Naviguer au près est une des grandes satisfactions originelles de la voile. Allure d'équilibre par excellence, le près serré requiert de la concentration et réclame des réglages. Cet article explore en profondeur la définition et les techniques associées à cette allure fondamentale.
Introduction
Le près est une allure essentielle pour tout navigateur souhaitant progresser efficacement face au vent. Bien qu'un voilier ne puisse naviguer directement contre le vent, il peut s'en approcher en maintenant un angle optimal. Cette allure demande une maîtrise des forces en jeu et des réglages précis. Pour mieux naviguer au près, la condition sine qua non c'est de pratiquer le plus possible. Et cent fois sur le métier, vous remettrez votre oeuvre… C'est une allure d'observation et de sensations. En naviguant, on aiguise ses sens, mais les progrès seront plus rapides en cherchant dans la bonne direction. Donc voici les clés de la réussite : entrainement, concentration et réglages.
Définition et Principes Fondamentaux
Allures et Angle au Vent
Une allure, c’est l’angle pris par le bateau par rapport à la direction du vent. Le près (45 à 60°) : c’est l’allure qui se rapproche le plus du lit du vent . Le près peut être « serré » (proche du lit du vent) ou « bon plein » (s’en écarter). Face au vent, les voiles ne portent pas et le voilier s’arrête. Pour avancer, il faut trouver l’angle limite auquel les voiles peuvent être efficaces. C’est ce que les marins appellent « le près ». Ils disent aussi « faire du près » ou encore « naviguer au près serré ».
En mer, un voilier peut avancer grâce à la force du vent dans ses voiles. Mais peut-on vraiment dire qu’il avance « face au vent » ? Si le vent souffle face au bateau, celui-ci ne pourra pas avancer si l’écart entre l’axe dans lequel le vent souffle et la position du voilier par rapport à cet axe est de moins de 45°.
En voile, on appelle les allures les différents angles que peut faire le bateau par rapport au vent, on en compte 4 principales.
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- Vent arrière (120° et plus) : le vent provient de l’arrière du bateau et son écoulement sur les voiles est très perturbé. L’embarcation avance à la vitesse du vent, mais pas plus vite. Cette allure génère du roulis et il devient compliqué de maîtriser correctement la barre. Quand le vent souffle dans cette direction, prenez garde à l’empannage !
- Largue (100 à 120°) : ici le vent provient de 3/4 arrière. L’écoulement de l’air sur les voiles n’est plus laminaire mais un peu plus perturbé.
- Travers (90°) : le vent est perpendiculaire à l’axe du bateau. L’allure est optimale pour ce qui est de la vitesse et du confort du marin. Il s’agit des premières « allures portantes ». Des voiles d’avant de grande surface et de forme creuse (spinnaker, gennaker) peuvent être envoyées pour aller plus vite.
- Le près (45 à 60°) : Lorsque le vent vient avec un angle de 30 à 45° par rapport au bateau.Si le près est trop rapproché du vent, le bateau perd en efficacité, car il ne peut plus transformer l’énergie du vent en propulsion.
Forces en Jeu
Naviguer au près repose sur la génération de portance par les voiles. Elles agissent comme une aile d’avion, créant une différence de pression entre leur face au vent (extrados) et leur face opposée (intrados). Ce phénomène permet de convertir une partie de la force du vent en propulsion, tandis que la dérive ou la quille contrebalance la poussée latérale exercée par le vent. Les forces principales impliquées sont :
- La portance : Force propulsive créée par la courbure des voiles.
- La dérive latérale : Résultat de la composante transversale du vent.
- La force antidérive : Qui contre la dérive latérale (grâce à la dérive sur les dériveurs ou la quille par exemple).
- La traînée : Résistance qui freine le bateau, à minimiser pour optimiser la vitesse.
Remonter le Vent (Louvoyage)
Remonter le vent au près implique une navigation en zigzag (appelé louvoyant) en utilisant des virements de bord. Cette stratégie permet au voilier de progresser en direction d’un objectif situé sous le vent apparent, tout en respectant les limitations de l’angle minimal d’incidence. La capacité à remonter le vent dépend de plusieurs facteurs :
- La finesse du bateau : Plus un voilier est fin, plus il remonte efficacement.
