Née à Clermont-Ferrand, Alice Modolo, une figure emblématique de l'apnée française, a forgé son destin entre la rigueur des études médicales et l'appel irrésistible des profondeurs océaniques. Sa trajectoire est celle d'une détermination sans faille, d'une quête de sens et d'une exploration des limites du corps et de l'esprit humain. Dentiste de formation, elle est devenue une apnéiste de renommée mondiale, repoussant constamment les frontières de sa discipline. Son parcours est une démonstration éclatante que la passion peut transformer une vie et mener à des accomplissements extraordinaires, bien au-delà des chemins initialement tracés.
Le parcours d'une dentiste au souffle coupé
Le cheminement d'Alice Modolo débute classiquement, en suivant les traces familiales. Elle décide de suivre les traces de ses parents, tous deux dentistes, et d’intégrer la faculté de médecine après l’obtention de son bac. En 2009, elle sort diplômée docteur en chirurgie dentaire par la faculté d’odontologie de sa région. Cette étape, fondatrice de sa première carrière, semblait la destiner à une vie stable et prévisible, vouée aux soins bucco-dentaires.
Pourtant, sous cette surface professionnelle se cachait une soif d'aventure et une capacité à se réinventer. La réponse à un appel plus profond n'était pas forcément évidente pour cette fille de dentistes. Elle était vouée à rester à Clermont-Ferrand, à reprendre le cabinet dentaire de ses parents. Elle se considérait comme un petit soldat. Sa sœur est dentiste aussi, ce qui renforçait cette voie toute tracée. Quand Alice Modolo s'est dit, à 35 ans, qu'elle allait quitter son métier de chirurgien-dentiste, pour un sport extrême sans argent, même elle se donnait des frissons. En même temps, il n’y avait que ça qui l'animait. Elle s'est alors dit : Alice, ose, va découvrir ce que personne ne peut découvrir pour toi. Cette décision audacieuse marque le véritable point de bascule, le moment où la dentiste commence à embrasser pleinement son identité d'apnéiste. L'apnée, bien qu'arrivée assez tard dans sa vie, allait devenir une force motrice, modifiant radicalement sa perception du monde et d'elle-même.
L'appel du grand bleu : des débuts inattendus en apnée
Avant de dominer les profondeurs en apnée, la relation d'Alice Modolo avec l'eau était loin d'être idyllique ou évidente. À 13 ans, elle a passé son niveau 1 de plongée bouteille. Cependant, elle avait le mal de mer et c'était épuisant lors des sorties pour valider son niveau 1. C'était un univers à apprivoiser et quelque chose l'avait captivée, mais les contraintes étaient également présentes. Il fallait avoir 16 ans pour valider le niveau 2, donc elle a abandonné la plongée bouteille. Pendant son adolescence, elle n'a pas fait d'autres activités sportives, ne comprenant pas ce que le sport pouvait lui apporter.
L'étincelle sportive fut ravivée par un événement collectif marquant. La Coupe du monde 98 lui a donné envie de faire du sport. À 14-15 ans, cela a évolué. Puis, pendant son année de médecine, elle avait un camarade brillant qui faisait beaucoup de sport alors que le travail était colossal. Elle a compris que cela lui apportait énormément pour être dans l'intensité intellectuelle. Cette prise de conscience l'a poussée à l'action. Elle s'est mise à courir, à nager, à danser. Ce n'est que plus tard qu'elle est revenue à la plongée pour passer son niveau 2 à la piscine de Coubertin.
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C'est là, dans l'environnement familier d'une piscine, que sa vie prit un tournant décisif. Sur le même créneau horaire, à la ligne d'eau d'à côté, il y avait des apnéistes. Elle passait son temps à les regarder. Tandis qu'elle était harnachée dans 1,50 m d'eau, accroupie avec ses bouteilles sur le dos, eux étaient complètement libres avec leurs palmes. C'est à ce moment précis qu'elle a dit : « je veux faire ça » ! L'année suivante, elle est passée de l'autre côté, rejoignant leur discipline, et elle s'est fait repérer par le président du club.
L'eau n'était pas son élément comme la plupart des apnéistes. Elle a dû apprendre ce que c'était d'être une athlète. La performance, la discipline, elle la connaissait à travers son métier de médecin, mais de là à la retranscrire dans du sport, c'était une autre histoire. Cette transformation a demandé un engagement total, tant physique que mental, pour apprivoiser cet environnement et y exceller.
