La course au large représente l'un des domaines les plus exigeants de la voile, où l'humain et la machine sont poussés dans leurs retranchements face à des conditions maritimes souvent extrêmes. Que ce soit par des circumnavigations audacieuses, des explorations polaires inédites ou la formation de la prochaine génération de navigateurs, chaque projet et chaque compétition incarnent un défi immense, une véritable quête de dépassement. Le "défi chimirec" se manifeste à travers ces entreprises hors normes, où l'innovation, la résilience et une préparation minutieuse sont les maîtres mots. Les marins, qu'ils soient solitaires chevronnés ou jeunes talents en devenir, partagent cette soif d'aventure et cette capacité à s'adapter à un environnement imprévisible, repoussant sans cesse les limites du possible.
Le Tour du Monde à l'Envers : L'Exploit Inédit de Guirec Soudée
Parmi les défis les plus audacieux de la course au large, celui de Guirec Soudée se distingue comme une entreprise sans précédent. Depuis décembre 2025, Guirec Soudée s’est lancé dans l’un des défis les plus extrêmes de la course au large : un tour du monde à la voile… à l’envers. C’est une route que presque aucun marin n’ose emprunter. Une trajectoire à rebours des évidences, où chaque mille se gagne dans l’effort. Après 83 jours en mer, le skipper français vient de franchir une étape symbolique majeure : il a repassé l’équateur pour revenir dans l’hémisphère nord.
Le "tour du monde à l'envers" est un parcours Vendée Globe à l’envers, ce qui signifie naviguer face aux vents et courants dominants. Cette spécificité rend la progression particulièrement ardue, transformant chaque segment du voyage en une lutte constante contre les éléments. Au départ et à l’arrivée de Bretagne, au large de l’île d’Ouessant, Guirec franchira le Cap Horn en premier, avant d’enrouler l’Antarctique, franchir le Cap Leewin, le Cap de Bonne Espérance puis de remonter l’Atlantique. Ce tracé légendaire, jalonné de caps mythiques, représente un véritable test d'endurance et de savoir-faire marin.
La distance à parcourir est également un facteur de la difficulté de cette aventure. Près de 40 000 milles nautiques sont nécessaires pour contourner les dépressions qui lui feront face, une distance significativement plus longue que les 25 000 nautiques sur le parcours du Vendée Globe qui bénéficient de vents plus "portants". Ce parcours plus long s'explique par la stratégie adoptée par Guirec : une fois avoir franchi chaque cap, il tentera de remonter dans chaque océan pour élargir son angle au vent. Cette manœuvre, destinée à optimiser sa route dans des conditions de vent contraires, allonge considérablement la distance et le temps en mer.
Cet exploit est d'une rareté historique. C’est le tour du monde le plus audacieux de l’histoire maritime, jamais bouclé en solitaire sur multicoque. Les tentatives précédentes et les records existants soulignent la singularité de cette entreprise. À ce jour, le record du tour du monde à l’envers est détenu en monocoque par Jean Luc Van Den Heede et tient depuis 21 ans, en 122 jours et 14 heures. En multicoque, seulement deux tentatives ont été menées, celle d’Yves Le Blevec en 2017 sur Actual Ultim' et celle, en duo, de Romain Pilliard et Alex Pella en 2021 sur Use it Again. Guirec Soudée, en s'attaquant à ce parcours en solitaire sur un multicoque, entre dans une catégorie à part.
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Le choix de son navire est également stratégique. À bord de son Ultim MACSF - un trimaran éprouvé de 31 m - le skipper est équipé pour affronter les conditions les plus rudes. Le soutien de ses partenaires est primordial pour un tel projet. « Nous avons été enthousiasmés par ce projet de Guirec Soudée de tour du monde à l’envers ! C’est un défi humain et sportif marqué par la recherche de la performance, ce qui correspond bien aux valeurs de la MACSF. Très peu de marins ont osé s’embarquer en solitaire, sur un si grand bateau pour un tel parcours autour du monde et nous sommes très heureux d’accompagner Guirec dans cette incroyable aventure, » a déclaré un représentant de la MACSF. Cette entreprise est bien plus qu'une simple course ; naviguer à l’envers signifie encaisser des vents contraires, affronter des creux de plusieurs mètres et piloter un multicoque dans un environnement hostile. Mais l’exploit est ailleurs : Guirec Soudée est en train de redéfinir les limites du possible.