- Les réglages des voiles : Une bonne tension du gréement et des voiles bien bordées sont essentielles.
- Les conditions de mer : Une mer agitée peut réduire l’efficacité du près.
Il va falloir ruser en allant au près d’un côté (qu’on appelle bord), puis de l’autre. On dit faire des virements de bord (ou encore louvoyer). On met alternativement la voile d’un côté, puis de l’autre. En 1 je ne peux avancer. Euh du coup il vaut mieux faire comme en 2 ou comme en 3 sur le schéma ? En fait les méthodes 2 ou 3 reviennent au même : la destination et la distance restent la même (si si vous pouvez vérifier).
Techniques et Réglages pour une Navigation au Près Efficace
Réglages Essentiels des Voiles
Naviguer efficacement au près demande une combinaison de réglages précis, de tactiques adaptées et d’une attention constante à l’environnement.
- Voile d’avant (génois, foc) : Bordée au plus près sans faseyer, en ajustant le chariot pour équilibrer la puissance.
- Grand-voile : Bordée fermement avec une écoute tendue, tout en surveillant le point de faseyement le long du guindant.
- Cunningham et hale-bas : Utilisés pour aplatir les voiles dans des conditions de vent fort.
Pour bien barrer et régler ses voiles au près serré, il existe des repères visuels très utiles comme les penons, ces petits « brins de laine » très légers qui mesurent l’écoulement du vent de chaque côté de la voile. S’ils sont horizontaux de chaque côté de la voile, c’est le bon réglage pour progresser au près. S’ils ne le sont pas, c’est qu’on est sortis du réglage pour cette allure. Il faut alors corriger soit à la barre (en « lofant » ou en « abattant »), soit à l’écoute en « bordant » ou en « choquant », soit les deux. Et comme le vent est rarement stable en force et en direction, ces réglages doivent être repris en permanence pour s’adapter aux oscillations du vent. Souvent, voiles bordées, c’est le barreur qui adapte en s’écartant ou en s’approchant de l’axe du vent pour rester dans ce réglage.
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Autres Éléments Importants
- Inclinaison du bateau : Maintenir une assiette stable améliore l’hydrodynamisme. Il existes plusieurs actions à prendre à bord qui peuvent avoir une incidence sur la gite du bateau :
- Équilibrer l’assiette du bateau avec les membres d’équipage vont faire “contre-poids”
- Choquer les voiles pour réduire l’action du vent sur le bateau
- Prendre un ris (pour des conditions de vent fort)
- Lofer (se rapprocher du vent)
- Autres astuces :
- Garder un angle minimal par rapport au vent pour éviter de freiner le bateau.
- Anticiper les rafales pour éviter de lofer brusquement.
- Utiliser les penons sur les voiles pour vérifier l’écoulement du vent : ils doivent être parallèles et stables.
- Maîtriser et anticiper son cap notamment grâce à des applications pour la navigation marine.
Erreurs Courantes à Éviter
Une voile trop bordée réduit la portance et augmente la traînée. Il faut ajuster finement les écoutes pour un rendement optimal.
- Lorsque le bateau gîte, il aura tendance à abattre (s’éloigner du vent) et ainsi augmenter la gîte du bateau. Il est donc primordial de contrôler l’angle du bateau afin d’éviter le dessalage.
- Une gîte excessive augmente la traînée hydrodynamique et réduit l’efficacité des voiles. Il est préférable de réduire la voilure ou d’ajuster le positionnement de l’équipage.
- Une mer agitée peut ralentir le bateau. Dans ce cas, il est utile d’ajuster son cap pour maintenir la vitesse.
- Ne pas surveiller les changements de vent peut entraîner une perte de cap ou des ajustements tardifs, réduisant l’efficacité du près.
