L’art du contre-plongée et la dynamique visuelle dans l’univers de Flash Gordon

La bande dessinée est un art complexe combinant texte et image, une discipline où chaque détail graphique participe à la narration. Parmi les outils techniques à la disposition des auteurs, le cadrage occupe une place centrale. Si l’on s’intéresse à la mise en scène de personnages iconiques comme Flash Gordon, ou Guy L’Éclair pour les petits Français, il devient fascinant d’analyser comment des procédés comme la contre-plongée, le zoom ou le jeu sur les perspectives façonnent notre perception de l’action et de la psychologie des protagonistes. Du Journal de Mickey aux écrans de télévision, en passant par les salles de cinéma, et bien évidemment les comic books, voilà près d’un siècle que Flash Gordon fait frémir les amateurs et les amatrices d’action musclée et de science-fiction.

La mécanique du cadrage : de la vignette à la planche

Lorsque l’on tient un album de BD entre ses mains, on a rarement idée du nombre de termes précis qui sont nécessaires pour désigner ses différents aspects. Un album de BD est un livre d’un type particulier. On peut considérer que l’unité de base d’une BD est la vignette. La vignette, également appelée « case », est un dessin encadré par un contour et représentant une scénette. Les vignettes sont souvent entourées de la marge, espace blanc non utilisé. L’intercase désigne la partie de la marge qui sépare deux cases successives et symbolise l’ellipse d’intercase. Le strip est une bande horizontale contenant plusieurs vignettes dessinées. Une planche de BD est une page complète rassemblant des vignettes. Il est néanmoins courant qu’une planche de BD rassemble des vignettes sans les organiser en strips, mais de façon plus complexe.

La composition est une notion capitale dans la BD. La composition est souvent à l’intersection des travaux du scénariste et du dessinateur. Pour travailler la composition lors de l’élaboration d’un album, il peut être fait appel à des storyboards. En effet, on pourra sans difficulté qualifier certaines vignettes de zoom (avant ou arrière), de fondus, de champs-contrechamps (notamment pour un dialogue), de plans fixes (succession de vignettes plus ou moins identiques), de ralentis, etc. Une vignette peut employer différents types de plans pour présenter une scène ou des éléments. Le cadrage désigne ce qui est présenté dans une vignette, indépendamment du plan et de la visée.

La contre-plongée : magnifier le héros et renforcer la tension

Parmi les techniques de mise en scène, la contre-plongée est un procédé puissant. En plaçant le point de vue en bas, à un niveau inférieur au sujet, le dessinateur modifie radicalement notre rapport aux personnages. Cette technique est souvent utilisée pour traduire un sentiment de puissance, de supériorité, ou à l’inverse, pour souligner une faiblesse ou un danger imminent lorsque le personnage est perçu comme écrasé par son environnement. Dans les récits d’aventure comme ceux de Flash Gordon, la contre-plongée s'utilise pour donner une dimension épique aux héros. Elle permet de montrer les colts et l’intensité de l’action, ou encore de souligner la stature d’un antagoniste comme l’Empereur Ming, dont la présence doit dominer le lecteur.

L’utilisation de cet angle de vue, en jouant sur les perspectives, permet de créer un dynamisme, afin de varier les scènes. Lorsque le dessinateur choisit de cadrer ses acteurs en se déplaçant autour de la scène, il renouvelle l’intérêt de l’image. La contre-plongée, en particulier, permet de traduire une position inconfortable, une chute, une fuite, ou simplement d’accrocher le regard du lecteur par une composition audacieuse. En rendant les perspectives plus marquées, cet angle de vue permet de montrer les vastes étendues de la planète Mongo tout en conservant une emphase sur l’état physique, psychologique ou sentimental des protagonistes.

Lire aussi: Tout savoir sur les pompes de nage à contre-courant

Flash Gordon : une révolution visuelle au service de la science-fiction

Le lancement d’une toute nouvelle collection chez Hachette est pour moi l’occasion de revenir sur ce héros incontournable de la bande dessinée américaine. Évolution naturelle du dessin de presse humoristique, le comic strip apparaît dès la fin du XIXe siècle dans les journaux américains. Pour répondre à la demande grandissante du public, les périodiques rivalisent d’inventivité, cherchant à être toujours plus originaux pour remporter la bataille des chiffres de vente. Proposer des pages illustrées faisait partie de leurs techniques de diversification.

Alex Raymond, créateur de Flash Gordon, a su intégrer ces techniques de cadrage et de composition pour donner vie à son univers. Il s’inspire de ses lectures, notamment de récits tirés de pulps tels que When Worlds Collide de Philip Wylie et Edward Balmer, pour concevoir la première planche de Flash Gordon. Après quelques demandes de corrections de la part de Joseph Connolly, son responsable chez King Features Syndicate, le strip prend son envol le 7 janvier 1934. La planète Mongo, gouvernée d’une main de fer par le maléfique Empereur Ming, abrite différentes populations, chacune vivant dans un environnement particulier. Les zones de Mongo sont comme les niveaux d’un jeu vidéo, chacune disposant d’un biotope et d’un bestiaire qui lui est propre. Royaume de la Glace, Royaume de la Jungle, Royaume Souterrain, Hommes-Lions, Hommes-Faucons, et autres créatures effrayantes s’animent au détour des cases pour prolonger le voyage quasi-onirique de Guy L’Éclair, le tout servi par le trait réaliste et expressif d’Alex Raymond, dont la précision chirurgicale et l’expressivité éblouissent encore sans aucune difficulté.

Narration et évolution du médium

Le format sériel des pages du dimanche se révèle un point fort insoupçonné, qui participe à la mise en place d’un rythme soutenu, d’une narration dynamique, et de cliffhangers systématiques, dont les effets sont souvent brillamment maîtrisés. Raymond façonne le comic strip et ses codes au fur et à mesure, comme lorsqu’il décidera de supprimer les bulles pour mieux mettre en avant ses dessins. Cette approche, couplée à une maîtrise parfaite des plans et des angles, permet de rendre la lecture moins confuse tout en renforçant la tension du récit.

Il est important de noter que l’usage des bulles, de leur forme (ronds, rectangulaires ou de forme très libre) et de leur enchaînement, permet d’exprimer beaucoup plus fortement un tas de sentiments. Le cartouche, ou « didascalie », est un encart rectangulaire sans appendice, contenant le texte du narrateur. Il apporte des éléments de contexte permettant une meilleure compréhension du scénario. Ces éléments, combinés à une mise en scène rigoureuse, font de Flash Gordon une œuvre fondatrice. De par son iconographie et son symbolisme que l’on pourrait classer dans la catégorie “Rayguns & Rocketships”, Flash Gordon conserve une aura particulière, qui rime avec science-fiction vintage et aventures épiques.

Lire aussi: Résoudre les Problèmes de Nage à Contre-Courant

Lire aussi: Piscine Desjoyaux : Nage à Contre Courant

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *