Le monde de la culture et du patrimoine est animé par des figures dévouées, dont l'engagement façonne l'accès du public à l'histoire et à l'art. Parmi elles, Delphine Cano se distingue par une carrière riche et un parcours professionnel marqué par une profonde implication dans la conservation et la médiation. Son récent départ des Musées départementaux de l'Ain pour une nouvelle mission au cœur de la métropole lyonnaise marque un tournant significatif, invitant à une rétrospective sur les contributions remarquables qu'elle a apportées au patrimoine durant plus d'une décennie.
Une trajectoire professionnelle façonnée par la passion du patrimoine et la transmission
La carrière de Delphine Cano est ancrée dans une solide formation et une passion précoce pour le patrimoine. Elle avait pris ses fonctions en 2009, en provenance de Paris, fraîchement diplômée de l’Institut national du patrimoine. Cette institution d'excellence, reconnue pour former les conservateurs du patrimoine de l'État et des collectivités territoriales, lui a conféré les outils intellectuels et méthodologiques essentiels pour aborder les défis complexes de la gestion des collections, de la muséographie et de la médiation culturelle. Le fait d'être "fraîchement diplômée" souligne une entrée dynamique dans le secteur, armée des connaissances les plus actuelles en matière de conservation et de valorisation. Son parcours initial, qui l'a menée "en provenance de Paris," évoque une immersion directe dans les centres névralgiques de la culture française avant de s'engager dans le dynamisme des territoires.
Cette trajectoire est d'autant plus singulière qu'elle s'appuie sur une expérience pédagogique antérieure. À 41 ans, cette ancienne enseignante dans le secondaire quitte son poste, ce qui révèle une double compétence, celle de la transmission des savoirs et celle de leur préservation. La capacité à articuler la rigueur scientifique de la conservation avec les impératifs pédagogiques et didactiques de l'enseignement est un atout précieux dans le milieu muséal. Elle permet une approche holistique de la diffusion culturelle, où la compréhension des publics, en particulier des jeunes générations, est placée au centre des préoccupations. Ce socle éducatif, combiné à l'expertise en patrimoine, a sans doute nourri sa vision d'un musée ouvert, accessible et vecteur de sens pour tous, une philosophie qui a imprégné ses actions futures. Le passage de la salle de classe à la direction des musées illustre une continuité dans la vocation de partage et de mise à disposition du savoir, mais avec un champ d'action élargi aux objets, aux lieux et aux récits historiques.
Onze années dédiées aux Musées départementaux de l'Ain : un héritage diversifié et des missions d'envergure
Après ces onze années au service de la direction des Musées départementaux de l’Ain, Delphine Cano tire sa révérence, laissant derrière elle un bilan étoffé de réalisations et une empreinte significative sur le réseau muséal du département. La directrice des Musées départementaux, comprenant le Domaine des saveurs (Saint-Cyr-sur-Menthon), le musée du Revermont (Cuisiat), celui du Bugey-Valromey (Lochieu), de la Résistance (Nantua) et des Soieries Bonnet (Jujurieux), a géré un ensemble d'établissements aux identités et aux vocations distinctes. Cette diversité représente un défi constant et stimulant pour une conservatrice, qui doit adapter ses stratégies de gestion, de collection et de valorisation aux spécificités de chaque site.
Le Domaine des Saveurs - Les Planons à Saint-Cyr-sur-Menthon incarne la richesse du patrimoine agricole et culinaire de la Bresse. Ce musée ethnographique en plein air, avec ses bâtiments authentiques et ses collections liées à la vie rurale, offre une plongée immersive dans les traditions bressanes. Le travail de Delphine Cano y a probablement impliqué la valorisation des savoir-faire locaux, l'organisation d'événements thématiques autour de la gastronomie et la préservation d'un patrimoine vivant, essentiel à l'identité du territoire. Il s'agit d'un lieu qui célèbre la mémoire des gestes et des saveurs, nécessitant une approche sensible à l'histoire sociale et économique de la région.
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Le Musée du Revermont à Cuisiat s'attache à la conservation et à l'interprétation du patrimoine du Revermont. Axé sur la vie quotidienne, les métiers anciens et les traditions populaires de cette micro-région, il contribue à maintenir vivante la mémoire collective des habitants. La gestion d'un tel musée implique une attention particulière aux collections d'objets du quotidien, aux témoignages oraux et à la transmission des modes de vie d'antan. Sous sa direction, des actions ont certainement été menées pour renforcer le lien entre le musée et la communauté locale, faisant de l'établissement un véritable lieu de rencontre et d'échange intergénérationnel.