Équipement et Terminologie
Éléments Clés du Voilier
- La quille : se trouve sous le bateau, c’est en fait un poids qui est proportionnel à la taille et au poids de votre bateau, ce qui l’empêche de se retourner. Il n’y a pas de quille sur les dériveurs et catamaran - dits voile légère - d’où la possibilité de dessaler.
- La dérive : c’est tout simplement ce qui vous permet de ne pas dériver. Lorsque le vent vient dans vos voiles, l’action de la dérive empêche le bateau de se décaler et donc le fait avancer.
- Le(s) safran(s) : ce sont des “pales” reliées à la barre qui permettent de vous orienter, sur certains bateaux il y a plusieurs safrans.
- Le winch : est un treuil à main qui permet de démultiplier la traction humaine effectuée sur les cordages. Grâce au winch et à la manivelle qui l’accompagne, même les petits bras s’en sortent !
- Les taquets : les taquets servent à retenir les drisses, une fois fermé les drisses sont bloquées.
- Le piano : je ne vais pas vous jouer du violon… le piano est le nom donné à l’ensemble des taquets, tous mis les uns à côté des autres on dirait un piano !
- Les penons : ne sous-estimez pas ces petits fils de laine, grâce à eux vous pouvez barrer correctement ! Pour être sûr de votre allure, il faut que les penons de chaque côté du génois soient alignés.
- Les haubans : ils tiennent le mât des deux côtés du bateau.
- L’étai : il est tendu entre le haut du mât et l’étrave, le génois se glisse dedans lorsqu’on le hisse. Il y a également un étai arrière, appelé pataras, qui relie le haut du mât à l'arrière du bateau.
Comprendre la VMG
La VMG « Velocity Made Good » correspond à une donnée entre la vitesse du bateau et l’angle de CAP, lisible sur les écrans de navigation des voiliers. La VMG est la combinaison de la vitesse du bateau sur l’eau ainsi que l’angle de remontée du bateau au vent. Un voilier ne peut pas remonter complètement face au vent. Il doit procéder par une remontée au vent grâce à un pré serré et avancer en « escalier. », en tirant des bords afin de naviguer au mieux au près.
Lors vous décidez de faire du près serré vous allez perdre en vitesse et gagner en dérive. Vous avez un vent plein Nord. Vous naviguez à 6 nœuds du point A en direction du B au Cap 35°. LA VMG de ce bateau sera de 4.9 Nds. En effet la VMG équivaut à : VMG = Vitesse x Cos (angle du vent).
Pour remonter au vent, il vous faudra effectuer du près au cap 35° bâbord amure ou 325° tribord amure. Si vous souhaitez augmenter votre allure, il vous suffira d’abattre de quelques degrés mais la route s’allongera. Le speedomètre permet de définir votre vitesse et votre cap par rapport à votre vent. De plus, votre loch permettra d’affiche et connaitre votre « VMG Boat Knts » ainsi que les paramètres de navigation de base.
Considérations Spécifiques aux Multicoques
Quel que soit le navire et son plan antidérive, lors de la navigation au près le bateau dérape c'est-à-dire que le cap visé par le bateau n’est pas le cap réel. Ce phénomène est dû au plan antidérive qui ne peut pas compenser à 100% les forces développées par le vent dans les voiles et le fardage du bateau. Selon les bateaux et le les conditions météo cet angle est plus ou moins grand.
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Les plans antidérive ont besoin d’une vitesse minimum pour accrocher. En dessous de cette vitesse, le bateau dérapera énormément. C’est à force de naviguer avec son bateau que l’on connait les limites de son plan antidérive. Les dérives sabre étroites sont les meilleures à faible vitesse tandis que les ailerons donnent un résultat médiocre. Dans le petit temps avec une vitesse faible il est préférable de prendre un peu de vitesse pour bien faire accrocher les filets d’eau au plan antidérive puis ensuite améliorer son cap en douceur.
La réputation de mauvaise élève au près colle souvent à tort au multicoque. Si certaines caravanes flottantes ne sont effectivement pas étudiées pour remonter au vent et sont à la peine dans ces conditions, la majorité des multicoques peuvent assumer de longs bords de près.