Construire un petit catamaran qui pourra servir d'annexe ou même de petit dériveur : voilà ce que propose ce petit fascicule avec tous les plans pour vous aider dans cette réalisation. L'autoconsdtruction navale, qu'il s'agisse d'un catamaran ou d'une autre embarcation en bois, est une aventure qui rassemble des individus animés par une passion commune et un petit grain de folie. Lucas, Julien et Olivier, à l'image de nombreux autres constructeurs amateurs, hébergent sous leur toit un véritable puzzle de bois, qu’ils comptent bien voir flotter un jour. C’est une entreprise qui peut amener les passionnés à passer des années à assembler leur embarcation, dans un chantier onéreux et chronophage, sans savoir à la fin, lequel des deux a construit l’autre, l'embarcation ou le constructeur. Ce parcours est une ode au plaisir du temps, à la patience et à la persévérance que demande le travail du bois et la concrétisation d'un rêve maritime personnel.
La Graine de l'Aventure : Motivations et Réflexions Initiales
La décision de se lancer dans la construction d'un bateau, et en particulier d'un catamaran en bois, est souvent le fruit de motivations profondes et variées. Au-delà de l'objet final, c'est le processus même de création qui attire.
La Quête de Sens et le Plaisir du Geste
Pour beaucoup, l'attrait principal réside dans le travail manuel et l'artisanat. Lucas, par exemple, ce trentenaire charpentier et aspirant Compagnon, aime ce qui est traditionnel et qui a du sens. Tout dans sa façon de s’habiller, d’organiser son atelier ou dans le choix de ses outils indique cette quête d’esthétisme. S’il s’est lancé dans cette aventure, c’est avant tout par goût du travail du bois et à la main de surcroît. C’est l’amour du beau geste qui a incité ce couvreur de formation à réaliser son propre esquif. Il n’était pas franchement destiné à assembler des charpentes marines, lui qui a un temps entamé son tour de France, afin de devenir Compagnon du devoir. Il a découvert les sensations procurées par le travail des mains. Ce plaisir de faire, il a rapidement eu envie de le partager. L’artisanat représente pour lui une forme d'expression, une manière de se connecter à des savoir-faire ancestraux.
Le Besoin d'une Embarcation Adaptée et le Pragmatisme
D'autres constructeurs, comme Julien, adoptent une approche plus pragmatique, guidée par des besoins spécifiques et des contraintes concrètes. Dans le petit monde de la construction navale amateur, il y a les rêveurs et les pragmatiques. Julien appartient davantage à cette deuxième catégorie. Son projet à lui n’est pas rêvé, il est pensé, mesuré. Dès le début, sa conception épouse précisément ses besoins, tout comme l’espace disponible pour le construire. Habitant non loin du golfe du Morbihan, paradis pour rase-cailloux, ce sera donc pour lui un Morbic 12. Une unité capable de faire ce qu’un plus gros ne pourrait pas. Il cherchait avant tout un canot pour se faire plaisir. Une embarcation acceptant d’être mise à l’eau à peu près n’importe où, que ce soit depuis une cale ou sur une plage. L’important sera d’être directement sur le spot. Il a même déjà une idée de la destination : Kerhostin et la côte sauvage de Quiberon, un endroit mal pavé et bordé de grottes. Avec son voile-aviron, il compte bien y caboter entre les roches, puis facilement démâter pour pouvoir se glisser où il veut.
Le Renouveau par la Mer : Une Nouvelle Vie sur l'Eau
Parfois, la construction d'un bateau marque une rupture, une réorientation complète de vie. Pour comprendre les origines du projet ambitieux de Frédéric Mora, il faut remonter sept ans en arrière, en 2016 précisément. Depuis le mois de juillet, Frédéric Mora construit, en amateur, un catamaran de 46 pieds en contreplaqué. Le quadragénaire s’est lancé dans ce défi fou après un voyage en voilier, long de quatre ans et demi. À son retour à terre, l’ancien cadre de l’industrie agroalimentaire ne se voyait pas reprendre sa vie d’avant. À l’approche de la quarantaine et « proche du burn-out », il décide de tout plaquer pour partir voyager. Avec sa femme, toutes les options étaient sur la table. Trop vieux pour un périple à sac à dos, limité par une expédition en camion, le couple jette son dévolu sur le voyage en bateau. À bord du voilier, Frédéric Mora va enchaîner les premières fois : premiers bricolages sur un bateau, premières manœuvres de port, mais surtout, premières navigations. On ne savait pas naviguer. Je faisais du kite et du catamaran de plage, mais je n’étais jamais monté sur un bateau de croisière, se remémore-t-il. Il construit son bateau de A à Z dans son atelier basé sur la presqu’île de Guérande.
