Épamprage Chimique et Intégration des Quads en Viticulture : Innovations, Pratiques et Retours d'Expérience

L'épamprage représente une étape cruciale dans le cycle végétatif de la vigne, intervenant directement sur la qualité et le rendement du raisin ainsi que sur la facilité de gestion du vignoble. Cette pratique, qui consiste à supprimer les jeunes pousses indésirables appelées pampres, est fondamentale pour la vigueur du sarment utilisé pour former le tronc, et pour favoriser le passage des machines, notamment celui des machines à vendanger. L'épamprage est réalisé entre le débourrement et la floraison en une ou deux fois, un timing essentiel pour son efficacité. Une réalisation trop précoce peut en effet nécessiter un second passage pour supprimer les pampres qui sortent tardivement, témoignant de la complexité de cette tâche. Au fil du temps, diverses méthodes ont été développées pour répondre aux contraintes spécifiques de la viticulture, allant des techniques manuelles traditionnelles aux approches mécanisées et chimiques, en passant par des solutions innovantes intégrant des véhicules agiles tels que les quads.

L'Épamprage : Une Pratique Essentielle en Viticulture

La gestion de la vigne requiert une attention constante à de multiples détails, et l'épamprage se positionne comme une opération printanière majeure. Son objectif principal est de concentrer la sève et l'énergie de la plante vers les parties productives, à savoir les fruits et les sarments qui seront taillés l'année suivante. En supprimant les pampres, des pousses végétatives qui se développent à partir des bourgeons latents situés sur le vieux bois ou à la base des jeunes sarments, le viticulteur assure une meilleure aération du feuillage, réduit la compétition pour les nutriments et l'eau, et facilite les traitements phytosanitaires. La période d'intervention, située entre le débourrement et la floraison, est déterminante pour l'efficacité de l'opération. Un épamprage bien exécuté contribue directement à la qualité du raisin, en optimisant l'exposition des grappes au soleil et en réduisant les risques de maladies liées à l'humidité. Au-delà des considérations agronomiques, cette pratique a également des implications significatives pour l'organisation du travail au vignoble, en particulier en ce qui concerne la mécanisation. L'épamprage vise à favoriser le passage des machines et notamment celui des machines à vendanger, en assurant un dégagement suffisant autour du pied de vigne.

Méthodes d'Épamprage Traditionnelles et Mécaniques

Historiquement, l'épamprage était une tâche exclusivement manuelle, nécessitant une main-d'œuvre importante. Avec l'évolution des techniques et la recherche d'une meilleure productivité, des méthodes mécanisées et chimiques ont émergé, chacune présentant ses propres avantages et défis.

L'Épamprage Manuel : Une Exigence en Main-d’œuvre

L'épamprage manuel, bien qu'étant la méthode la plus ancienne et la plus précise, est exigeant en main-d’œuvre. Il faut compter environ 10h/ha pour 500 pieds/ha, ce qui représente un coût significatif pour l'exploitation. Cette opération intervient peu avant une période de pointe de travaux, comprenant le rognage, la protection et le relevage, ajoutant à la pression sur les équipes de travail. Pour garantir la santé du cep et éviter la propagation de maladies, il est préférable de réaliser l’épamprage manuel proprement à l’aide de sécateur afin d’éviter de créer des zones de nécrose. Malgré son coût en main-d'œuvre, l'épamprage manuel permet une sélection fine des pousses à éliminer, offrant une grande précision et un contrôle total sur l'architecture du pied de vigne. Cependant, sa forte dépendance à la disponibilité de personnel qualifié et son coût élevé en font une option souvent complexe à maintenir pour les grandes exploitations.

L'Épamprage Mécanique : L'Émergence des Brosses Rotatives

L’épamprage mécanique s’est développé ces dernières années comme une alternative plus rapide et moins coûteuse en main-d’œuvre que la méthode manuelle. Il s’effectue à l’aide de brosses rotatives à lanières ou à tiges flexibles, qui viennent "balayer" les pampres sans endommager le cep lignifié. Pour évaluer les performances de ces équipements, un banc d’essai des principales machines présentes sur le marché a été organisé par l’IFV Sud-Ouest en mai 2011. Des fiches synthétiques, incluant une vidéo des machines en fonctionnement, ont été réalisées pour les modèles Boisselet, Ferrand, Terral, Egretier, AVA-Tordable et Grégoire, offrant aux viticulteurs un aperçu détaillé des options disponibles. Le coût d’un épamprage mécanique dépend du prix d’achat de l’épampreuse, qui peut varier de 4000 à 16 000 € TTC. Néanmoins, en termes de coût par hectare, cette méthode se révèle plus économique que l'épamprage manuel. Selon des calculs réalisés grâce à Viticoût, le coût de l’épamprage mécanique s’élève de 67 à 130 €/ha, rendant cette solution attractive pour de nombreux viticulteurs soucieux d'optimiser leurs charges d'exploitation. L'efficacité de l'épamprage mécanique dépend de la bonne calibration des brosses et de la vitesse d'avancement pour éviter d'endommager l'écorce des ceps.

