Évolution et Dynamique du Surf : Statistiques, Histoire et Réalités de la Pratique

Le surf transcende généralement ses pratiquants. Cette passion commune peut toutefois prendre des chemins d’expressions très différents comme nous le prouve les deux fondateurs de Surfagram qui nous proposent tout au long de l’année un éventail de statistiques sur le surf de compétition. Amis depuis l’enfance, les deux compères ont souhaité prendre le contre-pieds des sites d’actualité de surf en choisissant de s’intéresser aux chiffres. Pas glamour ? Loin d’être novice en la matière, ils étaient déjà là au début des années 2000 lorsqu’ils ont lancé le site Univers Surf, l’un des tous premiers sites Français à traiter de l’actualité du surf sur la toile. Ce premier projet leur à permis de passer pas mal de temps dans les coulisses des épreuves se déroulant en métropole. Fin 2012, à l’heure de l’explosion des infographies sur le web il finissent par lancer Surfagram, un site qui présente de façon graphique, agréable et compréhensible toutes les statistiques liées au WCT. Pionniers dans le domaine ils ont collecté, compilé et saisi à la main plus de 8200 informations dans leur base de données et regroupé les résultats de 106 surfeurs pros et 38 surfeuses pros sur les 31 dernières compétitions du top 32 et les 25 dernières du top 16 pour un total de 4207 entrées sur les heats. Mais quel est l’objet d’une telle démarche ? Les deux principaux intéressés déclarent simplement créer un outils de stats agréable à l’oeil avec pour objectif de devenir LA référence du genre au sein de notre sport.

Genèse et institutionnalisation du surf en France

Si la pratique du surf en France s’est concentrée en Aquitaine entre la fin des années 1950 et celle des années 1990, les deux dernières décennies attestent progressivement de la visibilité d’autres régions françaises tant sur le plan de la pratique que de ce qui l’entoure (événementiel, entreprises spécialisées). L'histoire du surf en France est intimement liée à la ville de Biarritz. En 1957, le tournage du film « Le soleil se lève aussi » a attiré l'attention sur les vagues de la Côte Basque. Peter Viertel, le réalisateur, a fait venir une planche de surf, initiant ainsi un groupe d'amis basques à ce nouveau sport. Ces pionniers, surnommés les « Tontons Surfeurs », ont contribué à l’essor du surf en France.

L’histoire du surf en France témoigne de la place singulière de la région Aquitaine. C’est en 1956 que les premières vagues sont surfées en France, à Biarritz. C’est sur ce littoral que s’est institutionnalisé primitivement le surf en France et où se déroule la majorité des manifestations d’envergure nationale et internationale. La Fédération Française de Surfing (FFS) est créée en mars 1964 à Biarritz, sous l’impulsion de Joël de Rosnay, un des premiers surfeurs français, puis d’André Dedieu, responsable du « Waikiki Surf Club » de Biarritz et de l’Union Sportive de Biarritz. La FFS, qui obtient l’agrément ministériel français en 1966, est une des rares fédérations sportives françaises à ne pas avoir son siège à Paris, mais à l’Hôtel de Ville de la station balnéaire basque.

Sous la direction de Guy Petit, maire-sénateur de Biarritz de 1964 à 1968, elle parvient progressivement à organiser la pratique du surf. La Fédération compte alors quatre clubs situés dans les Pyrénées-Atlantiques, dont trois à Biarritz, et deux dans les Landes (à Hossegor). Elle se délocalise vers Hossegor en 1981, à la faveur d’intérêts politiques municipaux : une partie du local des maîtres-nageurs de la plage centrale d’Hossegor est libérée au profit de la FFS, avant que l’ensemble des locaux lui soient proposés au milieu des années 1980. En 1977 pour la première fois, les Championnats de France de surf sont organisés hors des départements des Landes ou des Pyrénées-Atlantiques, mais toujours sur le littoral aquitain, à Lacanau. Puis, lors de la décennie suivante, la Fédération entame une politique d’expansion hors de la région Aquitaine.