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L'Objet avant la Navigation et la Passion Transmise
La motivation peut également venir d'une simple fascination pour l'objet lui-même, la beauté intrinsèque de l'embarcation. Lucas le confirme en déclarant : « Je voulais construire un bateau, avant tout pour l’objet, pour la beauté des charpentes traditionnelles. » La transmission d'une passion est aussi un moteur puissant. Un constructeur amateur, déjà expérimenté dans la construction d'un avion de voltige en bois de 4 places qui a représenté environ 4500 heures de travail étalées sur 4 ans, s'est vu demander de construire un bateau par sa compagne. Cet avion vole merveilleusement bien depuis bientôt 2 ans, et s'approchera bientôt d'un tour du monde, en kilomètres cumulés. Bref, si cette personne a adoré sa courte expérience de voile, elle a surtout une gigantesque passion pour la construction, le bricolage, l'artisanat. L'idée serait un bateau transportable, pour pouvoir l'hiverner quand il n'est pas au mouillage, remorquable par un Defender. Le must serait qu'il soit sportif et performant. Si un Mini 6.50 (genre Pogo) pouvait exister en bois à la construction amateur, ce serait vraiment top.
Du Rêve au Plan : La Conception et la Préparation du Projet
Avant de scier la première pièce de bois, une phase de réflexion et de conception approfondie est essentielle. C'est durant cette étape que le rêve prend forme et se confronte aux réalités techniques et pratiques.
Définir le Cahier des Charges Personnel
L'autoconsdtructeur doit d'abord se poser les bonnes questions. Lucas a dû intégrer un nouveau vocabulaire, apprendre les techniques de fabrication, définir ce qu’il aimerait aussi. C’était à lui de déterminer le cahier des charges : la pratique que je voulais avoir, le type de plan d’eau où je souhaitais naviguer, le nombre de personnes que je désirais embarquer. Cette étape permet d'aligner les aspirations avec les contraintes et les capacités. Il lui restait à passer du rêve à la réalité en fonction de ses compétences, accorder son goût pour le traditionnel avec ce qu’il se sentait capable de faire. Cette équation l’orientera alors vers le plan idoine.
Le Choix de l'Architecte et des Plans
La sélection d'un architecte naval et de ses plans est une décision capitale. La conception d’un bateau conditionne la qualité de votre réalisation. Julien, confiant en ses capacités, l'est aussi dans le choix de son architecte, déclarant : « J’ai vraiment pensé à construire mon bateau quand je suis tombé sur les plans de François Vivier. » L'acquisition de plans homologués est une sécurité non négligeable. On achète des plans qui sont homologués, tout est clair. Il suffit de certifier aux Affaires maritimes que l’on a bien suivi les préconisations de l’architecte, pour le faire immatriculer. Ce n’est pas plus compliqué. Il est fondamental de bien définir votre programme de navigation, c'est un point essentiel de votre projet. Si vous ne trouvez pas votre bateau dans le catalogue, il ne faut pas hésiter à prendre contact avec les architectes pour réaliser votre rêve sur mesure.
L'Espace de Travail, une Contrainte Créative
L'atelier de construction est souvent un lieu qui doit être adapté au projet, et ses contraintes peuvent stimuler la créativité. Le « chantier naval » d’Olivier est installé dans la grange attenante à sa bâtisse en meulière, flanquée de volets jaunes, comme un morceau de Bretagne au milieu de cette campagne de Seine-et-Marne, un pont entre ces deux mondes. Le bâtiment aux belles dimensions abrite une coque à sa mesure : un Bepox 701 de 7 mètres hors tout, pour un maître bau de 2,75 mètres. Avant de débuter quoi que ce soit, il a d’abord fallu s’assurer que le navire sortirait bien par la porte. J’ai commencé par une maquette à l’échelle 1/10e en papier. Puis je suis passé sur un gabarit en tasseaux à l’échelle 1. Un dimanche de réunion familiale, on s’y est mis à plusieurs, on est allé jusqu’à faire le demi-tour dans la cour et ça passe ! C'était une étape qu’Olivier redoutait un peu : « Je suis vraiment limite en place, il ne pourrait pas faire 10 centimètres de plus. Mais si la grange était plus longue d’un mètre, je pense que le bateau le serait aussi. » Cet écrin sur mesure montre que le projet d’Olivier épouse parfaitement l’espace disponible. Dans le petit monde de la construction navale amateur, le rêve épouse le cocon dont on dispose pour le faire naître.
