L'aventure en haute mer : Guide complet pour un tour du monde en voilier

L'impulsion initiale : Pourquoi choisir la voile pour faire le tour du monde ?

Partir en tour du monde en voilier en couple est une grande aventure. Bien plus grande que vous ne pouvez vous l’imaginer. Une aventure humaine qui vous réapprend les vrais besoins de la vie. Pour beaucoup, comme Anaïs et Damien, tout commence par un rêve partagé. Damien et sa compagne se sont rencontrés sur les bancs de l’école d’ingénieurs, et tout en poursuivant leur cursus, ils se sont rendu compte qu’ils aimaient beaucoup voyager tous les deux. Le projet d’un tour du monde s’impose alors comme une évidence. C'est le cas aussi de Dajana et Ivo, qui, alors que leurs vies professionnelles et privées connaissaient une pente descendante, ont trouvé dans un livre inspirant l’envie de changer radicalement de vie.

Le choix du bateau est une étape cruciale. Il faut savoir que le milieu du bateau coûte très cher, mais en ce qui concerne l’achat du bateau, il y en a quand même à différents budgets ! Anaïs et Damien ont trouvé le leur et l’ont renommé Manwë, d'après le Dieu du vent dans l’univers du Seigneur des Anneaux. De leur côté, David et Amy Alton, après avoir cherché au salon nautique d’Annapolis, ont jeté leur dévolu sur un Hélia 44 pour sa valeur de revente et son confort, tandis que Julie et Victor ont largué les amarres sur leur Happy Squid, un Gib’sea 312 de 9 mètres. Pour ceux qui hésitent, l’option de la location de voilier avant de jeter définitivement les amarres est vivement conseillée pour tester son affinité avec ce mode de vie.

La préparation : De l’administratif à la compétence technique

Partir à l'aventure ne s'improvise pas. Ce serait mentir que de dire qu’on est parti·es sans réfléchir. Le projet demande énormément d’investissement personnel, de rigueur et de dépassement de soi. Avant le départ, il est essentiel de régler les aspects administratifs : domicile, banque, assurances, impôts, abonnements. Ce n’est pas aussi simple d’être des « SDF » aux yeux de la loi.

Sur le plan technique, la préparation de l’équipage est tout aussi vitale que celle du bateau. Des pays comme la France, la Belgique ou les Pays-Bas n’exigent aucun permis de navigation, mais la Suisse, par exemple, demande un permis mer (hauturier) et une licence radio VHF. Même sans obligation légale, il est fortement recommandé de suivre des formations spécifiques : stages de navigation, cours d’électricité, de moteur diesel et de médecine à bord. Par exemple, avant le départ, Damien a suivi un stage spécifique sur le moteur via l’association Sail The World.

Un voilier est une maison flottante au milieu des océans qui doit fournir suffisamment d’électricité, stocker le gaz, l’eau, la nourriture, les pièces détachées et être capable de barrer toute seule. Il faut donc s'équiper de panneaux solaires, d'un parc de batteries, de cartes maritimes électroniques, d'un GPS, d'un autopilote et d'une radio VHF. Sans oublier l’annexe avec un moteur pour aller à terre, une bonne ancre et au moins 50 à 60 mètres de chaîne.

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La réalité du quotidien : Entre rêve et atelier flottant

Dans les récits de voyage et sur les chaînes YouTube, tout a l’air tellement paradisiaque. Pourtant, il faut distinguer la partie visible de l’iceberg de la réalité. La vie sur un voilier se résume au strict essentiel. Nous vivons dans un atelier de réparation flottant. Un voilier subit sans cesse des agressions : vent, pluie, sel, humidité, soleil et rayons UV, secousses. Quelque chose tombe toujours en panne, qu'il s'agisse d'un chaumard arraché, d'une voile déchirée ou d'une avarie moteur.

La vie moderne à terre était remplie de frustrations pour lesquelles nous achetions des choses inutiles. Sur le bateau, pas de frustration et par conséquent pas d’achat compulsif. Cependant, les corvées cadencent les escales : faire le plein d’eau, de gaz, de nourriture, réparer et nettoyer. Le rangement doit être méthodique, car à bord, chaque chose a sa place et chaque place a son utilité. Il est également nécessaire de tirer un trait sur certains conforts : la douche se prend dehors à l’eau de mer, les déplacements sont périlleux et les espaces sont réduits.

La navigation : Rythme, météo et sécurité

En voilier, on se dit que tout est possible, surtout au début ! Un tour du monde en catamaran n’a rien d’un rêve fou, mais il faut comprendre que le voilier est un moyen de locomotion très lent, avec une vitesse moyenne de 5 nœuds (9,2 km/h). Les océans ne sont pas praticables toute l’année à cause des saisons cycloniques, ce qui impose de planifier ses déplacements avec soin.

L’itinéraire type suit généralement les alizés, ces vents réguliers qui permettent de traverser les océans d'est en ouest. Dans l’hémisphère nord, on navigue au sud des anticyclones, et dans l’hémisphère sud, au nord de ceux-ci. La planification doit éviter à tout prix la saison des cyclones. Par exemple, à partir de juin, il est fréquent de chercher à se cacher des ouragans en Amérique centrale ou dans d'autres zones protégées.

Le rythme est dicté par la nature : si les prévisions météo ne sont pas bonnes, on peut être obligé de quitter un endroit d’urgence, même en pleine nuit. Le sommeil est fragmenté : lors des traversées, on vit au rythme du soleil, avec des quarts de surveillance toutes les 3 heures. C'est lors de ces moments, notamment au lever du soleil, que se vivent les plus beaux souvenirs, comme lors de la traversée de l'Atlantique, première grande fierté de tout circumnavigateur.

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Gestion du budget et vie en couple sur l'eau

Voyager en voilier demande un budget, et il faut en être conscient. Le voilier est un gros gourmand : entretien, réparations, assurance et ports pèsent sur les finances. Certains navigateurs fixent une enveloppe d'environ 1000 à 1200 euros par mois et par personne, tout compris. Il est crucial de prévoir une cagnotte annuelle pour les réparations imprévues et le remplacement d’équipement, car tout ce qui est marin coûte cher pour résister à l'oxydation et à l'humidité.

La vie de couple est mise à l'épreuve par cette promiscuité et ces défis constants. Il est vrai que nous avons parfois envie de jeter l’autre par-dessus bord ou de faire couler le bateau ! Mais si dans un couple, l’un des deux subit cette façon de vivre car c’est le rêve de l’autre, le voyage ne dure généralement pas longtemps. La clé réside dans la répartition des rôles, la confiance mutuelle et la capacité à s'adapter. Pour ne pas avoir deux chefs au même poste, il faut apprendre à communiquer et à se faire confiance.

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