Alors qu'il approche de la fin de son périple, les réalités de la course au large se font sentir avec acuité. Guirec Soudée se concentre sur un dernier clin d’œil à son parcours : « Je monte un peu plus haut que prévu pour apercevoir la Bretagne. Une fois les côtes en vue, je redescendrai tranquillement vers Les Sables d’Olonne. Après un tour du monde, c’est un passage symbolique qui compte pour moi : voir cette région qui est la mienne en premier. Et puis, j’ai la chance de ne pas avoir de concurrents collés derrière moi ! » a raconté le marin. Pour lui, ce détour n’est en effet pas stratégique. C’est une manière de boucler la boucle en revoyant ses racines avant l’arrivée. Cependant, les derniers milles sont souvent les plus difficiles. Pour l'instant, il affronte encore une mer agitée et des vents de face soufflant entre 35 et 40 nœuds. « Ça tape, ça tape ! Ce n’est vraiment pas confortable et surtout, ça fait mal pour le bateau. Par moments, tu te demandes comment il tient le coup. Ce ne sont clairement pas des conditions où l’on prend du plaisir, » a concédé le skipper de Freelance.com. Malgré les secousses et la fatigue omniprésente, il trouve encore de quoi apprécier cette parenthèse unique. Ce qu’il apprécie le plus, c’est cette liberté absolue : peu de contraintes, du temps pour lui-même, et la possibilité de réfléchir sans être envahi par des pensées négatives. Le temps a filé à une vitesse folle, presque trop vite. Il sait qu’à peine débarqué, la vie reprendra son rythme effréné, et il se replongera rapidement dans ce qu'il avait laissé en suspens.
L'Aventure Polaire : La Vendée Arctique et la Conquête du Grand Nord
Au-delà des circumnavigations traditionnelles, la course au large explore de nouveaux horizons, notamment ceux du Grand Nord, avec l'émergence d'épreuves comme la Vendée Arctique. Cette compétition s'inscrit dans un cycle plus large et représente une étape cruciale pour les marins. Première grande épreuve du cycle 2025-2028 vers le Vendée Globe, la Vendée Arctique 2026 s’impose comme une étape clé de la saison IMOCA et une vitrine du savoir-faire vendéen en matière d’organisation d’événements maritimes majeurs.
Cette course innove par sa géographie et son approche. Après avoir dompté les mers du Sud au cours du Vendée Globe, les skippers s’élanceront cette fois vers le Grand Nord. En solitaire, sans escale et sans assistance, ils quitteront les Sables d’Olonne pour une aventure inédite : franchir le cercle polaire arctique… à l’endroit de leur choix et revenir dans le célèbre port vendéen. C’est la grande nouveauté de cette troisième édition : un parcours libre, sans route imposée, qui promet une diversité de trajectoires, des stratégies audacieuses et du suspense ! Cap sur des territoires encore inexplorés pour ces marins d’exception.
Les conditions météorologiques et environnementales dans ces latitudes sont particulièrement exigeantes et imprévisibles, ce qui ajoute une couche de difficulté considérable. Le froid, le brouillard, les dépressions rapides et la mer courte feront partie du quotidien dans ces hautes latitudes. Pour la première fois, les skippers atteindront le cercle polaire : un défi à la hauteur de leur engagement et de leur soif d’aventure. La Vendée Arctique est une épreuve exigeante, inédite, qui envoie pour la première fois des skippers en solitaire franchir le cercle polaire arctique à la longitude de leur choix. C'est une exploration des limites humaines et techniques dans des zones encore peu sillonnées par les compétitions de voile.
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Former la Relève : Le Défi Paprec et l'Accès à la Course au Large
Parallèlement aux exploits individuels et aux grandes courses, la formation et l'intégration de nouvelles générations de marins constituent un pilier essentiel de la course au large. Le Défi Paprec s'inscrit pleinement dans cette démarche, offrant une passerelle précieuse vers le monde professionnel de la voile. Paprec, Partenaire Titre de La Solitaire du Figaro Paprec et OC Sport Pen Duick innovent en offrant pour la troisième année la possibilité à tous de participer en double à la première étape de la course historique de la voile française.
