Le fusil Mosin-Nagant, emblématique de l'histoire militaire, est une arme dont l'héritage et la robustesse en font un objet de fascination pour les collectionneurs et les tireurs. Souvent soumis à des modifications, notamment le raccourcissement de son canon, il est essentiel de comprendre les implications de telles altérations. Ce guide explore les raisons, les techniques et les conséquences du raccourcissement du canon d'un Mosin-Nagant, tout en contextualisant l'histoire riche de cette arme.
Le Mosin-Nagant : Une Épopée Historique et ses Nombreuses Incarnations
Le Mosin-Nagant fut décliné en plusieurs versions et produit de 1891 à 1965, marquant son empreinte dans de nombreux conflits mondiaux. Son histoire commence durant le conflit russo-turc de 1877 à 1878, où les troupes russes étaient armées en majorité de fusils Berdan à un coup alors que les Turcs disposaient de fusils à répétition Winchester. Cette disparité incita le ministère de l’armement russe, en 1882, à concevoir une arme alimentée par un chargeur de plusieurs cartouches. Après l’échec de la tentative de modification du Berdan, une « commission spéciale pour l’expérimentation des fusils à chargeur » fut créée pour tester plusieurs conceptions, comme dans toute l'Europe de la même époque, à la suite de la révolution de la poudre sans fumée (qui a vu naître les Lebel, Fusil Mannlicher M1895, Lee-Metford, etc.).
En 1889, un jeune capitaine nommé Sergueï Mossine soumit son projet de fusil de calibre 3 lignes (soit 7,62 mm, la ligne valant en Russie à l'époque 0,1 pouce et 2,54 mm) en concurrence avec le fusil à 3,5 lignes de Léon Nagant (d'origine belge). À la fin de la période d'essais en 1891, les divers testeurs préférèrent le fusil de Nagant. Cependant, lors du vote de la Commission pour l'approbation du fusil, le fusil Mosin recueillit 14 voix contre 10. Des officiers plus influents poussèrent les constructeurs à un compromis : les fusils Mosin seraient utilisés avec le système d’approvisionnement de Nagant. La production commença en 1892 dans les usines des arsenaux de Toula, de Sestroretsk et d’Ijevsk.
Entre l’adoption en 1891 et 1910, plusieurs variantes et modifications aux fusils existants furent faites, incluant le changement des organes de visée, l’implantation d’une culasse renforcée (à cause de l’adoption d’une balle de 147 grains), la suppression des doigts d’acier derrière le pontet, un nouveau canon et l’installation d’un montage à galets. Avec l’entrée en guerre de la Russie en 1914, la production fut restreinte au M1891 cavalerie et au M1891 infanterie pour une question de simplicité. Un grand nombre de Mosin-Nagant capturés par les forces allemandes et austro-hongroises ont été vus en service dans les lignes arrières du front et dans la marine allemande. Pendant la guerre civile russe, les versions cavalerie et infanterie restèrent en production, quoiqu’en nombre extrêmement réduit.
Après la victoire de l’Armée rouge, un département fut créé en 1924 pour moderniser le fusil, qui fut alors utilisé trente années supplémentaires. Cela lança le développement du modèle 1891/30, basé sur la conception du modèle cavalerie original. Les changements incluaient la réintroduction d’organes de visée arrières plats, le rééchelonnement de la hausse en mètres à la place de l’antique archine sur les armes du tsar et le raccourcissement du canon de 9 cm. De plus, une nouvelle baïonnette à ressort fut conçue pour ce nouveau modèle. En respectant la doctrine russe du combat d'infanterie, la mise à zéro était faite avec la baïonnette déployée, ce qui permettait des tirs de précision quand celle-ci est fixée sur le canon du fusil. Dans les années 1930, le Mosin-Nagant connut une version de précision (en 1932), et fut utilisé par les tireurs d’élite soviétiques pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a notamment servi pendant la bataille de Stalingrad qui a fait des snipers russes des héros comme Vassili Zaïtsev, Lioudmila Pavlitchenko ou Roza Chanina. Ces fusils étaient réputés pour leur résistance, leur fiabilité, leur précision et leur facilité d’entretien.
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Dans les années de l’après-guerre, l’Union soviétique arrêta la production de tous les Mosin-Nagant pour les remplacer progressivement par la série des SKS et des AK. Malgré cela, le Mosin-Nagant sera encore utilisé dans le bloc de l'Est et dans le reste du monde plusieurs dizaines d’années, notamment pendant la guerre froide au Vietnam, en Corée, en Afghanistan et tout le long du rideau de fer. Récemment, une grande quantité de Mosin-Nagant a été retrouvée sur les marchés américains d’antiquités et de collectionneurs, car c'est aussi une arme fiable pour la chasse, assez précise et bon marché.
Principales variantes et modifications internationales :Parmi les nombreuses versions, on distingue le Fusil d’infanterie modèle 1891, le Fusil de cavalerie (ou « drapeau »), le Fusil Cosaque, et la Carabine modèle 1907, plus courte et plus légère, idéale pour la cavalerie et les sapeurs, qui ne pouvait pas recevoir de baïonnette. Le Modèle 1891/30 est la version la plus courante, produite et distribuée à l’armée soviétique entière de 1930 à 1945. Des variantes dites de sniper, sniperskaïa, existaient avec différentes lunettes et montages. La Carabine modèle 1938 et la Carabine modèle 1944 (avec sa baïonnette fixée en permanence) sont des versions raccourcies. Enfin, le Modèle 1891/59x désignait des M1891/30 raccourcis à la longueur d’une carabine.
Des utilisateurs internationaux ont également modifié le Mosin-Nagant. L’Empire austro-hongrois a capturé une grande quantité de Mosin-Nagant pendant la Première Guerre mondiale, certains étant modifiés pour tirer la cartouche autrichienne 8x50r mm. Des pays comme la Bulgarie, la Tchécoslovaquie, l'Estonie, la Hongrie, la Pologne, la Roumanie et la Serbie ont tous utilisé le Mosin-Nagant et souvent appliqué des modifications, l'utilisant même comme fusils d’entraînement jusque dans les années 2000-2006. La Hongrie a notamment produit des copies de haute qualité des carabines M44, des modèles 91-30 et 91-30 avec lunettes PU à des fins commerciales.
En Chine, les forces communistes ont reçu des Mosin-Nagant de l’URSS dans les années 1920 et 1930, puis ont commencé à fabriquer des M1944 sous l'appellation de Carabine Type 53 dans les années 1950. Ces modèles chinois différaient un peu des soviétiques, notamment par l'équipement d'un manchon lance-grenade amovible repris sur la Carabine Type 63.
La Finlande, après son indépendance, acheta et modifia de nombreux Mosin, les rénovant parfois profondément avec de nouveaux canons plus précis en diamètre .308 (plutôt que .311), des organes de visée, et des détentes améliorées. Les Mosin-Nagant finlandais sont réputés pour leur précision et leur fiabilité, le modèle M39 étant particulièrement abouti par son ergonomie et sa qualité de finition.
L’Empire allemand et l'Austro-Hongrie ont également capturé des Mosin-Nagant pendant la Première Guerre mondiale, les recalibrant parfois en 8x57S Mauser et les équipant de baïonnettes-lames allemandes. Des versions de tireur d'élite ont été utilisées avec succès par les Allemands pour leur fiabilité et leur facilité de réglage au-delà de 400 mètres.
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La Corée du Nord, durant la guerre de Corée, a reçu des Mosin-Nagant de l’Union soviétique et de la Chine, puis a commencé à produire ses propres fusils. La Pologne recalibra environ 77 000 Mosin-Nagant en 8 mm Mauser dans les années 1920, raccourcissant les canons à 23 pouces et modifiant les culasses et chargeurs pour l'usage de lames-chargeurs, créant ainsi les Karabinek wz. 91/98/23 ou wz. 91/98/25. Après la Seconde Guerre mondiale, la Pologne produisit également des carabines M-44 (Kb. wz M48).