Le Musée du Bugey-Valromey à Lochieu, quant à lui, met en lumière les spécificités culturelles et historiques de la région du Bugey et du Valromey. Niché dans un cadre naturel typique, ce musée explore les thèmes de la vie en montagne, des activités artisanales et industrielles locales, ainsi que l'évolution des paysages et des sociétés. Il s'agit d'un musée de territoire par excellence, dont la mission est de raconter l'histoire d'une population à travers son environnement et ses productions. Les efforts de Delphine Cano ont pu se concentrer sur l'enrichissement des collections reflétant ce patrimoine unique et sur le développement d'expositions capables de captiver un public varié, des résidents locaux aux visiteurs extérieurs.
Le Musée des Soieries Bonnet à Jujurieux représente un pan essentiel de l'histoire industrielle du département de l'Ain. Cet ancien site de production, transformé en musée, témoigne de l'âge d'or de la soierie lyonnaise et de son implantation locale. Il conserve des machines d'époque, des échantillons de tissus et des archives qui racontent l'histoire sociale des ouvriers et des entrepreneurs. La gestion de ce type de musée demande une expertise dans la conservation des collections techniques et textiles, ainsi qu'une capacité à retracer les évolutions technologiques et les conditions de travail. Delphine Cano a supervisé la mise en valeur de ce patrimoine industriel, soulignant l'ingéniosité humaine et l'impact économique de cette activité sur la région.
Enfin, le Musée de la Résistance de Nantua est un lieu de mémoire capital, dédié aux événements de la Seconde Guerre mondiale et à l'héroïsme des résistants de l'Ain. Ce musée, au centre des préoccupations mémorielles du département, a bénéficié d'une attention particulière de sa part, comme en témoigne le chantier de rénovation majeur qu'elle y a piloté. La gestion d'un tel site exige non seulement une rigueur historique et scientifique, mais aussi une grande sensibilité aux questions de la mémoire, de l'éducation civique et de la transmission intergénérationnelle des valeurs de la Résistance. La direction d'un réseau aussi hétérogène de musées est une tâche complexe qui demande des compétences multiples : en gestion de projet, en ressources humaines, en conservation préventive et curative, en élaboration de politiques culturelles, et en recherche de financements. Durant ces onze années, Delphine Cano a su naviguer entre ces différentes exigences, garantissant la vitalité et l'attractivité de ces institutions essentielles à la vie culturelle du département de l'Ain.
Le Musée de la Résistance de Nantua : un chantier emblématique et une reconnaissance nationale pour l'accessibilité
Parmi les chantiers réalisés, Delphine Cano retient celui mené au musée de la résistance de Nantua, rouvert en 2017 après avoir été rénové intégralement. Cette rénovation intégrale représente bien plus qu'une simple mise à jour esthétique ; elle englobe une transformation profonde de l'espace muséal, de ses infrastructures à sa présentation scientifique et pédagogique. Une rénovation intégrale implique souvent la mise aux normes des bâtiments (sécurité incendie, accessibilité physique), la modernisation des équipements (éclairage, climatisation, systèmes de sécurité des œuvres), et une refonte complète de la scénographie. Il s'agit d'un processus lourd, nécessitant une planification méticuleuse et une coordination entre de nombreux corps de métier. L'objectif était de faire du musée de Nantua non seulement un lieu de mémoire respectueux de son sujet, mais aussi un espace d'apprentissage moderne et engageant pour toutes les catégories de public.
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La pierre angulaire de ce projet a été l'accessibilité. « Nous avons revu tout le parcours de manière à le rendre accessible à tous. » Cette phrase, simple en apparence, incarne une démarche inclusive et avant-gardiste dans le milieu muséal. Rendre un parcours accessible à tous signifie prendre en compte la diversité des besoins et des handicaps :
- Accessibilité physique : Suppression des obstacles architecturaux (rampes, ascenseurs, larges portes, espaces de circulation dégagés) pour les personnes à mobilité réduite.
- Accessibilité sensorielle : Mise en place d'outils pour les personnes malentendantes (boucles magnétiques, transcriptions) et malvoyantes (cartels en grands caractères, braille, audioguides descriptifs, reproductions tactiles des objets).
