La Voile au Long Cours : Entre Quête de Liberté, Aventure en Couple et Stratégies de Circumnavigation

L'appel du grand large, une vie rythmée par les vagues et les vents, représente pour beaucoup une quête de liberté inégalée. Qu'il s'agisse de relever des défis solitaires inspirés par des figures légendaires ou de concrétiser un rêve de vie nomade en couple sur l'eau, la navigation au long cours offre une perspective unique sur le monde. Cette immersion dans l'univers de la voile de longue distance englobe des aspects allant de l'hommage à des navigateurs emblématiques aux considérations pratiques pour les aspirants marins, en passant par les itinéraires détaillés pour un tour du monde.

L'Héritage de Bernard Moitessier : Au Cœur de La Longue Route

Le nom de Bernard Moitessier résonne avec une force particulière dans le monde de la voile de longue distance. Figure légendaire de la voile, Bernard Moitessier entre dans l’histoire en refusant de gagner la première course autour du monde en solitaire en 1968. Son parcours est bien plus qu'une simple performance sportive ; il incarne une philosophie de vie et une vision de la mer profondément ancrée dans la liberté.

Le Golden Globe Challenge et le choix radical de Moitessier

En 1968, lors du Golden Globe Challenge, la première des courses autour du monde en solitaire et sans escale, Bernard Moitessier est en tête après sept mois de navigation. Ce défi historique marquait l'époque, car jamais personne n’avait fait un tour du monde en solitaire sans escale auparavant. Mais au lieu de franchir la ligne d’arrivée, il met cap à l’est vers le Pacifique. Ses mots sont restés célèbres : "Je continue sans escale vers les îles du Pacifique parce que je suis heureux en mer, et peut-être aussi pour sauver mon âme". Marin habité, Moitessier refuse les compromis et fuit la logique de performance. Son acte, celui d'un marin qui a dit non, a marqué les esprits et continue d'inspirer.

Dans son documentaire "La longue route", qui reprend le titre du livre de Moitessier, Yann Paranthoën raconte en 1974 ce choix radical. Il est porté par la voix de Maurice Garrel lisant les mots du navigateur. À travers les témoignages de sa première épouse Françoise Moitessier, de navigateurs comme Jack Grout ou Éric Tabarly et aussi d'anciens marins cap-horniers, Yann Paranthoën propose un portrait radiophonique ciselé de Bernard Moitessier. Ce navigateur hors du commun, qui a sillonné tous les océans et toutes les mers, ne se sent bien que sur un bateau. C'est là qu'il est épanoui et que son anxiété s'efface, apprend-on de ses proches. Il a gardé de l’enfance un grand enthousiasme, mais il y a en lui une certaine dureté qui le rend incapable de faire le moindre compromis.

Les récits entendus dans ce documentaire évoquent aussi bien sûr les périls de la mer. Ils parlent de chutes mortelles dans l'eau glacée, comme celle du skipper Dominique Guillet survenue en 1973. Ils décrivent des passages éprouvants du cap Horn, l'appréhension du Pot-au-Noir, cette zone particulièrement instable le long de l'Équateur, ou encore la question essentielle de l'usage du harnais à bord du bateau. Mais ce sont aussi des images colorées qui nous parviennent de ces souvenirs de traversées, comme les teintes de la mer et du ciel, le majestueux albatros symbole du cap Horn, ou encore les baleines… et en fond sonore toujours le son de l'océan et des vagues.

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La Longue Route : un événement contemporain dans l'esprit de Moitessier

Cinquante ans après l'exploit de Moitessier, Guy Bernardin, qui avait déjà couru un Vendée Globe notamment, a eu l’idée d’organiser La Longue Route 2018. L'événement se veut un hommage à Bernard Moitessier. J’ai pris le relais pour La Longue Route 2024, dont je suis l’initiateur. J’avais couru La Longue Route 2018 avec Fanch Guillon, avec qui j’étais parti du Bono avec l’idée de s’entraider tout le long du parcours. Avant son décès, il avait l’idée d’organiser une autre Longue Route.