Le Mosin-Nagant a été employé par les moudjahidins en Afghanistan et les forces de l’Alliance du Nord. Même les États-Unis en ont utilisé : après l'annulation d'un contrat par la New England Westinghouse et Remington Arms en 1917, les fusils en transit furent achetés par l’armée américaine, certains équipant les forces expéditionnaires en Russie du Nord ou servant à l’entraînement au tir aux États-Unis.
Principes Généraux du Raccourcissement de Canon
La question de savoir si l'on peut couper un canon de carabine à la longueur que l'on veut sans affecter la précision de l'arme est fréquente. La réponse générale est qu'il n'y a pas de problème si c'est fait par un bon armurier. Cependant, un raccourcissement du canon entraîne généralement une perte de vélocité, typiquement entre 25 et 40 pieds par seconde par pouce coupé. La précision, en revanche, peut demeurer intacte et peut même être améliorée si la longueur du canon correspond à la longueur idéale pour harmoniser les oscillations du canon et en augmenter la rigidité.
Cependant, il faut noter que le raccourcissement d'un canon modifie la balistique de l'arme. Un canon plus court peut entraîner une combustion incomplète de la poudre, se manifestant par de grosses flammes en sortie de bouche. Cela peut aussi signifier une perte de puissance pour le projectile. Si l'on souhaite un canon court pour la maniabilité, la légèreté à transporter, la rapidité à épauler, et une visée instinctive, il s'agit souvent de créer une arme de type "scout", destinée à des tirs entre 50 et 150 mètres plutôt que des tirs de précision à longue distance.
Raccourcir un Canon de Mosin-Nagant : Motivations et Conséquences Spécifiques
Un utilisateur a partagé son expérience de modification de son Mosin-Nagant 91/30, soulignant que la conversion d'un Mosin-Nagant 91/30 en une version plus courte, semblable au M44 avec une baïonnette repliable, est une modification recherchée par certains propriétaires. Cette transformation vise à reproduire les caractéristiques du M44, qui est plus compact et plus facile à manipuler que le modèle 91/30 d'origine. Le Mosin-Nagant 91/30 a un canon qui mesure 73 cm. Le raccourcir peut le rendre plus maniable, à l'image d'un M44 qui a un canon de 52 cm sorti d'usine. Certains estiment qu'on peut sans craintes le raccourcir sur 5 cm pour récupérer une bouche et une couronne saines, avec des pertes sur le plan balistique qui seraient minimes.
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Un propriétaire a récemment raccourci le canon de sa carabine Mosin-Nagant de 15 cm, le portant à 55 cm. Il a observé de grosses flammes en sortie de bouche, se demandant si cela venait du canon plus court ou de la munition de surplus. Il a aussi constaté que beaucoup de fabricants proposaient des gros calibres en 20 pouces (soit 51 cm, proche de ses 55 cm). Ce phénomène est courant : la 7,62x54R est une cartouche puissante, comparable grosso modo au .30-06. Si vous tirez du .30-06 dans un canon de 55 cm, une grosse flamme est assurée. Un canon plus court ne permet pas toujours une combustion complète de la poudre, d'où ces flammes.
La question de la précision après un tel raccourcissement est centrale. La sortie de bouche du canon est la partie qui assure la précision. Si la coupe et l'ébavurage ne sont pas réalisés avec une grande précision, la trajectoire du projectile peut être altérée. Certains affirment que même si la précision est devenue mauvaise, un armurier pourra refaire la bouche et retrouver une précision acceptable. La carabine M44 a un canon de 52 cm sorti d'usine et produit une flamme de bouche notable.