La puissance du mental et de la respiration : la clé de la performance
Les débuts compétitifs d'Alice Modolo dans l'apnée ont rapidement révélé un talent inné, malgré les défis initiaux. Elle a commencé à faire des compétitions, et elle était forte assez naturellement, ce qui l'intriguait beaucoup. Cette force inattendue l'a poussée à explorer les profondeurs de sa capacité, non seulement physique mais surtout mentale.
Le mental est devenu un pilier fondamental de son approche. Cela mettait en relief ce qu'était le mental, comme elle n'avait pas le physique de certains athlètes. Tout apnéiste vous dira que c'est une discipline mentale, et elle l'a pris littéralement. Cela a été toute sa quête. Pour la quintuple championne de France, l'apnée est plus qu'un sport, c'est un art de vivre. Elle est encore un peu novice dans ce monde du sport, étant devenue sportive en 2019. Elle a parié sur deux choses, le mental et la respiration pour faire la différence, et ça a marché. Dans cette discipline, il ne suffit pas de faire gonfler ses muscles qui vont consommer beaucoup d’oxygène pour faire la différence. Elle confie même : « Je suis meilleure dentiste qu’apnéiste », une déclaration qui souligne son humilité et sa perspective sur la maîtrise de sa nouvelle discipline.
Malgré cette modestie, son entraînement est rigoureux et adapté aux exigences de l'apnée de haut niveau. Afin d’atteindre ses objectifs, la célèbre apnéiste s’est entraînée rigoureusement 3 fois par semaine en mer en plus de ses entraînements de Crossfit et Yoga. Cette combinaison d'exercices physiques et de pratiques axées sur le corps et l'esprit est essentielle pour développer l'endurance, la flexibilité et la concentration nécessaires pour les plongées profondes.
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Le corps humain, malgré les défis, est un allié précieux. Le corps humain est bien fait, il est là pour nous protéger. Quand il n’est pas sûr, il n’y va pas. Quand il n’est pas serein, il écourte notre plongée. Cette écoute attentive de son organisme est cruciale dans un sport où la survie dépend de la capacité à interpréter les signaux internes et à ne jamais outrepasser ses limites. L'apnée, pour Alice Modolo, est ainsi une discipline où la performance est intrinsèquement liée à une profonde compréhension de soi et à une gestion maîtrisée de l'esprit.
Records et consécration : la première Française à 100 mètres
L'ascension d'Alice Modolo dans le monde de l'apnée a été fulgurante, marquée par une série de victoires et de records qui ont rapidement établi sa réputation. C’est alors quelques semaines après ses débuts qu’elle se lance dans sa toute première compétition. Les années qui suivent sa victoire, elle obtient plusieurs titres et records de France, dont le titre de vice-championne du monde par équipes en 2012. Ces succès initiaux ont prouvé son potentiel exceptionnel.
L'un de ses derniers objectifs était d’être la première française à atteindre les 100 mètres de profondeur. C'est un seuil mythique dans le monde de l'apnée, symbolisant une performance d'élite absolue. L'apnéiste clermontoise est la première française à franchir la barre mythique des 100 mètres en monopalme poids constant. Cette prouesse majeure s'est concrétisée en 2021, l'année où elle a signé son premier record du monde bi-palmes et est devenue la 1re Française à passer la barre des 100 mètres en monopalme, se classant ainsi 8e au monde. Elle a confirmé cette performance en 2022 avec un record du monde à 96 mètres en bi-palmes. Avant cela, elle avait déjà atteint 101 mètres en monopalme, une prouesse réalisée avant l'interruption causée par la période du Covid.
Ces performances la placent parmi l'élite mondiale de sa discipline. Elle est montée sur la 3e marche aux mondiaux aux côtés de deux femmes qui dominent la discipline depuis dix ans, qui pourraient être sur le podium des hommes. C'est génial, car elle se mesure à des athlètes qui sont dans le haut niveau depuis tout petit. Les femmes challengent les hommes, et elle est dans le Top 10. C'est dingue. Miser sur le mental a payé, une conviction profonde qui s'est traduite par des résultats concrets et spectaculaires.
