Comprendre et traverser la crise de la quarantaine : un tournant vers soi

Vous ou votre conjoint remettez en question votre travail, votre couple, votre vie de famille ? Vous traversez peut-être la crise de la quarantaine. Heureusement, cette période difficile est temporaire. La crise de la quarantaine est parfois appelée la "crise de milieu de vie". Il s'agit d'un terme inventé en 1965 par le psychanalyste canadien Elliott Jaques. Selon lui, cette étape reflétait l'aurore de la prise de conscience de sa propre mortalité. "La mort (…), écrivait-il, n'est plus une idée en général, ou la perte de quelqu'un d'autre ; elle devient une affaire personnelle (…)".

Les fondements psychologiques du milieu de vie

La crise de la quarantaine est une période de transition psychologique qui survient généralement entre 40 et 60 ans, caractérisée par une remise en question profonde de l’identité, une réflexion existentielle et une réévaluation des choix de vie. Dans la tradition jungienne, la mi-vie représente un tournant développemental essentiel. C’est Jung lui-même qui, le premier, a décrit la mi-vie comme un passage psychologique majeur. Il parlait du "midi de la vie" : ce moment où le soleil, après être monté tout le matin, commence sa descente, et où ce qui comptait dans la première moitié de l’existence laisse place à d’autres questions.

Contrairement à l’image véhiculée par la culture populaire, où l’on voit quelqu’un acheter impulsivement une voiture de sport ou quitter son conjoint, une véritable crise de la quarantaine représente une expérience psychologique plus profonde. Bien que ce phénomène soit désormais ancré dans notre vocabulaire culturel, les données empiriques sur la crise de la quarantaine suggèrent que seules 10 à 26 % des personnes vivent une véritable crise psychologique à ce stade de leur vie.

Âge de survenue et facteurs déclencheurs

Selon différentes études sur le sujet, la crise de la quarantaine surviendrait entre 37 et 48 ans. Avec un pic autour de 47 ans selon une étude publiée en janvier 2020 dans la revue The National Bureau of Economic Research. Dans la pratique, les psychologues situent ce moment charnière entre 35 et 55 ans, la moyenne étant aux alentours de 38 ans. Aujourd’hui, la crise de la quarantaine se situe d’ailleurs plutôt autour des 45-50 ans, car on a des enfants plus tard, les études se prolongent, on travaille plus tard et on vit plus âgé.

Une crise de la quarantaine ne résulte pas d’un événement isolé. Certains facteurs de stress entraînent une anxiété face au vieillissement, une perte de sens de la vie ou une peur de la mort. Les éléments déclencheurs les plus courants sont la perte d'emploi, les problèmes de santé, le décès ou la maladie d'un parent ou le départ des enfants du foyer. Ces expériences peuvent servir de catalyseurs à ce que certains chercheurs conceptualisent comme un trouble de l’adaptation.

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Symptômes et manifestations émotionnelles

À partir de l’âge de quarante ans, certains signes peuvent indiquer que vous vivez peut-être une "crise de milieu de vie", comme un sentiment d’isolement, un sentiment d’oppression, un sentiment d’enfermement dans des routines, des ruminations ou une remise en question de votre vie. Souvent, les personnes sujettes à cette crise éprouvent un sentiment d’incompréhension, d’insatisfaction de leur vie professionnelle et personnelle, un sentiment de tristesse ou encore une panique totale face aux années à venir.

Le paysage émotionnel d’une crise de la quarantaine ressemble souvent à un brouillard d’insatisfaction qui ne se dissipe pas. Sur le plan cognitif, votre esprit peut être obsédé par la mortalité et la nature éphémère de la vie. Vous pourriez vous demander sans cesse si vos choix en valaient la peine ou comparer vos réalisations à celles de vos pairs. Les changements de comportement signalent souvent que les conflits intérieurs s’intensifient.

Divergences entre les genres : homme et femme

La crise de la quarantaine n’est pas un passage systématique dans la vie mais elle peut survenir chez l'homme comme chez la femme, de manière différente. Chez la femme, la crise de la quarantaine est plutôt liée à la sphère personnelle. On parle souvent du syndrome du "nid vide" ressenti lorsque les enfants quittent le cocon familial. Après s'être investies corps et âme dans l'éducation de leurs enfants, les femmes ont parfois du mal à gérer ce départ. Elles se sentent inutiles et peuvent aller jusqu'à remettre leur couple en question. L'approche de la ménopause, avec ses changements hormonaux, peut également être très mal vécue.

Chez l'homme, la crise est souvent déclenchée dans un premier temps dans la sphère professionnelle : après une remise en question, un licenciement, une perte de sens ou une impression de stagner dans son métier. Ses aspirations professionnelles changent et l'homme veut souvent se sentir plus valorisé. Par ailleurs, on retrouve aussi chez l'homme le besoin de raviver un pouvoir de séduction ou de se conforter dans sa capacité à plaire. Les hommes ont tendance à extérioriser leurs difficultés, tandis que les femmes sont plus enclines à suivre une thérapie et à s’appuyer sur des réseaux de soutien social.

Conséquences et risques de décisions hâtives

Le risque, lorsque l’on vit ce type de crise, peut être de prendre des décisions hâtives, poussées par des émotions, qu’on regrettera plus tard. Le risque peut être de se mettre dans des difficultés financières en quittant son emploi, de provoquer l'explosion du couple sur un coup de tête pour se réinventer une vie qui sera la même au final dans 10 ans que celle que l’on a actuellement. Il est souvent plus facile d’accuser afin d’éviter de prendre du recul sur soi-même et de creuser les vraies raisons de ce questionnement. Il faut également faire attention à ne pas reporter ses questionnements et angoisses sur l’autre membre du couple.

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