Orange II : De Champion des Records à Yacht de Croisière de Luxe, une Seconde Vie Audacieuse

L'histoire maritime est jalonnée de navires d'exception, et parmi eux, certains se distinguent par leur destinée unique, traversant les époques avec une capacité d'adaptation remarquable. L'un de ces géants des mers est sans conteste Orange II, un catamaran dont la carrière, d'abord dédiée à la compétition, s'est transformée en une nouvelle vocation de yacht de croisière de luxe. Ce parcours, marqué par des exploits sportifs et une reconversion ambitieuse, témoigne de la vision de ses propriétaires et de l'ingéniosité des chantiers navals.

L'Épopée Course d'Orange II - Un Géant des Mers et un Palmarès Inégalé

Au commencement, Orange II fut conçu pour la vitesse et la conquête des records. Ce voilier d'exception est le fruit d'une collaboration de renom dans le monde de la course océanique. Conçu par le Gilles Ollier Design Team et construit par le chantier Multiplast, Orange II a vu le jour avec des ambitions démesurées. À sa mise à l'eau, il représentait le summum de la technologie et de l'audace en matière de multicoques de compétition. Avec une longueur de 36 m, ce catamaran géant, parfois décrit comme l'ancien catamaran géant Orange, long de 37 m, affichait des dimensions impressionnantes qui forçaient le respect et laissait présager des performances hors normes.

La carrière de ce bolide des mers fut indissociable de son skipper emblématique, Bruno Peyron. Homme de défi, Bruno Peyron a toujours navigué sur des catamarans, ses expériences passées incluant des machines légendaires comme Jazz, Ericsson, Commodore Explorer et Club Med, avant de prendre les rênes d'Orange. C'est donc un "deux coques" qu'il commandera à Gilles Ollier et au chantier Multiplast pour une nouvelle tentative contre le prestigieux record Jules Verne, une épreuve qui consiste à réaliser le tour du monde à la voile le plus rapidement possible sans escale ni assistance.

Les performances d'Orange II furent tout simplement stupéfiantes, faisant de lui une merveilleuse machine qui a tout gagné !. Le catamaran s'est forgé une réputation d'être un véritable champion des records. Il a notamment traversé l’Atlantique en 24 heures, un exploit qui, bien que le contexte précis de cette performance demande à être resitué dans l'ensemble des records de distance sur 24 heures, illustre la vitesse extraordinaire et la capacité du bateau à repousser les limites. Le point culminant de sa carrière de course fut sans doute le trophée Jules-Vernes, qu'il a remporté pendant cinq ans, avec un temps époustouflant de 50 jours 16 heures et 20mn. Cette victoire représente l'aboutissement d'années de préparation et de détermination, solidifiant la légende d'Orange II dans l'histoire de la voile.

L'équipe qui a mené Orange II à la victoire était une véritable "dream team", composée de marins d'exception tels que Y. Eliès, R. Nilson, B. Stamm, L. Lemonchois, Ph. Péché, J. Caraes, J. B. Epron et Y. Le Blévec. Sous la direction de Bruno Peyron, ces navigateurs ont non seulement conquis le Jules Verne, mais ils ont également amélioré un nombre incalculable de temps sur l'Atlantique Nord, la Méditerranée, la Manche, démontrant l'étendue de leurs compétences et la polyvalence du catamaran sur divers plans d'eau. Jean Maurel fut chargé par le chantier d'effectuer les tests cruciaux avant la remise au client, garantissant que le navire était parfaitement préparé pour les défis à venir. Après une première tentative avortée en 2004, due à un problème de carénage d'hélice, la deuxième fois fut la bonne, couronnée de succès avec en plus tous les records de temps intermédiaires. Orange II était alors considéré comme le dernier catamaran de course construit et le plus grand de son temps, un monstre de technologie et de puissance.

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Bruno Peyron, le skipper, a exprimé sa fierté de manière très claire : « Je suis fier de cette histoire de conquête, fier de ce bateau qui m’a offert mon 3ème Trophée Jules Verne, fier de mes compagnons avec lesquels nous avons passé tant d’heures et de nuits magiques autour du monde ». Cette déclaration résume l'esprit d'aventure et de camaraderie qui animait l'équipage et témoigne de l'attachement profond du navigateur à son multicoque et aux moments partagés en mer.

