Types de voiles et leur fonctionnement

"Les passions sont les vents qui enflent les voiles des navires. Elles le submergent quelquefois, mais sans elles il ne pourrait voguer" (Voltaire, Zadig ou la destinée, 1747). La voile est l'un des moyens les plus anciens et les plus élégants de se déplacer sur l'eau, un art qui a évolué au fil des siècles. Les innovations dans le design, la conception et la technologie ont permis aux marins de naviguer plus efficacement et plus sûrement. La plupart des voiliers sont gréés en sloop, ce qui signifie qu’ils sont composés de deux voiles triangulaires, la grand-voile, à l'arrière du mât, et la voile d’avant.

Dans cet article, nous explorerons les différents types de voiles utilisées sur les voiliers à un mât, en mettant en lumière leurs caractéristiques, leur fonctionnement et leur importance dans la navigation.

La grand-voile

Présente sur la quasi-totalité des voiliers de plaisance, la grand-voile est facilement reconnaissable car elle est située à l’arrière du mât. C’est la voile principale d’un voilier à mât unique, elle mesure généralement 160 m2 et a une forme triangulaire. La grand-voile est essentielle à la navigation et permet de diriger le bateau et de contrôler sa vitesse, en se gonflant ou en se réduisant. Elle est maintenue par des lattes rigides qui permettent d’améliorer le profil de la voile et sa prise au vent.

Fonctionnement et utilisation

La grand-voile est accrochée à la tête du mât avec une drisse, un bout qui permet de modifier la forme de la grand-voile. Son utilisation est simple, sur certains bateaux, elle se hisse même à l’aide d’un rail ce qui facilite encore plus son maniement. On peut régler sa superficie en baissant la voile selon la force du vent, une technique appelée "prendre des ris". Les IMOCA ont 3 ris. Pour protéger la grand voile des UV du soleil et de la lune, on la range le soir dans une housse appelée taud. On plie la GV en accordéon sur la bôme, puis le taud la recouvre. Il existe un autre système de rangement composé d’un sac qui reste en place sur la bôme (lazy bag) et de cordes (lazy jack) qui permettent de diriger la chute de la voile directement dans le lazy bag.

Composition et durée de vie

La durée de vie de cette voile principale est d'environ 3 ans de navigation, mais cela dépend surtout de la puissance du vent auquel elle a fait face. Comparé aux voiles d’avant, cette voile est bien plus résistante et moins coûteuse. En effet, son prix moyen se situe autour des 1 000€, ce qui est bien inférieur au prix des autres voiles du bateau. Il existe 4 variétés différentes pour la composition des grands-voiles : les fibres, les tissés, les laminés et les membranes. Chacune de ces variétés contient des fils, fibre de carbones, du polyester et fibres de nylon, où le pourcentage varie en fonction de la variété et du tissage.

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Les voiles d'avant

Les voiles d'avant jouent un rôle essentiel à bord d'un voilier, modulant la puissance et la maniabilité du bateau selon les conditions météorologiques et les allures. Le choix de la voile d’avant d’un bateau dépend de plusieurs facteurs: le type de voilier, le contexte d’utilisation de cette dernière (croisière, tour du monde, régate), le niveau de navigation de l’équipage et du skipper (facilité d’utilisation), les performances désirées (confort, rapidité), mais aussi du budget disponible. Il existe plus d’une dizaine de voiles d’avant, mais nous nous concentrerons sur les 4 voiles les plus utilisées : le génois, le foc, le solent et le tourmentin. En courses, les focs (voiles d’avant) se nomment J (J1 à J3).

A. Le génois

Le génois est la voile d’avant la plus grande, c‘est une voile trapézoïdale. Il est généralement utilisé pour naviguer à des allures de croisière en voilier en haute mer. Il est constitué de Dacron, un textile synthétique qui permet une grande rigidité et une robustesse de la toile. C’est une voile de près, ce qui signifie qu’on navigue avec lorsque le bateau est situé à moins de 40 degrés du vent.

Caractéristiques

Le taux de recouvrement du génois est supérieur à 100%, cela signifie que sa hauteur atteint la tête du mât et que sa largeur occupe l’espace entre le mât et le nez du bateau. Les avantages du génois sont sa facilité à manoeuvrer et sa souplesse. Néanmoins, son coût est élevé lors de l’achat et de l’entretien. Les génois à fort recouvrement sont très propulsifs au portant, mais peu adaptés au louvoyage. L’intérêt du recouvrement est de créer un couloir entre les deux voiles qui favorise l’écoulement de l’air sur la face externe (extrados) du génois, ce qui permet de mieux serrer le vent.