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L'Épamprage Chimique : Principes, Techniques et Évolutions

L'épamprage chimique représente une approche spécifique qui utilise l'effet défanant de certains produits, souvent les mêmes que ceux utilisés habituellement comme herbicides, pour éliminer les pampres. Cette méthode se caractérise par une application précise et contrôlée.

Fondements de l'Épamprage Chimique

L'épamprage chimique est une pulvérisation sur un plan vertical. Le matériel est souvent monté sur un portique qui enjambe le rang, de manière à supprimer les pampres des deux côtés du pied de vigne simultanément tout en limitant les embruns. Le mât assure donc le lien entre le portique et le tracteur. Il se compose de 2 tronçons, chacun muni de 2 ou 4 jets orientables, afin d'assurer un mouillage correct des pampres. L'efficacité de cette méthode repose sur la capacité des produits défanants à dessécher rapidement les tissus tendres des pampres, entraînant leur flétrissement et leur élimination. La conception du matériel est cruciale pour cibler uniquement les pampres et minimiser le contact avec les feuilles ou les grappes principales, préservant ainsi la culture.

Paramètres d'Application et Optimisation

Pour un épamprage chimique efficace et sûr, le respect de paramètres d'application spécifiques est primordial. La vitesse d'avancement (V) doit être comprise entre 3 et 4 km/h. Afin de pouvoir choisir correctement le couple buse / pression d'utilisation, il faut connaître le débit théorique par buse. Ce calcul est facilité grâce à l'utilisation d'abaques fournis par les constructeurs de buse. Ces documents fournissent les débits (L/min) des buses en fonction de la pression d'utilisation. Il faudra privilégier des buses fournissant le débit souhaité à faible pression afin de limiter les risques d'embrun, cette pression doit être voisine de 2 bars. Toujours dans l'optique de limiter les embruns, l'angle de pulvérisation sera généralement de 80°. Cette opération est importante, car une légère variation entre le débit théorique (déterminé lors des phases précédentes) et le débit réel peut être constatée, constituant ce qu'on appelle la constante du pulvérisateur. Cette perte de charge est normale, propre à chaque pulvérisateur puisqu'elle dépend de la conception du matériel, incluant la filtration et la longueur du circuit hydraulique, des facteurs qui influencent la pression et le débit effectifs à la buse. Une calibration minutieuse et régulière du pulvérisateur est donc essentielle pour assurer la précision de l'application et l'optimisation des dosages.

Timing et Produits Spécifiques

Le succès de l'épamprage chimique dépend également de la période d'application et du choix des produits. L’application doit être réalisée sur des pampres de 30 à 40 cm de long, une phase où ils sont suffisamment développés pour être ciblés mais encore jeunes et sensibles aux produits. Dans la région Sud-Ouest, cette période se situe généralement entre la mi-mai et début juin. La carfentrazone, molécule phare du groupe FMC, est un outil indispensable pour l’épamprage chimique des vignes. Des conseils d’utilisation spécifiques sont recommandés : il est recommandé d’appliquer Spotlight® Plus - Shark® sur des pampres non lignifiés de 20 cm de longueur maximum, à la dose de 0,3 l/hl avec un volume de bouillie d’au moins 200 l/ha. Spotlight® Plus - Shark® est une émulsion de type huileux [EO] contenant 60 g/l (7,16 % p/p) de carfentrazone-éthyle. Il est crucial, avant toute utilisation, de s'assurer que celle-ci est indispensable. Il est également impératif de privilégier chaque fois que possible les méthodes alternatives et les produits présentant le risque le plus faible pour la santé humaine et animale et pour l’environnement, conformément aux principes de la protection intégrée. Ce produit est homologué et distribué par Cheminova Agro France SAS et est classé comme Dangereux, soulignant l'importance de suivre scrupuleusement les consignes de sécurité et d'application.

Tendances Actuelles et Innovations

Malgré son efficacité technique, l’épamprage chimique n’a plus le vent en poupe, puisque la tendance actuelle va vers une limitation de l’utilisation des herbicides. Cette évolution est motivée par des préoccupations environnementales et sanitaires croissantes, poussant les viticulteurs à explorer des alternatives. Cependant, l'innovation continue de chercher des solutions pour améliorer la précision et réduire l'impact de cette méthode. À ce titre, une épampreuse chimique « intelligente », qui pulvérise lorsqu’elle détecte une pampre, a également été évaluée par l’IFV Sud-Ouest. Cette technologie de pulvérisation ciblée promet de réduire drastiquement la quantité de produit utilisé, alignant ainsi l'épamprage chimique avec les principes de la protection intégrée et les exigences d'une viticulture plus durable. Ces systèmes de détection optique ou capteurs de végétation représentent une voie prometteuse pour concilier efficacité et respect de l'environnement.