- Accessibilité cognitive : Simplification du langage, utilisation de pictogrammes, supports multimédias interactifs, parcours de visite adaptés pour les personnes ayant des troubles de l'apprentissage ou une déficience intellectuelle.
- Accessibilité psychique : Création d'environnements calmes, d'espaces de repos, d'informations claires sur le contenu potentiellement sensible, pour les personnes ayant des besoins spécifiques en matière de bien-être mental.L'objectif était de s'assurer que l'expérience de visite soit enrichissante et confortable pour chaque individu, indépendamment de ses capacités.
Ce travail méticuleux sur la muséographie est d'autant plus remarquable que « Toute la muséographie a été pensée en interne. » Cela signifie que l'équipe du musée, sous la direction de Delphine Cano, a été au cœur de la conception et de la réalisation de l'exposition. Cette approche interne présente plusieurs avantages majeurs : une connaissance approfondie des collections et de l'histoire locale, une grande cohérence dans le message scientifique et pédagogique, et une plus grande flexibilité pour adapter le projet aux ressources disponibles et aux objectifs spécifiques. Cela témoigne d'un savoir-faire et d'une expertise développés au sein même des équipes départementales, renforçant la capacité d'innovation et la maîtrise des projets culturels. Cette démarche interne a permis d'insuffler une vision unique et authentique au musée, loin des approches parfois standardisées que peuvent induire des prestataires externes.
Le couronnement de ces efforts est venu avec une reconnaissance officielle. Un savoir-faire récompensé par le label Tourisme et handicap en 2019, à classer au rayon des bons souvenirs. L'obtention de ce label national est une distinction significative. Il est attribué aux établissements touristiques et culturels qui s'engagent à offrir un accueil de qualité aux personnes en situation de handicap (moteur, visuel, auditif, mental). Ce label est une garantie pour les visiteurs concernés et leurs accompagnants, attestant que le musée a mis en place des solutions concrètes pour faciliter leur accès et leur visite. Pour le musée de la Résistance de Nantua, il signifie une reconnaissance de son engagement citoyen et de sa volonté de faire de la mémoire un bien commun, accessible à tous. Ce label n'est pas seulement un indicateur de qualité ; il est le symbole d'une institution qui a su intégrer les principes d'inclusion sociale au cœur de sa mission culturelle, offrant une expérience significative à un public souvent sous-représenté dans les lieux culturels. Le fait que Delphine Cano le classe parmi ses "bons souvenirs" souligne l'importance qu'elle accorde à l'impact social de son travail, au-delà de la simple conservation des œuvres.
Une nouvelle étape dans la métropole lyonnaise : au cœur de l'histoire gallo-romaine
Après une période aussi riche et fructueuse dans l'Ain, Delphine Cano se tourne vers de nouveaux horizons professionnels, porteurs d'un nouveau défi d'envergure. À 41 ans, cette ancienne enseignante dans le secondaire quitte son poste pour rallier la métropole de Lyon, où elle sera en charge du service scientifique du musée gallo-romain de Fourvière - le Lugdunum, musées et théâtres romains-. Ce transfert vers une institution de la taille et de la réputation de Lugdunum marque une progression notable dans sa carrière. Le musée Lugdunum, avec ses collections exceptionnelles et sa proximité immédiate avec les vestiges des théâtres romains de Fourvière, est un site archéologique et muséal de première importance en France. Il offre une plongée fascinante dans l'histoire de Lugdunum, l'ancienne capitale des Gaules, fondée en 43 av. J.-C., et témoigne de la grandeur de la civilisation romaine.
Être en charge du service scientifique d'un tel établissement implique des responsabilités étendues et exigeantes. Ce rôle est au cœur de la mission fondamentale d'un musée, celle de la recherche et de l'étude des collections. Ses attributions incluent probablement :
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- La conservation et l'étude des collections archéologiques : Supervision de l'inventaire, de la documentation, de la restauration et de la conservation préventive des milliers d'artefacts (céramiques, mosaïques, sculptures, monnaies, objets du quotidien) qui racontent l'histoire de Lugdunum. Cela nécessite une connaissance approfondie des méthodes archéologiques et des problématiques spécifiques aux vestiges gallo-romains.
- La recherche scientifique : Contribution et impulsion de programmes de recherche en lien avec les collections du musée et les sites archéologiques de la métropole lyonnaise. Cela peut inclure des partenariats avec des universités, des instituts de recherche et des archéologues.
- L'élaboration des expositions : Conception et supervision du contenu scientifique des expositions permanentes et temporaires, en veillant à la rigueur des informations et à la pertinence des messages.
