L’appel du grand large, le besoin d’évasion et de liberté, le désir de voyager et de profiter de la nature sont autant de motivations qui poussent à la navigation. Parmi les compétences essentielles à maîtriser à bord d'un voilier, la connaissance des cordages, ou « bouts », et de leurs fonctions est primordiale. Au premier coup d’œil, le nombre de cordages qui montent le long du mât ou courent sur le pont d’un voilier paraît souvent impressionnant pour le néophyte. Pourtant, en triant ces cordages par fonction, on constate qu’ils ne sont pas si nombreux qu’il y paraît au premier abord, et qu’en fait tout ça est finalement simple et logique. Avec de la pratique, vous apprendrez rapidement à les connaître et à les utiliser.
Le Vocabulaire Essentiel des Cordages
Il existe plusieurs types de cordages ou « bouts », et comme d’habitude, en voile, chacun d’entre eux porte un nom. On va tordre ensemble des fils, qui forment des fils de caret puis des torons. Les mots qui suivent constituent une caverne d’Ali Baba où chaque marin en partance aimerait venir se pourvoir.
- Bout : Terme générique désignant tous les cordages à bord d'un voilier.
- Corde : Le terme « corde » existe à bord des voiliers, mais elle a deux fonctions bien particulières, on trouve : Celle de la cloche, permettant de la faire sonner, celle qu’à l’origine, on vous passait autour du cou pour vous pendre !
- Cordage : Terme générique pour les cordages.
- Garcette : Cordage très fin.
Il existe de nombreux termes pour parler des ficelles à bord, mais n'employez jamais ce dernier, vous risquez d'être jeté par-dessus bord! Certains termes sont génériques, comme cordage et bout et d'autres sont spécifiques comme drisse ou écoute.
Les Différents Types de Cordages et Leurs Fonctions
Pour y voir plus clair, il nous faut trier ces cordages par fonction, on constate alors qu’ils ne sont pas si nombreux qu’il y paraît au premier abord, et qu’en fait tout ça est finalement simple et logique.
1. Drisses: Hisser les Voiles
Une drisse sert à « envoyer les voiles », on utilise les termes « hisser » (la voile monte) et « affaler » (la voile descend). Les drisses longent donc le mât. Elles montent à l’extérieur, redescendent à l’intérieur et ressortent par des « lumières » (des trous dans le mât). Les drisses ne montent pas forcément jusqu’en haut du mât, mais elles passent toujours par une espèce de roulette : un réa. Il faut donc retenir au passage que si une drisse est dure et qu’une voile a du mal à monter, la première chose à vérifier, c’est l’état des réas. Et que forcer sur une drisse qui coince n’est vraiment pas une bonne idée !
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Voici quelques exemples de drisses :
- Drisse de Grand-Voile (GV): Utilisée pour hisser et affaler la grand-voile, la voile principale du voilier.
- Drisse de Spi: Utilisée pour hisser et affaler le spinnaker, une voile légère utilisée par vent arrière.
- Drisse de Foc: Utilisée pour hisser et affaler le foc, une voile d’avant.
- Drisse de Trinquette: Pour hisser la trinquette, voile qui reste toujours à poste sur les voiliers de courses.
2. Écoutes: Border les Voiles
Une fois les voiles hissées ou déroulées, elles auront naturellement tendance à partir dans le vent, comme le ferait un drapeau. Les écoutes vont nous permettre de les amener vers le centre longitudinal du voilier et donc, de les gonfler. Tirer sur une écoute, c’est border. On borde une écoute, ou une voile. Pour exprimer l’inverse, on utilise le terme choquer. Je « choque la voile », signifie que je relâche l’écoute, la voile s’écarte alors de l’axe longitudinal du voilier. Pour border une voile, on utilise généralement des winchs et des palans.
Sur la VA on met deux écoutes (une à gauche et une à droite) directement fixées sur le point d’écoute de la voile. C’est l’écoute qui ne sert pas actuellement, car la voile est de l’autre côté. Elle est donc « molle ».