Concernant la munition 7,62x54R, elle n'est pas dans la même catégorie que le .308 Winchester (7.62x51mm). Bien que la pression maximale du 7,62x51 soit supérieure en raison d'un volume de douille plus faible, la 7,62x54R est faite pour pousser une balle plus lourde dans un canon plus long. Avec un canon raccourci, on perd de la vitesse initiale. Pour compenser, certains suggèrent de recharger les munitions avec une balle plus légère, autour de 160 grains, et une poudre plus vive (comme la N 135) pour que le temps de combustion et le pic de pression soient obtenus plus tôt, à condition que le pas du canon suffise à stabiliser ces balles sur une distance plus courte. Cependant, si on raccourcit trop, comme c'est le cas du M44 par exemple, on risque d'avoir une longueur insuffisante pour permettre une combustion complète de la poudre, donc de grosses flammes en sortie de canon. Un utilisateur a rapporté avoir essayé des cartouches de mitrailleuses dans un M44, ce qui produisait des flammes impressionnantes.
Techniques et Outillage pour la Modification du Canon
La méthode pour couper un canon est un sujet de débat. Un utilisateur a déclaré avoir coupé soigneusement le canon à la scie à métaux et ébavuré la bouche à la fraise conique. D'autres techniques évoquées incluent l'utilisation d'un coupe-tube, en travaillant doucement en de nombreuses petites coupes pour ne pas ovaliser le canon. Néanmoins, pour une précision optimale, certains affirment qu'il faut le faire au tour. L'armurerie est un domaine dans lequel la précision d'usinage requise va un peu plus loin que celle obtenue par des scies à métaux, fraises classiques et limes bâtardes.
Un bon armurier est essentiel pour ce genre de travail. Il peut notamment s'assurer que la bouche du canon est parfaitement usinée. Pour la finition de la bouche, il existe des kits spécialisés pour refaire la couronne du canon. Ces kits se composent d'une poignée en T, de fraises à 90 et 45 degrés (incluses), et d'une tige-guide. Pour changer de calibre, il suffit de changer la tige-guide, qui est moins chère. Un tel kit complet pour un calibre coûte environ 170 euros, avec 20 euros supplémentaires pour chaque tige-guide de calibre additionnel. Un autre avis suggère que pour l'outil, il est possible de récupérer les fraises d'un rodoir de robinet et d'y adapter un guide. L'outil spécialisé est appelé une fraise à lamer avec pilote interchangeable.
Les modifications d'armes historiques suscitent parfois des débats. Certains puristes s'opposent à toute altération, tandis que d'autres estiment qu'une transformation peut redonner vie à une arme mutilée ou abîmée. Une personne qui avait acheté un Mosin avec une crosse ATI déjà "mutilée" a envisagé cette transformation pour lui redonner un peu de superbe historique.
Aspects Légaux et Réglementaires
Il est crucial de se renseigner sur la législation locale concernant la modification des armes à feu. En France, par exemple, la modification d'une arme peut entraîner un changement de catégorie. Il est donc impératif de s'assurer que la transformation envisagée reste conforme à la loi. Le raccourcissement d'un canon est légal tant qu'il fait plus de 46 cm. Concernant la catégorie des armes, le raccourcissement d'un Mosin-Nagant ne le fait pas nécessairement basculer en catégorie B. Normalement, l'arme reste en catégorie C après le raccourcissement.
Cependant, un aspect important à considérer est la déclaration de l'arme. Un interlocuteur a soulevé la question de la modification du Cerfa de déclaration : faut-il modifier le paragraphe longueur du canon et y noter "raccourci par mes soins" ? Bien vu, cet aspect légal est intéressant et probablement à développer. En cas de revente, une arme modifiée pourrait nécessiter un passage au banc d’épreuves de Saint-Étienne, ce qui peut être embêtant.
Il est important de noter que la capacité à modifier sa propre arme est reconnue légalement, tant que les spécifications déterminant le classement dans telle ou telle catégorie sont respectées. En revanche, le commerce des armes étant réservé aux armuriers, il n'est pas possible de proposer des prestations commerciales de transformation d'armes.
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