La Longue Route est un tour du monde par les trois caps bien différent du Vendée Globe. Ce n’est pas une course, et les marins ne partent pas tous en même temps ni du même endroit. Ce tour du monde est dans l’esprit de Bernard Moitessier car ce dernier n’avait pas cet esprit de course, même s’il s’était bien entendu engagé sur une course, dont il était promis à la victoire avant de décider de ne pas revenir en Europe.

Pour l’édition 2024, à partir du samedi 3 août 2024, le port de Lorient centre accueillera 8 bateaux de la « LONGUE ROUTE ». La « LONGUE ROUTE » est un hommage au célèbre navigateur Bernard Moitessier. Contrairement aux courses modernes, cet événement unique n’impose ni itinéraire spécifique ni limite de temps. Les navigateurs sont libres de tracer leur propre route, honorant ainsi l’esprit de liberté cher à Moitessier. Durant la première édition en 2018, chaque participant pouvait prendre le départ d’un des ports de son souhait, du moment qu’il soit situé au-dessus du quarante-cinquième parallèle. Cette année, les aventuriers commenceront leur périple groupés, depuis le port de plaisance de Lorient. Pour cette occasion, Joshua, le voilier mythique de Moitessier, sera présent pour le départ, avec une parade prévue à partir de 10h.

Pierre-André Huglo : un exemple de navigation minimaliste

La Longue Route 2024-2025 voit plusieurs amateurs avertis en mer. Le premier participant à boucler son tour du monde devrait être Pierre-André Huglo, en approche de la péninsule ibérique. Il est en passe de boucler son deuxième tour du monde sans escale. Le Contessa 32 de Pierre-André Huglo était au départ de La Longue Route 2024. Il est en passe de boucler son deuxième tour du monde sans escale.

Pierre-André est quelqu’un d’assez exceptionnel. Il a refait La Longue Route comme en 2018-2019, toujours dans les mêmes conditions : sans électronique, sans moteur, sans téléphone satellite. Il n’a qu’une balise pour communiquer, uniquement avec son épouse à qui il envoie un message par semaine, limité en nombre de caractères. Il n’a pas d’enrouleur de voile d’avant ni de pilote automatique. Il navigue avec le régulateur d’allures et des pilot charts, des indications de météo relevées depuis des années mais qui sont loin d’être fiables aujourd’hui à cause du réchauffement climatique.

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Vivre en Couple sur un Voilier : Rêve et Réalité

Le projet de quitter la maison terrestre, de faire l'acquisition d'un voilier et d'y vivre séduit de nombreux couples. Il ne s'agirait pas de réserver une place à l'année dans un port. La vision est souvent de vivre d'un mouillage à l'autre, ponctuellement une nuit dans un port ou un autre, au fil des envies. Cependant, plusieurs questions pratiques se posent pour concrétiser ce mode de vie.

Le choix du voilier idéal pour la vie à deux

Pour un couple, le choix du voilier est une étape cruciale. Il dépendra du budget disponible. Partons sur un budget entre 30 et 40'000€. Après de nombreuses lectures, il semblerait qu'un quillard de 10x3.20m correspondrait le plus, surtout pour des débutants de la voile. Il est vrai que l'expérience de chacun avec telle ou telle unité est toujours subjective. Des modèles ou des constructeurs correspondent à la vie en couple, au budget de 30-40k, en restant dans les 10 mètres. Le voilier, c'est bon pour vivre à deux, même avec un chien.

Aspects financiers et logistiques d'une vie nomade en mer

Au-delà de l'acquisition, le budget annuel est une préoccupation majeure. Il est souvent question d'inclure le port à l'année et tout ce que ça implique. Mais pour une vie en mouvement, il faut anticiper les assurances, les entretiens, et les grosses réparations type voiles ou moteur, etc. Avoir une place au port peut être utile ponctuellement.