Le Tournant du Sponsoring et la Quête d'un Repreneur

Toute aventure, même la plus glorieuse, connaît ses phases de transition. Pour Orange II, le tournant est survenu en 2006. C'est lorsqu'en 2006, l'entreprise Orange a décidé d'abandonner le sponsoring. Cette décision a marqué la fin d'une ère pour le catamaran et son équipage. Confronté à cette nouvelle réalité, le skipper Bruno Peyron ne voulait pas se séparer de son catamaran. Son attachement à la machine était tel qu'il l'a racheté personnellement, espérant trouver une solution pour poursuivre la course.

Cependant, la réalité économique s'est avérée implacable. Malgré les efforts déployés par Bruno Peyron, il ne trouva pas un mécène et un budget nécessaire pour continuer la course au plus haut niveau. Le monde de la course océanique est exigeant, tant sur le plan technique que financier, et sans le soutien d'un sponsor d'envergure, maintenir un tel navire au sommet est un défi colossal. Bruno Peyron a alors mis en vente le voilier, tout en espérant trouver une solution pour le conserver. Cette période fut marquée par une incertitude grandissante quant à l'avenir de ce champion.

Au fil des ans, aucun repreneur sérieux ne s'est manifesté. Le temps qui passe, inéluctablement, affecte même les machines les plus performantes. Ainsi, le voilier a perdu l'avance technologique qu'il possédait au moment de ses records. Bien que sa conception fût toujours solide, ses records ayant longtemps tenu, l'évolution rapide de la technologie dans le domaine des multicoques de course signifiait qu'il aurait fallu d'importants investissements pour le remettre au niveau des nouveaux compétiteurs.

Après le retour du Jules Verne, Bruno Peyron est devenu propriétaire du maxi catamaran, et l'entreprise Orange s'est effectivement détournée du sponsoring voile. Le bateau, rebaptisé alors Team Explorer, est resté stocké près de 8 ans sur le terre-plein du chantier Multiplast à Vannes. Durant cette longue période d'inactivité, l'avenir du catamaran était incertain, suspendu à la recherche d'une nouvelle vie. Mi-2014, la nouvelle est tombée : on apprenait que Bruno Peyron avait vendu son bateau à Monsieur Bic. Cette vente marqua le début d'un nouveau chapitre, inattendu et audacieux, pour l'ancien coursier des mers.

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François Bich - Un Passionné aux Commandes d'une Nouvelle Aventure

L'arrivée de François Bich dans l'histoire d'Orange II a représenté un tournant décisif. Patron des briquets Bic, François Bich est venu racheter le multicoque qui avait pulvérisé les records. Cette acquisition n'était pas le simple fait d'un investisseur, mais bien l'acte d'un homme profondément ancré dans la culture maritime et la voile. Son parcours personnel témoigne d'une passion inébranlable pour la navigation.

Dès son plus jeune âge, François Bich a baigné dans l'univers de la voile. Au contact de son père, le baron Marcel Bich, il a développé un amour profond pour la mer et les bateaux. Son initiation à la navigation a commencé de manière familiale. François Bich a débuté sur le bateau familial dessiné par Monsieur André Mauric, une figure respectée dans le milieu de l'architecture navale. Il a ensuite acquis une expérience solide sur des dériveurs, tels que le Ponant et le 505, qui lui ont permis de maîtriser les subtilités de la navigation légère et rapide.

Son engagement dans la voile a pris une dimension plus sérieuse dès 1965, année où il a navigué sur le 12 m JI Sovereign. Ce bateau, utilisé pendant l’été en tant que bateau familial, lui a offert l'opportunité de s'immerger dans la complexité des grands voiliers. Sa passion l'a même mené à un engagement notable dans le domaine de la compétition internationale : il a dédicacé ensuite 4 années de sa jeunesse à la préparation de la Coupe de l’America. Durant cette période intense, il a été incorporé au bataillon de Joinville au titre de l’entraînement pour cette épreuve, démontrant ainsi son dévouement et son niveau d'exigence.