Chronologie du développement fédéral

La Fédération Française de Surfriding a joué un rôle crucial dans le développement et la structuration du surf en France :

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  • 1964 : Création de la Fédération Française de Surfriding par Guy Petit, maire de Biarritz, pour unifier les clubs de surf concurrents.
  • 1965 : Déclaration officielle de la Fédération et organisation des premiers Championnats de France à Anglet, remportés par Joël de Rosnay et Marie-Christine Delanne.
  • 1966 : Obtention de l'agrément ministériel et création du Comité régional d'Aquitaine.
  • 1972 : Habilitation de la F.F.S.
  • 1977 : Avec l'essor du skateboard, la F.F.S. devient la Fédération Française de Surf et Skate (FFSS).
  • 1980 : La FFSS organise les Championnats du Monde amateurs à Hossegor et Biarritz.
  • 1984 : Déménagement du siège de la FFSS à Hossegor.
  • 1987 : Création du Brevet d'État de Surf, professionnalisant l'enseignement du surf.
  • 1989 : Reconnaissance officielle de la Fédération par le Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF).
  • 1990 : Jacques Hèle, originaire de Lacanau, est élu président de l'International Surfing Association (ISA). La Commission Nationale du Sport de Haut Niveau reconnaît le surf comme discipline de Haut Niveau.
  • 1995 : Validation de la filière Haut niveau surf et création du label « École Française de Surf ».
  • 1996 : Labélisation du Pôle France de Biarritz.
  • 1997 : Création de l’association « Surf Insertion » pour favoriser l’accès au surf pour les jeunes.
  • 2013 : Agrément de l’association nationale Handi Surf.
  • 2014 : La Fédération fête ses 50 ans et organise les championnats de France à Hossegor. Elle compte 15.061 licenciés, dont un tiers de femmes, répartis dans 164 clubs. 55.000 licences loisirs ont été délivrées en 2014.
  • 2015 : 77.000 licenciés.
  • 2016 : Le surf devient un sport olympique pour les JO de Tokyo-2020.
  • 2017 : La Fédération Française de Surf organise les 30es championnats du monde des nations à Biarritz. L'équipe de France remporte le titre mondial des nations.
  • 2018 : Jean-Luc Arassus élu au board de la Fédération internationale.
  • 2020 : Jacques Lajuncomme élu président de la Fédération Française de Surf pour quatre ans.
  • 2024 : Jacques Lajuncomme est réélu président de la FFSurf pour quatre nouvelles années.
  • 2025 : Cédric Leroy est nommé Directeur Technique National de la Fédération Française de Surf.

Dé-régionalisation et nouveaux horizons

Au-delà des données quantitatives, d’autres mécanismes attestent la dé-régionalisation du surf en France, à tout le moins son ouverture à l’ensemble des territoires. Les événements liés à la supposée « culture » du surf se multiplient hors des frontières aquitaines, tels les festivals de film de surf et les expositions (Paris, Brest, Guidel, etc.), mais aussi les compétitions (Championnats de France aux Sables-d’Olonne en 2021). Le recrutement au début des années 2010 d’un cadre technique national (« Structuration/Développement de la façade atlantique [hors Aquitaine] et Méditerranée »), la localisation des entreprises (écoles commerciales, artisans-shapers, etc.), l’ouverture d’un second pôle espoir de la FFS situé en Bretagne en 2001 contribuent à déterritorialiser cette activité sportive historiquement adossée à une région.

En 2000, les comités départementaux représentant l’Aquitaine comptaient, en effet, pour près de 73 % des effectifs globaux contre 52 % en 2015. Par ailleurs, en 2022, la région Nouvelle-Aquitaine ne compte plus que 35 % des associations sportives affiliées à la FFS, soit 70 sur 199. Le surf fédéral et le poids de son histoire, les compétitions professionnelles, les associations, mais également les entreprises multinationales du « surfwear » ou encore les artisans-shapers ont longtemps contribué à identifier le littoral aquitain au surf, mais cette tendance est depuis au rééquilibrage.

Analyse des profils et pratiques

Une enquête quantitative réalisée en 2023 auprès des licenciés de la Fédération Française de Surf permet d’analyser les profils sociaux des surfeurs et des surfeuses. L’enquête a permis d’établir que, selon la variable « sexe », la prépondérance masculine (2/3 des pratiquants) est manifeste. Au sein de l’échantillon circonscrit à la population active (les scolaires et étudiants représentant près d’un enquêté sur cinq et les retraités 5 %), les cadres et professions intellectuelles supérieures sont nettement surreprésentés parmi les pratiquants licenciés : 62 % des enquêtés appartiennent à ce groupe socioprofessionnel de l’INSEE, alors qu’ils ne pèsent que 19 % dans la population active française. A contrario, les licenciés déclarant appartenir aux classes populaires, composées du groupe des ouvriers et des employés, sont largement sous-représentés avec seulement 11 % de l’échantillon.