L'apprentissage de la voile : une préparation essentielle

L'apprentissage est fondamental. Il est prévu de passer du temps sur des voiliers en compagnie de skippers, d'apprendre par la pratique, etc. Un bon bouquin à lire, et même à garder, est le code Vagnon de Marcel Oliver. Les enfants peuvent aussi faire partie de l'aventure. Il est important de ne pas se décourager et de se préparer.

Circumnavigation en Voilier : Itinéraires et Stratégies pour un Tour du Monde

Le tour du monde en catamaran n’a rien d’un rêve fou. Des couples, des familles avec trois ou quatre enfants embarqués en Nautitech 40 ou 46 prouvent en ce moment même que l’aventure est à portée d’étrave. Parce qu’elle ne présente pas, loin de là, le même degré d’exigence sportive, physique et mentale qu’un Vendée Globe. Parce qu’il est tout à fait possible, comme l’ont raconté de nombreux navigateurs, de réaliser la grande boucle en voilier sans rencontrer la moindre tempête, voire le plus léger coup de vent. Simplement des orages ou des grains parfois précédés de bonnes rafales peuvent être rencontrés.

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Planification et Durée : Quand Partir pour ce Voyage d'une Vie ?

À l’évidence, lorsqu’on explore sur la carte la meilleure route possible autour du monde en catamaran à voile, la première question qui se pose, outre celle du budget, n’est pas tant où aller, mais quand partir pour ce voyage d’une vie ? Ce qui conduit tout naturellement à un préalable : de combien de temps dispose-t-on ? Embarquée sur leur catamaran Nautitech 46 Open Kumbaya, la famille Dolley était partie pour un voyage de trois années. Elle en mettra quatre. Ainsi, même s’il est toujours possible de lutter contre le chronomètre, comme on n’est pas exactement lancé dans un Trophée Jules Verne ni dans un record du monde, mieux vaut compter large en voilier même si on ne part pas pour une croisière : trois ans constituent une durée raisonnable, nous verrons pourquoi.

Comprendre les Alizés : le Moteur Naturel du Tour du Monde

Le meilleur itinéraire autour du monde en catamaran est celui où le vent souffle toujours dans la bonne direction, autant dire celle vers laquelle on se dirige. Avec la mer de l’arrière. Poussés par les vagues et le vent, les catas sont faits pour abattre leurs 160 à 200 milles par vingt-quatre heures en moyenne. Or, la nature étant bien faite, cette route existe, c’est celle des alizés. Dans l’hémisphère nord, les vents tournent dans le sens des aiguilles d’une montre autour de ces bulles de haute pression, et en sens inverse dans l’hémisphère sud. Si bien qu’en suivant une route au sud des anticyclones dans l’hémisphère nord et au nord de ceux-ci dans l’hémisphère sud, on est assuré de bénéficier de cette merveilleuse trouvaille de la nature que sont les alizés, un véritable itinéraire tout tracé. Comme les îles Atlantiques se trouvent en plein dans les alizés de l’hémisphère nord et que les îles Pacifique et Indienne se trouvent dans ceux du sud, l’aspirant circumnavigateur se dit qu’il n’y a plus qu’à partir et à se laisser porter, lui et son voilier, par les vents chauds et réguliers que les Anglosaxons baptisent « trade winds », ou vent du commerce.

L'Importance Cruciale de la Météo dans la Planification de l'Itinéraire

Il ne resterait plus alors qu’à entrer dans le détail de la plus idyllique des routes autour du monde en catamaran pour un voyage dont on se souviendra toute sa vie. Mais ce n’est pas si simple. Certes, les régions tropicales ne connaissent pas l’hiver. Mais elles subissent en été de méchantes perturbations nommées ouragans, cyclones ou typhons selon la région où ces redoutables tourbillons sévissent. Et chacun sait que l’été dans l’hémisphère nord correspond à l’hiver dans le sud et vice-versa. Ce qui conduit les candidats au tour du monde en catamaran à bâtir une route qui, bien plus qu’un simple choix de date de départ et d’arrivée, évite tout simplement la saison des cyclones dans les deux hémisphères. Ou du moins qui écarte l’éventualité de traverser un océan durant cette période mal famée. Nous voici maintenant face au choix des dates, du parcours et des destinations.