Passionné de multicoques, du Hobie Cat au Formule 40, François Bich a toujours été fasciné par ces navires qui allient vitesse et innovation. Il est reconnu comme l’un des rares amateurs de beaux bateaux capables de donner une deuxième vie à Orange II. Cette capacité à voir au-delà de l'état actuel d'un navire et à imaginer un futur ambitieux est une qualité rare. François Bich n'est pas seulement le patron de l'usine Bic à Redon (Ille-et-Vilaine), qui fabrique le plus de briquets au monde, il est avant tout un visionnaire maritime.

Son objectif avec Orange II était clair : François Bich rêve de faire le tour du monde avec son nouveau voilier. Ce rêve ambitieux impliquait une transformation radicale, celle de passer d'un pur-sang de course à un luxueux catamaran de croisière. Ce projet audacieux fut baptisé Vitalia 2.

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Bruno Peyron lui-même a salué cette initiative avec enthousiasme : « Je suis heureux que François Bich et le chantier Multiplast aient l’audace d’entamer une transformation aussi radicale et ambitieuse. » Cette approbation du précédent propriétaire et skipper légendaire souligne la pertinence et le caractère novateur du projet de François Bich.

Vitalia 2 - La Transformation Radicale d'une Légende des Mers

La métamorphose d'Orange II en Vitalia 2 n'était pas une simple rénovation, mais une véritable réingénierie destinée à concilier l'héritage de vitesse du catamaran de course avec les exigences de confort et de luxe d'un yacht de croisière moderne. Le bateau allait entrer en chantier dans les prochains jours pour être livré en avril 2015, marquant une période intense de travaux. Le chantier Multiplast, qui avait déjà construit le navire initialement en 2003 à Vannes, fut logiquement choisi pour cette transformation, garantissant une connaissance approfondie de la structure du multicoque.

L'objectif principal de cette transformation était de le transformer en yacht de croisière (très) rapide sans perdre l’ADN du bateau de course. Il s'agissait de préserver les qualités intrinsèques de vitesse et de performance qui avaient fait la renommée d'Orange II, tout en y intégrant des aménagements luxueux et des espaces de vie confortables pour la croisière.

Pour y parvenir, une équipe d'architectes connaissant parfaitement le bateau fut mobilisée. C'est donc non sans émotion que Jack Michal, Franck Martin et Yann Penfornis, trois des architectes ayant participé à la conception initiale du catamaran au côté de Gilles Oliier, ont ressorti les plans et les notes de calculs pour élaborer les modifications du bateau. Leur expertise fut essentielle pour assurer que les changements apportés n'altéreraient pas les qualités nautiques fondamentales du navire.

La principale modification de cette transformation fut l'ajout d'une nouvelle structure majeure. Ainsi, une nacelle profilée de 70 m² sera greffée derrière la poutre de mât. Cette nacelle centrale représente bien plus qu'une simple extension ; elle est la pièce maîtresse de la nouvelle configuration de Vitalia 2. Elle a été conçue pour devenir un véritable espace de vie et de réception. Cet ajout permet d'offrir des volumes intérieurs considérables, transformant le caractère spartiate du catamaran de course en un havre de paix et de luxe. Elle abritera également la suite du propriétaire, offrant un confort inégalé pour les voyages autour du monde.

Naturellement, l'ajout d'une telle structure a eu un impact sur les caractéristiques physiques du bateau. Le bateau allait être alourdi. Sa masse allait passer de 32 à 46 tonnes, une augmentation significative mais calculée pour ne pas compromettre ses capacités de navigation. Malgré cette prise de poids, l'objectif de François Bich était de conserver une performance de vitesse élevée. Le directeur de Multiplast a d'ailleurs confirmé que le bateau pourra toujours naviguer à 35 noeuds. Cela témoigne de l'ingénierie et de la conception avancées qui permettent à Vitalia 2 de maintenir des vitesses impressionnantes pour un catamaran de croisière. Vitalia II, le catamaran de course de croisière le plus rapide du monde, fait d'ailleurs escale devant les plages, preuve vivante de ses capacités exceptionnelles, montrant qu'il n'est autre que l’ancien coursier géant Orange 2 skippé par Bruno Peyron, qui est devenu propriété de François Bich en 2014, et a été transformé en voilier de croisière, alliant performance et luxe.

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