3. Hâle-Bas et Balancines: Régler les Espars
La bôme et le tangon sont des espars horizontaux qui ont naturellement tendance à tomber si on ne les retient pas, ou s’il n’y a pas de voile à poste. Pour les retenir, on utilise des « balancines ». La balancine de bôme suit le même chemin que la drisse de grand-voile. Lorsque la voile est « affalée », rangée dans son sac, c’est la balancine qui tient la bôme. Par contre, lorsque les voiles sont hissées et utilisées, on « mollit » généralement la balancine pour pouvoir agir sur la voile (la tendre vers le bas par exemple). Les hale-bas de leur côté sont moins sollicités, puisqu’ils ont la fonction opposée : empêcher les espars de monter. On notera sur l’image ci-dessus qu’une écoute ou un bras joue un rôle similaire au hâle-bas. En effet, une écoute ramène certes les voiles vers l’axe longitudinal du bateau, mais elles les amènent aussi vers le bas. Lorsque les voiles sont bordées, le hale-bas est donc inutile. Il devient utile et sollicité lorsque les voiles sont choquées par contre, comme c’est le cas sur la photo ci-dessus, on notera que les deux hale-bas sont bien tendus.
- Hale-bas: Permet de régler verticalement la bôme, empêchant les espars de monter.
- Balancine: Maintient les espars à l'horizontale.
4. Bosses de Ris et Bosses d'Enrouleur: Réduire et Augmenter la Voilure
Les « bosses de ris » et « bosses d’enrouleur » sont les cordages utilisés : pour augmenter-réduire la voile à l’aide des ris. Pour enrouler ou dérouler une voile. Concernant les bosses de ris, le rôle est de contraindre la partie basse d’une voile afin qu’elle ne puisse être hissée jusqu’en haut. La surface est alors réduite et le voilier moins puissant. On réduit la surface de voile d’autant plus que le vent est fort. Au niveau de l’enrouleur, la bosse est relâchée pour que la voile puisse se dérouler, (on tire sur les écoutes). On procède de façon inverse, (choquer les écoutes et reprendre la bosse) pour enrouler la voile.
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5. Aussières: Amarrer le Bateau
Une aussière est particulière dans le sens où elle doit amortir les chocs et les à-coups parfois très violents que peut subir un bateau lorsqu’il est amarré. Ces cordages doivent être élastiques pour que la charge soit répartie et ne soit pas transmise aux taquets. => On n’amarre pas son bateau avec une drisse ou une écoute, qui, au contraire des aussières, sont conçues avec le minimum d’élasticité possible !
6. Autres Cordages
- Bosse d'empointure: Sur la GV elle relie le point d’écoute à la bôme. Elle permet de régler la tension de la bordure.
Manœuvres et Réglages des Cordages
Quand on regarde des marins expérimentés affaler ou hisser une voile, on se dit que c’est un jeu d’enfant. Surtout s’il s’agit d’un petit voilier avec seulement 2 voiles. En réalité en mer, il faut parfois réagir vite pour s’adapter aux changements de la météo et du vent.
- Border: Tirer sur l’écoute de la voile pour la tendre au mieux.
- Choquer: Relâcher l’écoute de voile et la voile s’ouvrira.
- Étarquer.
- Embraquer.
En fonction de comment les bouts sont installés, ils reviennent dans le cockpit (un vrai bordel !). Chaque bout est bloqué dans un taquet pour conserver son réglage. Pour choquer un bout, il suffit d’ouvrir le taquet en le soulevant. Pour border, il suffit de tirer sur le bout… mais le poids de la voile et la force du vent peuvent rendre l’opération très physique.