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Anticiper les Défis et les Délais
Une bonne préparation implique une anticipation réaliste des difficultés. Julien, ancien technicien dans le nautisme, n’a pas l’intention de se laisser dépasser par un projet démesuré. Avant de se lancer dans cette entreprise, il a donc pris le temps de réfléchir. Un recul nécessaire pour choisir le bon bateau et le bon architecte. L’important était de savoir qu’il était en capacité de l’assumer. « C’est comme pour une maison, il y a ceux qui connaissent un peu le boulot et qui vont rénover sans trop de difficultés. Puis il y a ceux qui se noient parce qu’ils ont mal anticipé la difficulté ou le temps nécessaire. » Il se souvient ainsi que dans sa jeunesse, à la fin des années 70, de nombreux bateaux fleurissaient dans les jardins alentour. Beaucoup n’ont jamais goûté à l’eau salée. Des constructions souvent ambitieuses : C’était la grande époque du fibrociment. Son chantier à lui est à l’abri au fond de son garage. Posé là entre un tas de bois et des vieux jouets. Un garage ordinaire pour un passe-temps qui ne l’est pas tout à fait. Incontestablement, il prend de la place et on a l’impression qu’il pourrait rester dormir là des années. Mais ce n’est pas le plan. Non, ce qui motive Julien, c’est la perspective de le voir toucher l’eau rapidement : « Ce n’est pas faire pour faire, mais faire pour aller naviguer. »
L'Importance de la Préparation Mentale
La préparation mentale est aussi cruciale que la préparation technique. Il a fallu sept ans à Olivier avant de se décider, sept ans de recherches et de réflexion, de questionnements et d’impasses. C’est quand il s’est rendu compte qu’il n’aurait pas toutes les réponses - à moins de commencer - qu’il a franchi le pas. « Je crois que je me suis lancé au moment où j’ai compris que je n’arriverais pas à tout prévoir. » Ce fut un déclic, comme de se réveiller le matin en ayant compris une évidence : « C’est libérateur. » L’euphorie du lancement n’empêche pas certaines peurs de subsister.
Le Bois, l'Époxy et les Techniques de Construction
La construction navale en bois s'appuie sur des matériaux éprouvés et des techniques qui allient tradition et modernité, avec le contreplaqué et l'époxy en figures de proue pour de nombreux projets amateurs.
Le Contreplaqué Époxy : Un Choix Populaire et Accessible
Le contreplaqué époxy est une solution privilégiée par de nombreux amateurs pour sa relative simplicité de mise en œuvre. Dominique, un autodidacte passionné de tout, en est un parfait exemple. Sa vie, il l'a construite sur des multicoques. Il se met donc à sa table à dessin et conçoit une annexe de 3 m de long en contreplaqué époxy qui sera stable et volumineuse sans être trop lourde. Dans son petit guide "Dinghy en bois-époxy", il explique comment réaliser cette annexe. C'est une construction à la portée d'un amateur.
La Qualité des Matériaux : Le Contreplaqué Marine
La durabilité et la solidité de l'embarcation dépendent grandement de la qualité des matériaux. Pour la structure des voiliers, il est courant d'utiliser du contreplaqué (CP) haut de gamme : Il s’agît de CTBX tout Okumé, avec collage Classe 3, principalement en épaisseur 12 et 15mm, selon les modèles. La coque, quant à elle, est souvent réalisée en contreplaqué « marine » d’une qualité encore supérieure, fabriqué sur mesure, en épaisseur 15, 18 ou 22 mm selon les modèles de bateaux à voile et les parties de la coque.
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Les Différentes Méthodes d'Assemblage
Plusieurs techniques permettent d'assembler les éléments de bois. Lucas, par exemple, a choisi un bordé à lattes et non à clins pour son Beg Meil sur plans Vivier, même si le chantier est certes plus long. Il faut environ 100 lattes pour terminer la coque, chacune haute de quelques centimètres, et trois heures lui sont nécessaires pour en placer deux. Pour Julien, son Morbic 12 présente une coque à clins, en contreplaqué de 5 millimètres et mâtée. Un autre exemple est Salty Heaven, un misainier avec tape-cul de 5.14m, en clins de contreplaqué/époxy, dont le plan est en mesure métrique. Le choix de la méthode dépend souvent du type de bateau, des préférences du constructeur et du rendu esthétique souhaité.