Utilisation

Le génois est très utilisé et souvent installé sur un enrouleur, autour de l’étai. Cela permet de pouvoir le dérouler tout en restant à l’intérieur du cockpit sans avoir à aller hisser la voile à l’avant. Le J1 est le plus grand foc (140 m2). Cette voile va jusqu’au mat mais ne le dépasse pas et est utilisée quand le vent vient de devant (allure de près pour les experts).

B. Le foc

Le foc est une voile plus légère et plus petite que le génois. Sa particularité est qu’il ne remonte pas jusqu’en haut du mât, ce qui le rend facilement reconnaissable. Il est aisément maniable grâce à sa forme creuse qui lui permet d’éviter les transitions violentes quand le voilier se situe de travers.

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Avantages et inconvénients

L’avantage d’avoir une voile creuse et non raide est qu’elle se dégrade beaucoup moins rapidement, néanmoins, le bateau sera beaucoup plus lent durant la navigation. Le foc est donc une voile idéale pour naviguer à un rythme de croisière, proche des côtes. Son prix est logiquement moins élevé que celui des autres voiles grâce à sa superficie. De plus, sa durée de vie est d’environ 5 ans, cependant elle peut s'abîmer rapidement face à des rafales de vents.

C. Le solent

Le solent est une voile d’avant de taille intermédiaire entre le génois et le foc, son recouvrement monte jusqu’à la tête du mât mais n’est pas aussi large que le génois. Ce dernier est une voile raide, ce qui signifie que la voile ne se gonfle pas lorsqu'elle prend le vent, et donc qu’elle est bien plus performante. Il est souvent utilisé en régate grâce à la vitesse qu’il permet d’atteindre.

Défis

Le solent est cependant difficile à manier et à hisser de par de son poids important émanant de sa taille et de sa composition en polyester bien plus dense que les autres voiles. Par ailleurs, cette voile se détériore rapidement car le vent détend les tissus et qu’elle se plie lorsqu’elle est enroulée.

D. Le tourmentin

Le tourmentin est une petite voile, semblable à un foc, qui est constitué de tissu épais et conçu pour être très résistant. Malheureusement lorsqu’on le hisse, ce n’est pas bon signe. C’est en effet une voile de tempête que l’on dresse durant les vents puissants qui risquent de déchirer les autres voiles.

Utilisation en conditions extrêmes

Utilisé exclusivement dans des conditions de vent violent, le tourmentin est une voile d'avant réduite et résistante. Sa taille limitée et sa position basse sur un bas étai permettent d'abaisser le centre de voilure, ce qui stabilise le bateau en réduisant le roulis et les risques de chavirage. Souvent fabriqué en tissu épais et renforcé, le tourmentin est un outil de survie indispensable en haute mer. Il s'installe en cas de tempête pour garantir la sécurité de l'équipage et préserver le gréement principal. Facile à transporter, on le retrouve souvent dans la cale des voiliers de navigateurs réguliers pour qui, sortir durant des vents de force 5 est une partie de plaisir. Il est d’ailleurs conseillé d’en avoir un dans tous les voiliers en cas de rafales imprévues. Plus petite que la trinquette, cette voile de 65 m2 est prévue pour le gros temps. Elle mesure environ 50 m2 et peut s’affaler. C’est un tout petit foc obligatoire dans le règlement.

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Les spinnakers

Les voiliers peuvent aussi comporter un spinnaker ou “spi”. Cette sorte de voile ressemble à un parachute, on la hisse lorsque l’on souhaite que le voilier navigue à des allures importantes, en recevant le vent à l’arrière. Contrairement aux autres voiles, le spi n’est pas forcément fixé sur l’étai. Le spi reste la plus grande voile du bord (400 m2 ) et est utilisé entre 7 et 15 noeuds de vent.

A. Le spinnaker symétrique

Un spinnaker symétrique est idéal pour naviguer aux allures grand-largue et par vent d’arrière. Il offre une grande vitesse, ce qui est idéal pour les voiliers mais aussi les catamarans, néanmoins il nécessite des compétences de manoeuvrabilité supérieure à celles du spi asymétrique. Le spinnaker symétrique peut être hissé avec son point de drisse en haut du mât et une poulie ou des bouts. Le textile utilisé pour le spinnaker est l’un des facteurs essentiels qui lui permet sa légèreté. Le spi symétrique est généralement fait en nylon.

B. Le spinnaker asymétrique

Le spinnaker asymétrique est plus récent que le symétrique. Il fût conçu spécialement pour la course. Sa particularité est qu’il est beaucoup moins creux que le spi symétrique, ce qui lui permet d’être encore plus rapide. Par ailleurs, ce dernier ne navigue pas par vent d’arrière, mais uniquement par grand-largue ou vents de travers. Le textile utilisé pour le spinnaker est l’un des facteurs essentiels qui lui permet sa légèreté. Le spi asymétrique lui, est fait de polyester.

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