L'épreuve d'une vie au-delà des vagues : Jérémy Florès et la quête de résilience dans « Dos au mur »

Surfeur virtuose, Jérémy Flores est l'un des athlètes français les plus internationaux. Sur les réseaux sociaux, entre succès et coups de gueule assumés, la vie de l'enfant terrible du surf français fascine… Pourtant, dans sa réalité, la gloire et les victoires n'ont jamais rendu les choses plus simples… Loin de là. Le parcours d'un champion ne se résume pas à l'éclat des trophées ou à la perfection d'une trajectoire sur l'eau. Il se mesure à la force déployée face aux tempêtes invisibles, celles qui se déclenchent hors caméra, loin de l'écume et des projecteurs. À travers le film documentaire « Jérémy Florès : Dos au mur », réalisé par Julie et Vincent Kardasik, c'est ce combat intime et universel qui se révèle, traçant le portrait sans fard du meilleur surfeur français de l'histoire.

Genèse d'un destin aquatique : de la Réunion à l'élite mondiale

Rien ne prédestinait le gamin réunionnais à une telle « success-story ». L'apprentissage de la glisse commence dès la plus tendre enfance, sous le regard bienveillant et exigeant de son père, entraîneur de l'équipe de surf de la Réunion, qui l'a initié. « Il ne marchait pas encore qu’il surfait déjà avec moi », précise ce dernier qui le biberonnait aussi quotidiennement aux vidéos des plus grands surfeurs. Pour le jeune Jérémy, l'océan devient immédiatement son élément de référence, structurant son quotidien et ses aspirations. « Tous les jours, j’étais à la mer », note celui qui ambitionnait, dès ses quatre ans, de devenir professionnel. « À l’époque c’était un délire mais c’était mon rêve de vivre du surf », raconte-t-il encore.

Ce rêve de gosse se transforme rapidement en un itinéraire hors norme. L'ascension de Jérémy Flores a été fulgurante. À douze ans, repéré par Pierre Agnès, le patron de Quicksilver, il signe un contrat sur plusieurs années lui permettant de se préparer six mois dans l’année en Australie. Une première pour un jeune prodige français. Ce tremplin propulse l'adolescent vers les sommets mondiaux à une vitesse record. Le Réunionnais Jérémy Florès a été le plus jeune surfeur de tous les temps à se qualifier pour l’élite mondiale, à 18 ans.

Rapidement, le plus jeune surfeur de l’histoire à se qualifier pour l’élite mondiale se fait un nom et commence à obtenir ses premiers résultats probants face à ses idoles de toujours, dont Kelly Slater. Ce dernier témoigne dans le film et ne cache pas son admiration pour celui qui est devenu, par la suite, son ami. « Il surfait mieux que moi au même âge », explique-t-il. Cette reconnaissance par les pairs ne s'est pourtant pas faite dans la facilité. L'intégration du jeune Français au sein du circuit professionnel mondial s'apparente à un baptême du feu. Les monstres de la discipline ne lui font pas de cadeaux. « Ils faisaient tout pour m’intimider, me déstabiliser », se remémore le Réunionnais. Face à cette adversité, Jérémy Florès forge son tempérament de guerrier. « Dans la vie, j’ai toujours performé dos au mur », précise Jérémy Flores, qui l’a prouvé tout au long de sa carrière mais pas seulement.

Les zones d'ombre du sommet : pressions, dépression et limites du corps

Derrière les exploits sportifs majeurs, dont des victoires d'anthologie comme celle où le champion gagnait le Tahiti Pro Teahupoo dans des vagues dantesques, se cache un coût psychologique et physique élevé. Les podiums du World Tour aux Jeux Olympiques de Tokyo exigent un investissement total, parfois destructeur. Dans le documentaire, agrémenté de nombreux témoignages de ses proches et de sublimes images, le champion lève aussi le voile sur les faces plus sombres de sa vie.