Départ de La Rochelle : L'Étape Initiale vers les Canaries

Quittons donc La Rochelle et la France à l’été. Notre Nautitech est fin prêt. L’équipage s’est amariné au cours de sorties de week-end ou de petites vacances. On met le cap au 240° pour quitter le Golfe de Gascogne sans trop tarder. Ce n’est pas qu’il soit hostile l’été, bien au contraire, même si une dépression orageuse peut parfois lui donner mauvaise mine.

Si pour les meilleures raisons du monde, on ne peut partir en juillet ou août, ne nous attardons pas trop en début d’automne. Un départ fin septembre ou début octobre reste évidemment fort possible. Mais on se méfiera alors de l’escale à La Corogne, dans le coin nord-ouest de la péninsule ibérique. On peut s’y trouver coincé des journées entières par les premières grosses dépressions automnales. Mieux vaut alors viser directement Cascais, à l'ouverture du Tage, que l’on atteint en cinq jours en moyenne depuis La Rochelle.

Au passage, on double le Cap Finisterre, notre Cap Horn à nous. Voiles poussées par « l’alizé portugais », on descend vers le pays bleu et vers Lisbonne. Lisbonne est une superbe capitale qui offre tout ce qu’il faut pour préparer la prochaine étape de son itinéraire, les Canaries.

L’été, la traversée de six-cent milles (compter quatre jours ou moins) vers Graciosa ou Lanzarote permet de s’accoutumer au grand large sans risquer de pièges météo, ce qui n’est pas toujours le cas en automne. Si le planning est un peu serré et l’itinéraire plus flexible, on se lancera directement dans la traversée vers les Antilles. Le mieux, avec un catamaran Nautitech, est de viser le sud de la Martinique distante d’un peu moins de 3 000 milles, que l’on atteindra en quinze-vingt jours en voilier en moyenne.

Vers l'Afrique : Cap sur Dakar ou les Îles du Cap-Vert

En revanche, si l’on a l’éternité devant soi ou presque, quitter Lanzarote pour une traversée d’un millier de milles vers les îles du Cap Vert ou Dakar présente plusieurs avantages. Cette traversée est parfois non exempte de calmes. Dans le premier cas, en visant Mindelo, en face de l’envoûtante Sant Antao, au nord-ouest de l’archipel, on poursuit l’apprentissage/accoutumance du grand large, avec une traversée en gros deux fois plus longue que la précédente.

De l'Afrique à l'Amérique : Traverser l'Atlantique Équatorial

Un nouveau choix s’ouvre ensuite : soit mettre le cap au 220° pour la plus courte possible des traversées de l’Atlantique. C'est environ 1650 milles vers la marina de Jacaré au Brésil, entre Recife et Natal. Cette option implique le franchissement du Pot-au-Noir, et de l’Équateur, ce qui peut prendre jusqu’à deux semaines en moyenne. Soit naviguer vers la Guyane, ce qui allonge la traversée de 600 milles (quatre jours environ) au cap 255°. Cela donne accès à un morceau de France équatoriale, des îles du Salut au site de Kourou, avec un peu plus au nord la remontée possible du Maroni. Le catamaran s’y révèle une fois de plus parfaitement adapté.

Il est à noter qu’on peut réserver cette visite sud-américaine au retour, si l’on a décidé de passer Le Cap, au sud de l’Afrique, plutôt que par le Canal de Suez. À noter aussi que Cayenne se situant par 4°52 Nord, on rencontrera une météo équatoriale dans ces parages (voire un bout de Pot-au-Noir), synonyme de temps lourd, très humide et peu venté. La bonne nouvelle, comme l’objectif suivant est de remonter vers les Caraïbes, c’est que si l’alizé est paresseux aussi bas en latitude, une branche du courant nord-équatorial porte au nord-est vers les Antilles et que sa vitesse peut atteindre deux nœuds.