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L'Intégration du Quad dans les Pratiques Agricoles : Deux Études de Cas

Au-delà des méthodes d'épamprage spécifiques, l'évolution du matériel agricole et l'ingéniosité des agriculteurs ont conduit à l'intégration de véhicules agiles comme les quads pour diverses tâches viticoles et agricoles, apportant des solutions innovantes face à des contraintes environnementales et logistiques.

EARL Audebrand : Le Quad Chenillé pour l'Épandage d'Engrais en Conditions Difficiles

À l’EARL Audebrand, située à Adilly (Deux-Sèvres), l’application d’engrais est gérée par deux ensembles identiques, entièrement chenillés. Ces systèmes sont composés d’un quad Can-Am et d’une remorque autoconstruite accueillant un distributeur à engrais solide. Ces ensembles sont conduits par Richard Audebrand, qui gère l’exploitation familiale, et son frère Sylvain, qui a adapté les quads et fabriqué les remorques, témoignant d'une approche pratique et innovante. Avec cette solution, la portance est augmentée, ce qui minimise le tassement des sols, tout en préservant les parcelles, même en conditions très humides. L'ensemble ne pèse à vide que 1 400 kg, pour une surface de contact au sol élevée, lui permettant d’intervenir même lorsque le sol est détrempé, sans abîmer la culture en place. Richard explique : « Avec cette solution, il n’y a pas de ripage lorsque nous tournons, nous pouvons prendre les champs dans tous les sens et avoir plusieurs zones de chargement de l’engrais pour optimiser le chantier. » Ces machines tournent du 1er février jusqu’au 15 avril et, à deux, elles font en moyenne 2 000 hectares de prestation par an. La charge de travail varie fortement en fonction de la météo : « Nos principales demandes concernent des parcelles gorgées d’eau. Les années très sèches, les agriculteurs font moins appel à nous. En revanche, quand les sorties d’hiver sont humides, là, le travail ne s’arrête plus. Nous limitons donc notre zone d’action à un rayon maximal de 50 km autour de la ferme », précise Richard. Des garde-boue viennent protéger le distributeur des projections de terre ou d'eau, assurant la durabilité et la propreté de l'équipement. L'un des deux ensembles reçoit en plus une bâche et un capteur d'avancement pour faire du DPAE (Dosage Proportionnel à l'Avancement Électronique), soulignant un souci d'optimisation et de précision dans l'épandage.

Sur la remorque, le distributeur centrifuge Kuhn est entraîné par un moteur thermique de 6,5 ch qui, via un boîtier multiplicateur et un embrayage centrifuge, transmet le mouvement au cardan. « Le moteur tourne à un régime situé entre 650 et 750 tr/min. Ainsi, je peux distribuer tous les types d’engrais sur une largeur de 24 m », détaille Sylvain. La remorque est attelée au quad via un système à rotule, et sa voie est plus large que celle du quad. Sylvain explique cette particularité : « Les chenilles du quad font vibrer le sol, ce qui diminue sa portance, je voulais donc que les chenilles de la remorque ne passent pas au même endroit que celle du quad. » Les quads sont achetés directement chenillés chez le concessionnaire. Sylvain y a installé un compte-tours pour le régime de prise de force, la console GPS et le terminal du distributeur. Tout est monté pour être facilement enlevé du quad. Ces équipements sont alimentés par le circuit électrique du véhicule et donc ne nécessitent pas de branchement spécifique. L'afficheur à gauche indique le régime de prise force. La console noire gère le GPS. À droite, la console Kuhn contrôle la distribution, offrant une interface complète au conducteur.

Une organisation bien rodée permet à l'EARL Audebrand d'opérer efficacement. Les deux quads et leurs distributeurs ont chacun leur plateau de transport. Lorsque Richard et Sylvain vont chez leurs clients, il leur suffit de monter l’ensemble sur les plateaux attelés à des camionnettes. Grâce à cette organisation, les quads n’empruntent jamais la voie publique. Au travail, les ensembles affichent une vitesse moyenne de 20 km/h. Sylvain confie que « Le débit de chantier dépend majoritairement du temps de ravitaillement. Généralement, je demande aux agriculteurs qu’ils chargent eux-mêmes l’engrais. Ils peuvent aussi placer les sacs à différents points de la parcelle pour limiter les passages à vide. Si ces deux éléments sont réunis, alors le rendement de chantier est maximal. Il nous est arrivé de monter à environ 110 ha par ensemble en une journée. Le plus dur reste de travailler sous la pluie, car elle gêne la visibilité. Par contre, le froid n’est pas un problème, la chaleur venant du moteur et du radiateur nous réchauffe. » Les machines sont transportées sur une remorque placée derrière une camionnette, et seul le permis E est nécessaire pour conduire l'ensemble, simplifiant la logistique du transport.

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