La Précision du Travail Manuel : L'Art du Rabot
Le travail à la main, avec des outils bien choisis et affûtés, est au cœur de l'artisanat naval en bois. Lucas aime travailler à la main avec ses outils choisis et aiguisés avec soin. Patiemment et au rabot, Lucas ajuste la latte du bordé qu’il est en train de poser. Pour Lucas, le rendu final et le plaisir du geste l’emportent sur le reste. Alors avant de se saisir de son rabot pour pousser un ou deux copeaux, il prend le temps de l’affûter soigneusement, de le polir sur une pièce de cuir, pour un rendu et une glisse parfaite. Le but est de ne pas faire d’à-coups qui risqueraient d’entamer le bois, d’obtenir un résultat lissé, de travailler comme si la résine n’était pas là pour combler les anfractuosités. Même un chantier de taille raisonnable demande rigueur et précision dans les ajustements, comme le prouve l'importance des copeaux que l'on produit.
L'Équilibre entre Machines et Travail à la Main
Les constructeurs amateurs trouvent souvent un équilibre entre l'usage d'outils électriques et le travail manuel. Cette passion du travail manuel est née de contraintes toutes simples pour Lucas : il venait de s’installer avec sa famille dans le village. De nouveaux voisins, des enfants en bas âge : deux facteurs qui lui imposent alors de limiter au maximum l’emploi de machines bruyantes. Loin de le ralentir, c’est devenu une contrainte créative. Il redécouvre la patience, le silence, la lenteur et la précision de l’ajustement à la main. Et si depuis, il privilégie le travail sans machine, il ne l’érige pas pour autant en dogme. Le charpentier continue à s’aider de la mécanique, avec parcimonie, « pour toutes les étapes où il n’y a pas de plus-value à travailler à la main ». C’est le cas du débitage des lattes, travail précis et répétitif, qui demande une grande régularité. Il conserve en revanche, le plaisir de les ajuster au rabot pour qu’elles épousent parfaitement l’arrondi de la coque. Les premières découpes à la scie sauteuse étaient peut-être mal assurées pour Julien : c’est un engin qui n’est lui-même pas hyper précis. Mais les choses se sont mises en place d’elles-mêmes. Il a, petit à petit, apporté plus de travail manuel dans sa construction pour affiner les découpes de la machine.
Les Défis de l'Époxy
L'application de l'époxy peut représenter un défi pour l'amateur, nécessitant des conditions spécifiques et une certaine technique. L’appréhension du travail de l’époxy en est une pour Olivier : « C’est un matériau qui demande des conditions d’application particulières. Quand on va sur les forums, on sait que ça va être une galère. » Pour dépasser cette crainte, il a fait un stage chez Sardine Boats, autant pour apprendre que pour se rassurer au contact d’autres passionnés qui l’ont vraiment accompagné. Dans un projet où il apprend beaucoup par lui-même, Olivier a voulu se donner les moyens d’éviter quelques erreurs, se donner confiance. Cette réassurance est passée notamment par la réalisation d’une maquette. Une petite barque reprenant la technicité de l’échelle 1, avec ses assemblages de résine, charge ou fibre de verre. C’est de cette façon que son bateau avance, de questions en réponses concrètes, par l’expérience.
Les Étapes d'Assemblage et de Finition
Le processus de construction d'un bateau en bois, et notamment d'un catamaran, suit des étapes structurées pour garantir la solidité et l'étanchéité de l'ensemble. Toutes les découpes de bois sont souvent réalisées numériquement par des sous-traitants pour une précision optimale. Juste avant de démouler, les constructeurs effectuent une première inspection pour compléter les joints congés entre les cloisons. Chaque cloison étant structurelle, elles sont stratifiées à la coque. La particularité de certains chantiers, lors de la construction de voiliers en bois, est que le pont est également collé à l’époxy et restratifié à la coque. Lorsque la coque est encore à l’envers, on enduit les bouchains et les stratifications de liaison, avec de l’enduit époxy. Une deuxième couche d’apprêt époxy plus fin (finition), plus dilué, est alors appliquée. Le monocoque arrive sur son dernier poste d’assemblage.
