuis assez longtemps pour que l’interfécondité soit terminée » étaye Florent Détroit. Les grottes ornées témoignent des talents artistiques et des premières préoccupations religieuses d'Homo sapiens (-100 000 ans à actuel).
Les Grands Singes : Caractéristiques et Urgence de la Conservation
Primates avant tout, les grands singes se distinguent des autres singes par quelques caractéristiques particulières. Ils présentent une taille et un poids plus importants (de 0,70 à 2,00 mètres), une absence de queue, particularité qui impacte énormément sur le reste de la morphologie : le torse et les membres sont sollicités pour effectuer des mouvements normalement réalisés par la queue. Leurs bras sont plus longs, plus mobiles et permettent la suspension (et pour certains la brachiation). Ils possèdent un cerveau plus développé avec des capacités cognitives importantes et une vision binoculaire : les yeux sont positionnés sur la face et non sur les côtés ce qui permet de voir en « relief » et de mieux appréhender les distances.
À part l’Homme, tous les grands singes disparaissent de la planète, ils ne subsistent que dans quelques « poches de résistances ». On estime qu’il ne reste, actuellement, que 300 à 400 000 grands singes sur la planète. De nombreuses organisations et associations luttent sur le terrain, pour enrayer ce déclin. Le combat n’est pas gagné d’avance car cette extinction ne passionne pas vraiment les populations et les gouvernements. Le GRASP (Great Apes Survival Project) lancé par les Nations Unies en 2001 regroupe vingt-trois pays africains et asiatiques.