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Il parle ainsi de la dépression qu’il a traversée au milieu des années 2010 et qu’il avait évoquée dans le documentaire Strong, aussi forts que fragiles sur Prime Video, fin 2023. Cette vulnérabilité, rarement exposée dans le milieu très codifié du surf professionnel, met en lumière le revers de la quête de performance absolue. « Tu es tellement à fond dans les objectifs que tu en oublies l’essentiel : les émotions », confie l'athlète. Ce détachement progressif de la joie d'exister au profit de la seule gagne constitue le premier signal d'alarme d'un équilibre qui vacille.

Le tournant de 2021 : l'annonce de la retraite et l'irruption de la maladie

En 2021, Jérémy a 33 ans. Alors qu'il est sur le point de devenir père pour la seconde fois, il annonce se retirer de la compétition professionnelle. Bien sûr c'est une retraite méritée, un repos qui doit lui permettre de se consacrer aux siens et de savourer les fruits d'une carrière exceptionnelle. En coulisse, c'est beaucoup plus complexe… Depuis plusieurs mois, Jérémy est en proie à des migraines intenses, des épisodes de fatigue extrême que rien n'explique.

La réalité médicale finit par rattraper le champion au moment précis où il aspire à la tranquillité. En 2022, alors qu’il souffre de fortes migraines depuis des années et carbure aux anti-inflammatoires, il découvre être atteint d’une tumeur cérébrale qui précipite la fin de sa carrière. Le verdict tombe comme un couperet : on lui diagnostique une tumeur à la base du cerveau. Il doit être opéré… Une intervention très risquée dont les suites sont difficilement prévisibles. Les questions existentielles et les doutes les plus profonds assaillent alors l'entourage de l'athlète. Sera-t-il encore capable de reconnaître sa femme et ses enfants ? Pourra-t-il surfer à nouveau ? Personne ne peut rien garantir…

La confrontation chirurgicale et la reconstruction

Estimé inopérable par plusieurs médecins en raison de la localisation délicate de la masse, le sportif doit subir une intervention très risquée pour faire enlever une tumeur à la base du cerveau. Contre vents et marées, Jérémy est opéré en Octobre 2022. Il subit tout de même une ablation d’une partie de sa tumeur.

Du point de vue des médecins, c'est une réussite, il est vivant… De son point de vue à lui, c'est loin d'être suffisant. Le chemin de la convalescence s'annonce extrêmement sinueux. Le jeune papa va alors livrer l’un des plus gros combats de sa vie. Les premiers jours post-opératoires révèlent la dureté de l'épreuve : une opération qui n’était pas sans risques : « Vingt-quatre heures après l’opération, il n’arrivait même plus à parler. On lui montrait un objet et il était incapable d’en donner le nom. »

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Face à cette dégradation soudaine de ses capacités cognitives et motrices, l'esprit de compétition du surfeur se réactive. Fidèle à lui-même, à son caractère bien temporisé et entier, Jérémy se fixe de nouveaux objectifs : il doit revenir au top. Dos au mur, Jérémy Flores, porté par l’amour de ses proches et notamment de ses deux enfants, se bat comme il l’a toujours fait pour remonter la pente. La rééducation devient son nouveau terrain d'entraînement. Les efforts constants portent leurs fruits : six mois après son opération, il est de retour sur sa planche de surf, apprivoisant à nouveau l'élément qui l'a construit.

De l'athlète au mentor : le rôle de manager aux Jeux Olympiques de Paris 2024

La reconstruction de Jérémy Florès ne s'arrête pas à sa propre pratique physique ; elle se prolonge dans la transmission de son expertise. En 2024, il opère un virage en devenant manager de l’équipe de France pour les Jeux olympiques de Paris 2024. Son expérience du très haut niveau et sa connaissance intime des pressions psychologiques deviennent des atouts majeurs pour la délégation tricolore sur le spot mythique de Teahupoo, à Tahiti.

Cette transition s'avère couronnée de succès. Sous sa direction, deux de ses protégés décrochent une médaille : l’or pour le Tahitien Kauli Vaast et le bronze pour la Réunionnaise Johanne Defay. Ce triomphe olympique marque le retour glorieux aux Jeux de Paris 2024 d'un homme qui, deux ans plus tôt, luttait pour retrouver l'usage de la parole.

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