Son parcours continue d'être jalonné de défis de taille. Son agenda inclut des compétitions majeures : cet été, il y a les championnats de France à Villefranche-sur-Mer, puis les Mondiaux en octobre. Ces événements sont autant d'opportunités de briller et de continuer à repousser les limites de l'apnée. L'une de ces compétitions à venir est le Championnat du monde d’apnée au Honduras dans la catégorie poids constant monopalme. Elle y espère briller comme l’an passé où elle a terminé 3e. Cependant, elle aborde ce championnat avec une appréhension légitime, car c’est à Roatan, au Honduras, qu’elle a fait son unique syncope, en 2019, à cause des courants. Il y a ce passif. Il va falloir qu'elle gère cela. Cette conscience des risques et la nécessité de les gérer font partie intégrante de son approche de la performance.
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L'apnée entre art et engagement : le corps, l'esprit et les causes
Au-delà de la simple performance sportive, Alice Modolo perçoit l'apnée comme une discipline qui engage l'être tout entier, mêlant la rigueur physique, la maîtrise mentale et une profonde connexion avec le corps. L'apnée fera toujours partie de sa vie, sourit Alice. Ça l’a ouverte au monde. C’est quelque chose qui l’a construite et l’a révélée. Elle est consciente des paradoxes de son engagement : elle avait le mal de mer et elle l'a toujours. Ça a été crescendo.
Dans un sport réputé dangereux, elle ne met pas sa vie en jeu selon ses dires, mais elle est pleinement consciente des risques. Elle se prive de respirer, elle a bien conscience que les risques sont présents. Avant tout, elle veut aller vers le sport de haut niveau en prenant soin d'elle. Elle fait d'ailleurs un parallèle instructif : « Combien de rugbymen ont eu des traumatismes crâniens et sont abîmés à la fin de leur carrière ». Alice Modolo poursuit en expliquant que c’est commun que le sport de haut niveau ne soit pas anodin tant les performances sont exigeantes. Néanmoins, elle pense que c’est possible d’atteindre la performance, l’excellence et le haut niveau en prenant soin de son corps. Ce qu’elle apprend dans son sport, c’est quelque chose qui peut être bénéfique pour tous les autres sports. La respiration, c’est la base. L’idée est aussi de savoir écouter son corps, ses émotions. Il y a toujours cette boule au ventre quand on ajoute des mètres, c’est la peur de l’inconnu. Mais le corps humain est hyper bien fait et il est là pour nous protéger. Quand il n’est pas sûr, il n’y va pas. Quand il n’est pas serein, il écourte notre plongée.
Après avoir passé sept années d’études en médecine, Alice est toujours aussi fascinée par le pouvoir du corps humain. D’ailleurs, elle a une façon imagée pour le décrire : elle a l’impression d’être la cavalière d’un pur-sang. Quand elle a fait les 100 m et ce record du monde, c’était un pur-sang fougueux, qui allait à 100 à l’heure, qui réfléchissait à rien. Il savait où il allait. Aujourd’hui, elle apprend à mieux maîtriser cet instinct sauvage pour canaliser cette puissance afin de ne pas se brûler les ailes. Elle rentre dans une dynamique où tout doit être fait avec justesse, finesse et précision. Et ça demande beaucoup de maîtrise.
Pour Alice, le secret de sa réussite est surtout une recherche du geste parfait mélangé à de l’esthétisme. Elle était bien sûr ravie d’avoir fait un record du monde en bipalmes, mais elle l’était encore plus quand les gens lui ont dit qu’elle avait la grâce d’une danseuse sous l’eau. Quand c’est beau, c’est performant.
Cette quête de sens et cette connexion profonde avec ses valeurs se reflètent aussi dans ses choix. Elle a pris le parti de ne pas floquer des marques de luxe sur sa poitrine comme le font ses homologues masculins, mais des valeurs, des causes qui lui tiennent à cœur, et notamment l'association Grégory Lemarchal et Planète Urgence. C'était très important de mettre du sens dans ses plongées. C'est sa seconde peau et quand elle a ces deux logos floqués sur elle, cela l'aide. Parfois, elle met sa main sur la poitrine pour respirer et elle sent ces logos sous sa main. Elle est en train de vivre sa passion, dans un environnement extraordinaire, elle peut donner trois minutes de son temps et elle pense à ceux qui n'ont pas trouvé leur passion. Quand l'envie n'est pas là, cela donne du sens à ce qu'elle est en train de faire.