Perfect Mothers : L'Éden Balnéaire des Passions Interdites et des Âmes Torturées

Adapté d’un roman de Doris Lessing, lui-même inspiré de faits réels, Perfect Mothers est un long-métrage qui plonge au cœur de liaisons croisées et complexes. Le film dépeint l'histoire de deux mères, amies d’enfance, dont la vie bascule avec l'absence de leurs maris, les rapprochant irrésistiblement de leurs fils respectifs. Ces deux passions, défiant la différence d’âge, se moquent des conventions établies. Lil (Naomi Watts) et Roz (Robin Wright), inséparables depuis le premier âge, vivent en parfaite osmose avec leurs deux enfants, deux jeunes garçons à la grâce singulière qui semblent des prolongements d’elles-mêmes. Les maris sont absents de cette idylle quasi-autarcique, et c'est inexplicable, et pourtant comme à l’évidence, que chaque femme se rapproche du fils de l’autre, nouant avec lui une relation passionnelle. À l’abri des regards, dans un décor balnéaire presque surnaturel, ce quatuor, composé de beaux garçons à peine sortis de l'adolescence et de deux amies d'enfance entretenant une amitié très intime, va vivre une histoire hors norme jusqu’à ce que l’âge vienne mettre un terme au désordre.

L'Origine d'une Histoire Controversée : De Doris Lessing à Anne Fontaine

L'impulsion créative derrière Perfect Mothers prend racine dans l'œuvre de l'illustre romancière Doris Lessing, lauréate du prix Nobel de littérature en 2007, et son livre "Les grand-mères". C'est lorsque la réalisatrice Anne Fontaine décide d'adapter cette nouvelle pour le cinéma qu'elle entreprend une démarche essentielle : rencontrer l'auteure britannique elle-même. Lors de cette rencontre, Anne Fontaine découvre une vérité qui allait guider tout le processus du film : Doris Lessing s'était inspirée d'une histoire vraie. Cette histoire, hors du commun, lui avait été contée par un jeune Australien un soir de beuverie dans un bar. Ce jeune homme, ami des deux protagonistes, avait été le témoin privilégié de ces amours jugées hors-normes. Loin de les condamner, il avait été jusqu’à les envier, une perspective que la réalisatrice a cherché à insuffler à son film.

Le producteur Dominique Besnehard a joué un rôle clé en présentant l'édition française des "Grand-Mères" à Anne Fontaine, lui affirmant : « C’est un sujet pour toi ». La réalisatrice fut immédiatement conquise par le concept de ce quatuor "néo-incestueux" que formaient Lil, Roz et leurs fils. Elle y a vu une opportunité unique de dépasser le thème de la triangulation, une des obsessions récurrentes dans ses films précédents, tels que Nettoyage à sec ou Nathalie…. En s'attelant à l'adaptation de la nouvelle, Anne Fontaine a ressenti profondément que ce sujet devait se dérouler dans un cadre d’une beauté éclatante. Elle identifiait d'ailleurs dans la nouvelle de Doris Lessing l'idée d'un paradis perdu. L'information selon laquelle l'histoire était tirée de faits réels a particulièrement intrigué Anne Fontaine et a profondément influencé son approche. Durant trois ou quatre nuits de beuverie, le jeune Australien avait raconté par le menu l’histoire d’amour de ses deux amis avec leurs mères respectives, détaillant comment les deux femmes avaient grandi ensemble dans un rapport quasi homosexuel, puis comment elles avaient poursuivi ce rapport avec leurs fils. Doris Lessing avait également insisté sur la jalousie que le garçon éprouvait à l’égard de ses deux amis, jugeant idyllique la relation qu’ils avaient vécue. Fort de cette révélation, Anne Fontaine s'est sentie confortée dans son désir de réussir à mettre le spectateur dans le même état d’esprit que celui du jeune Australien, souhaitant qu'il soit suffisamment envoûté par l’histoire pour transcender le point de vue moral. Elle aspirait à installer le public dans une atmosphère presque surnaturelle, à faire en sorte que ce soit presque trop beau, créant une légère anesthésie permettant de découvrir, comme des pelures d’oignon, le sentiment de solitude de ces deux femmes, quelque chose de douloureux qui se désintègre. La cinéaste a co-signé le scénario de Perfect Mothers avec Christopher Hampton, marquant ainsi leur seconde collaboration.