Des Antilles au Panama : L'Incontournable Canal

On monte ainsi jusqu’à l’île de la Grenade, une perle méconnue des Antilles que certains jugent la plus belle de toutes. L'étape suivante mène vers le Canal de Panama, un passage emblématique. Une fois franchi ce drôle d’ascenseur à cargos, on ne traînera pas trop du côté de Panama City. On préférera préparer la traversée et le parcours vers les Galapagos (prendre en compte les lourdes -et chères- procédures administratives indispensables pour y entrer) dans l’archipel des Perlas par exemple.

Exploration des Mythiques Galapagos : un Écrin de Biodiversité

Les 850 milles de traversée vers les mythiques Galapagos (cap au 232°), véritable pays des merveilles au large de l’Équateur, peuvent s’effectuer très rapidement, en moins d’une semaine, en particulier durant la période favorable, soit de février à mai. Cependant, il est possible d’y rencontrer des vents contraires qui obligent à louvoyer et donc à rallonger sérieusement la route dans les eaux d’Amérique du Sud. Il ne faut pas oublier que les courants peuvent également compliquer cette traversée inaugurale des eaux pacifiques. L’entrée dans cet archipel, inscrit au patrimoine mondial de l’humanité, ne peut se faire que dans l’île principale de San Cristobal.

Cap vers Tahiti et les Marquises : L'Immense Pacifique

L’étape suivante, vers les Marquises, est à peu près aussi longue que la traversée Canaries-Antilles (un peu moins de 3 000 milles environ au cap 258°). Avec une différence importante : dans le Pacifique, l’alizé souffle en général moins fort qu’en Atlantique. D’autant qu’on part de l’équateur, sur lequel se trouvent les Galapagos, et qu’on ne descend qu’à 9° Sud, ce qui signifie que l’alizé de sud-est est parfois mal établi. Le chanteur Jacques Brel a montré que l’on pouvait passer sa vie aux Marquises. Les tourdumondistes ont d’autres pays et d’autres îles à voir. Néanmoins, beaucoup seront surpris de découvrir que, depuis le début de la navigation sur le Pacifique, les oiseaux du large se retrouvent souvent d’île en île. Pour la bonne raison que l’alternance des saisons conditionne les moments de traversée en bateau.

Ainsi, la meilleure période pour rallier Tahiti depuis les Marquises s’étend, elle, d’avril à juin. Longtemps redoutée des navigateurs, la traversée de ces atolls et récifs sur lesquels déferle la grande houle du Pacifique n’est pas devenue une formalité avec le GPS - les passes d’entrée restent parfois délicates à négocier en voilier- mais presque.

Poursuite du Tour du Monde : De la Polynésie aux Antipodes

Tahiti, Moorea, Bora Bora, la séduction des îles de la Société ne se dément pas et n’a guère besoin de publicité. Là encore, un tour du monde en catamaran ne peut s’y contenter d’un simple « pit stop » de Formule Un. Il faut donc s’y autoriser quelques semaines voire quelques mois tout en gardant en tête la suite du voyage et en se donnant une date de départ. La meilleure saison pour continuer sa navigation vers les Fidji, la Nouvelle Calédonie et éventuellement la Nouvelle Zélande (comme Kumbaya), se situe de juin à octobre. Ce qui signifie qu’il est possible d’atteindre les antipodes, soit en gros la moitié du voyage en distance, en une grosse année à la voile. À condition de ne jamais traîner. Mais là encore il n’est pas question de battre un record. Car à propos de distance, justement, on réalise à ce moment du voyage que le Pacifique est très grand.

L’archipel des Fidji se trouve dans l’ouest de Tahiti à 1800 milles, soit à deux petites semaines voire dix à quinze jours de navigation en catamaran. De là, on pourra descendre, cap au 246°, vers la Nouvelle Calédonie (650 milles au 245°) et son lagon légendaire. Puis mettre le cap - pour la première fois depuis le départ- dans l’est du sud (au 150° exactement) pour rallier Auckland (à 950 milles) en Nouvelle Zélande. Est-il besoin de préciser que ces archipels, -Fidji, Nouvelle Calédonie, Nouvelle-Zélande- méritent chacun d’y passer des semaines ?