L'Apprentissage Continu et le Partage des Connaissances
La construction navale amateur est souvent un chemin d'apprentissage incessant, riche en découvertes et en partages au sein d'une communauté de passionnés.
De l'Ignorance à l'Expertise
De nombreux constructeurs se lancent avec peu ou pas de connaissances initiales. Parce que lorsqu’il se lance dans cette entreprise, Lucas ne connaît absolument rien aux bateaux et encore moins à la navigation à voile. Ce temps, il le met à profit pour apprendre et choisir. Il a découvert un certain plaisir, les sensations procurées par le travail des mains. Le silence, le calme et la précision. Frédéric Mora, avant de se lancer dans la construction de son catamaran de 46 pieds, a aussi eu un parcours d'apprentissage rapide. Il ne savait pas naviguer. Je faisais du kite et du catamaran de plage, mais je n’étais jamais monté sur un bateau de croisière. Cette aventure est une prise de risque, mais elle ne s’effectue pas sans filet. Il connaît la solidité de son bateau. Bricoleur émérite, il a fait ses armes dans des chantiers navals aux Antilles puis en Bretagne, où il était en charge de réceptionner et terminer la préparation des bateaux neufs. Quand on voit ce qui sort des chantiers aujourd’hui, je ne serais pas plus rassuré sur un bateau de série. La mise à l’épreuve, en mer, n’est pas une inquiétude non plus.
La Transmission du Savoir et la Communauté
Le plaisir de construire débouche souvent sur le désir de partager son expérience et ses connaissances. Ce plaisir de faire, Lucas a rapidement eu envie de le partager. D’autant qu’au cours de ses recherches, il a pu mesurer la difficulté à trouver la bonne information. Il distille tout d’abord ses explications sur des forums de passionnés. Mais « un geste simple, avec des mots, c’est souvent très long à expliquer ». Pour aller plus loin, il a enrichi ses posts de photos. Puis, pour plus de pédagogie, il en est venu à réaliser des petites vidéos. Une première pour illustrer un mouvement, puis une deuxième… Encouragé par les commentaires enthousiastes, il développe peu à peu ses productions. Sans tomber dans un discours professoral : « En tant qu’amateur n’ayant réalisé qu’un seul bateau, je ne peux pas dire : voilà ça se passe comme ça et pas autrement. Je peux seulement montrer comment je le fais, sur ce bateau-là. » La communauté des constructeurs amateurs est très active, comme en témoignent les échanges sur les forums, où des discussions sur des sujets comme le grand frère du Baluchon ou les spécificités des plans sont courantes. Des messages d'encouragement comme « Bonjour, Félicitations pour ton choix ! » ou « Oui, en effet ! » sont monnaie courante, illustrant le soutien mutuel.
Reconnaissance et Nouvelles Perspectives
La notoriété acquise par certains constructeurs amateurs peut ouvrir de nouvelles voies. Lucas gagne peu à peu en notoriété, il est alors invité au salon du bois d’Épinal pour y tenir des conférences et une Master Class sur le chantier de La Vivacia et le travail du bois. Cette rencontre avec un public intéressé est une nouvelle révélation. « Lorsque les gens ne voient que vos vidéos, ils ont l’impression que tout ce que vous faites est bon. Alors que je m’efforce justement de montrer que je fais aussi pas mal d’erreurs, que ce que je fais est abordable en fait. »
L'Ouverture de l'Atelier aux Stagiaires
Ces nouvelles expériences ont dépassé le cadre d’une simple construction individuelle. Lucas a un autre projet : dès que les règles sanitaires lui en laisseront le droit, il donnera des cours. Il a déjà de quoi construire les quatre établis qui accueilleront les stagiaires dans son atelier. Cette initiative illustre la volonté de pérenniser le savoir-faire et de susciter de nouvelles vocations.