Des Sentiments Contrariés et des Âmes Torturées : L'Exploration Thématique

Anne Fontaine est une cinéaste qui excelle dans la description des sentiments contrariés, des tourments intérieurs et des âmes torturées, et Perfect Mothers ne fait pas exception à cette règle. Le film aborde frontalement la transgression des tabous, un terrain de prédilection pour la réalisatrice qui explore une nouvelle fois ses sujets favoris : la sexualité, le couple, et l'intrusion d'un corps étranger dans un environnement organisé. Les personnages qu'elle met en scène sont invariablement complexes, assujettis à des pulsions incontrôlables et à des blessures indicibles. L'intrigue met en lumière la force singulière de la relation entre les deux femmes, une amitié très intime, au bord de l'homosexualité platonique, qui semble dépasser plus encore la différence d’âge. Les deux femmes, Lil et Roz, se connaissent depuis l'enfance et ont grandi ensemble dans un rapport quasi-homosexuel, un lien qu'elles semblent ensuite poursuivre et reproduire avec leurs fils, créant une dynamique où l'on peut se prendre à y voir une relation incestueuse, le fils de l'une pouvant presque être le fils de l'autre.

Le cinéma actuel produit de plus en plus de sujets sur des femmes de quarante ans qui tombent amoureuses d'hommes plus jeunes qu'elles, un phénomène que certains qualifieraient de mode. Cependant, Anne Fontaine réfute l'idée que le film s'inscrit dans cette tendance des "cougars" - ces femmes mûres qui séduisent des hommes plus jeunes. Elle déteste d'ailleurs ce terme, qu'elle trouve péjoratif et laid. Pour elle, l'intérêt porté aux femmes d'âge mûr pour des hommes jeunes n'est pas une nouveauté, Colette ayant même écrit sur ce sujet, preuve que cela a toujours existé. Contrairement à des œuvres comme 20 Ans d'écart avec Virginie Efira, Perfect Mothers n'est absolument pas dans le registre de la comédie. La réalisatrice insiste sur le fait qu'aimer un homme plus jeune n’a rien de risible. Bien au contraire, en tant que cinéaste des tumultes intérieurs, il n'est pas question de rire avec des sentiments si forts et des situations si compliquées. La force du scénario et du livre de Doris Lessing réside précisément dans sa capacité à éviter l'aspect moralisateur, à jeter la morale aux orties dès les premières minutes. Ce n'est pas un film américain, et l'on n'y trouve ni morale chrétienne, ni manichéisme, ni "drama" forcé. Les deux femmes demeurent amies, malgré ce passage à l'acte, elles continuent à s'aimer et à prendre soin l'une de l'autre, à se protéger mutuellement. Leur amitié, sublime à voir, est un pilier, car elles ont grandi et vieilli ensemble, et aucune ne cherche à juger ou à condamner l'autre.

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Le Cadre Idéal : L'Australie, un Personnage à Part Entière

Dans le film d'Anne Fontaine, tout est magnifié, et le décor y tient une place prépondérante. L'Australie, avec ses plages longilignes, son soleil brûlant et sa végétation luxuriante, n'est pas un simple arrière-plan, mais un personnage à part entière. La nature dans laquelle évoluent les personnages participe de manière intrinsèque à leur sensualité. Le choix de l'Australie a été dicté par la capacité de ce pays à évoquer un sentiment à la fois universel et intemporel, une terre où l'on ne sait jamais très bien où l'on est, ni à quelle époque, du point de vue des étrangers. Comme le souligne Nikki Barrett, la directrice de casting à Sydney, « Ce n’est pas vraiment un pays, mais une réalité parallèle… », une observation très pertinente qui correspond parfaitement à l'atmosphère du film.

L'Australie se révèle être un lieu sauvage et préservé, et il était évident pour la réalisatrice que cette nature exacerbée devait contribuer à la sensualité des personnages. Une sensualité folle traverse le film, renforcée par une cinématographie immersive qui donne l'impression que la caméra est constamment entre l’eau et la terre, créant un sentiment de volupté. La passion d'Anne Fontaine pour l'eau et la mer se reflète à l'écran : elle a toujours trouvé très érotique de voir une épaule de femme (ou d’homme) sortir de l’eau. L’environnement australien amplifie cette sensualité, offrant la sensation d’être au bout du monde, plongé dans une nature ensorcelante, parfois presque irréelle. C'est un coin presque isolé de la terre, où les deux jeunes hommes vivent dans une baie reculée, voisins, dans deux immenses maisons qui dominent la mer, se rejoignant chaque matin pour aller surfer. Le silence y a toute sa place, et ce sont les vagues qui rythment le film. L'océan endosse un rôle primordial, semblant détenir un pouvoir à la fois sensuel et érotique, ses vagues étant filmées de manière suggestive. L'océan, par sa présence constante, semble effacer toutes les douleurs, toutes les fractures, et unit les protagonistes dans cet éden balnéaire. Cette immersion dans un cadre idyllique participe à l'envoûtement du spectateur, l'emportant à la fois par l'histoire, le lieu et cette mer bleue.

Un Casting Subtil et Puissant : Naomi Watts, Robin Wright et leurs "Fils"

Le choix des acteurs a été un processus méticuleux pour Anne Fontaine, visant à créer un couple d'actrices dont la gémellité serait palpable malgré des personnalités très différentes : Roz étant une sorte de commandant en chef, et Lil plus fragile, moins cérébrale. Doris Lessing, lors de leur rencontre, avait mis en garde la réalisatrice : « Ne prenez pas des actrices trop vieilles ! Pour que le côté sexuel de l’histoire ne vire pas au sordide. », une indication qui a conforté la volonté d'Anne Fontaine de tendre vers le beau.

Naomi Watts a été parmi les premières à recevoir un traitement du scénario et s'est montrée très emballée. La réalisatrice a senti que Naomi Watts lui ferait confiance, d'autant plus que l'actrice australienne connaissait bien Isabelle Huppert, avec qui Anne Fontaine avait déjà travaillé. Le choix de Robin Wright fut plus complexe. Julianne Moore fut la première à parler de Robin Wright à Anne Fontaine, qui, bien qu'adorant l'actrice, a mis du temps à se décider. Jusque-là, Robin Wright avait principalement incarné des rôles de victimes, et la réalisatrice craignait son côté mélancolique. Cependant, la nouvelle de Doris Lessing insiste sur le fait que le personnage de Roz lutte en permanence contre la mélancolie, posant la question de savoir si Anne Fontaine serait capable de l’emmener vers quelque chose de plus solaire. Malgré l'intérêt d'autres grandes actrices pour le film, le duo Watts-Wright a finalement été formé. Ces sublimes quadragénaires, blondes aux yeux bleus, peuvent finalement prétendre à la jeunesse des corps, donnant envie à une fille de 20 ans d'en avoir 40. Naomi Watts, 44 ans, et Robin Wright, 46 ans, jouent ici sans fard, au sens propre comme au figuré, les rôles de ces deux femmes qui s'éprendront chacune du fils de l'autre, âgés d'à peine vingt ans. Elles reproduisent avec ces garçons cette amitié particulière, presque virale, qui les unit. Leurs performances sont renversantes pour Robin Wright et d'un naturel désarmant pour Naomi Watts.

Le recrutement des deux acteurs australiens interprétant Tom et Ian, James Frecheville et Xavier Samuel, fut également un processus long. Il n'est pas si aisé de trouver des « fils » à des femmes possédant l'aura physique et les qualités d'actrices de Robin et Naomi. Leurs « enfants » devaient avoir une présence singulière et exercer une sorte de fascination immédiate, d'autant plus que la transgression centrale du récit se nourrit de l’effet de « miroir filial » : Roz cède à Ian parce que, entre autres raisons, celui-ci ressemble à Lil, parce qu’il est beau et attirant comme elle, et l'inverse se produit pour l'autre couple. Il était essentiel que les jeunes acteurs possèdent des tempéraments très différents : James plus animal, Xavier plus cérébral. James Frecheville avait été remarqué dans Animal Kingdom, où il jouait un jeune homme pris au piège d’une famille de criminels, tandis que Xavier Samuel avait déjà une expérience significative, ayant notamment tourné dans Twilight. Anne Fontaine a beaucoup travaillé avec eux avant le tournage, consciente que les acteurs anglo-saxons peuvent parfois tendre à surjouer. Ces deux jeunes acteurs, décrits comme des « dieux grecs » et dont les corps d'Apollon sont parfaitement filmés par la réalisatrice, se révèlent "juste à tomber par terre". Ils s'en tirent haut la main face à leurs immenses partenaires, se montrant sur un pied d'égalité, parfois même plus forts qu'elles dans leur détermination. Le personnage d'Ian (Xavier Samuel), avec sa détresse, émeut profondément, tout comme sa mère Lil.