Cette initiative a pour vocation d’attirer et de former une nouvelle génération de skippers en Figaro BENETEAU 3 en leur permettant de vivre une première expérience de course au large en double. C'est une opportunité rare, car peu de courses au large dans le monde de la voile peuvent se targuer d’offrir à des skippers l’occasion de se mesurer grandeur nature à l’expérience du très haut niveau. Pour la troisième année consécutive, OC Sport Pen Duick et le groupe Paprec, permettent à de jeunes marins d’avoir l’opportunité de naviguer aux côtés des femmes et des hommes engagés sur La Solitaire du Figaro Paprec mais avec la particularité de la faire en double. Une formule qui séduit beaucoup de jeunes skippers en devenir.
L'expérience est intense et formatrice. Lors de la première édition, les équipages auront mis 3 jours 19 heures 15 minutes et 35 secondes pour boucler le parcours théorique de 638 milles du Défi Paprec. Pour la troisième édition, l'embarquement est immédiat pour une expérience unique ! Le dimanche 17 mai prochain, les six duos engagés dans cette édition prendront eux aussi le départ de Perros-Guirec pour une étape unique à destination de Vigo en Espagne. Une navigation au grand large de 610 milles qui devrait marquer les esprits et susciter de belles vocations.
Au-delà de la navigation elle-même, la participation au Défi Paprec offre une immersion complète dans l'environnement de la course au large. Avant de s’élancer sur la course, la présence des marins sur le village de Perros-Guirec, ville de départ de la 57e édition de La Solitaire du Figaro Paprec, est aussi un des moments clés de la compétition. L’ambiance sur les pontons et le village de la course, l’échange avec les autres skippers, les préparateurs, les médias et le public, une pression qui monte crescendo au fil des jours et cette indéniable attente avant le coup de canon libérateur sont autant de moments qui font intégralement partie de l’expérience d’une telle course.
Les témoignages des participants soulignent l'impact de ce dispositif. Pierrick Le Touzé, par exemple, s’élançait sur la première édition du Défi Paprec en 2024. Il fait cette année son entrée dans le grand bain de La Solitaire du Figaro Paprec : « J’ai eu la chance, en 2024, de participer au Défi Paprec avec Lola Billy. C’était pour nous l'occasion de vraiment découvrir le circuit et je n’avais jamais fait de Figaro avant. Après deux ans, j'arrive enfin sur la Solitaire et j’ai déjà une bonne idée de ce que c’est, au moins sur une étape type. J’ai déjà une petite expérience sur la façon dont ça se passe en mer avec les vacations radio, la gestion de la flotte, la gestion du sommeil même si nous étions en double. C’est super intéressant et ça me permet d'arriver un peu plus rassuré, si je peux dire. Il y a en tout cas beaucoup moins d'inconnues pour moi. » Lola Billy elle-même avait participé en 2025 à sa première Solitaire du Figaro Paprec comme bizuth, se classant 26e.