Dernière Étape de la Traversée du Pacifique : Destination l'Australie

La question mérite néanmoins un examen minutieux des dates de suite du voyage et des itinéraires de navigation. Parce que le meilleur itinéraire pour la suite du tour du monde suggère de naviguer en remontant vers le détroit de Torres, entre Australie et Nouvelle Guinée. Or, là encore, la meilleure période pour quitter le Pacifique, franchir Torres, avant de s’arrêter à Darwin au nord de l’Australie pour viser Bali et éventuellement l’Indonésie, est aussi de juillet à octobre. Comme le détroit est à près de 2 500 milles d’Auckland, il faut encore compter raisonnablement au moins quinze jours de traversée. Et garder en tête que la saison des cyclones commence en décembre, novembre étant déjà jugé « tard en saison ». Or qui, avec du temps devant soi en bateau, aurait envie de zapper Sydney (à 1300 milles environ au 277°) et la Grande Barrière longue de centaines de milles (il y a encore 1 500 milles à faire cap au nord jusqu’au détroit) ?

Choix de Route dans l'Océan Indien : Nord ou Sud ?

Une fois aux portes de l’océan Indien se pose un nouveau choix, éventuellement cornélien. Le choix du nord permet de visiter des destinations fabuleuses : le Sri Lanka et/ou les Maldives, à 2 500 milles de Bali, cap au 286°, puis en redescendant cap au 250°, les Seychelles, à 1200 milles des Maldives, avant de remonter vers le Golfe d’Aden puis d’attaquer les 1 200 milles d’une mer Rouge au système météo parfois compliqué. Ce dernier tronçon n’est pas anodin en termes de sécurité. Même si les attaques de pirates se sont raréfiées, elles n’ont pas disparu. Franchir le Golfe d’Aden en convoi de bateaux impose de nombreuses contraintes, en termes de vitesse au moteur en particulier. Quant à la saison idéale pour traverser à la voile l’océan Indien dans son nord, elle se situe en théorie de novembre à avril.

Sachant qu’aux Seychelles, par exemple, l’alizé de sud-est souffle de mai à octobre alors que les vents dominants soufflent… du nord-ouest de décembre à avril, on approche un peu du casse-tête. Sur le papier du moins, car les intersaisons seychelloises -octobre-novembre et avril-mai- promettent des vents réguliers de 10 à 15 nœuds en moyenne et des météos clémentes. Encore faut-il garder en tête qu’au sud, la période des cyclones qui peuvent menacer l’île Maurice, la Réunion et Madagascar commence vers le 15 décembre…

Bref, ce qui ressemblait à une route évidente et paisible dans le Pacifique, se complique un peu dans l’Océan Indien. On peut alors viser Maurice, la Réunion puis l’Afrique du Sud (avec un détour éventuel par Madagascar) au meilleur moment, c’est-à-dire de juin à octobre. Depuis Bali, la route passe par l’île Christmas à moins de 600 milles (cap au 260°), puis par l’archipel des Cocos Keelings (en gros à nouveau même distance et même cap). C’est sans doute le moment le plus délicat du tour du monde en multicoque. Les eaux sud-africaines, balayées par de puissants courants, tel celui des Aiguilles, et des contrastes de masses d’air importants, entre l’air chaud d’Afrique et glacial de l’Antarctique, sont parfois très agitées. C’est bien pourquoi la sagesse recommande de prendre tout son temps. Qui ne sera pas du temps perdu. Accostez votre bateau, car en dépit de ses difficultés, l’Afrique du Sud compte parmi les pays les plus beaux et les plus attachants du monde. Car il n’y a pas de record à établir, seulement de magnifiques souvenirs à se construire.

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