On fait 2-3 tours autour du corps, appelé poupée, en (1) sur la photo, dans le sens des aiguilles d’une montre. Plus il y aura de force dans la voile, plus il faudra faire de tours autour du winch. En effet à chaque fois que vous faites un tour, les frottements entre les tours vont empêcher au bout de glisser. Il suffit de tourner grâce à une manivelle (3) pour border. Une fois décoincé de la mâchoire, on peut laisse filer (partir) le bout. Il arrive lorsqu’on tourne la manivelle que le bout s’enroule mal autour du corps et s’emmêle. On dit qu’on fait un surpattage.
Accastillage Associé aux Cordages
Cet article ne traite pas des divers accastillages utilisés à bord, il serait bien trop long. Mais je peux déjà vous dire que pour manipuler tous les cordages évoqués, subissant des charges parfois très importantes, nous trouverons divers outils indispensables :
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- Palans avec taquets coinceurs
- Winchs avec ou sans « self-tailing », avec leur manivelle et leurs deux ou trois vitesses
- Cames « coinçeuses » en sortie de bôme ou sur le pont
- Taquets et bloqueurs coinceurs du piano
- Avale-tout et rails d’écoute
- Réas de renvoi, poulies à plat pont
- Taquet coinceur: Dispositif permettant de coincer une écoute de grand-voile ou de génois. Ces taquets ont une « mâchoire » permettant de bien coincer le cordage.
Nœuds Essentiels
Il faut maîtriser au moins 4 nœuds :
- Le nœud de chaise
- Le nœud de cabestan
- Le nœud de 8
- Le nœud de taquet.
Ils ont tous une fonction bien précise et ne peuvent se substituer l’un à l’autre, ils sont complémentaires et indispensables.
Lexique Additionnel
- Amure: Côté du bateau ou le vent arrive. Bâbord amure : Lorsque le vent arrive par bâbord dans le bateau. Tribord amure : Lorsque le vent arrive par tribord dans le bateau.
- Barre d’écoute de Grand-Voile: Rail situé dans le cockpit ou sur le roof.
- Bôme: Grand espar horizontal sur lequel est attachée la grand-voile en bas.
- Chariot de grand-voile: Chariot qui coulisse sur le rail d’écoute.
- Davier: Pièce d’accastillage située à l’avant du bateau.
- Enfourner: Enfoncer l’avant du bateau sous l’eau.
- Étai: Élément du gréement dormant.
- Faseyer: Une voile faseye lorsqu’elle n’est pas assez bordée.
- Génois: Voile d’avant aussi appelé.
- Goélette: La goélette à 2 mâts ou plus.
- Guindant: Bord de la voile situé au vent.
- Guindeau: Treuil permettant de remonter une ancre et la ligne de mouillage.
- Hauban: Câble faisant partie du gréement dormant sur un voilier.
- Nœud: Unité de mesure permettant de calculer la vitesse de navigation.
- Pataras: Cable reliant la tête de mât à l’arrière du navire.
- Piano: Endroit où les bouts reviennent.
- Quille: Partie lestée, sous un voilier permettant de faire contre-poids.
- Sloop: Voilier avec un seul mât.
- Spinnaker: Grand-voile d’avant, creuse sans guindant. Utilisée aux allures portantes.
- Spi asymétrique: Spi de forme triangulaire et arrondi mais moins creux qu’un spi symétrique. Il n’est utile qu’entre le petit et grand largue (100-160° au vent).
- Spi symétrique: Spi de forme triangulaire et arrondi avec un creux important. Il est très efficace au vent arrière grâce à sa forme arrondie. Il possède un tangon permettant de l’écarter ou le rapprocher du mat et ainsi rapprocher le spi du vent ou sous le vent.
- Taquet: Accastillage permettant de bloquer un cordage. Chaque taquet, placé différemment a un rôle différent.
- Vent apparent: Vent relatif.
- Vrillage: Les voiles peuvent être plus ou moins plates.
- Yawl: Le Yawl a deux mats. Le mat arrière (mât d’artimon) est plus petit que le mat d’avant.