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D'autres marins, issus de la filière olympique, trouvent dans le Défi Paprec une opportunité de se convertir à la course au large. C'est le cas de Tiphaine Rideau, qui a participé en 2025 à la Transat Paprec. Associée à Elouan Barnaud sur Habitat et Humanisme, elle livre ses impressions sur cette première immersion sur Le Défi Paprec : « J'ai lancé mon projet cette année et mon objectif est de faire la solitaire en 2027. Le défi c'est la course idéale pour débuter parce qu’on est en double, on fait le même parcours que les solitaires. On est tout de suite dans le grand bain avec aussi notre présence sur le village de course, tout comme eux. Ça correspondait tout à fait aux objectifs de ma saison et à ce que je voulais travailler. Je suis très contente de pouvoir avoir cette opportunité de faire le Défi. Je suis issue de la filière olympique, j'étais vraiment destinée à faire une préparation olympique et j'ai découvert la course au large assez tôt parce que je n’ai que 20 ans. Je suis jeune. En ayant découvert la course au large, je me suis dit que c'était vraiment ce que je voulais faire. J'ai fait des courses en Mini et j'ai fait la Transat Paprec l'année dernière en Figaro et j'ai donc intégré un projet. Et depuis, la transat m'a confirmé que c'est ce que je voulais faire. Le Figaro correspond exactement à ce que j’aime car la monotypie ressemble un peu à ce que je faisais en voile légère, on se bat à armes égales, c'est ce qui me plaît. La compétition est quand même assez rude, on est tous très proches les uns des autres et aujourd'hui les niveaux sont très hétérogènes. »
Eliott Coville, naviguant à bord de Auray Quiberon by Orlabay aux côtés de Thomas Dinas, partage cet enthousiasme : « Ce Défi pour nous c'est la concrétisation de tout ce début de saison parce que La Solitaire arrive tôt cette année. Nous avons essayé de nous préparer de la meilleure des façons avec Thomas mon skipper sur cet évènement. C'est vraiment notre objectif en double en Figaro cette année. C'est juste incroyable de pouvoir prendre le départ juste derrière les solitaires, sachant que dans les prochaines années, nous aimerions à notre tour faire cette course. Ça va être vraiment chouette. Cette série Figaro est juste folle. Nous avons tous le même bateau, on fait de la navigation à un niveau qui est vraiment très très intéressant et c’est très formateur. Il y a deux semaines, au trophée BPGO, nous avons fait plus de 70 virements à moins de 15 mètres des cailloux, nous étions 35 bateaux, c'était juste énorme. Et puis c'est l'intensité de la régate, tout le monde se pousse vraiment à fond. On découvre encore ce rythme qu'il faut trouver et savoir où placer le curseur. »
L'ouverture à l'international est également un atout majeur du Défi Paprec. Sur cette troisième édition, deux équipages internationaux vont affronter quatre autres équipes de l’hexagone. À bord d’Amelicor, le Croate Ivica Kostelic sera associé à un marin turc, Deniz Bagci. Ivica Kostelic, champion du monde de slalom en 2003 et détenteur du globe de cristal lors de la saison 2010-2011, est également quadruple médaillé d’argent lors de trois olympiades différentes. Après cette incroyable carrière sur les pistes enneigées, le croate a décidé de se tourner vers la voile. Sa première grande expérience se fera en Class40 lors de la Transat Jacques Vabre 2011. Avec Antoine Calliste à ses côtés, le duo terminera à la 17e place. L’ouverture de La Solitaire du Figaro Paprec à l’étranger et à des sportifs provenant d’autres milieux est indéniable. L’allemand Jens Meieer et le néo-zélandais Oakley Marsh sur Chipmunk tenteront également d’accumuler cette expérience si précieuse avant de se lancer eux aussi dans le grand bain de la pratique de la course au large en solitaire.
Les retours des acteurs confirment la pertinence de cette approche. « C’est une très bonne idée de la part de la classe Figaro et d’OC Sport Pen Duick d’ouvrir une étape de La Solitaire du Figaro Paprec à des marins qui souhaitent découvrir le support mais en double. Pour ceux qui souhaitent faire La Solitaire dans le futur, je trouve que c’est une belle initiative. C’est un réel plus. Je souhaiterai faire l’Aventura Race fin août et mon but principal est de faire la Transat Paprec l’année prochaine. La classe Figaro est la seule en monotypie pour l’offshore. Elle est très compétitive, vous pouvez apprendre énormément, » souligne un des participants.
Le départ du Défi Paprec sera donné le 17 mai prochain de Perros-Guirec, 15 minutes après celui des 36 figaristes. Le dénouement de cette course dans la course se jugera à Vigo au terme d’une navigation intense, où le sens marin, la tactique et l’endurance seront les maîtres mots. Le village départ de la 57e édition de la Solitaire du Figaro Paprec ouvrira officiellement ses portes demain, mercredi 13 mai à 14h00 à Perros-Guirec. Gratuit et ouvert à tous, il accueillera le public chaque jour, de mercredi à dimanche, dans une ambiance festive et conviviale sur le port.