La "corvée de plongeur", plus précisément désignée par l'expression "remontée sans embout" (RSE), est une technique de plongée qui suscite de vifs débats au sein de la communauté subaquatique, notamment en France. Cet article se penche sur la définition de cette pratique, son contexte, les controverses qu'elle engendre, et les alternatives proposées.
Définition de la Remontée Sans Embout (RSE)
La remontée sans embout (RSE) est un exercice qui consiste, pour un plongeur simulant une panne d'air, à remonter à la surface en expirant l'excès d'air contenu dans ses poumons. Cette expulsion est nécessaire pour compenser l'expansion de l'air due à la diminution de la pression ambiante, conformément à la loi de Mariotte. L'objectif initial de la RSE était de fournir au plongeur en situation de manque d'air un moyen de regagner la surface en toute sécurité.
Genèse et Objectifs de la RSE
À l'origine, la RSE était perçue comme un exercice de sécurité essentiel. Elle visait à préparer les plongeurs à gérer une situation d'urgence où l'air venait à manquer. L'idée était de leur donner les outils nécessaires pour remonter à la surface en contrôlant l'expansion de l'air dans leurs poumons, minimisant ainsi le risque de surpression pulmonaire.
La Polémique Autour de la RSE
Cependant, la pratique de la RSE est devenue de plus en plus controversée en raison d'accidents de surpression pulmonaire survenus lors des entraînements. Des voix se sont élevées pour remettre en question son utilité et sa sécurité.
Arguments contre la RSE
- Risque de surpression pulmonaire : Des médecins et experts en plongée ont souligné que la RSE pouvait entraîner des accidents de surpression pulmonaire, notamment si elle était mal exécutée.
- Absence de justification technique : Certains critiques estiment qu'il n'y a aucune justification technique à exiger la RSE au niveau 4 et au monitorat 2e degré (MF2) de la FFESSM, alors qu'elle n'est pas demandée au niveau 3.
- Pratique isolée : La RSE est principalement pratiquée par la FFESSM, ce qui soulève des questions quant à sa pertinence par rapport aux standards internationaux. La FSGT ne la pratique pas. L’ANMP a mis en place pour son niveau 4, un tirage au sort entre deux épreuves, la RSE et une gestion de la remontée. A l’international, l’exercice n’est pas pratiqué.
Arguments en faveur de la RSE
- Sécurité psychologique : Certains instructeurs estiment que savoir effectuer une RSE peut apporter une sécurité psychologique au plongeur en situation de stress, lui permettant de gérer la situation avec plus de calme.
- Situations extrêmes : Dans des situations extrêmes, comme une plongée solo ou lorsqu'un plongeur est isolé de sa palanquée, la capacité à effectuer une RSE peut être vitale.
- Préparation aux pannes d'air : La RSE est perçue par certains comme un moyen de préparer les plongeurs à gérer une panne d'air, en leur donnant les compétences nécessaires pour remonter en toute sécurité.
Les Accidents et Décès
Malgré les arguments en faveur de la RSE, des accidents répétés lors des entraînements, dont certains se sont soldés par le décès de la victime, ont amené la FFESSM à infléchir sa position. En 2014, le décès d'une plongeuse à Marseille au cours d'une RSE a marqué les esprits.
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La Suspension de l'Épreuve
À la suite de ces événements tragiques, l'épreuve de RSE a été suspendue dans l'attente d'une décision du Comité Directeur National. Cette suspension témoigne des préoccupations croissantes concernant la sécurité de cette pratique.
Alternatives et Solutions Proposées
Face à la controverse, des alternatives et solutions ont été proposées pour améliorer la sécurité des plongeurs en situation de manque d'air.
Amélioration de la pédagogie
Certains formateurs estiment que le problème de la RSE est avant tout un problème pédagogique. Ils proposent d'adapter la technique professionnelle à la plongée sportive, en mettant l'accent sur la progressivité de l'apprentissage et la réduction du stress des élèves.
Simulation de conditions réelles
Pour se rapprocher le plus possible des conditions réelles, il est suggéré de pratiquer l'exercice en apnée expiratoire, comme c'est le cas lorsqu'un plongeur tombe en panne d'air. Cela permettrait de réduire les risques de surpression pulmonaire.
Utilisation du double détendeur
L'équipement des chefs de palanquée avec un double détendeur est une mesure de sécurité qui limite les risques de se retrouver sans moyen de respirer. Cependant, cela ne résout pas le problème si l'assisté paniqué garde l'embout en bouche.
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La RSE dans le Domaine Professionnel
Dans certains services de l'administration utilisant les services de plongeurs pour les enquêtes ou les sauvetages, la RSE est non seulement toujours pratiquée, mais elle est généralisée à tous les niveaux. Cette pratique est justifiée par la nécessité pour tout plongeur appelé à intervenir d'être capable, en cas de panne d'air, de remonter de sa profondeur d'intervention jusqu'à la surface.
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