- Les publications scientifiques : Coordination et rédaction de catalogues d'expositions, d'articles scientifiques, et de monographies sur les découvertes et les études menées par le musée.
- La valorisation du patrimoine : Travailler en étroite collaboration avec les équipes de médiation pour traduire la recherche scientifique en contenus accessibles et attrayants pour le grand public.Le passage de la direction générale d'un réseau de musées aux vocations diverses à une fonction scientifique spécialisée dans un musée emblématique de l'archéologie gallo-romaine représente une opportunité unique pour Delphine Cano d'approfondir son expertise dans un domaine précis du patrimoine. C'est un rôle qui exige une maîtrise des enjeux scientifiques et une capacité à diriger une équipe de spécialistes (archéologues, historiens de l'art, conservateurs-restaurateurs). Sa riche expérience en gestion et en médiation acquise dans l'Ain lui sera sans doute précieuse pour articuler la recherche avec les besoins du public et les impératifs de valorisation. Le musée Lugdunum, en tant que gardien de la mémoire de l'ancienne capitale des Gaules, est un maillon essentiel de la chaîne du patrimoine européen, et son service scientifique joue un rôle crucial dans la compréhension de nos racines antiques.
Réflexions sur un départ et l'essence du métier de conservateur
Le départ de Delphine Cano ne se fait pas sans une part d'émotion, révélant la profonde implication personnelle qui caractérise souvent le métier de conservateur. La directrice des Musées départementaux, après avoir tant donné pour le patrimoine de l'Ain, tire sa révérence non sans émotion : « Après toutes ces années, ça fait quelque chose de partir. On se retourne forcément pour regarder le travail accompli. » Cette réflexion souligne l'attachement que développent les professionnels du patrimoine envers les lieux et les collections dont ils ont la charge. Le travail accompli, au-delà des projets concrets, représente des années d'efforts, de dédicace et de passion pour la préservation et la transmission des récits historiques et culturels. Chaque objet, chaque exposition, chaque programme éducatif porte en lui une part de l'investissement de ces gardiens du temps. Se retourner pour regarder ce travail, c'est mesurer l'impact de son action sur l'accès du public à la culture, sur la vitalité des institutions et sur la pérennité du patrimoine. C'est aussi prendre conscience du chemin parcouru et de la satisfaction d'avoir contribué à une mission d'intérêt général.
Cet attachement s'étend naturellement aux équipes qui l'ont accompagnée dans cette aventure. Demain, la conservatrice saluera une dernière fois ses collègues « avec un pincement au cœur pour les musées, pour la richesse de leurs collections et de leurs équipes ». Les musées ne sont pas de simples dépôts d'objets ; ce sont des organismes vivants, animés par des femmes et des hommes dont l'expertise et la passion sont indissociables de leur fonctionnement. La richesse des collections est une évidence pour toute institution muséale, mais la "richesse de leurs équipes" est tout aussi fondamentale. Cela inclut les conservateurs adjoints, les régisseurs d'œuvres, les médiateurs culturels, les restaurateurs, le personnel d'accueil et administratif - tous contribuent, chacun à leur niveau, à la mission du musée. Le "pincement au cœur" exprime la nostalgie des collaborations, des défis relevés ensemble, des moments de partage et de la synergie collective qui permet aux musées de prospérer. La reconnaissance du rôle crucial des équipes met en lumière une compréhension profonde de la nature collaborative du travail de conservation et de gestion culturelle, où la réussite est toujours le fruit d'un effort collectif.
Le métier de conservateur est une vocation qui allie la rigueur scientifique à la sensibilité humaine. Il implique une responsabilité éthique envers le passé, une vision pour le présent et un engagement envers l'avenir. Il s'agit de rendre le patrimoine compréhensible et pertinent pour la société contemporaine, de le protéger des outrages du temps et de le transmettre aux générations futures. Cette profession est jalonnée de projets complexes, de décisions difficiles, mais aussi de moments de grande satisfaction, comme la réouverture d'un musée rénové ou l'obtention d'un label valorisant l'accessibilité. Les émotions exprimées par Delphine Cano à l'heure du départ sont le reflet de cette implication totale, un témoignage éloquent de la passion qui anime ceux qui choisissent de dédier leur vie au service du patrimoine. Elles rappellent que derrière les murs des musées et la richesse des collections, il y a des individus dont l'engagement personnel donne vie à notre héritage collectif.