La Valeur du Réseau et du Soutien
La difficulté à trouver la bonne information peut être surmontée grâce au partage. Un constructeur se souvenait que Lucas avait déjà fait une nouvelle vidéo et qu'il partageait sa technique de tracé et de pose de clins sur sa construction de son canot à moteur. Un architecte naval continue d’intéresser les constructeurs amateurs et propose même de nouveaux plans gratuits, cette fois-ci une jolie barque de 3.14m de long. Un constructeur ayant eu la mèche de son safran en contreplaqué qui a littéralement explosé, la mèche ayant rouillé à l’intérieur de la pelle, pourrait trouver de l'aide auprès de ces ressources. Après la tragédie de l’incendie survenu le 2 juillet dernier, la sympathie et le soutien ont été très nombreux, montrant la force de la communauté. De nouveaux locaux ont été trouvés à 50 m du chantier, dont la communauté disposera dès le 1er septembre. Pour Olivier, le stage chez Sardine Boats a été crucial autant pour apprendre que pour se rassurer au contact d’autres passionnés qui l’ont vraiment accompagné. Dans un projet où il apprend beaucoup par lui-même, Olivier a voulu se donner les moyens d’éviter quelques erreurs, se donner confiance.
Des Projets Variés : Des Petites Annexes aux Grands Catamarans
La diversité des projets d'autoconsdtruction navale en bois est immense, allant des petites embarcations polyvalentes aux grands voiliers taillés pour les longs voyages.
L'Annexe Polyvalente de Dominique
Dominique, autodidacte, a su adapter ses compétences pour créer une embarcation pratique et accessible. Il conçoit une annexe de 3 m de long en contreplaqué époxy qui sera stable et volumineuse sans être trop lourde. Cette annexe pourra servir d'annexe ou même de petit dériveur, démontrant la polyvalence d'une construction pensée pour des besoins spécifiques.
La Vivacia de Lucas : Un Beg Meil Traditionnel
Lucas, avec "La Vivacia", s'est lancé dans un projet qui reflète son amour pour le travail traditionnel du bois. Le chantier de La Vivacia, chez Lucas, se niche au fond d’une étroite vallée de la Meuse, littéralement posé au pied d’une petite église d’inspiration baroque. C’est un endroit où l’on s’attend à tout sauf à y trouver un bateau en construction. Le bateau dont il a besoin, fruit d’un chantier à sa mesure, ce sera un Beg Meil sur plans Vivier, mais avec un bordé à lattes et non à clins.
Le Morbic 12 de Julien : Praticité et Plaisir Immédiat
Julien, avec son Morbic 12, privilégie la fonctionnalité et le plaisir de naviguer rapidement. Habitant non loin du golfe du Morbihan, paradis pour rase-cailloux, ce sera donc pour lui un Morbic 12. Une coque à clins, en contreplaqué de 5 millimètres et mâtée. C’est donc dans le garage de la maison familiale, dans un quartier pavillonnaire de Vannes, que ce plan Vivier prend forme. Pour lui la clef, c’est de démarrer sans se mettre de pression excessive : « C’est un peu une grande maquette. Au départ, ce qui fait peur, ce sont les cotes : tout est en millimètres. Sachant que le trait du crayon de bois fait déjà son millimètre… on a un peu d’appréhension, on a peur de faire une bêtise. » Même s’il estime le temps de construction à moins de quatre semaines en tout et pour tout (sans le mât), il compte l’étaler sur deux ans maximum. Une chose est sûre, il sait qu’il le terminera. Julien est confiant.
Le Bepox 701 d'Olivier : Un Défi de Taille en Milieu Rural
Le projet d'Olivier, un Bepox 701, témoigne de la capacité à réaliser des embarcations de taille respectable même dans un environnement a priori inattendu. Le bâtiment aux belles dimensions abrite une coque à sa mesure : un Bepox 701 de 7 mètres hors tout, pour un maître bau de 2,75 mètres. Le « chantier naval » d’Olivier est installé dans la grange attenante. Cette réalisation montre que la passion n'a pas de limites géographiques. Il a réfléchi à acheter un bateau d'occasion en bord de mer, mais il avait peur que la frustration de ne pas pouvoir naviguer souvent soit plus grande que le plaisir.
Le Grand Catamaran de Frédéric Mora : Une Nouvelle Vie sur l'Eau
Le projet de Frédéric Mora est l'exemple le plus éclatant d'un constructeur amateur se lançant dans la fabrication d'un grand catamaran, symbole d'une vie transformée par la passion maritime. Depuis le mois de juillet, Frédéric Mora construit, en amateur, un catamaran de 46 pieds en contreplaqué. Dans son atelier basé sur la presqu’île de Guérande, Frédéric Mora construit son bateau de A à Z. Cet exemple met en lumière la possibilité de réaliser des projets de grande envergure avec des matériaux comme le contreplaqué, même pour un amateur.
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