L’exploration du barrage de Canelles, véritable joyau niché entre la Catalogne et l’Aragon, offre une expérience immersive au cœur de paysages géologiques spectaculaires. Que vous soyez un aventurier solitaire ou un passionné de nature, ce réservoir, situé sur le cours de la Noguera Ribagorçana, se révèle être un terrain de jeu exceptionnel pour la pratique du kayak. Ce guide détaille les aspects techniques, géographiques et pratiques pour réussir votre expédition, tout en soulignant l'importance de la préparation face à un environnement sauvage et changeant.
L’expérience au cœur du barrage de Canelles
La remise du matériel se fait idéalement à l’embarcadère de Corçà, dès 9 heures du matin. À cette heure matinale, le Pantà de Canelles est encore silencieux et les parois calcaires du Montsec d’Ares commencent tout juste à s’éclairer, offrant un spectacle visuel saisissant. Lors de cette prise en main, l’équipe sur place remet les kayaks, les pagaies et les gilets de sauvetage, et explique à terre l’essentiel : comment manœuvrer l’embarcation, comment entrer et sortir de l’eau, et les procédures à suivre en cas de chavirage.
Les eaux du lac sont totalement calmes, sans courant ni vagues, et les kayaks sont conçus pour offrir une stabilité maximale dès le premier coup de pagaie. Cette sérénité permet de se concentrer pleinement sur le paysage qui s’ouvre à quelques minutes de l’embarcadère : le Congost de Mont-Rebei. Il s’agit de la frontière naturelle entre Lérida et Huesca, où l’on navigue entre la Comarca de la Noguera à bâbord et la Ribagorza aragonaise à tribord. Les parois calcaires, datant du Crétacé et de l’Éocène, s’élèvent jusqu’à 500 mètres au-dessus de la surface de l’eau. Au point le plus étroit, les gorges se rétrécissent à moins de 20 mètres de largeur, créant un tunnel naturel où la lumière du soleil ne pénètre qu’à midi.
Faune et géologie : un écosystème millénaire
Naviguer sur le barrage de Canelles, c’est également pénétrer dans un sanctuaire ornithologique. Au-dessus des falaises, les vautours fauves se relaient sur les parois avec la cadence de ceux qui survolent ce même canyon depuis des millénaires. Le gypaète barbu, espèce en danger d’extinction et dernière population naturelle d’Europe occidentale, plane sur ses ailes pointues aux premières heures du jour, tandis que le bouquetin ibérique surgit des corniches supérieures sans la moindre agitation.
La topographie des lieux est marquée par des formations rocheuses impressionnantes, surnommées la « muraille de Chine » de Catalogne. Ces structures, situées près de Finestres, aux portes de l’Aragon, témoignent de l’histoire géologique intense de la région. À proximité, le village abandonné de Finestres, dont les ruines rappellent les niveaux de vie passés, surplombe les « Roques de la Vila », deux portes rocheuses qui encadrent la butte de la Ermita San Vicente. En fonction du niveau de l’eau (la cote maximale étant de 506 mètres), l’accessibilité de ces sites varie considérablement. En période de basses eaux, comme ce fut observé en 2007 ou 2011, les vestiges des villages noyés, tels que Blancafort ou Tragó de Noguera, deviennent des témoins silencieux du passé industriel et hydraulique de la province de Cáceres et de ses environs.
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Conseils pour une navigation en autonomie et bivouac
Pour ceux qui souhaitent prolonger l’aventure, le bivouac est une option séduisante, le site offrant une profusion de bois mort et sec, idéal pour les feux de camp (dans le respect des zones autorisées et de la prévention incendie). Il est fréquent d’avoir l’impression d’être un trappeur au pays des sioux en explorant les bras nord ou ouest du lac. Si les nuits sont généralement calmes, le silence n’est troublé que par le comportement des poissons, les eaux étant extrêmement poissonneuses.
Cependant, la prudence est de mise. Il est vital de tenir compte du vent qui peut être terriblement violent dans les canyons et empêcher toute navigation en cours de journée. Il est conseillé de planifier son itinéraire à l’avance : après l'aérodrome, prenez la direction « presa de Canelles ». En cas d’isolement, gardez à l’esprit que le réseau mobile ne passe pas systématiquement au fond des gorges. Un retour avec un vent de face peut s'avérer éprouvant ; il est donc crucial d'évaluer ses forces avant de s'engager dans de longues traversées, parfois estimées à près de 39 kilomètres pour les parcours les plus complets.
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