Les niveaux de diplômes et de salaire des licenciés corroborent la distribution selon les statuts professionnels. Ils sont près de 40 % à être titulaires d’un diplôme de niveau Bac+5 ou plus. Une des dimensions de la culture plurielle du surf réside dans l’exploration de nouveaux « spots » de surf. Plus précisément, ils sont 21 % à avoir effectué entre un et neuf voyages à l’étranger, et 26 % d’entre eux déclarent même avoir effectué 10 « surftrips » et plus dans leur carrière de surfeur. Si les pays à proximité de la France métropolitaine sont les plus cités, des destinations lointaines, exotiques et coûteuses sont également souvent mentionnées (Indonésie, Australie, États-Unis, Antilles, etc.). Cet engouement pour les « surftrips » contredit le supposé rapport « sensible » des surfeurs à « la nature » et la croyance essentialiste selon laquelle ils seraient tous défenseurs de l’environnement, d'autant que près d’un enquêté sur deux déclare changer de planches de surf au moins tous les deux ans (fabriquées en polyester ou époxy, elles sont issues de la pétrochimie).

Le marché de l'équipement et l'industrie

L’industrie mondiale du surf génère environ 22 milliards de dollars de revenus, incluant le matériel (planches de surf, équipements), les vêtements et les accessoires. Le marché des planches de surf a connu une croissance soutenue pendant une longue période, du début des années 1990 jusqu’à aujourd’hui, et en 2009 la production s’est élevée à 3 millions d’unités, tandis que les ventes totales vont jusqu’à 1,2 milliards de dollars. Ce sont des artisans « shapers », au nombre de 2 000 dans le monde et installés pour moitié aux États-Unis, qui produisent toujours la plupart de ces planches.

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Un seul évènement a modifié de manière significative la manufacture des planches de surf ces dernières années : la fermeture de Clark Foam le 5 décembre 2005. Clark Foam répondait à plus des deux tiers de la demande mondiale en pains de mousse et avait été pendant des décennies le seul fournisseur des shapers américains. La California Environmental Protection Agency avait commencé à imposer des règles strictes en ce qui concernait l’usage des solvants et du TDI (diisocyanate de toluène), un des produits majeurs pour la production des pains de mousse polyuréthane et des résines polyester. Dans le même temps, les fabricants asiatiques, surtout chinois, apparurent et proposèrent des produits peu chers et entrèrent dans les circuits des magasins de planches recherchant des produits à des prix peu élevés avec une marque propre, afin de refaire une marge de bénéfices sur ce type de produit. Actuellement, les planches de surf ne constituent qu’une petite partie des ventes pour les magasins de surf. En réalité, 80 % des ventes des magasins proviennent de la vente de vêtements et d’accessoires ; les 20 % restants sont liés à la vente de combinaisons en néoprène, d’articles connexes et de planches.

Enjeux de la fréquentation et statistiques mondiales

Il est difficile d’analyser le nombre total de surfeurs. C’est d’autant plus vrai qu’il est difficile de déterminer la proportion de débutants qui pratiquent un sport exigeant et difficile à maîtriser après les quelques premières heures d’instruction données par un moniteur. Selon une estimation de 2018 du site Surftoday, il y aurait environ 23 millions de surfeurs dans le monde. Les États-Unis, l'Australie, la France, le Royaume-Uni et l'Espagne sont les pays qui comptent le plus de surfeurs par habitant. En Australie, on estime qu’un Australien sur 10 pratique le surf au moins de manière occasionnelle, soit environ 2 millions de personnes. En France, on estime le nombre de surfeurs à environ 150 000 et au Royaume-Uni, on compte plus de 400 000 fans de surf.

Une des particularités de la pratique du surf est que le ratio licenciés / pratiquants « libres » est très faible. Si l’on considère la France, il n’existe pas un seul chiffre, mais plusieurs réalités statistiques. Selon l’INJEP, 58 % des Français de 15 ans ou plus déclaraient en 2024 pratiquer une activité physique ou sportive régulière. Le surf reste une discipline minoritaire à l’échelle nationale, mais sa visibilité est très supérieure à son poids statistique. Du côté du surf organisé, le dossier fédéral publié par le ministère des Sports en 2023 mentionne 14 805 licences délivrées par la Fédération française de surf à la fin de l’année 2021. Cependant, une autre source issue de l’écosystème fédéral rappelait en 2024 que la discipline reposait aussi sur environ 15 000 licences fédérales et 65 000 licences loisirs, en plus d’un réseau de 180 clubs et 150 écoles affiliées ou labellisées. Le ministère des Sports rappelait déjà en 2018 que le surf était « une activité commerciale importante », avec environ 60 000 licences loisirs délivrées par les écoles françaises de surf.

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