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Une Réception Critique Partagée : Entre Éloge de l'Audace et Accusations de Superficialité

La réception critique de Perfect Mothers a été particulièrement contrastée, oscillant entre l'éloge de son audace thématique et des reproches quant à sa prétendue superficialité. Pour de nombreux observateurs, le film d'Anne Fontaine est un drame dont l'élégance n'a d'égale que la subtilité, capable de raconter une histoire avec intelligence et (presque) sans fausses notes, offrant des sensations fortes sans tomber dans le sensationnalisme. C'est une histoire qui sort de l'ordinaire, et bien qu'au premier abord la relation qui se développe puisse sembler malsaine, on finit par découvrir des sentiments très beaux et par s'attacher à chaque personnage. Le casting est jugé brillant, le propos explorant nos mœurs et leurs limites est mené avec beaucoup d’intelligence et une vraie science du rythme. Une douce sensualité, servie par des corps et des visages parfaits dans un paysage idyllique, traverse ce film de bout en bout, au point que l'on pourrait en oublier qu'il est ici plus question d’une relation incestueuse - la ressemblance physique entre ces deux jolies quadras blondes aux yeux bleus étant constamment soulignée - qu'un simple phénomène de société mettant en scène des cougars. Certains spectateurs ont été totalement chamboulés, emportés par l'histoire, le lieu, la mer bleue, ce coin presque isolé de la terre, la musique et des acteurs formidables. La réalisatrice française est louée pour avoir réussi à éviter les écueils inhérents à un tel genre d'histoire, engageant deux immenses actrices, l'Australienne Naomi Watts et la sublime Robin Wright. Les critiques positives soulignent que l'histoire prend sans cesse des chemins inattendus et que la fin est surprenante et enchantée, la bande-annonce ayant astucieusement induit le public en erreur. Pour certains, c'est sans aucun doute leur film préféré depuis très longtemps.

Cependant, une autre frange de la critique a émis des réserves significatives, voire des condamnations acerbes. Ces voix estiment que si le thème pouvait inspirer la gêne et faire naître le malaise, le film échoue piteusement en évitant soigneusement toute prise de risque. Anne Fontaine est accusée de rester à la surface, évitant tous les obstacles sans audace, se montrant peu courageuse et se reposant trop sur le jeu de ses actrices de renom. Chaque moment-clé est à peine traité, réduit à quelques larmes ou regards dans le vide, laissant le spectateur se demander comment faire naître la compassion et la réflexion avec un traitement aussi lisse et, pour certains, aussi stupide. Certaines scènes sont décrites comme étant sorties d’un mauvais soap-opera, avec une musique d’ascenseur érotisante et ringarde en guise de bande sonore. Ces critiques reprochent à la réalisatrice anglophile un manque de courage artistique flagrant, la voyant se réfugier le plus souvent derrière des ellipses là où il y avait matière à enfin creuser la psychologie et les tourments de ses personnages. Le choix de deux jeunes éphèbes tout droit sortis du calendrier des Dieux du stade n'aurait fait qu'accentuer l'impression de superficialité. Au final, l'expérience de Perfect Mothers (avec un questionnement sur le non-maintien du titre original Two Mothers) est comparée à la lecture désolante d'un roman-photo de plage, où les protagonistes passent la majeure partie de leur temps, car, selon cette critique, tout se réglerait avec une séance de bronzage, un peu de surf et un verre de vin blanc. Anne Fontaine est perçue comme positionnant trop souvent sa caméra au-dessus des vagues, allant jusqu'à donner le mal de mer(e) au spectateur. Sans enjeux profonds, le film resterait lui aussi à la surface. Seule Robin Wright semble parfois garder la tête hors de l’eau, peinant à conserver une certaine crédibilité dans ce "bouillon fadasse" qui tourne progressivement au ridicule, les rires des spectateurs dans la salle n’attestant pas d’un malaise mais bien d’un sentiment que ce qui leur est projeté ne tient absolument pas la route, la faute à des dialogues navrants et à une mise en scène sans âme. La question de savoir si Perfect Mothers rencontrera son public est posée, avec une pointe de sarcasme, en suggérant que le succès pourrait reposer sur un public de "housewives mal-aimées" ou de spectateurs cherchant à intellectualiser ce qui ne doit pas l’être pour se donner un genre.

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